Frachet

21 janvier 2018

Pascal Quignard Tous les matins du monde

    

Référence : Pascal Quignard, Tous les matins du monde, éditions Gallimard, 1991

« Tous les matins du monde sont sans retour. »

L'écriture de ce qu’on a appelé un roman-scénario de Pascal Quignard s’inspire largement de son précédent roman La Leçon de musique, et de la biographie de la vie de ses deux personnages principaux, M. de Sainte-Colombe et Marais Marin, deux violistes de XVIIe siècle présents dans le livre de Titon du Tillet intitulé Vies des Musiciens et autres Joueurs d’Instruments du règne de Louis le Grand. Il est basé aussi bien sur des faits historiques, des obsessions de Quignard, des idées auxquelles il tient et qu’il reprend dans de roman. Dans cette œuvre, la peinture et la musique jouent un rôle capital. L’intrigue part d’une nature morte, Le Dessert de gaufrettes de Lubin Baugin.

          
Le Dessert de gaufrettes, nature morte de Lubin Baugin
Nature morte à l'échiquier

Au printemps 1650, Madame de Sainte Colombe meurt, laissant son mari seul avec leurs deux petites filles, Madeleine et Toinette. Monsieur de Sainte Colombe donne alors des cours de viole [1]. Ce musicien, qui a une très haute opinion de la musique, s'y consacre de plus en plus pour oublier la mort d'une épouse qu'il vénérait. Il s'isile de plus en plus dans une cabane au fond de leur jardin, perfectionne sa façon de jouer et son instrument jusqu'à dit-on, « imiter toutes les inflexions de la voix humaine ».

« Nous ne sommes pas des êtres parlants, nous le devenons. Le langage est un acquis précaire, qui n'est ni à l'origine ni même à la fin car souvent la parole erre et se perd avant même que la vie cesse. »

Monsieur de Sainte Colombe vit très retiré du monde, n'ayant guère que deux amis, Claude Lancelot et Lubin Baugin et c’est Guignotte la cuisinière, qui s’occupe des deux fillettes. Lorsque Madeleine en atteint l’âge, son père lui apprend à manier la viole. Conscient de la jalousie de Toinette, il lui offre une petite viole. Ils organisent alors des concerts à 3 violes qui connaissent un beau succès. Leur audience arrive aux oreilles du Roi qui souhaite les entendre. Il lui envoie des émissaires, en particulier le joueur de viole de sa Chambre, Gabriel Caignet, pour inviter le musicien à la cour.

   
Images du film avec Anne Brochet et Jean-Pierre Marielle [2]

Incapable de s'exprimer autrement qu'au travers de sa musique, il vit reclus dans sa maison à la campagne jusqu’au jour où un jeune élève nommé Marin Marais se présente.  
A travers le thème de la musique, Pascal Guignard brosse ses personnages et rapporte les conversations entre le violiste et sa défunte femme, ceci avec de courts chapitres et des sentiments à la fois d'une grande retenue et empreints d'émotions fortes. Il est sans pitié pour ce pauvre Marin Marais à qui il dit que sa technique est bonne mais que ce n’est pas de la musique.

   Portrait de Marin Marais

Notes et références
[1] Instrument de musique à cordes qu’on frotte avec un archet
[2] La bande originale du film, composée d'airs baroques, en particulier des pièces de viole de Marin Marais et Monsieur de Sainte-Colombe, a été dirigée par le grand musicien catalan Jordi Savall.

Voir aussi
Présentation du film  et Pascal Quignard "hors d’atteinte"

Mes fiches : Quignard à Sens -- Quignard, Une jeunesse au Havre --
                          Quignard Tous les matins du monde --

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18 janvier 2018

Pierre Lemaitre Couleurs de l’incendie

Référence : Pierre Lemaitre, Couleurs de l’incendie, éditions Albin Michel, 530 pages, janvier 2018

« Charles avait toujours considéré le métier de député comme un métier de contact : " on est comme les curés. On donne des conseils, on promet un avenir radieux aux plus dociles; notre problème est le même, il faut que les gens reviennent à la messe. »

         
Beaucoup dirons «  Enfin la suite de Au revoir là-haut» [1] qui valut à Pierre Lemaitre le prix Goncourt 2013 il y a 4 ans… et il y aura un tome 3. Couleurs de l’incendie est en effet la suite des tribulations de la famille Péricourt qui paraît chez Albin Michel.

On quitte la Grande Guerre, et l’escroquerie aux Monuments aux morts des anciens poilus Édouard Péricourt et Albert Maillard, pour le somptueux enterrement du banquier Marcel Péricourt en février 1927. Après le suicide d’Édouard, le fils, c’est sa fille Madeleine qui s’occupe du deuil et prend la tête des affaires. 

