Frachet

14 novembre 2017

L'art pictural, Alain-Georges Leduc

L'univers pictural d'Alain Georges Leduc

            
                                                       
     Pendant une conférence sur Yves Klein

Alain Georges Leduc, originaire du Cambrésis mais né à Paris en 1951 est un écrivain et critique d’art français, professeur à l’École supérieure d’art de Metz, où il enseigne l’histoire de l’art moderne et contemporain, ainsi que l’analyse des formes. Il est membre de l'AICA, l'Association internationale des critiques d'art, et de l'AISLF, l'Association internationale des sociologues de langue française.

Dans un article intitulé Facettes de l'esthétique contemporaine, il se propose de dégager une sociologie des artistes et de l’art à travers leurs comportements par rapport aux formes plastiques. Tâche difficile pour lier l’individualité à l’homogénéité de tel ou tel groupe, pour également analyser la diversité, le pluralisme des arts plastiques : objets, usages, problématiques et méthodes. Et ce d'autant plus que champs et catégories ont eu tendance à se mêler depuis plus d'un siècle.

En 2011, il va piloter dans sa région d'origine l'Escaut, une importante manifestation picturale intitulée Escaut, rives, dérives qui réunit les grandes discipines picturales.

    
Céleste Bollack                                        Filomena Borecka

Alain-Georges Leduc et la peinture contemporaine
Ce féru de peinture et de sculpture a connu nombre d'artistes contemporains dont pour certains, il a réalisé albums et monographies.

    
         Kjell Pahr-Iversen                             Odile Levigoureux                       Cristian Sida

A propos de la sculpture
Dans sa plaquette Escaut, rives, dérives, Alain Georges Leduc traite de la sculpture et de la place de l'art dans la cité. Dans la relation de l'homme et de la sculpture, se dessinent d'abord le grain de la matière et la préhension des formes mais le regard a pris peu à peu le pas sur les autres sens. L'approche de la matière par le toucher -la dimension 'haptique'- est pourtant plus 'sûre' que la vision avec ses biais de perspective et de trompe-l'œil. Le rapport à l'objet est un rapport au désir, un besoin rétrospectif de complémentarité. Les matériaux 'nobles' -pierre, marbre, bronze, bois- souffrent de la concurrence de l'acier, du verre, du plastique, voire de matériaux composites, changement résultant d'une nouvelle conception de l'objet d'art et de l'évolution technologique

La notion de sculpture en tant qu'objet a elle aussi beaucoup évolué. « Il va falloir aujourd'hui ... élargir ce champ qui s'est depuis encore étendu, complexifié » note Alain Georges Leduc. La sculpture a été pendant longtemps un univers rassurant fait de statues, de monuments aux morts trônant sur les places des villages... L'évolution se veut remise en cause, éclatement du cadre du tableau, disparition du socle des sculptures avec une tendance à une certaine dématérialisation. En matière de sculpture, l'absence, le vide est un élément essentiel constitutif de l'ensemble, « une dialectique du vide et du plein » écrit Alain Georges Leduc.

L'art, tel qu'il le conçoit, est une éducation, partant de la création de l'œuvre et de ses différents aspects : forme, composition, iconographie, couleurs, matériaux, techniques utilisées, reposant sur ce paradoxe fondamental de « rendre visible le visible. » Dans sa dimension pédagogique, il doit aussi participer à un projet collectif et rapprocher les hommes. L'art et la sculpture « sont des vecteurs puissants d'émancipation qui concourent à la formation de chacun et les meilleurs ambassadeurs de la liberté et de la citoyenneté. »

             
Brèves de sculpture            Les mots de la peinture

A propos de la peinture

Voici ce qu'il en dit dans son dictionnaire Les mots de la peinture paru en 2002 :

« La peinture est diverse, pourtant elle est un tout.
Quoi de plus dissemblable en effet, mais aussi de plus proche, qu’une fresque du paléolithique supérieur et un tag sur les flancs d’une voiture de métro new-yorkais ? Quoi de plus différent que le destin tragique de Vincent Van Gogh et celui – dionysiaque –, de Pablo Picasso ? Quoi de plus opposés, aussi, du point de vue de l’épaisseur de la pâte, qu’un Vermeer de Delft, un Titien, un Cézanne ou un Dali ?
Mais un 'tout' n’est pas un bloc insécable.
Dans le langage de la géologie, mon livre ressemblerait à un morceau de micaschiste, fait de strates, de fines pellicules de mémoire.
J’ai voulu, avec passion et plaisir aussi, travailler aussi bien le cœur que la peau de mon sujet, un sujet que j’ai fini, me semble-t-il, par progressivement connaître, depuis près de trente ans que je l’enseigne à des étudiants d’écoles supérieures d’art et d’une école d’aéronautique.
C’est le seul ouvrage à ma connaissance qui rassemble des entrées tant techniques, d’histoire et d’esthétique, que les termes afférents du marché de l’art, et ceux concernant tant les supports que les outils spécifiques. »

Voir aussi :
*
Les mots de la peinture -- Escaut Rives Dérives --
*
Alain (Georges) Leduc : Vailland et les peintres entre esthétique et politique, conférence à l'ENS de Lyon, 2007
* Les arts plastiques selon AG Leduc : différents aspects picturaux de l'exposition "Escaut, Rives, Dérives"--

<> • • Christian Broussas • AG Leduc, pictural • °° © CJB  °° • • 11/2017 <>

Posté par Frachet à 21:52 - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags :


11 novembre 2017

Annie Ernaux, La place

Référence : Annie Ernaux, La place, éditions Gallimard, collection Blanche, 114 pages, 1983, prix Renaudot 1984

       
« Désirer savoir est la forme même de la vie et de l'intelligence ». Annie Ernaux
 
L'auteur-narratrice a perdu son père l'année où elle est devenue professeur. Après la rupture -essentielle pour elle- avec son milieu d'origine, d'un milieu d'ouvriers et de petits commerçants au milieu de la bourgeoisie intellectuelle  du professorat, c'est une autre rupture que marque la mort de son père. « Je voulais écrire au sujet  de mon père, de sa vie, et cette distance venue à l'adolescence entre lui et moi. Une distance de classe, mais particulière, qui n'a pas de nom. Comme de l'amour séparé. »

           
Annie Ernaux dans les années soixante-dix


Elle évoque sa jeunesse dans cette région de la Seine maritime, entre Yvetot et Lillebonne, qu'elle a quittée pour la Haute-Savoie. Elle y revient avec son fils qu'elle nomme "L'enfant", petit anonyme étranger au drame qui se déroule, pour revoir ce père malade qui va bientôt disparaître.

    Vue d'Yvetot
« Peut-être sa plus grande fierté, ou même la justification de son existence : que j'appartienne au monde qui l'avait dédaigné ». page 112

Dans l'incipit, elle a choisi cette citation de Jean Genet : « Je hasarde une explication : écrire c'est le dernier recours quand on a trahi ». Cette trahison sur laquelle elle reviendra dans d'autres livres, renvoie à ce milieu modeste qui n'est plus le sien désormais et à cet autre milieu plus aisé où elle vit maintenant mais dans lequel elle ne se sent pas forcément à l'aise. 

Son père... ils s'aimaient et ne se sont jamais vraiment compris. On sent un fossé qui n'a fait que s'élargir au fil des années quand elle s'éloigne de ses parents, et qu'eux aussi s'éloignent d'elle, s'enfermant dans une vie de plus en plus étriquée.
Pour son père, "travailler", c'était le faire de ses mains, des mains de travailleurs souvent caleuses, « il disait que j'apprenais bien, jamais que je travaillais bien. Travailler, c'était seulement travailler de ses mains. » 

Quelques années plus tard, elle entreprend ce récit, évoquant ce père successivement garçon de ferme, ouvrier d'usine et petit commerçant, confessant : « J’écris peut-être parce qu’on n’avait plus rien à se dire. »
     

« Un jour, avec un regard fier : Je ne t'ai jamais fait honte ». 

Elle rend compte de sa condition et de sa faible marge de liberté pour évoluer dans sa vie.   Tout y passe dans le prisme de son analyse, surtout l'héritage culturel des dominés qu'elle a dû évacuer, ses usages et ses valeurs, les humiliations, l'éclatement de la famille...
A ce propos, elle disait : « Le seul moyen d'évoquer une vie, en apparence insignifiante, celle de mon père, de ne pas trahir (lui, et le monde dont je suis issue, qui continue d'exister, celui des dominés), était de reconstituer la réalité de cette vie, à travers des faits précis, à travers les paroles entendues. »

Elle évoque tout ce passé fait de joies et de déchirures dans un style précis, sans fioritures, sans digressions, qu'on peut parfois trouvé un peu sec, évacuant les descriptions et le recours aux développements psychologiques, ce qu'elle appelle « l'écriture plate, sans affects exprimées, sans aucune complicité avec le lecteur », ce qui lui permet avec cette technique de « rendre compte d'une vie soumise à la nécessité. » 

              

Voir aussi
* Mes articles : Annie Ernaux, Le vrai lieu --Mémoire de filleLa place --
* Sur Blogspot : Écrire la vie --

* Voir également mon site "Portraits de femmes"

<< Ch. Broussas, Annie Ernaux 3, Feyzin, 11/11/2017 - © cjb • © >>

Posté par Frachet à 19:17 - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags :

07 novembre 2017

Le Louvre Abu Dhabi

                  
                                                                                                  Tête de Bouddha VIème siècle

Le Louvre Abu Dhabi, grand musée conçu par l’architecte Jean Nouvel, va (enfin) ouvrir ses portes avec quelque deux ans de retard. L’institution, installée sur l’île de Saadiyat, (l’île du bonheur) sera bientôt inaugurée en cet automne 2017.

   
Vinci La belle ferronnière                          Le Louvre Abu Dhabi

      
Bellini Vierge à l’enfant                              Le Louvre Abu Dhabi

Annoncé puis repoussé à de nombreuses reprises, Le Louvre Abu Dhabi, bâti dans l’Émirat arabe du même nom, offre un vaste complexe à partir de l’objectif original d’être un musée qui se veut universel.

              
Édouard Manet Le bohémien
Osman Hambi Bey, jeune Emir à l’étude, Istanbul, 1878

Depuis 2009, le Louvre Abu Dhabi s’est ainsi lancé dans une vaste campagne d’acquisitions d’œuvres, afin de garnir les cimaises du bâtiment à venir. L’idée est de couvrir tous les champs de création, de la peinture à la sculpture en passant par les arts décoratifs, mais aussi de représenter toutes les époques : ainsi, les pièces antiques comme des statuettes en bronze datant de l’Égypte ancienne vont cohabiter avec des pièces d’art contemporain.

Dans cette optique, les artistes Jenny Holzer et Giuseppe Penone ont été invités à réaliser des œuvres "in-situ" pour le musée, en relation avec l’architecture originale conçue par l’architecte Jean Nouvel. Mais les acquisitions ne font pas tout.

                     
Manet Nature morte au cabas et à l’ail      Caillebotte La partie de bésigue (acquis en 2009)
(acquisition 2009)

Son prestige international tiendra également au fait que, outre Le Louvre lui-même, plusieurs grands musées français participent à cette opération dans le cadre de prêts d’œuvres originales ou prestigieuses :
Le musée d’Orsay, le Centre Pompidou, le musée du Quai Branly, le musée Guimet, la BNF, le musée Rodin, le musée de Cluny, le château de Versailles, le musée des Arts Décoratifs, le musée d’archéologie Nationale de Saint Germain en Laye, la cité de la céramique de Sèvres, ainsi que le château de Fontainebleau.

       
Jean Decourt Cupidon et Psyché, banquet de noces, émail sur cuivre
Murillo, Le songe de Jacob

Quelques références d’œuvres présentées
Période antique

* Princesse de Bactriane, vers fin du IIIe millénaire av. J-C, Asie centrale, chlorite (corps et coiffe), calcite (visage), acquisition 2011
* Statuette bronze d'Osiris, 1085-730 av. J-C, Égypte, XXIe – XXIIIe dynasties.
* Bracelet aux figures de lion, VIIIe-VIIe siècle av. J-C, Ziwiyé, Azerbaïdjan, Iran, or, acquisition 2009.

Période ancienne
* Bodhisattva debout, IIe siècle - IIIe siècle, sans doute région du Gandhara, Pakistan, schiste, acquisition 2009.
* Fibule aquiliforme de Domagnano, seconde moitié du Ve s. apr. J-C., Italie, or, grenats, coquillage, acquisition 2009.
* Amphore à figures noires et son couvercle représentant le combat d’Héraklès et du lion de Némée et Dionysos entouré de satyres vers 520 av. J-C., Grèce, terre cuite peinte, hauteur 38,2 cm, diam. 17,2, base 12,8 cm.
* Tête de Bouddha, VIe siècle apr. J-C, Chine du Nord, dynastie des Qi du Nord, marbre blanc.
* Boîte octogonale, milieu du VIIIe siècle apr. J-C., Chine, dynastie Tang, bois de kaya, placage d'écaille de tortue, incrustations de nacre et de perles d'ambre peintes, acquisition 2009.
* Shiva dansant, seconde moitié Xe siècle, Inde du sud, Période chola, bronze.

Période Renaissance
* Giovanni Bellini, Vierge à l'Enfant, vers 1480-1485, huile sur bois, Venise, acquisition 2009.
* Bassin d'aiguière au médaillon représentant Sainte Barbara, vers 1500, Venise, émail polychrome peint sur cuivre
* Christ montrant ses plaies, vers 1515-1520, Allemagne, bois de tilleul polychrome,
* Jean Decourt, Plat des Noces de Psyché, fin XVIe siècle, émail peint en grisaille sur cuivre, et Bassin d'aiguière du Triomphe de Cérès, 1558, émail peint en grisaille à rehauts d'or

XVIIe siècle et XVIIIe siècle
* Bahrâm Gûr dans le pavillon vert, Chiraz, Iran, vers 1560-1570, encre, couleurs en or sur papier.
* Achille hermansreyt, Tour à compartiment, 1657, ivoire d'éléphant tourné et sculpté.
* Bartolomé Murillo, L'Échelle de Jacob, vers 1665, huile sur toile.
* Manufacture royale de Beauvais, Tenture de l'Histoire du roy de Chine : l'Embarquement du prince, fin du XVIIe siècle - début du XVIIIe siècle, laine et soie, acquisition 2009.
* Jean-François de Troy, L'Évanouissement d'Esther, 1730, huile sur toile.
* Muhammad B. Ahmad B. Lahsan al-Battûtî, Astrolabe planisphérique, 1726-1727, Maroc, laiton coulé, martelé et grave, rehaussé de clous en argent.