Le deuxième tableau est tout aussi sombre : Pendant la cérémonie, Paul, le fils de Madeleine âgé de 7 ans, se défenestre et tombe sur le cercueil de son grand-père. Il en gardera un grave handicap physique. En ces années 1920-1930, Madeleine Péricourt connaîtra aussi ruine et déclassement avant de "rebondir". À l’image de la famille Péricourt, sa richesse et sa fière assurance qui s'estompe, c'est toute la vieille Europe qui s'effrite.
Pierre Lemaitre utilise la même technique, insérant petit à petit chaque personnage dans le fil du récit, un frère fauché qui espère se refaire, la fille qui s’échine à faire vivre l’affaire familiale…

    Images du film

L’intrigue se développe ainsi dans un climat lourd de menaces qui vont évoluer vers frustrations et vengeances, dans cet entre-deux-guerres difficile et multiforme, marquée par la grande crise socio-économique qui démarre en 1929 et la montée du nazisme. Le ton plus léger vient de l’ironie que développe l’auteur, comme par exemple les filles du frère du banquier qui seront difficiles à marier vu qu’elles sont moches et sans dot ou ce personnage de politicien véreux qui devient chef de la commission de l’évasion fiscale…

On a dit que ses romans ressemblaient à des romans-feuilletons à la Dumas, brossant une société dure et brutale, surtout avec les plus démunis, et des hommes souvent égoïstes et sans égards pour leur prochain. Dans cet esprit, les aspects sociétaux sont abordés sans pudeur tel les thèmes de l’évasion fiscale, du boursicotage, le rôle de la presse ou ce parcours qui montre de quelle façon dans ces années trente, on avance à grands pas vers le fascisme.

     

"Couleurs de l'incendie", à travers la description des années trente,  parle aussi de l’émancipation féminine, celle de Madeleine qui sera contrainte de quitter sa condition préservée de fille de notable, qui a successivement été confrontée à un divorce, à la mort de son père puis à l'accident de son fils Paul.

Propulsée à la tête de l’entreprise, elle devra affronter la misogynie, la malveillance, l’arrivisme des hommes de son entourage. Elle mettra toute son énergie, toute son intelligence à lutter contre cette mentalité et à redresser ses affaires. Elle découvrira aussi l’indépendance financière, la liberté, celle de l’esprit aussi bien que celle du corps.
On y voit aussi évoluer Léonce, jolie jeune femme qui ne s’embarrasse pas de scrupules, Vladi, polonaise enjouée qui assume sans complexe ses désirs sexuels ou encore Solange, la cantatrice un peu bizarre dont Paul s'est entiché.

  Niels Arestrup et Laurent Lafitte

Sa "façon de travailler" consiste d’abord à être un « fabricant d’émotions ». Mais bien sûr, ce n’est pas « que de la mécanique, » et pas seulement raconter des histoires bien ficelées.

Pour lui, se "méfier de l’écriture", « ça veut dire qu’il ne faut pas confier à l’écriture ce qu’elle ne sait pas faire. On a toujours hâte de se mettre à écrire, le travail de préparation et de construction est long, laborieux, ingrat. On aimerait l’abréger pour passer à l’étape jubilatoire. Mais l’écriture au fil de la plume est incapable de construire un scénario, ce n’est pas son boulot. » Il confie qu’il a ici utilisé la structure du Comte de Monte-Cristo, d’Alexandre Dumas (1844-1846). On passe d’une première partie base sur le thème de la machination au thème de la vengeance de tous ceux qui ont causé sa perte. « Mais j’abandonne vite l’intrigue, précise-t-il.

Notes et références
[1]
L’adaptation cinématographique récente d’Albert Dupontel a recueilli un gros succès avec plus de deux millions de spectateurs.

Mes fiches sur Pierre Lemaitre :
* Trois jours et une vie -- Au revoir là-haut t1- Couleurs de l'incendie t2 --

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15 janvier 2018

Patrick Deville Viva

Référence : Patrick Deville, "Viva", éditions du Seuil, 208 pages, 2014, isbn 9782021135961

    
« Un roman d’aventure sans fiction ». Patrick Deville

 « La vie d'un homme est comme une oeuvre de fiction qu'il organise à mesure qu'il va. » Ortega y Gasset, cité par Patrick Deville - Viva page 83

 Patrick Deville, prix Fémina 2012 pour Peste et choléra, retrace dans le Mexique des années 1930, le destin croisé de trois figures marquantes de cette époque, le communiste Léon Trotsky alors en exil après s'être opposé à Staline, L'écrivain Malcolm Lowry, le poète français André Breton et l'artiste peintre Frida Kahlo
.
   
Frida kahlo & Diego Rivera                Frida kahlo avec le couple Trotsky

Le Mexique des années trente est un pays en ébullition, surtout des ville comme Mexico, Tampico et Cuernavaca. Il attire non seulement Trotsky et Lowry qui sont au centre eu récit mais aussi des personnages attachants tels Frida Kahlo et Diego Rivera, Tina Modotti, B. Traven qui jongle avec ses identités, ou André Breton et Antonin Artaud en quête des Tarahumara. [1]

Avec son nouveau récit, Patrick Deville poursuit sa quête de l'évolution du monde à travers des histoires puisées sur tous les continents. Après Pura Vida, sous-titré Vie et Mort de William Walker, [2] le premier livre de cette série en 2004, suivirent La Tentation des armes à feu [3] en2006, Equatoria [4] en 2009, Kampuchéa [5] en 2011 et Peste et Choléra [6] en 2012 jusqu'à ce dernier volet.
Mais Trotsky finira assassiné d’un coup de piolet dans la tête, rattrapé par la haine stalinienne, tandis que le héros de Lowry dans Au-dessous d'un volcan, est exécuté par les fascistes avant d’être jeté au fond d’une décharge. Telle est le destin de ces héros...
.