 XIXe siècle et XXe siècle 
* Édouard Manet, Le Bohémien, 1861- 1862 et Nature morte au cabas et à l’ail, 1861 - 1862.
* Gustave Caillebotte, La partie de bésigue, 1881, huile sur toile, acquisition 2009.
* Osman Hamdi Bey, Jeune Emir à l'étude, 1878, huile sur toile.
* Paul Gauguin, Les Enfants luttant (Jeunes lutteurs - Bretagne), juillet 1888, acquisition 2010.
* Pablo Picasso, Portrait de femme, 1928, gouache, encre, collage sur papier, acquisition 2012.
* René Magritte, La Lectrice soumise, avril-mai 1928, huile sur toile, acquisition 2011.
* Piet Mondrian, Composition avec bleu, rouge, jaune et noir, 1922, Huile sur toile, 79,8 x 50 cm.
* Yves Klein, Anthropométrie (ANT 110), 1960, pigments sur papier marouflé sur toile, acquisition 2011.

          
Statuette d’Osiris      Princesse de Bactriane    Bodhisattva Gandhara

Notes et références
* Laurence des Cars,
Louvre Abou Dabi. Naissance d'un musée, catalogue de l'exposition, coédition Musée du Louvre/Skira, avril 2013.

<<< • Christian Broussas – Abu Dhabi 2017 - 07/11/2017 -© • cjb • © >>>

Posté par Frachet à 19:17 - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags :

04 novembre 2017

L’exposition Barbara 2017

       

Cette exposition à la Philharmonie de Paris sur une chanteuse nous invite aussi à nous questionner sur ce que signifie être une femme libre, une femme qui écrit, compose et interprète ses œuvres dans cette seconde moitié du XXe siècle.
Artiste d’exception, Monique Serf alias Barbara a été la muse des années cabarets de la rive gauche, avant de chanter à Bobino puis sur les plus grandes scènes parisiennes. Peu à peu, elle est devenue une espèce de mythe et ses concerts, des moments de communication. Le public, debout, admiratif, ne boudait pas son plaisir.

L’exposition présente des archives vidéo parfois inédites, portant essentiellement du fonds de l’Institut national de l’audiovisuel, qui permettent de découvrir ses multiples facettes. Des textes qu’elle a ébauchés et maintes fois remaniés, des correspondances intimes et des documents personnels qui font mieux comprendre sa façon de composer, de faire de sa vie des chansons intemporelles, des confidences susurrées dans ses chansons.

Cette exposition permet aussi d’admirer de précieux clichés, les photographes qui ont su gagner sa confiance et l’ont portraiturée de façon plus intime comme Just Jaeckin, Marcel Imsand, Jean-Pierre Leloir, Georges Dudognon

Barbara aimait façonner son image, comme on peut le voir dans ses costumes de scène, les médias de l’époque montrent bien le regard qu’on portait sur sa personne et qui a su préserver son mystère, sacrifier aux rituels de l’artiste sans complètement se démasquer.
La mise en scène de l’univers poétique de Barbara est due à deux grands noms du spectacle : Antoine Fontaine et Christian Marti, qui avaient déjà collaboré à l’exposition Brassens ou la liberté à la Cité de la musique en 2011.

Parcours de l’exposition : De Monique Serf à Barbara

« Il ne faut jamais revenir
Au temps caché des souvenirs
Du temps béni de son enfance. »

      
Barbara et son frère Jean à Orry-la-ville à la fin des années 1930
Barbara à Amsterdam en 1965

Comment Monique Serf, née le 9 juin 1930 à Paris, 17e, petite fille juive et pauvre, marquée par la guerre et une enfance difficile, devint-elle Barbara, la grande artiste un peu effacée qu’on a connue ?
La publication de son autobiographie Il était un piano noir, parue peu après sa mort, révèle le drame intime qui a marquée son enfance. La cicatrice mémorielle, son besoin d’errance, éclairent d’une façon différence certains textes de ses chansons dont le sens profond nous avait échappé. Dans cette enfance, il y avait aussi son vibrant désir de jouer du piano, d’interpréter ses compositions, mais aussi l’éclairante découverte d’Édith Piaf.

       
L’Écluse – dessin préparatoire pour la scénographie de l’exposition Barbara, 2017

Scénographie de Antoine Fontaine et Christian Marti
Nolwen Leroy, hommage à Barbara  --  Barbara, Lily Passion

Comme beaucoup de chanteuses du début du XXe siècle – telles Yvette Guilbert ou Marie Dubas –, Barbara a débuté par des tours de chant à Bruxelles, où elle partit subitement à 20 ans, puis dans des cabarets parisiens d’après-guerre comme l’Écluse, petite salle de 70 places. « L’Écluse est la première maison que j’ai trouvée. Là il y avait vraiment un cœur qui battait. Une famille qui m’a accueillie. C’est là que j’ai commencé à respirer, que tout s’est déclenché ». Barbara y devint celle qu’on appela la « chanteuse de minuit ».
« Je n’avais plus peur de rien. J’aurais traversé les murs, animée par mon désir obsessionnel, par ma certitude de chanter un jour » avoue-t-elle en parlant de cette période.

Le temps des « Petits zinzins » (1964-1969)

« Mes chansons elles naissent avec la vie […] c’est uniquement des choses que j’ai vécues, qu’on a tous vécues. »

               
Barbara chez elle, rue de Seine en 1963

Grâce à ses premiers succès, Barbara quitte les cabarets pour Bobino. Elle cesse alors d’interpréter Brel ou Brassens – pour composer sans relâche ce qu’elle appelait elle-même ses « petits zinzins ». Des mots simples, des confidences effleurées sur quelques notes, une manière d’offrir à son public sans se révéler totalement ; elle écrit et enregistre beaucoup, fascinant ceux qui la côtoient.

« Touche pas mon piano
Touche pas mes remparts
Touche pas mes lunettes
Touche pas mon regard »

Les années 1960 sont celles des tournées dans tout le pays, la vie sur les routes avec ses intimes une bonne partie de l’année, avec Serge Gainsbourg, Serge Reggiani ou Georges Moustaki lui permettent de se produire en Italie, en Israël, au Liban… Chaque concert est donne lieu à la même démarche dominée par une discipline et une exigence absolue où Barbara supervise tout puis s’enferme dans sa loge jusqu’au moment d’entrer en scène.

      
Barbara avec Serge Reggiani            Bruel, hommage à Barbara

L’aventurière (1970-1981)

« Qu’on ne m’ordonne pas,                      Et j’ai choisi mes hommes
je suis reine en mon île                              j’ai bâti mes empires
Je suis femme en mon lit,                           Au diable la raison
je suis folle en vos villes                             Et vivent mes délires. »

Olympia 1969, coup de théâtre : elle annonce sa décision d’arrêter ses tours de chant. Dès lors, elle se diversifie, fait ce qu’elle aime, s’essaie au théâtre (sans grand succès avec Madame), au cinéma avec Jacques Brel (Franz, 1972), Jean-Claude Brialy (L’Oiseau rare, 1973) ou Maurice Béjart (Je suis né à Venise, 1977).

Avec L’Aigle noir, Barbara devient vraiment populaire, touche un nouveau public, présente à la Une des magazines. Mais elle se fait alors plus discrète, imposant ses choix. Elle finit par se retirer à la campagne, dans sa maison de Précy-sur-Marne, son refuge, son espace de liberté et de création où elle compose et imagine ses futurs spectacles.

      
Barbara dans son jardin à Précy-sur-Marne, à l’automne 1989

La naissance de la légende (1981-1997)

« Pantin espoir, Pantin Bonheur
Oh, qu’est-ce que vous m’avez fait là ?
Pantin qui rit, Pantin, j’en pleure,
Pantin, on recommencera ! »

         
Barbara, Bobino 67

Imaginés à Précy, les concerts de Pantin en 1981, participent grandement à la légende de Barbara qui remontent sur scène après des années de silence. Elle met au point une autre façon de construire ses tours de chant, les concerts-spectacles. Si sa voix a changé, sa relation avec le public n'a jamais été aussi forte.
Toujours aiguillée par une remise en cause permanente, Barbara imagine une comédie musicale qu'elle nomme  Lily Passion, sur laquelle elle travaille pendant cinq ans, n’hésitant pas à dérouter son public. Son relatif retrait rehaussent l'engouement pour ses concerts : Châtelet en 1987 et 1993, Mogador en 1990…

Barbara s’investit également, de façon très confidentielle, dans un combat contre le sida auprès des malades et des associations ; visite et chante en prison. Femme engagée, elle participe à la campagne électorale de François Mitterrand en 1988, aux côtés de Jacques Higelin.
Elle enregistre son dernier disque en 1996, avant de s’éteindre le 23 novembre 1997.

   

<<< • Christian Broussas – Barbara Expo 2017 - 04/11/2017 -© • cjb • © >>>

Posté par Frachet à 22:56 - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags :

01 novembre 2017

André Derain au Centre Pompidou

André Derain, La décennie radicale

      
                                                                                                   
Autoportraits

Le Centre Pompidou présente André Derain 1904 - 1914. La décennie radicale, un nouveau regard porté sur l’œuvre d’un artiste majeur du 20e siècle, même si sa notoriété n’égale pas celle d’un Picasso, avec l’objectif de redécouvrir les étapes du parcours de sa période d’avant-guerre quand il participe aux mouvements d’avant-garde. L’exposition réunit des éléments particulièrement intéressants comme la production estivale de 1905 à Collioure, la série des vues de Londres et ses grandes compositions sur les thèmes de la danse et des baigneuses.

    
Les grandes baigneuses                     Lucie Kahnweiler        La vie encore… avec le jeu de la mort
     
L’œuvre d’André Derain n’a pas connu de grandes monographies depuis la rétrospective que le Musée d’Art moderne de la Ville de Paris lui a consacré en 1994. Il a pourtant eu un rôle important dans la naissance du fauvisme et du cubisme. En solitaire, il revient au réalisme, préfigurant les mouvements figuratifs de réalisme magique, en particulier la peinture métaphysique de De Chirico ou ce qu’on a appelé la Nouvelle Objectivité allemande.

Il faut cependant noter la très intéressante exposition en 1917, organisée par
le Musée d’Art moderne de la Ville de Paris qui eut pour objet d'explorer la relation et la profonde amitié entre trois artistes majeurs du XXe siècle : Derain, Balthus et Giacometti. Concernant Derain, elle est complémentaire de La décennie radicale puisqu'elle nous plonge dans l'évolution picturale des années trente, loin du Derain des années 1904-1914.

 
Montagnes à Collioure                                 Arlequin et Pierrot                         Bateaux à Collioure

Avec près de 200 oeuvres, cette exposition a retracé les moments marquants de cette amitié artistique. Leur rencontre en 1933 et l’intensification de leurs relations à partir de 1935 vont démultiplier les croisements entre leurs vies et leurs oeuvres. Car c'est d'abord une profonde communauté esthétique qui les réunit tous les trois.
Elle montre bien les liens picturaux qui les unissent à travers les portraits croisés, des amis et galeristes communs aux modèles, à travers des ensembles regroupant leurs oeuvres d'après-guerre où émergent doutes et obsessions.

    
Le port de Londres 1906                                                                                     La Tamise

Son rôle dans "l'aventure fauve"

 L’œuvre d’avant-guerre de Derain, marquée par l’inventivité et l’audace, est d’autant plus intéressante. Au début du 20e siècle, proche de peintres comme Maurice de Vlaminck et Henri Matisse, puis de Georges Braque et de Pablo Picasso, André Derain participe aux mouvements fondamentaux du fauvisme et du cubisme. Se frottant à des expérimentations plastiques, il se confronte à la peinture, au dessin, à la xylographie, la sculpture, la céramique, le cinéma, puis sur le tard à la photographie.

L’exposition s’appuie sur des documents d’archives inédites concernant ses photographies, sa collection d’estampes et de reproductions d’œuvres d’art, ses écrits et sa correspondance – mettant ainsi l’accent sur une sélection de ses œuvres les plus représentatives à travers des références artistiques telles que les gravures d’Epinal, les objets maoris ou les sculptures africaines de sa collection.

          
La danse 1906 (détail)                      Mme Matisse en kimono     Vue de l'Estaque 1905
 
Elle présente aussi quelque 70 peintures et un ensemble important d’œuvres sur papier – aquarelles, dessins, carnets de croquis, gravures -, des sculptures, une cinquantaine de photographies, des sculptures maories et africaines, des céramiques…

L’exposition se concentre sur ses meilleures années avec par exemple Les flamboyantes séries des vues de Collioure, de Londres et de l’Estaque,œuvres maîtresses du Fauvisme, avec également l’année 1907 considérée comme celle du « tournant Cézannien » qui le mènera au temps des grandes baigneuses et des paysages synthétiques.
Comme l’écrit la commissaire de l’exposition Cécile Debray, André Derain reste « un inventeur, un découvreur... »

       
La danseuse 1906                   Le séchage des voiles                                 La clairière

Derain et Matisse

Pendant l'été 1905, Derain et Henri Matisse s'installent à Collioure, ils peignent sans répit, fascinés par la lumière et les couleurs du pays. Cependant, ils ne travaillent jamais au même moment ni à partir du même endroit. Si chacun conserve son style, les deux peintres ne se limitent plus à décrire simplement leur sujet. Ils transcrivent d'abord leurs émotions pour rendre plus vivants leurs tableaux. Ils peignent les choses telles qu'ils les voient et non plus telles qu'elles sont dans leur réalité quotidienne, avec la couleur comme principal vecteur, devenant subjective et expressive. Ils utilisent des couleurs pures et violentes posées en larges aplats pour qu'elles prédominent sur des formes désormais simplifiées tout comme les ombres et les perspectives.

   
Collioure, le port de pêche

Avec Matisse, il "invente" le fauvisme

C'est à Collioure qu'il ­découvre Gauguin et se libère du néo-impressionniste. Avec Henri Matisse, il invente une nouvelle façon de peindre qu'en 1905 un critique d'art nomme fauvisme en référence aux couleurs "criardes", "sauvages" de leurs tableaux. Plusieurs œuvres peintes à Collioure sont présentées à l'exposition, parmi lesquelles une grande toile de 1906 très fragile exposée pour la dernière fois en 2001 : La Danse, une scène représentant un paradis perdu.
« Pendant ces dix années, tout va très vite avec Derain. Il est par exemple le premier à s'intéresser aux arts dits primitifs et à inciter ses amis, dont Picasso, à regarder les créations africaines », écrit Cécile Debray, la commissaire de l'exposition. On passe ainsi des toiles cubistes à la série des Baigneuses (dont un magnifique prêté par le MoMA, le musée d'art moderne), puis à un "réalisme magique", des portraits d'une facture plus froide mais plus suggestive.