Seul bémol, la pléthore des personnages historiques et les allers-retours dans une trame historique touffue, qui peuvent décourager certains lecteurs. C'est le sentiment que l'on retrouve dans la critique de Culturebox  « Le style Deville n'a pas changé. C'est remarquablement écrit... rien de superflu... Sans être un livre facile... "Viva" exige une certaine ténacité, récompensée » ou de Les échos pour qui « le casting est brillant, mais le lecteur est asphyxié par l'avalanche des noms des lieux ou des références ».
.
      

Notes et références
[1] Les Tarahumara vivent dans la région de la Barranca del Cobre (Ravins du Cuivre en espagnol), au nord du Mexique, dans l'État de Chihuahua.
[2] Ce roman, sous prétexte de conter la vie de William Walker, est en fait centré sur l'histoire des révolutions au Nicaragua, en Amérique centrale et à Cuba entre 1789 et 1989
[3] L'amour et la mort à travers quatre textes
[4] Voyage à travers les pays africains riverains de l'équateur en compagnie de la dépouille de Savorgnan de Braza
[5] Voyage le long du Mékong pendant le procès des chefs Khmers rouges à Phnom Penh en 2009 et la révolte des Chemises rouges en Thaïlande en 2010.
[6] Il s'agit d'une biographie romancée du bactériologue Alexandre Yersin, membre de l'Institut Pasteur, découvreur en 1894 du bacille de la peste.
.
Voir aussi mes fiches : Frida Kahlo et Diego Rivera --  Malcolm Lawry et B. Traven --

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14 janvier 2018

Patrick Grainville Falaise des fous

Référence : Patrick Grainville, Falaise des fous, éditions du Seuil, 658 pages, janvier 2018.

Chez Grainville, « Rien n’est jamais vécu, tout est fiction. » Roger-Michel Allemand

  
                                                                        Patrick Grainville en 2011

Celui qu’on a appelé "l’enfant terrible des lettres françaises" a connu un succès précoce avec Les Flamboyants, prix Goncourt 1976,  qui raconte l'épopée de Tokor, un roi fou africain imaginaire. C’est son côté « baroque » qui restera sa marque de fabrique même si son style a évolué ces dernières années. Il le revendique et s’est très tôt imposé comme le chef de file de ce baroque fait de profusion du style et de l’imaginaire, contre ceux qu’il appelle les "minimalistes", ceux dont l’écriture est plus épurée, le récit réduit au factuel, plutôt tourné vers l’autobiographie.

Il aime ferrailler pour faire valoir ses idées, disant par exemple dans une interview à Antenne 2 « Je vais pouvoir défendre les couleurs baroques, parce qu’en France, il semble tout de même que le privilège soit donné à la littérature classique, le roman psychologique, intérieur, avec un style très dépouillé, j’aime plutôt [...] une littérature qui se donne, qui prend des risques... »

       

Le plus souvent, il alterne les romans « flamboyants », style et personnages hauts en couleur à forte tendance exotique [1] et les récits plus romanesques mêlés d’autobiographie [2]. Il écrit dans La lisière, son deuxième roman, « J'inaugure une sorte d'autobiographie mythique où le passé mi-souvenu mi-rêvé est contemporain d'un futur prévu, conjuré où le présent n'est rien. » Il n'hésite pas à débattre avec Annie Ernaux ("minimaliste convaincue") sur le thème de la relation entre réalité et fiction où il fait sien le mot "chaosmos" du philosophe Gilles Deleuze, [3] pour défendre l'idée de la dynamique nécessaire du roman.

L’éclectisme de Grainville l’a poussé à s’intéresser au Nouveau roman, en particulier au prix Nobel Claude Simon. Il s’est lié d’amitié avec Alain Robbe-Grillet et surtout avec Marguerite Duras qui habitait Trouville-sur-mer et avec qui il lui arrivait d’aller se promener.

Falaise des fous

On a dit de ce roman qu’il est ambitieux et foisonnant (ce qui n’est pas étonnant s’agissant de Grainville), abordant notamment la naissance de l’impressionnisme et du cubisme, l’Affaire Dreyfus, la Grande guerre, la traversée de l’Atlantique... On y rencontre des personnages célèbres comme Claude Monet, Marcel Proust, Pablo Picasso et bien d’autres.
Le "flamboyant" Patrick Grainville, prix Goncourt 1976, brosse une vaste fresque d’une société qui a connu bien des bouleversements entre 1868 et 1927.
« C’est écrit-il, un brouillard d’émois, de réminiscences, de visions, de scènes floues, nettes. Comme cette mer mouvante, criblée de reflets, de volumes précis, énormes ou fugitifs, minuscules. Une vallée de leurres, d’ombres et d’éclairs. »

Vers la fin des années 20, un normand se penche sur son passé. En 1867, après une blessure en Algérie, revenu à demi éclopé, une jambe raidie, il s'installe sur les hauteurs d'Étretat, côtoyant de grands écrivains et peintres qui séjournent dans la région, venus admirer ses fameuses falaises.  Des peintres surtout qui posaient leur chevalet sur la plage, cherchant dans les embruns à saisir le mystère irisé de cette partie de la côte normande, fouettée par les vents dominants, où des marées formidables frappent les hautes  falaises et s’enroulent autour de leurs piétements de roche friable.
Des éléments aussi agités que son époque.

   

On y trouve Claude Monet, Gustave Courbet, Boudin, Victor Hugo, Guy de Maupassant, Gustave Flaubert… Cet homme est aussi un fin observateur des événements de son époque et des transformations qui ont marqué le monde à la fin du XIXe siècle et au début du XXe siècle. Orphelin de mère, non reconnu par son père, il s'est installé chez son oncle, près des splendides falaises d'Étretat, après son retour d’Algérie.