      
Collioure, le port                    Derain & Vlaminck en 1942           Collioure, le village

<<< • Christian Broussas – Derain Expo 2017 - 01/11/2017 -© • cjb • © >>>

Posté par Frachet à 17:24 - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags :


22 octobre 2017

Jean-Marie Gustave Le Clézio, Tempête

Référence : JMG Le Clézio, Tempête, éditions Gallimard, 232 pages, mars 2014

      
Le Clézio en 2011 à Paris
« Écrire ajoute des jours à ma vie. » Interview 2014

 « En anglais, précise J. M. G. Le Clézio, on appelle "novella" une longue nouvelle qui unit les lieux, l'action et le ton. Le modèle parfait serait Joseph Conrad. De ces deux novellas, l'une se déroule sur l'île d'Udo, dans la mer du Japon, que les Coréens nomment la mer de l'Est, la seconde à Paris, et dans quelques autres endroits. Elles sont contemporaines. »  

Le titre, « Tempête », est une allusion à Aimé Césaire, en particulier sa pièce  Une tempête. Elle est très importante pour lui même si on ne peut trouver vraiment un point commun, « la pièce de Césaire est une pièce de l’insurrection. Je n’écris pas des livres politiques. C’est un hommage, une audace. »

              

Les deux novellas de Tempête représentent en quelque sorte les faces d'une même médaille dédiée à tous les enfants paumés, illégitimes, un diptyque fait d'ombre et de lumière, d’un côté le Japon et de l’autre la France parisienne.

La première novella, qui se situe à la limite du Japon dans une île coréenneet donne son titre au recueil, rappelle les images du tsunami du 11 mars 20 11. La mer, cette fois source de terreur, est une maîtresse vorace. Des plongeuses de fortune s'y aventurent pourtant, seule solution pour y pêcher malgré le danger, les coquillages qu'elles vendent ensuite aux touristes. On y repêche aussi le cadavre des enfants noyés ou parfois de femmes suicidaires.

Ce fut le lot de la compagne de l’écrivain-journaliste Philip Kyo, de retour après bien des années qui suivirent cette funeste disparition. Ses tourments, malgré June la fillette sans père  qui lui tend un miroir, fascinée par son silence et ses hésitations, ses tâtonnements, le renvoient à ce viol auquel il a assisté sans parler, pendant la guerre.
La toile qu’il brosse est sombre, relevée seulement par un style plein de mots qui rappellent le vent et la tempête, qui tapent et cognent, se répètent sans cesse, influant leur force à l’ensemble.

La seconde novella, Une femme sans identité, s'ancre dans la triste réalité de la banlieue parisienne, avec Rachel et Abigaïl, ces sœurs africaines d’adoption qui se sentent exilées, loin de leurs origines, de leur pays en guerre. Les corps ne sont plus meurtris par le tsunami. Rachel avec sa voix d’adolescente parle de sa vie bouleversée par ce qu’elle n’ose avouer : elle est l'enfant d'un viol, née d'une femme qui l'a abandonnée.
Cette fois, les corps ne sont pas engloutis, ils se cognent et se blessent sur le pavé, soutenus par un style plus ferme, plus incisif.

        
                                                     Le Clézio chez Gallimard

Entre réalité et fiction

« La vie n’est pas un roman, mais elle est pleine de personnages. Je ne sais pas si c’est le cas de tous les écrivains, mais beaucoup utilisent des morceaux de personnages qu’ils ont rencontrés, et les recomposent pour créer les héros de leurs histoires, héros ou antihéros, il n’y a rien de mieux que la réalité pour fournir ces éléments. La vie nous donne sans cesse le sentiment du temps, donc d’un déroulement, d’une histoire qui commence et qui va vers sa fin, toutes nos histoires commencent et vont vers leur fin, y compris nous-mêmes, et c’est peut-être ça qui crée les personnages, ce passage du temps. »

Pour illustrer ce propos, voici ce qu’il dit de son personnage Philip Kyo dans Tempête :
« Le personnage de M. Kyo, c’est quelqu’un que j’ai connu en Thaïlande. C’était un photographe de presse avec lequel j’étais lié d’amitié, une amitié antérieure à mon séjour, nous nous sommes retrouvés là. Beaucoup d’aspects, de récits, que j’ai inscrits dans la nouvelle proviennent de ce que me racontait ce jeune homme, puisqu’à l’époque c’était un jeune homme. Je m’en suis servi, comme je me suis servi du nom de Kyo qui vient de la Condition humaine, car je cherchais un nom qui se rattache à l’Asie sans être japonais ni chinois. »

« Je me suis fondé sur des faits réels. Tout ce que Kyo a connu a existé, non pas pour moi mais pour des personnes que je connais. Ce Kyo est non seulement un témoin, mais un photographe. Il a des preuves par les photos. Et tout cela ne mène à rien. Ce sont les témoins inutiles. Le fait d’être témoin ne vous exonère pas de ce dont vous avez été témoin et contre quoi vous ne vous êtes pas battu. Vous en portez, non pas la culpabilité, mais au moins le remords. »

Il pense que si la littérature a une responsabilité, c’est d’être un témoignage. Si l’on est témoin sans le proclamer, sans l'écrire et protester,  « on manque à une nécessité ». Pour lui, « l’humain est fait de cela ». Il s'en explique ainsi : « C’est difficile de parler de la justice, de la vérité, de la beauté, mais on sait de façon instinctive ce contre quoi on aurait pu protester par l’action qu’est l’écriture. » Il ne se place pas seulement sur le plan moral :« L’humain n’invente pas comme ça la justice, c’est parce que c’est en lui, ça fait partie de la nature humaine, au même titre que le rire, l’amour, l’amitié, ces sentiments que l’on manie tout le temps. »
Il prend comme exemple Cioran qui parle de « la couleur du remords ». Dans Tempête, ce pourrait être le gris, le gris dominant, la couleur du remords
.

             
                                                                                                                  Avec Pierre Cardin en 2004

A propos de Tempête : interviews de Le Clézio

Interview : Les plongeuses du Japon
« Quand j’avais 7 ou 8 ans, mon père, qui était abonné au Geographical Magazine, avait reçu un numéro qui parlait de ces femmes de la mer. Elles vivaient au Japon, elles plongeaient là où les hommes n’osaient pas aller, pour recueillir des coquillages, parfois aussi des pieuvres, ou des étoiles de mer, des coraux. Je me souvenais de ce reportage. Quand je le lisais, enfant, il y avait comme un potentiel érotique chez ces femmes qui plongeaient, assez peu vêtues, sans aucun appareil, juste en apnée.

Il y a quelques années, je les ai vues. Non pas au Japon, mais dans une petite île au large de la Corée. J’habitais dans un endroit dont le propriétaire était marié à une de ces femmes. J’ai été étonné de voir qu’elles existaient. Je pensais que c’était un mode de vie disparu. J’ai découvert que non seulement elles n’avaient pas disparu mais que, malgré un âge avancé, elles plongeaient, elles menaient une vie héroïque. J’ai parlé - avec interprète, je ne parle pas assez bien coréen, surtout que la langue dans cette île n’est pas la même que dans la Corée continentale, c’est une sorte de mélange entre le coréen, le japonais, avec des mots qui viennent du mongol -, je leur ai parlé, elles m’ont raconté ce qu’elles voyaient.

Beaucoup de descriptions viennent de Jules Verne et d’autres lectures, mais beaucoup des éléments qui sont décrits, et les sensations, ce sont elles qui ont fait revivre ça, qui ont rattaché les lectures à la réalité. Elles, elles le vivent véritablement, et avec un certain enthousiasme, parce que l’élément n’est pas le même, la pesanteur n’existe plus, leurs malaises disparaissent. Ces instants de plongée qui sont dangereux, car c’est dur pour le cœur, sont des moments de bonheur très intenses. Peu de temps après, il y a eu un mouvement en Corée pour inscrire ce métier dans le patrimoine immatériel de l’humanité. Et j’ai appris que des jeunes femmes recommençaient cette tradition. Tout ça a fait que j’ai envie d’inscrire le conte de « Tempête » dans cette actualité. Mais le point de départ, dans mon esprit, est cet article du Geographical Magazine de 1948. »

            
Le Clézio par Cortanze                                           Le Clézio par Simone Domange 

Le viol dans Tempête
« Quand j’ai commencé la deuxième novella, je pensais à Etoile errante, à cette image qu’un de mes amis me donnait de la situation qui existe en Palestine entre la population juive et la population arabe. Il me disait : "c’est comme deux enfants dont l’un serait né d’un viol, l’un des enfants aurait tout, et l’autre rien." C’est le fil qui a couru dans cette histoire, la légitime et l’illégitime. Tout se tient. J’ai ce travers de quelques écrivains d’écrire sans cesse sur les mêmes sujets, ce sujet de la guerre au Proche-Orient revient, là aussi peut-être parce que j’avais 8 ans quand ça a commencé d’exister, et que je m’en souviens, je me souviens qu’on en parlait. De même que je me souviens de ce qu’on disait après la guerre, ces groupes extrêmes encore vivants après la guerre de 39-45, autour de ma famille, des gens que j’entendais enfant, j’ai encore leur voix dans l’oreille, je me souviens de ce qu’ils racontaient, je me souviens de leur violence, leur racisme, je ne peux pas m’empêcher d’en parler, même si ça n’est pas le sujet. »

                                              

Commentaires et critiques
« Le style de Le Clézio n'écrase pas, frôlant la surface des choses et faisant parler la langue à hauteur d'enfant. La densité n'est pas dans chaque phrase mais atteinte par la juxtaposition des phrases simples. »
Le Figaro Octobre 2014

Voir aussi
 * "Mydriase"
suivi de "Vers les icebergs", réédition en 2014 par Le Mercure de France, collection Bleue, deux courts textes qui relèvent, selon Le Clézio lui-même, de sa « période Michaux », 120 pages.
* La Catégorie Le Clézio sur mon site dédié aux prix Nobel de littérature --

<<< • Christian Broussas – Le Clézio Tempête - 24/10/2017 -© • cjb • © >>>

Posté par Frachet à 23:59 - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : ,

20 octobre 2017

Orhan Pamuk , Cette chose étrange en moi

Référence : Orhan Pamuk , Cette chose étrange en moi, éditions Gallimard, traduit du turc par Valérie Gay-Aksoy, 688 pages, 2017

« le centre d’un roman est une opinion ou une intuition profonde sur la vie, un noyau de mystère enfoui à l’intérieur, réel ou imaginé. C’est pour explorer ce lieu, en découvrir les implications, que les romanciers écrivent ».
C
onférence à l’université d'Harvard, 2010


         Orhan Pamuk à Istanbul

Après Neige (2005), son roman le plus connu, prix Médicis étranger, abordant la question d’une Turquie divisée entre laïcité et  islamisme, et le Musée de l’innocence (2011), histoire de l’amour fou de Kemal pour Füsun, une passion obsessionnelle et fétichiste, Orhan Pamuk aborde cette fois avec Cette chose étrange en moi un récit épique et foisonnant. [1]

Dans Cette chose étrange en moi, il reprend son dialogue avec "son cher Istambul" à travers  la vie d’un "cœur simple", le genre enfant du peuple qui a contribué à porter les islamistes au pouvoir.
Ce "cœur simple" s’appelle Mevlut Karatas, vendeur des rues à Istanbul, et symbolise tous les contrastes de la Turquie contemporaine.

         
        Orhan Pamuk et sa fille 

Entre Istanbul et Orhan Pamuk, c’est la passion, une osmose de toujours, une interrogation fondamentale aussi quand il s’interrogeait déjà dans Istanbul en 2003 sur le hasard de la naissance : : « Que signifie être né à tel endroit du monde et à tel moment de l’histoire ? » Du Livre noir écrit en 1990 au Musée de l’innocence en 2008 jusqu’à Cette chose étrange en moi, l’ancienne capitale ottomane parcourt ses textes comme le lien suprême qui marque son œuvre.

En 1982, ­Mevlut a 25 ans et, avec l’aide de son cousin, il s’apprête à enlever la jeune fille qu’il aime et veut épouser. Mais voilà, les choses ne se déroulent pas comme prévu et la jeune femme avec laquelle il s’enfuit n’est pas la bonne mais sa sœur aînée, bien moins ravissante. Supercherie à laquelle il passe outre en l’épousant.

Un bon gars en somme, pas rancunier, qui prend ce que la vie lui donne, « Mevlut n’était pas sans penser que sa plus grande force dans la vie, même dans ses plus mauvais jours, c’était son optimisme — un optimisme que d’aucuns taxaient de naïveté —, sa capacité à tout prendre à la légère, à voir les choses du bon côté. »

               
Orhan Pumuk à Paris en 2017               Orhan Pumuk chez lui à Istanbul

Il est temps de faire sa connaissance et de remonter dans le temps, vers son enfance, de retricoter les fils de sa vie. Mevlut s’installe à Istanbul à l’âge de 12 ans et devient vendeur de rue, livrant yaourt et riz pilaf, faisant corps avec cette ville qui n’aura bientôt plus de secrets pour lui. Le soir, Mevlut vend de la boza, la boisson traditionnelle longtemps prisée des Stambouliotes. « Il y a de l’alcool­ dans la boza, mais très peu. A l’époque ottomane, les gens pieux désireux de s’égayer un peu affirmaient au contraire qu’il n’y a pas d’alcool dans la boza, comme ça, en toute bonne conscience, ils pouvaient […] goûter à l’ivresse. Mais quand Atatürk a libéralisé la consommation du raki et du vin à l’époque républicaine, la boza a perdu sa raison d’être », explique un stambouliote. Derrière cette anecdote se profile aussi l’évolution de la Turquie contemporaine dont Pamuk nous entretient.

Finalement, Mevlut est un "turc moyen" avec son quotidien fait d’amour et de vie de famille, aux ambitions modestes que Pamuk instille dans son récit à travers le témoignage d’autres personnages, des anecdotes sur sa vie familiale et domestique, l’évolution des quartiers et des mœurs, le rôle de l’islamisme, tableau qui lui permet de dessiner un portrait de la ville et de ses habitants.

Pour Mevlut, Istanbul dans ses mutations devient plus difficile à saisir, car « certains soirs, la ville se transformait en un lieu plus mystérieux, plus inquiétant. Ces rues toutes récentes fourmillaient de signes qu’il ne connaissait pas… »
Malgré tout, l’osmose existant entre Mevlut et Istanbul prend corps dans les deux sous-titres qui en déterminent : La vie, les aventures, les rêves du marchand de boza Mevlut Karatas et l’histoire de ses amis & Tableau de la vie à Istanbul entre 1969 et 2012, vue par les yeux de nombreux personnages.