Un jour, il aperçoit Claude Monet qui peint, témoin de  « l’acharnement bourru... du ronchonneur » et c’est le choc. Il a vu le truculent Courbet affronter, dans « une orgie d’écume », le déferlement des vagues drossées par le vent. Il a aussi croisé Maupassant et vogué sur la Seine, au pied de la maison de Flaubert. Il comprend qu’il est le témoin d’une évolution majeure dont il va avec avidité suivre le déroulement.

 

Deux femmes vont jouer un rôle capital dans sa prise de conscience, ses deux amantes Mathilde, une bourgeoise mariée et sensuelle, puis Anna, la passionnée. Elles l’initient à "l’art nouveau" non seulement de Monet mais aussi de tous ses contemporains qui hantent Étretat et ses environs.

Cette côte normande et Étretat, Grainville les connaît bien puisqu’il est né et a vécu à  Villers-sur-mer dans le Calvados et cette "puissante impulsion créatrice" qu’il évoque dans son roman rappelle qu’il est aussi un très grand connaisseur du monde de la peinture. [4]

Fresque historique superbe et foisonnante, saga familiale et amoureuse autour de son oncle et de ses deux amantes, évocation de la fameuse "pulsion créatrice", c’est toute une époque, tout un monde qu’il fait revivre avec maestria sous sa plume.

            

Patrick Grainville et la penture

La peinture est pour lui tout à la fois une passion et un refuge. Outre Falaise des fous, il lui a consacré plusieurs romans où il met en scène des peintres comme Jan van Eyck (L’atelier du peintre), Hokusai (Le baiser de la pieuvre), Jacques Callot (La liseuse) et George Catlin (Bison).

Mais il a aussi écrit des albums, articles et monographies sur les peintres contemporains, fréquentant l’atelier de Georges Matthieu, qu’ils soient connus comme l’expressionniste Egon Schiele (L’Ardent désir) ou moins connus comme Jean-Pierre Pincemin [5], le peintre et sculpteur Richard Texier, Hervé Di Rosa du mouvement "figuration libre" [6], le peintre postmoderne Erró [7], le plasticien Tony Soulié [8] ou le peintre franco-chinois Wang Yan Cheng [9].

Notes et références
[1] Comme par exemple Colère, Le Tyran éternel, Le Baiser de la pieuvre ou Bison

[2] Comme par exemple Le Paradis des orages, L’Orgie, la neige, Mes Anges et les faucons
[3] Qu’est-ce que la philosophie ? Gilles Deleuze & Félix Guattari, éditions de Minuit,2005
[4] Patrick Grainville a écrit en particulier 3 autres romans dont la peinture constitue le fil conducteur : L'Atelier du peintre, Le Baiser de la pieuvre et Bison.
[5] Voir  Patrick Grainville et Jean-Pierre Pincemin, Le Menu idéal de Pierre Troisgros, éditions Virgile, 2000 ainsi que Jean-Pierre Pincemin, texte de Patrick Grainville, Centre d’art de l’Yonne, 2008
[6] Voir Patrick Grainville et Hervé Di Rosa, Hervé Di Rosa : tout un monde, 1992-2002, château de Vascœur, Centre d'art et d'histoire, 2002
[7] Voir Patrick Grainville, Petites Parousies et grandes épiphanies de la chair (illustration d'Erró), Atelier CQFI de Nîmes, CNAP, 2007.
[8] Grainville a signé 6 ouvrage avec Tony Soulié : Tony Soulié : un été immobile, Autoroutes, New York 11206, Tony Soulié 2000/2005 : l'anagramme du monde, Tony Soulié : Paris Ronde de nui, Tony Soulié 2009 2010 2011 : la cavale des totems
[9] Voir Patrick Grainville, Wang Yan Cheng, peintures récentes, Galerie Louis Carré & Cie, 2011 et Paintings by Wang Yan Cheng, texte de Patrick Grainville, First édition, National museum of history, 2014

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12 janvier 2018

Romain Gary La Promesse de l’aube

« Il fut un homme de vastes ambitions et de grandes passions, un artiste dans son siècle et un magicien du rêve. » 

   
Gary avec sa femme l'actrice Jean Seberg           Gary avec son fils Diego

"Une histoire d’un amour fou entre une mère et son fils".

Après le film Jules Dassin sorti en 1970, le cinéma s’empare à nouveau de cette relation si particulière entre une femme Nina et son fils dont Romain Gary, le fils en question, s’est servi dans son "roman" La Promesse de l’aube paru en 1960 avant de devenir "double prix Goncourt".

L’auteur trace le portrait d’une femme pugnace qui a décidé que son fils devrait atteindre le sommet, qu’elle avait un fils exceptionnel promis à un destin fabuleux. Elle en est si persuadée qu’elle fera tout pour que sa volonté soit faite.

C’était tentant pour Éric Barbier de se saisir de cette histoire hors paire pour jouer sur tous les ingrédients qu’elle contient, sa puissance mélodramatique et son romanesque bâti sur une passion amoureuse hors norme. La tension dramatique, sa densité naît aussi d’un roman-témoignage qui mélange réalité et fiction introduite par le fils-écrivain, fiction rêvée par une mère qui fantasme sur le devenir de son enfant, médiatisée bien plus tard par une vision rétrospective qui module la réalité biographique.
« Il eut mille vies, sans compter celles qu'il s'inventa dans une œuvre qui tient du palimpseste et du mille-feuille » a écrit Le Figaro.

           
Nina-Charlotte Gainsbourg et Romain Gary-Pierre Niney

Aviateur, compagnon de la Libération, diplomate, l'écrivain était un homme multiple. Originaire d'une famille juive de Lituanie, sa soif de reconnaissance va déboucher sur ce qu’on a appelé une mystification littéraire : en écrivant plusieurs romans sous le pseudonyme d’Émile Ajar, il est le seul écrivain à avoir reçu deux fois le prix Goncourt, en 1956 pour Les Racines du ciel, puis en 1975 pour La Vie devant soi.

Pendant sept ans, c'est son petit cousin, Paul Pavlowitch, qui prête ses traits à Émile Ajar sans faillir. La "supercherie" sera cependant dévoilée à la mort tragique de l'écrivain. Mais Romain Gary, né Roman Kacew à Vilnius en Lituanie en 1914, a aussi écrit sous d’autres pseudonymes dont Lucien Brûlard qui n’est pas sans rappeler Henry Brulard, double de Stendhal dans son autobiographie éponyme. Dans sa dernière lettre découverte à sa mort, cet homme "incendié de songes" conclut : "Je me suis enfin exprimé entièrement." Et signe : "Romain Gary". [1]

        

Voilà pour le côté biographique. Mais pour Romain Gary la vérité est différente. « La vérité ? Quelle vérité? La vérité est peut-être que je n'existe pas. » [2] Pour lui, ce n'est pas simplement une formule, mais un profond désir d'échapper aux autres, pouvoir se fuir et se réinventer tout à la fois. Entre sa soif de vivre et son attraction pour le néant, Romain Gary se cherche et recherche une voie étroite comme un pionnier, il est, toujours selon Le Figaro, « une métaphore de la liberté. »

Notes et références
[1]
Sur son itinéraire biographique, voir le livre biographique écrit par son ex femme Lesley Blanch "Romain, un regard particulier"

[2] Voir Myriam Anissimov, Romain Gary, le caméléon, éditions Denoël

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11 janvier 2018

Hélène Grimaud joue Brahms

  

Hélène Grimaud, Brahms et la nature
pour s’attaquer au déluge de notes, aux explosions d’accords dont Johannes Brahms émaille ses compositions, Hélène Grimaud puise son inspiration dans la nature. Dans son beau livre Retour à Salem [1], qu’on peut lire tout en l’écoutant jouer ses concertos, elle évoque sa découverte d’un manuscrit de Brahms à propos d’un curieux voyage qu’il aurait effectué dans les forêts du côté des bords de la Baltique. Cette double rencontre à travers ce livre et les deux concertos pour piano de Brahms représente pour elle le meilleur exemple de son rapport à la nature.

« Brahms, dit-elle, est ce génie des nuages noirs, des ciels bas et des buissons mouillés de brume. Il m’est plus intime que n’importe quel autre compositeur et il est celui sans qui je ne pourrais vivre. Jouer sa musique c’est comme marcher entre deux abîmes et flirter avec le vertige ».
Belle profession de foi.

                             
Hélène Grimaud Retour à Salem

Une œuvre « aux complications rythmiques infinies, aux soubresauts complexes entre accords massifs et grands écartements ». déclare Hélène Grimaud à propos du second concerto de Brahms au début de son roman intitulé Retour à Salem. Elle s’est tellement investie dans cette partition qu'elle en a fait le point de départ de son récit.

Pour elle, être une interprète signifie d’avoir d’abord une réflexion personnelle, chercher à travers sa musique une résonance avec son propre travail, sa propre sensibilité. Il lui faut, comme elle l’exprime elle-même, « instaurer un contexte d'émotion partagée avec le public ». Son approche des deux concertos de Brahms, s'inscrit dans cette démarche. Le choix de Brahms n’a rien d’un hasard puisque le compositeur l’a toujours accompagnée. Son premier disque en 1996 lui était déjà consacré. Deux ans plus tard, c’est le premier enregistrement du Concerto n°1, avec la Staatskapelle de Dresde dirigée par Kurt Sanderling. C’est un succès, elle arrive à  faire passer la trame dramatique des années de jeunesse de Brahms.

        

La route vers le Concerto n°2 sera encore plus difficile… une période de 5 ans marquée d’essais et de doutes. Enfin en 2012, elle se décide à le réaliser avec le Philharmonique de vienne dirigé par Andris Nelsons.

Voyons ce qu’il en est dans les différentes phases d’exécution. Dans le premier mouvement introduit par une belle envolée du cor, elle utilise à merveille le rubato, c’est-à-dire sa capacité à faire varier la vitesse  d’exécution des notes selon son inspiration. La pluie d’arpèges qui suit conduit au célèbre scherzo (Morceau plutôt vif et gai) qui fit le succès de l'œuvre.
Le mouvement suivant, un andante, par nature plus méditatif, est fondé sur un échange avec le violoncelle qui renvoie d’ailleurs au duo entre Hélène Grimaud et Sol Gabetta dans la Première sonate pour violoncelle. [2]

Hélène Grimaud a aussi interprété d'autres oeuvres pour piano de Brahms comme ses deux sonates (n°2 et 3 en la mineur op 2 & 5), les différentes pièces pour piano (op 76 & op 118-119), les fantaisies et intermezzi op 116-117 ou la rhapsodie n°2 op 79. [3]

      
Hélène Grimaud joue Brahms : ses différentes Pièces pour piano et les sonates 2 & 3

Notes et références
[1] Hélène Grimaud, Retour à Salem, éditions Albin Michel, 256 pages, octobre 2013
[2] Album Duo, Johannes Brahms, Sonate pour violoncelle en ré majeur op. 78 
[3] Hélène Grimaud joue la rhapsodie n°2 de Brahms --

Voir mes différentes fiches :
* Hélène Grimaud, De Chopin à Water -- Perspectives --
* Hélène Grimaud, Musique en photos -- H. Grimaud joue Brahms --

<<< • Christian Broussas – H. Grimaud - 11/01/2018 -© • cjb • © >>>

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10 janvier 2018

Hélène Grimaud Musique en photos

« L’art d’Hélène Grimaud est toujours plus proche de la poésie que de la prose. »

Elle nous surprendra toujours… Après ses concerts Water conjuguant musique et jeux d’eau, Hélène Grimaud propose maintenant une expérience unique avec un récital d’œuvres classiques variées qui conversent avec des images de la nature. La pianiste mêle sa musique avec les images de son photographe de mari Mat Hennek.

      

Pour cette nouvelle expérience de musique scénique, elle a choisi la Philarmonique de Paris. Avec Woodlands and Beyond, ils ont conçu un spectacle différent, un « concert à entendre… et à voir ». Une belle réalisation qui parvient à conjuguer un récital fait d’œuvres signées Luciano Berio, Maurice Ravel, Toru Takemitsu, Alban Berg ou encore Claude Debussy, et des images extraites de la série Woodlands and Beyond de Mat Hennek. Une expérience aussi pour trouver un équilibre, une espèce d’osmose entre leurs deux sensibilités, pour que chacun arrive à mettre en valeur le rendu artistique de l’autre dans une altérité totale.

Sol Gabetta et Hélène Grimaud

Si vous voulez en savoir plus sur l’actualité d’Hélène Grimaud (ce dont je ne doute nullement), sachez qu’elle se produit actuellement dans un récital avec la violoncelliste Sol Gabetta. « Quand deux artistes aussi libres se rencontrent, l’équation musicale est parfaite  », commente un journaliste qui parle aussi de « rencontre au sommet ». Cette équation, c’est la conjugaison entre la délicatesse d’Hélène Grimaud et l’énergie de Sol Gabetta.
Toujours ce désir chez elle d’aspirer à un équilibre supérieur…

Comme je vous sens impatients de connaître le programme, je cède sans ambages à votre pressente demande :
- Arvo Pärt, Spiegel im Spiegel pour violon et piano
- Robert Schumann, Cinq pièces dans le style populaire op.102
- Claude Debussy, Sonate pour violoncelle en ré mineur
- Johannes Brahms, Sonate pour violoncelle en ré majeur op. 78

Voilà, j’ai satisfait votre naturelle curiosité mais je peux ajouter qu’elle a prévu pour 2018 une série de concerts centrés sur les concertos pour piano : en particulier, celui de Beethoven, le n°4 en si majeur, celui de Maurice Ravel et le n°1 de Johannes Brahms.

Si vous avez encore un peu de temps, voilà quelques références de vidéos pour admirer tout son talent :   
- Hélène Grimaud et Sol Gabetta – Hélène Grimaud, Perspectives --

Installez-vous peinard dans un fauteuil, les jambes bien allongées, le dos bien calé, vous verrez, c'est ainsi qu'on atteint... la "schmollitude" !

       

Voir aussi mes fiches :
* Hélène Grimaud, De Chopin à Water --
* Hélène Grimaud, Perspectives -- Musique en photos --

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08 janvier 2018

Mexique, La cité des Dieux

Teotihuacan, cité centrale du monde précolombien

       
La chaussée des morts vue générale                 La pyramide de la lune

Classé au patrimoine mondial de l’UNESCO, Teotihuacan est situé à 2275 mètres d’altitude dans les hautes terres semi-arides du centre du Mexique. Ses 20 km² ont accueilli quelque 100000 habitants pendant plusieurs siècles.  Les pyramides érigées avec des outils de pierre représentent les vestiges les plus importants de la cité.

À son apogée dans la première moitié du Ier millénaire, à l'Époque classique, Teotihuacan était la plus grande ville de toute l'Amérique précolombienne. À ce moment, elle pourrait avoir compté plus de 200 000 habitants, faisant de cette ville l'une des plus grandes du monde.

       
       Teotihuacan Sculptures du temple du Quetzal

Teotihuacan signifie « le lieu des dieux » ou « le lieu où ils deviennent dieux. » Ce qui renvoie au mythe du « Cinquième soleil », récit  qui décrit l’état de l’univers après la destruction de la société précédente. Le Soleil puis la Lune constituèrent les éléments astraux essentiels de la Cinquième création.

Architecture et urbanisme
 Dans la première phase (0-150 après JC) furent édifiées les pyramides de la Lune et du Soleil. Teotihuacan atteint son apogée ensuite (150-200 après JC)  avec un quadrillage de la ville en 4 quartiers principaux et la construction du temple du serpent à plumes (temple de Quetzalcoatl).

Politique et économie
Il semble bien que la structure politique était fondée sur des gouvernants représentants les 4 quartiers. Les grandes fresques murales montrent des dignitaires officiant dans leurs fonctions. Commerce et guerres étaient étroitement liés. Les alliances se nouaient autour de l’échange d’objets, plumes de quetzal, mica, jadéite et l’obsidienne, trésor de Teotihuacan.

      
Peinture murale Patio du Jaguar                                       Fresque murale (fragment)

Surtout, elle contrôlait les importants gisements d'obsidienne d'Otumba et Sierra de las Navajas. Elle était également un lieu d'échanges avec les autres entités politiques de Mésoamérique, notamment pour le commerce du jade, du copal, de l'onyx, de la résine aromatique de la côte du golfe du Mexique ou des plumes caudales du quetzal venues du pays maya.

Dieux et rites
Dans la cité, les religieux jouaient un rôle primordial. Titulaires de nombreux lieux de culte, les prêtres initiaient les cérémonies pour obtenir les faveurs des divinités. Ils dirigeaient des vases liturgies pour implorer la fertilité, demander l’unité politique ou en appeler au cosmos.

                      Le serpent à plumes
Plaque de jade d'un souverain maya

Vie quotidienne et artisanat
Il semble bien que Teotihuacan ait été  une ville multi-ethnique, avec des quartiers distincts occupés par les Otomi, les Zapotèques, les Mixtèques, les Mayas et des peuples nahuas.
L'habitat est constitué de plusieurs pièces souvent décorées de peintures murales, distribuées autour de patios protégés par un mur d'enceinte. La famille est très hiérarchisée, du "pater familias" aux serviteurs.
Les patios permettaient l'entrée de la lumière et le captage des eaux de pluie stockées dans des citernes. Les toits s'ornaient souvent de motifs architecturaux et d'acrotères sculptés. [1]

L'artisanat était très développé, attirant de nombreux étrangers des cités voisines. On y travaillait surtout la pierre, l'os et les coquillages, façonnant les décors des vases en céramique et les peintures murales constellées de messages politiques, ce qui signifie que l'État contrôlait largement le développement artistique de la cité.

    
                                      Le temple du serpent à plumes

Relations avec l'extérieur
Elle fut à son apogée la plus puissante métropole de Mésoamérique (en gros le Mexique et l’Amérique centrale), influançant les autres cités par son rayonnement artistique. Elle étendit sa domination sur tout l'Altiplano central établissant des réseaux socio-économiques avec les autres cités, en particulier avec Monte Alban.

Déclin et chute de Teotihuacan
Sa disparition reste encore inexpliquée. On sait seulement qu'elle fut ravagée par un immense incendie. Vers 550, beaucoup d'oeuvres d'art, de représentations de dignitaires furent brisées ou saccagées. Tous ces indices font plutôt penser à une révolte d'un prolétariat surexploité qui aurait marqué le déclin de la cité.

      
Masques en pierre          en serpentine          en marbre

Notes et références
[1]
L'acrotère est un relief constitué par un muret situé en bordure de la toiture, dans le prolongement de ses murs de façade.  

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Daniel Rondeau Mécaniques du chaos

Référence : Daniel Rondeau Mécaniques du chaos, éditions Grasset, 464 pages, août 2017, Grand prix de l’Académie française 2017, Prix Paul-Morand 1998

                
« Terreur et désolation: un grand thriller miroir du temps. » Culture tops

Le monde, le vaste monde qui se rétrécit peu à peu pour l’homme à l’aune de la mondialisation. Dès lors, comment s’y retrouver pour ces multiples personnages qui peuplent ce roman et  s’appellent Bruno, Grimaud, Habiba, Rifat, Rim, Jeannette, Levent, Emma, Sami, Moussa ou Harry.

On y rencontre en particulier Bruno, genre flic paumé qui essaie d'infiltrer les réseaux islamistes tout en jouant sa carte personnelle ou le narrateur et archéologue distinguéSébastien Grimaud, spécialiste de l’Antiquité qui nous emmène à Carthage… et dans un univers dangereux.

Le roman foisonne aussi de figures singulières. Outre Bruno, le flic de la brigade antiterroriste, on y trouve Habiba, boat-people somalienne rescapée d’un naufrage sur les côtes maltaises, Moussa, chef de milice esclavagiste, Levent, diplomate turc au jeu ambigu, M’Bilal, caïd salafiste, Sami, fils d’immigré algérien, modèle d’intégration en voie de radicalisation ou encore Harry, pauvre gamin orphelin d’une cité pourrie de banlieue, utilisé comme « guetteur » par les dealers… Des personnages tiraillés entre leurs origines et le cours chaotique et violent du monde, aux frontières de plus en plus floues. [1]

     

Un roman constitué de plusieurs histoires qui se déroulent en parallèle, triller aussi mélangeant terrorisme et trafics, fait de rivalités politiques et de guerres des services, de drames des migrants… Les personnages sont plutôt troubles et dangereux, naviguant dans le monde, de la Tripolitaine à la Marsa, de Catane à Kobané, des banlieues grises parisiennes ou du port d’attache de l’auteur, le port de La Valette à Malte que l’auteur a bien connu pour y avoir séjourné plusieurs années.

 « Ce roman représente la somme de tous mes engagements littéraires et personnels depuis plusieurs années », a déclaré Daniel Rondeau après avoir reçu le Grand prix de l’Académie française.

C’est pour décortiquer les mécanismes de préparation d’un attentat que Daniel Rondeau nous promène un peu partout dans des pays souvent déstabilises par les dissensions et la guerre, de Somalie en Éthiopie, de Turquie en Irak, de Libye en Algérie, dans la banlieue parisienne ou jusqu’à la prison de Fleury-Mérogis dominée par des détenus islamistes. Il nous décrit un monde qui se délite, où la mélancolie s’ajoute au désenchantement.

Daniel Rondeau et Jean-Christophe Rufin

Notes et références
[1] 
« Daniel Rondeau croit au pouvoir des mots. Sa fresque crépusculaire et polyphonique brasse l'histoire et l'actualité, interrogeant les dérèglements de notre société. » Le Figaro

Voir aussi ma fiche : Daniel Rondeau : Camus ou les promesses de la vie --

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05 janvier 2018

Olivier Guez La disparition de Josef Mengele

Référence : Olivier Guez La disparition de Josef Mengele, éditions Grasset, 240 pages, août 2017, Prix Renaudot 2017 [1]

      
« C’est l’apport irremplaçable (de la littérature) que de s’emparer des blancs que l’historiographie laisse à l’imagination. »

Une chasse à l’homme où les dés sont pipés

En 1949, Josef Mengele arrive en Argentine.
L’ancien médecin tortionnaire à Auschwitz  espère bien, caché par des pseudonymes, vivre une nouvelle vie à Buenos Aires. C’est l’après-guerre, une nouvelle époque commence où beaucoup veulent oublier les terribles temps de guerre, où l’Argentine de Peron  est très compréhensive. Mais d’autres n’oublient pas et organisent la traque aux anciens nazis. Mengele passe au Paraguay puis au Brésil. Une errance ici ou là, un homme déguisé, angoissé, une vie de proscrit qui finira par une mort mystérieuse sur une plage en 1979. Vaine traque qui dura trente ans.
 
Olivier Guez part à son tour à la traque du médecin d’Auschwitz [2] qui affectionnait les expériences sur les jumeaux et les nains, collectionnait aussi les yeux bleus, qu'il épinglait sur les murs de son bureau. On y rencontre toute une faune d’anciens nazis, des agents du Mossad, des femmes prêtes à tout, de pauvres dictateurs, évoluant dans un monde corrompu par le fanatisme, le fric et l’ambition. 

  
Mengele à Auschwitz Holocaust memorial museum           Mengele en 1938 et 1956

Interview d’Olivier Guez à l’AFP

« J'ai choisi le style le plus sobre, le plus sec, le plus âpre », annonce-t-il en préambule, « car il n'était pas question de faire de la métaphore » et de ce fait il peut dire « mon livre est un roman de non-fiction … »

Il est intéressé jusqu’à l’obsession par cette période du XXè siècle marquée par les deux dates butoir de 1914 et 1945, avec ses 85 millions de morts, lui qui a écrit "L'impossible retour. Une histoire des Juifs en Allemagne depuis 1945". Pour ce livre, il a écumé les archives pendant 3 ans, allant jusqu’au Brésil débusquer la ferme où Mengelé s’était terré.
Un livre où la fiction ne vient que relayer faits historiques et témoignages.

Clandestin, Mengelé débarque en Argentine en juin 1949 sous le nom d'Helmut Gregor« le nom de l'homme qui se transforme en cafard dans La métamorphose de Kafka », remarque l’auteur, et il finira par obtenir légalement un passeport des autorités allemandes au nom de Josef Mengele fin 1956.

    

Josef Mengele, enfant de la grande bourgeoisie industrielle bavaroise, rêvait « de se démarquer de son père et faire une carrière universitaire.» Olivier Guez dit de lui que c’était « un personnage abject et médiocre. » [3]

Il est, ajoute-t-il, « un pur produit de l'Allemagne nazie. Ce médiocre va se couler parfaitement dans le moule de la médecine nazie ». Un opportuniste qui demande d’aller lui-même à Auschwitz. Il est présent, en grand uniforme SS, pour "sélectionner" ses cobayes.

D’une façon générale, commente Olivier Guez, « les médecins nazis ne voyaient pas les déportés comme des hommes. » Par contre, Mengele se soucie de sa petite personne. Lors de la débâcle, il détale et fuit jusqu’en Argentine où il profite de la bienveillance de Peron à son égard. Ex-collabos français, anciens officiers SS, nazis de toute l’Europe y trouvent refuge.

Contrairement au genre "m’as-tu-vu" d’un Eichmann, Mengele reste prudent. Lors de l’arrestation d’Eichmann par les Israéliens en 1960, Mengele se terre et demande constamment de l'aide à sa famille restée en Allemagne. Saisi par la peur, il se retrouvera finalement au Brésil, vivant chichement et mourra sur une plage en 1979, à 68 ans sans jamais avoir été condamné par un tribunal.
Si Mengele a peu à peu sombré dans l’angoisse et la persécution, jamais il n'a ressenti le poids de la culpabilité.

Notes et références
[1]
Un des favoris de la saison littéraire, sélectionné pour le Goncourt, le Goncourt des lycéens, le Renaudot, le Médicis et l’Interallié.
[2] Voir ma fiche, Florent Brayard, Auschwitz, enquête sur un complot nazi --
[3] Voir Auschwitz, Témoignages Mengele -- et Annette Wieviorka sur la Shoha --

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