 
« Aujourd’hui, les bombes sont plus fortes que nos mots. »

Lui le rêveur « au visage poupon » et « au regard intelligent », a choisi de voiler la réalité, de rejeter l’ambition et le combat nationaliste. Ses cousins ont fait un autre choix, ils ont décidé de s’enrichir rapidement dans l’immobilier tandis que Mevlut tente chaque soir de vendre difficilement ses bozas depuis qu’elles sont de plus en plus supplantées par le raki.  

Mais si jusqu'à présent ses romans se déroulaient dans l'Istanbul opulente des quartiers occidentalisés, cette fois Orhan Pamuk nous emmène dans les quartiers populaires, misérables et turbulents, ceux des bidonvilles et des banlieues où se déroulent des vies ordinaires sans relief.

Notes et références
[1] Le titre choisi "Cette chose étrange en moi" fait référence à un poème de William Wordsworth :
« Je fus parfois troublé de soucis de prudence,
Et, plus que tout, d'un sentiment d'étrangeté,
L'impression que je n'étais pas pour cette heure,
Ni pour ce lieu.
»

<<< • Christian Broussas – Pamuk 2017 - 20/10/2017 -© • cjb • © >>>

Posté par Frachet à 19:12 - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags :

16 octobre 2017

Paul Gauguin au Grand Palais

          ------------------------  Gauguin l'alchimiste  ------------------------

Référence : Exposition 2017-18 Paul Gauguin (1848-1903) au Grand Palais

               
L'affiche de l'exposition [1]             L'E-album de l'exposition

Cette exposition au Grand Palais retrace une carrière multiple pendant laquelle il a exploré des domaines artistiques très divers : peinture, dessin, gravure, sculpture, céramique... Toutes ses œuvres mettent en lumière le travail d'investigation de l’artiste, ses recherches sur la matière, la présence de thèmes et des motifs récurrents.
On trouve ainsi
présentés 55 peintures, 30 céramiques, 30 sculptures et objets en bois, 15 bois gravés, 60 estampes et 35 dessins.

Une exposition qui, selon le Parisien, possède du rythme, portée par des œuvres rares, une démarche qui permet de reconstituer certaines de ses séries, de se plonger dans son atelier en revivant ses enthousiasmes et ses doutes. Pour Le Figaro, "Gauguin est un ogre qui absorbe tout pour générer un art total."

L'art de Gauguin s'apparente à « une métaphysique succédant à une physique », écrivit André Breton dans L'Art magique. Gauguin cherche à être en prise avec le matériau – tous les matériaux – pour ensuite mieux les intégrer à sa quête poétique.

       
Autoportraits de Gauguin                                                         autoportrait de 1888

Présentée de manière chronologique, l'exposition à travers les nombreux prêts prestigieux qu'elle a reçus, se déroule à partir de son éveil artistique en Bretagne, avec un clin d'œil à ses maîtres Degas et Pissarro, qui lui donnent envie de peindre les danseuses et les paysages de Bretagne, puis, elle aborde le Gauguin voyageur en emmenant le visiteur dans ses voyages à Tahiti, en Martinique, dans les îles Marquises, où il découvre la richesse d'une nature luxuriante et sensuelle. 
C'est en 1901 que Gauguin quitte le monde "civilisé" pour partir au loin, dans l’archipel reculé des Marquises, où il construit sa « Maison du Jouir », une bâtisse inspirée des maisons maories avec une belle symétrie et des motifs féminins sur la devanture, affichant ces deux maximes « Soyez amoureuses, vous serez heureuses » et « Soyez mystérieuses ».

Gauguin, le droit de tout oser : le colloque du Musée d'Orsay

A l'occasion de cette exposition, le musée d'Orsay organise également un colloque sur l'état des lieux de la recherche, à partir des découvertes les plus récentes sur l'œuvre de Gauguin.

    
1- L’entrée de sa maison à Atuona île de Hiva Oa
2- L'entrée de la maison encadrée dans sa partie supérieure par cinq panneaux sculptés polychromes inspirés des reliefs de Borobudur et des frises du Parthénon

            
         Fe
mmes de Tahiti – Orsay                       Soyez mystérieuses - Orsay
.
Repères sur le contenu du colloque
Le processus créatif de Gauguin
- Peindre de mémoire : en regardant les natures mortes de Gauguin (1886-88)
-
L'alchimie des tropiques : matérialité de la sculpture tahitienne de Gauguin (1891-1893)
- Les techniques de peinture de Gauguin en relation avec son travail dans d'autres médias
- L'accident et l'intention : céramiques et bois de Gauguin
Transgresser les disciplines
- Oviri et la "sculpture céramique" 

- La Maison du Jouir : un lieu pour l'art et la vie
- Gauguin inventeur du "ready-made" ?
Correspondances artistiques et littéraires
- Tahiti : Gauguin face à la photographie
- Le spectre de l'Europe obscurantiste
- Gauguin, un sauvage musical
- La langue selon Gauguin, ou la vahiné et le corbeau
.
     

Notes et références

[1] Exposition organisée par l’Art Institute of Chicago, l’Etablissement public des musées d’Orsay et de l’Orangerie et la Réunion des musées nationaux-Grand Palais, Paris.

* Voir aussi mon article Paul Gauguin céramiste --
* Voir aussi les articles de la catégorie Arts plastiques --

<<< • Christian Broussas – Expo Gauguin - 16/10/2017 -© • cjb • © >>>

Posté par Frachet à 15:29 - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags :

12 octobre 2017

Margrethe Vestager, commissaire européenne

Margrethe Vestager,  « dame de fer de Bruxelles » et bête noire de la Silicon Valley

Cette femme politique danoise s’est fait connaître en combattant notamment les géants du Web à la Commission européenne...

                            
La commissaire européenne Margrethe Vestager le 7 décembre 2016 à Bruxelles

Elle est surnommée la « dame de fer de Bruxelles ». Margrethe Vestager, commissaire européenne à la concurrence, est l’une des principales personnalités de l’exécutif de l'Union européenne mais reste peu connue en France. C’est dommage car elle représente le type de politique qui ne transige pas sur l’application de la législation européenne.

Elle réclame 13 milliards d’euros à Apple

A l’été 2016, l’UE demande à Apple de rembourser plus de 13 milliards d’euros à l’Irlande, où l’entreprise californienne a installé son siège européen en 1980. En effet, l’État irlandais ne soumettait pas l’entreprise au taux d’imposition sur les sociétés (déjà plutôt avantageux, à 12,5 %), mais à un taux bien moindre, et ce depuis 1997.

L’information est fort mal reçue dans la Silicon Valley. Le patron d’Apple se répand dans la presse contre « une décision politique basée sur aucun fait ni aucune loi ». (ce qui est une contre vérité). Avec cette sanction historique, la quadra Danoise est mise en lumière et fait la une des médias.

Le Bureau européen des unions de consommateurs (le BEUC) salue son courage : «Elle n'a pas peur de l'industrie, elle ne se laisse pas influencer par les lobbies d'arrière-garde. Almunia, son prédécesseur, était tout près de valider un accord à l'amiable avec Google, malgré l'insuffisance patente des changements de pratiques proposés par l'entreprise. » Comme l'a noté Frank Montag, expert mondial du cabinet Freshfields, « elle a une formation en économie, elle va directement au but, très à l'aise. Elle parle aisément sans note. »

Nommée commissaire européenne en novembre 2014, elle intervient dans le domaine du pénal, sanctionnant les abus de position dominante, les cartels, les aides d’État jugées abusives ou illégales (comme celle accordée par Dublin à Apple), validant ou stoppant certaines fusions-acquisitions.


Margrethe Vestager, alors ministre de l'Éducation, en novembre 2000, avec l’américain Richard W. Riley à Washington.


Un combat de longue haleine s’engage alors, pas toujours couronné d’un succès immédiat bien sûr car le chemin est long et semé d’embûches : le fisc irlandais n’a toujours pas réclamé son dû à Apple, dix mois après la date butoir fixée par Bruxelles. Mais Margrethe Vestager ne s’avoue pas vaincue. « Elle est opiniâtre et déterminée », souligne le commissaire européen Pierre Moscovici, qui travaille au même étage qu’elle à Bruxelles.

Sa notoriété s’est traduite par exemple par l’ouverture d’un compte Twitter parodique qui représente la commissaire européenne sous les traits d’une reine viking en croisade contre la fraude et l’évasion fiscale, et la surnomme la « reine d’Europe ».

Il faut dire que son tableau de chasse est impressionnant : elle a sommé Amazon de rembourser 250 millions d’euros d'« avantages fiscaux indus » au Luxembourg, a infligé une amende de 2,42 milliards d’euros pour abus de position dominante à Google (un record pour l’UE) et a sanctionné cinq entreprises européennes membres du « cartel des camions » ou encore le groupe russe Grazprom.

« Elle répare et je prépare », commente Pierre Moscovici. A elle la traque secrète des entorses aux règles de la concurrence, à lui la préparation d’une « législation européenne future qui évitera de tels abus ». Un tandem de choc  qui dépoussière l’image de l’institution européenne.

Nommée ministre à 29 ans

A 49 ans, Margrethe Vestager a une carrière politique d’une trentaine d’années à son actif. Fille de pasteurs, elle devient ministre de l’Éducation et des affaires ecclésiastiques du Danemark à seulement 29 ans. Neuf ans plus tard, elle prend la tête du parti social-libéral danois (RV). Puis elle devient ministre de l’Intérieur et de l’Économie à 43 ans.

           
Margrethe Vestager et Helle Thorning
L'actrice danoise Sidse Babett Knudsen dans la série Borgen

Elle a inspiré la série Borgen

Son ascension politique a inspiré le personnage principal de la série à succès Borgen à son scénariste Adam Price. Sidse Babett Knudsen, l’actrice qui l’incarne a d’ailleurs suivi Margrethe Vestager lorsqu’elle était ministre de l’Intérieur et de l’Économie pendant une journée pour mieux cerner le rôle qu’elle devait interpréter.

             
       La reine du tricot                                      En visite au Portugal

Fan de tricot, elle transporte ses aiguilles et ses pelotes avec elle, même dans son bureau à Bruxelles. « Il paraît que vous tricotez volontiers, » lui demande-t-on dans une interview. Elle exhibe celui qu’elle a commencé et répond : « Oui, en déplacement, ou même en réunion, quand je ne dois pas prendre la parole ou animer. J'écoute très bien quand je tricote. Certains griffonnent, moi je tricote. »

Son collègue le commissaire et ancien ministre Pierre Moscovici commente : « C’est une collègue très agréable, qui ne manque pas d’humour ». S’il fait bon travailler avec elle, elle n’en demeure pas moins « précise, ferme, très sereine. Elle représente bien le Danish way of life (l’art de vivre à la danoise) : elle est directe, simple et calme ».

        

Des moments difficiles, elle en connaîtra à ce poste si exposé. Elle va sans doute subir la pression de la France et de l'Allemagne pour tenter de réguler en amont les grandes plates-formes Internet. Si Margrethe Vestager se montre intransigeante envers Google, elle sera fortement critiquée par les Américains. Mais si elle se montre trop accommodante, on l'accusera d’être beaucoup trop bienveillante.
Le quotidien d'un commissaire européen.

* Voir aussi la catégorie Société --

<<< • Christian Broussas – M. Vestager - 12/10/2017 -© • cjb • © >>>

Posté par Frachet à 14:18 - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags :

11 octobre 2017

Le pianiste Thelonious Monk

Référence : Pianiste de jazz, chef d’orchestre et compositeur américain (1917, Rocky Mount – 1982, Englewood)

          

Thelonius Monk au Minton’s Playhouse de New-York en 1941 et en 1968

Trois caractéristiques définissent Thelonious Monk : il fut un compositeur brillant, un musicien hors-norme et un homme énigmatique.
Sur le plan musical, il se distingua de ses contemporains par une approche très personnelle de la structure, du temps et de l’harmonie qui en font l’un des musiciens et compositeurs à l’origine du jazz moderne.

Il créa rapidement son propre groupe, un quartet au lieu du big band à la mode à cette époque et découvre le style « be bop » et les vertus de l’improvisation qui va largement influencer le jazz moderne.
C’est en 1944 qu’il sortit sous le label Blue Note, des morceaux qui deviendront vite des standards, tels que Blue Monk , Straight, no Chaser, Well You Needn’t , et surtout Round Midnight .

           
Thelonius Monk & Miles Davis en 1958        Album "Alone in San Francisco"

Thelonious Monk possède un jeu de piano déroutant, refusant la virtuosité, jouant sur les ruptures de rythme et les dissonances, jouant d’un seul coup un groupe de notes. On lui trouve un style personnel et haché qui attire des musiciens comme Charlie Parker ou Dizzie GillespieCe style personnel et haché attira les meilleurs musiciens de l’époque, comme Miles Davis qui déclarait non sans ironie : « Son utilisation de l'espace dans les solos, sa manipulation d'étranges progressions d'accords m'étourdissaient, me tuaient. Je me disais toujours : ‘Mais qu'est-ce qu'il fout ce con ? »

Il faudra attendre la fin des années cinquante pour qu’il commence à recevoir une reconnaissance internationale aussi bien de la part des musiciens que des critiques. Son groupe, le Thelonious Monk Quartet, dont fait partie le saxophoniste John Coltrane, atteignit enfin le succès, et lui-même fit alors la couverture de Time Magazine.

Il fut baptisé grand prêtre et prophète du « be bop », ce qui ne lui plût guère. Il se retira alors du monde de la musique au début des années 1970 jusqu'à sa mort en 1982 et passa les six dernières années de sa vie loin de la musique de jazz, se réfugiant chez sa bienfaitrice, mécène du jazz moderne, la baronne Pannonica de Koenigswarter, fille de lord Charles Rothschild.

      
Thelonious & Nellie Monk avec John Coltrane

Thelonious Monk : chronologie succincte

1944- 47 : Premier enregistrement comme pianiste de Coleman Hawkins puis premier enregistrement sous son propre nom pour le label Blue Note

1954 Première tournée à Paris
1962-64 : Signe avec le label Columbia Records et fait la couverture de Time Magazine
1973 Retraite soudaine de Monk du monde de la musique

Thelonious Monk : principaux enregistrements

1947 "Genius of Modern Music : Volume 1"
1954 "Monk"
1955 "Thelonious Monk plays Duke Ellington"
1956 "Brilliant Corners"
1962 "Monk’s Dream"
1966 "Straight, no Chaser"

Voir aussi
* Ses albums Underground et Alone in San Francisco --

* Thelonius Monk joue avec John Coltrane : Monk-Coltrane --

<<< • Christian Broussas – T. Monk. - 11/10/2017 -© • cjb • © >>>

Posté par Frachet à 14:01 - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags :