Frachet


20 février 2021

Éric-Emmanuel Schmitt La traversée des temps

Référence : Éric-Emmanuel Schmitt, La traversée des temps, Paradis perdus - tome 1, éditions Albin Michel, 576 pages, février 2021

         

Éric-Emmanuel Schmitt s’était déjà lancé dans un cycle romanesque comportant 8 tomes, Le Cycle de l’invisible, avec cette différence que l'ensemble de ces 8 opus étaient indépendants les uns des autres, contrairement à cette fois-ci.

Pour Éric-Emmanuel Schmitt, c'est un défi vraiment extraordinaire qu'il s'est lancé : écrire l’histoire de l’humanité à travers le destin d’un être éternel qui traverse les siècles à la recherche de ce qu’est sa propre humanité.  Une histoire romancée en huit volumes dont le premier Paradis perdu vient de paraître.

C’est donc la première pierre d'un projet immense auquel l’auteur pense depuis très longtemps et qui va enfin prendre forme. Son héros, Noam né, au néolithique, va peu à peu traverser toutes les époques. Il sera ainsi le témoin privilégié des grandes évolutions et des révolutions qui ont émaillé les siècles.

                   

Au tout début, on est à Beyrouth, à l’époque contemporaine. C’est là qu’il décide de raconter son histoire de l’humanité, sans savoir encore qu’il est immortel. Ce n’est pas l’Histoire d’illustres qu’il nous offre mais celle d’une vie simple auprès des siens, au temps reculé de la Préhistoire.

Son père, chef du village, est aimé et respecté de tous, un père qu’il admire et dont il voudrait avoir reçu les qualités. Nous sommes plongés dans l’existence quotidienne de villageois sédentaires, la façon dont ils s’organisent pour vivre ensemble et surtout leur rapport à la nature, leur volonté d’être en accord avec elle, cette nature nourricière dont ils savent qu’ils ont tout à attendre s’ils la traitent avec bienveillance.

                   

Noam est né il y a 8000 ans dans un village lacustre et une nature encore immaculée. Peu à peu, on suit les us et coutumes de sa communauté avec, outre Noam, Trigor le guérisseur, Panoam son père, Barak l'homme sauvage et Noura, belle et imprévisible. Il devra affronter aussi bien les problèmes inhérents à sa tribu que des calamités naturelles comme le Déluge.

       

La suite est consacrée à l’époque du Déluge, une nature qui va montrer sa force dévastatrice et remettre l’homme à sa place. Ce brutal changement pose la question de la condition humaine. Cette immortalité dont Noam bénéficie, si elle est d’abord vécue comme un cadeau du ciel apparaît parfois comme un fardeau. L’altérité, si elle permet de marquer sa différence, est aussi un défi à relever pour vivre ensemble avec harmonie.

       
Avec Bernard Montiel                         Avec le 1er ministre québéquois François Lagault

Éric-Emmanuel Schmitt sait à merveille insérer dans l’histoire qui se passe au néolithique des passages sur la vie dans la société contemporaine. Il réussit fort bien à mélanger le passé et le présent, liant les deux époques par l’intermédiaire de Noam, abordant ainsi  les problématiques communes à ces deux époques.

Si Éric-Emmanuel Schmitt sait ménager le suspens, il a tendance à systématiser cette technique du cliffhanger [1],  ne serait-ce qu’à travers des expressions comme  « n'allons pas si vite » ou « nous y reviendrons plus tard. »

         
                                                                            Schmitt avec Virginie Despentes

Notes et références
[1] Le « cliffhanger » est, en matière de fiction, une façon de terminer un chapitre, un roman, en utilisant une ouverture destinée à créer une forte attente, à induire une suite.

Mes fichiers sur Éric-Emmanuel Schmitt :
Ma vie avec Mozart -- La traversée des temps --
Éric-Emmanuel Schmitt entre réel et sentiments --
Un homme trop facile ? -- Les deux messieurs de Bruxelles --
Le bruit qui pense -- Le cycle de l'invisible --
EE Schmitt, Biographie -- Georges et Georges --
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18 février 2021

Ernst Toller, Le livre des hirondelles

Référence : Ernst Toller, Le livre des hirondelles, Allemagne 1893-1933, Souvenirs d‘un lanceur d’alerte, traduction Pierre Galissaires, éditions Séguier, 2020

                          
                                                     Toller, un dramaturge de combat

Dans la tourmente de l'Histoire

Publié en Allemagne dès 1933 puis France en 1974 sous son titre original Une jeunesse en Allemagne, ce livre d'Ernst Toller bénéficie d'une nouvelle publication en 2020. C'est un témoignage très intéressant d'unn homme qui a vécu ces événements de l'intérieur. Le titre choisi cette fois-ci, Le livre des hirondelles, fait référence à un recueil de poèmes que publia Toller dans les années 1920. Il évoque à la fin de son ouvrage, dans une image tragique, le combat des hirondelles pour reconstruire les nids que les gardiens de la prison s’acharnent à détruire.

                  
Toller en uniforme en 1914  Toller à New-york en 1920   Toller en prison en 1921

Lors de chaque destruction, de nouveaux nids sont construits plus gros et plus nombreux que les précédents, jusqu’au moment où le couple renonce à poursuivre son combat, la femelle mourant quelques jours après de chagrin.

Le titre est une référence à ce couple d’hirondelles nichant près de la cellule qu'il occupait dans la forteresse de Niederschönenfeld, où il resta cinq années pour avoir participé en avril 1919 à la République des conseils de Bavière à Munich, brutalement réprimée par le ministre des armées, le social-démocrate Gustav Noske. Il en fut l’un des rouages essentiels avec son ami Gustav Landauer, qui fut assassiné, dont le texte de « “L’Appel au socialisme” [l’avait] touché et influencé de manière décisive ».

                     
Toller en 1924         Toller à la prison de Niedershönfield 1924  Toller en 1932

Ernst Toller n'a pas seulement été un poète et un dramaturge, il fut aussi militant socialiste révolutionnaire, écrivant au début de son autobiographie, Le jour où l’on a brûlé [ses] livres : « Sous le joug de la barbarie, il faut se battre, il n’est pas permis de se taire : qui se tait à un tel moment trahit sa mission d’homme. »
On est alors le 10 mai 1933, jour de l'autodafé contre tous ceux qui sont censés avoir un « esprit antiallemand ».

                          
Christiane Grautoff    Christiane Grautoff & Ernst Toller   Ernst Toller en 1935

Déjà dans Hinkemann, son héros revient émasculé du front de la Grande Guerre et se transforme en monstre de foire décapitant des rats avec les dents. Pour lui, la violence qu'il connaît bien, est endémique, dont il faut constamment se méfier.
Il dira ensuite en 1933 « ce n’est pas seulement ma jeunesse que je relate, mais celle d’une génération en même temps qu’un fragment d’Histoire. » C'est aussi l’effondrement d’un monde. 

Sa vie est tout un roman. D'abord fils de bourge étudiant à Grenoble, dilapidant sa pension dans le jeu et l’alcool, il devient furieux militariste, clamant dans la boue des tranchées, « je veux voir l’ennemi contre lequel je me bats. »

                   
Toller peint par Alexander Shäd                             Toller, portrait à la cigarette, 1925

Il ne garde finalement que de mauvais souvenirs de son enfance. Il se souvient que les Prussiens détestent les catholiques et abhorrent les juifs, qu'on lui dit à propos d'un camarade « Ne reste pas là, c’est un juif ! » et qu’il en pleure.
Il se souvient de ce chevreuil abattu, de la bête agonisant des heures, de son horreur de la chasse de sa mère aussi lui disant qu'un de ses camarades est pauvre parce que « c’est la volonté du bon Dieu  ».

                   

De retour du front, il devient un combattant infatigable qui s’engage dans le combat révolutionnaire et vivra l’écrasement du soulèvement spartakiste qui sera plus tard perçu comme l'une des causes de l’échec de la République de Weimar et de la montée du nazisme.

Il connaîtra des difficultés et même des périodes de dépression après le suicide à 18 ans de son neveu Harry, pendant ses cinq ans de prison pendant lesquels il écrira aussi ses pièces de théâtre, en 1939, quand tout va mal, la misère et l'abandon de sa femme Christiane Grautoff, l’effondrement des républicains espagnols et l'ombre imminente de la seconde guerre mondiale.

                   

Voir aussi
Ernst Toller, Hinkemann suivi de L’homme et la Masse, adaptation de Christine Letailleur, L’Avant-scène Théâtre 1371-1372, 2014.
Ernst Toller, Une jeunesse en Allemagne, L'Age d'Homme, 1990.

Ernst Toller, Hop là ! Nous vivons, Éditeurs français réunis, introduction César Gattegno et José Valverde, préface de Erwin Piscator, 1966

Autres œuvres et théâtre
"La Transformation", 1919, "L'Homme et la masse", 1921, "Les Briseurs de machines", 1922, "Le feu hors des chaudières", 1930, "J’étais un Allemand", New York, 1934, "Lettres de prison", Amsterdam, 1935

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13 février 2021

Henri Rivière et la Bretagne

Henri Rivière (1864-1951) est surtout connu comme peintre mais également graveur et illustrateur. Il nous propose en tout cas une Bretagne maritime avec la mer et ses découpages rocheux sous une lumière japonisante.
Ce qui procède vraiment de son originalité.

         
                                                       La plage de Ploubazlanec [1]

Pourtant, au départ, Henri Rivière, ami du peintre Signac, est un parisien qui fréquente les cabarets les plus connus de Montmartre, qui subit l'influence du graveur Gustave Doré.
A Paris, Rivière fréquente Tadamasa Hayashi (1851-1906) [2] et découvrit avec bonheur l’art japonais. Il prit alors la décision d’arrêter la gravure pour se consacrer à l’aquarelle. En 1921, le Musée des Arts Décoratifs lui propose d’exposer ses aquarelles. 

             
Ploumanac’h Le rocher Ar Frick    Ploumanac’h Église Notre-Dame de la Clarté, 1891

il adorait la Bretagne, son climat et ses paysages et s'y rendait dès qu'il pouvait. En 1884, un héritage lui permit d'aller souvent à Saint-Briac-sur-mer en Ile-et Vilaine, à la limite des Côtes d'Armor.

         
Une rue à Tréboul                                   Un jour de messe

Il y passera tous ses étés pendant dix ans tout en parcourant d'autres lieux de Bretagne, sillonnant les rivages de la Côte d'Armor et du Finistère.
Il sera en particulier charmé par la baie de Douarnenez et réalisera de nombreux tableaux de la côte, surtout des vues de  Tréboul, fusionnée avec la commune de Douarnenez.

         
Le départ des sardiniers 1993     Paysage breton, Le Perron Saint-Briac

L'année suivante, il fait l'acquisition d'une maison à Loguivy près de l'embouchure du fleuve Le Trieux et de la cité de Paimpol. Une maison qu'il aime beaucoup, qu'il baptise Landiris, qui vient du mot "iris". Avec sa femme Eugénie, il passera désormais tous les étés en Bretagne. [3]

                   
Tréboul, Le départ des bateaux    Tréboul, Fracas contre les rochers 1893

La particularité d'Henri Rivière est qu'il laisse de côté la représentation traditionnelle des fêtes bretonnes, de l’apparat et du folklore local. Il s’intéressa surtout aux paysages et à la nature bretonne dans toute sa splendeur. D'un point de vue pictural, il intégra « comme une dépendance des archipels nippons » aux paysages bretons.

          
Coup de vent à Tréboul 1892        Tréboul, L’écume après la vague 1893 

Henri Rivière meurt le 24 août 1951, à Sucy en Brie. Conformément à ses désirs, il est enterré à Fresnay-le-Long en Seine maritime.

           
Vue du fleuve Le Trieux 1891          Au vent de noroît – Les vieux, 1906

Gravure sur bois et méthode japonaise

C'est en 1888 qu'il commence à utiliser cette méthode, devenant l'un des représentants majeurs du japonisme en Europe. Parmi ses œuvres maîtresses, on peut retenir Les Trente-six Vues de la tour Eiffel (1888-1902), série de planches réalisées et lithographies en plusieurs tons, La Mer : études de vagues (1890-1892), Paysages bretons (1890-1894), série d'une vingtaine d'œuvres et Marins pêcheurs et bateau à voile.

         
Loguivy-Lézardrieux                        Loguivy, La baie de Launay 1891

Lithographie

Il a utilisé cette méthode dès 1897, en particulier pour Aspects de la nature (1897-1899), Féerie des heures, Beaux pays de Bretagne et Bateaux de pêche sur les côtes normandes.

       
Le hameau à Tréboul                                  Les pêcheurs

Notes et références
[1] Commune située le long du Trieux, entre Paimpol et les rives de la Manche

[2] Hayashi Tadamasaest un marchand d'art japonais installé à Paris, qui a fait connaître en Europe l'art traditionnel japonais et a été le principal vecteur de la diffusion du japonisme.
[3] « Il revint ensuite tous les ans en Bretagne avec son épouse Eugénie, à Saint-Briac, à Saint-Cast, Perros-Guirec ou Loguivy-sur-mer, à Tréboul, Camaret, Morgat, Locronan, Pont-Aven, Loctudy, Sainte-Anne la Palud », écrit Philippe Le Stum, Dans la Bretagne de Henri Rivière.

         
Le Trieux à Kermarie                         La balise sur le Trieux

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11 février 2021

Béatrice de Savoie mère de 4 reines

        
Statue de Béatrice aux Échelles  Son Cénotaphe à l’abbaye d’Hautecombe

Elle était disent ses contemporains « belle, douce et intelligente.» Elle est née en 1198 au château du Menuet (aujourd'hui disparu) dans la commune de Les Échelles en Savoie. Issue de la maison de Savoie, elle devint à 20 ans comtesse de Provence après son mariage avec Raymond Bérenger IV lui apportant en dot la jolie somme de 2000 marcs d'argent.

  

Sa cour à Aix-en-Provence est l'une des plus brillantes, élégante et raffinée, suscitant jalousie et admiration, elle y accueille de nombreux troubadours qu'elle place sous sa protection comme cet Elias de Barjols qui lui dédie ses chansons. De sa loge, elle préside à des tournois de chevaliers.

           
Les quatre filles de Béatrice de Savoie : Marguerite, Éléonore, Sancie et Béatrice de Provence

Le couple comtal réside au château de Saint-Maisme près de Forcalquier dans les Alpes provençales. Célébré à Aix, le mariage de sa troisième fille Sancie (ou Sanchie) avec Richard de Cornouailles, frère du roi d'Angleterre Henri III, sera l'occasion de grandes réjouissances après la guerre de Saintonge entre la France et l'Angleterre aidée par Richard de Cornouailles qui sera élu roi des Romains en 1257.

La cadette qui se prénomme aussi Béatrice, épousera à Lyon Charles 1er d'Anjou, le propre frère du roi Saint-Louis. C'est un signal fort pour renforcer les liens entre la France et la Savoie. Mais Charles 1er d'Anjou et Béatrice de Savoie ne s'entendent pas du tout et Saint-Louis devra peser de tout son poids pour arbitrer leur différend.

              
Vues de la Commanderie des Échelles

Amie du pape Innocent IV, elle se tournera peu à peu vers la piété, fait le bien autour d'elle au point qu'on l'appellera "la bonne dame des Échelles" où elle s'est retirée. La chapelle du château des Échelles où elle a été inhumée sera détruite pendant la Révolution mais son crane qu'on a réussi à sauver, repose aujourd'hui dans l'abbaye d'Hautecombe, qui borde le lac du Bourget, nécropole de la Maison de Savoie.

Après la mort de son mari le comte de Provence en 1245, elle revint vivre dans son château des Échelles qu'elle reçut en apanage. En 1260, elle donna son domaine aux hospitaliers qui y établir une commanderie, ainsi que les moyens nécessaires à l'édification d'un hôpital.

       
Béatrice de Savoie, Un beau visage de Provence

La comtesse de Savoie eut quatre filles et elle connut le bonheur de les voir toutes les quatre devenir reines :

  • Marguerite (1221-1295), reine de France (1234-1270) par mariage avec le roi Louis IX  ;
  • Éléonore (1223-1291), reine d'Angleterre (1236-1272) par mariage avec le roi Henri III  ;
  • Sancie (1228-1261), comtesse de Cornouailles (1243-1261) par mariage avec Richard de Cornouailles (1209-1272) qui devint roi des Romains en 1257 ;
  • Béatrice (1229-1267), comtesse de Provence et de Forcalquier par mariage avec Charles Ier d'Anjou (1227-1285) qui devint également roi de Sicile puis roi de Naples (1266-1285).
    Deux de ses enfants eurent un destin particulier : Béatrice
    (1252 † 1275), fut impératrice titulaire de Constantinople par son mariage avec Philippe Ier de Courtenay et Isabelle d'Anjou (1261 † 1303), reine de Hongrie par son mariage avec le roi Ladislas IV.

Voir aussi
* Béatrice de Savoie, Un beau visage de Provence, éditions Bendor, 1960 -
* Béatrice de Savoie, mère de 4 reines, in Pierre Hoffmann, Ces savoyards qui ont fait l'histoire, éditions Le papillon rouge, 2018
* Alexandre Doglioni-Mithieux, Béatrice, princesse de Savoie et comtesse de Provence, éditions Néva, 335 pages, mai 2018
* Patrick de Carolis, Les demoiselles de Provence, éditions Pocket, 628 pages, juin 2006 : roman historique basé sur la vie des 4 filles de Béatrice de Savoie

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(ou Élisabeth) (1261 † 1303), mariée à Ladislas IV (1262 † 1290), roi de Hongrie

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09 février 2021

Tahar ben Jelloun L'amertume et le miel

Référence : Tahar ben Jelloun, L'amertume et le miel, éditions Gallimard, collection Blanche, 256 pages, janvier 2021

          

Le roman se passe à Tanger au début des années 2000. Tahar ben Jelloun connaît bien Tanger pour y avoir vécu et l’a utilisé à plusieurs reprises dans son œuvre. On retrouve Tanger dans ses premiers textes, au centre de « Tanger-la-trahison », sorte de poème-récit publié en 1973 [1], dans « Tanger porte de l’Afrique » [2] publié en 1976. Il faut aussi citer ses romans dont l’intrigue se passe essentiellement à Tanger, « Jour de silence à Tanger », publié en 1991, Le dernier ami publié en 2005 et « Partir » publié en 2007.

Si donc l’histoire se passe à Tanger au début des années 2000, cette histoire aurait pu se passer aujourd’hui, la situation ayant peu évolué. Tahar ben Jelloun est parti d’une histoire vraie, il a enquêté , rencontré des témoins de l’époque et retrouvé des numéros de sa gazette.

Histoire poignante que celle de Samia, cette adolescente dupée par un type, avec le khenzir, un homme élégant qui dirige une revue de poésie, qui par un subterfuge –lui faire miroiter la publication de ses poèmes- va impunément abuser d’elle. Après sa disparition, ses parents Mourad et Malika vont découvrir son journal intime qui leur dévoilera tout ce qu’elle a pu subir. Progressivement, ils s’enfonceront dans une dépression qui aurait pu leur être fatale. Maintenant, ils en sont réduits à vivre dans le sous-sol de leur maison.

             
Sur Giacometti                Lettre à Matisse          Avec Virginie Despentes

Mais après cette amertume suprême, ils vont peu à peu remonter la pente, goûter de nouveau à ce goût de miel qui fait aimer la vie. Cette mutation, ils la doivent à un jeune immigré africain, Viad qui va devenir leur sauveur. Avec bienveillance, il leur met assez de baume au cœur pour l’espoir et l’avenir soient plus forts que le désespoir.

C'est un roman qui se déroule entre passé et présent, entre drames intimes et manoeuvres, corruptions, entre culture maghrébine et culture française, évoluant dans des situations où tout le monde en ressortira différent.

           

Il y critique aussi l'état de la société marocaine encore marquée par une corruption largement évoquée dans le livre, la questions récurrente des mariages arrangés, la promiscuité qui sévit encore... Samia espérait que les mots magiques de la poésie réussiraient à exorciser la médiocrité de la société marocaine qu'elle ressentait si fortement. Elle supportait difficilement la pauvreté qui s'étalait dans la ville, les mendiants pitoyables, les enfants laissés à eux-mêmes, l'injustice à chaque coin de rue avant qu'un pédophile ne vienne lui ravir ses dernières lueurs d'espoir.

           
Œuvres picturales de Tahar ben Jelloun

Dans un entretien, Tahar ben Jelloun dit qu'une « société qui ne protège pas l’enfance est coupable. » Il dénonce l’impunité des pédocriminels dans la société marocaine des années 2000.
Il ajoute qu'il espère que son livre sera le point de départ d'un débat pour que le pays protège mieux les enfants.

         

Notes et références
[1] Inclus dans le recueil Harrouda.
[2] Inclus dans le recueil  Les amandiers sont morts de leurs blessures.

Voir aussi
* Tahar ben Jelloun : L'enfant de sable -- La nuit sacrée, prix Goncourt 1987 --
* Tahar ben Jelloun : L'insomnie -- La punition --

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08 février 2021

Yasmina Reza, Serge

Référence :  Yasmina Reza, Serge, éditions Flammarion, 240 pages, janvier 2021

         

La romancière et dramaturge Yasmina Reza publie cette fois Serge, un roman en forme de chronique familiale mêlant tragique et comique, qui trace avec un humour décalé les rapports d'une fratrie de trois frères et soeurs, Serge, Jean (le narrateur) et Nana Popper. Elle amorce, à parmi de cette trame, une réflexion sur la famille, en l'occurrence la famille des Popper, famille juive non-pratiquante originaire de Hongrie, avec une approche personnelle du thème de la mémoire. 

               

Un roman empreint de nostalgie pour cette famille, du temps où la mère vivait encore : « Chez ma mère, sur sa table de chevet, il y avait une photo de nous trois rigolant enchevêtrés l’un sur l’autre dans une brouette. C’est comme si on nous avait poussés dedans à une vitesse vertigineuse et qu’on nous avait versés dans le temps. »
           

Depuis le décès de la mère, les choses se sont délitées parce qu'elle en était le pivot, elle tenait « la baraque de bric et de broc » mais elle vient de mourir d'un cancer, dans sa chambre, dans ce lit médicalisé, qui lui a « cloué le bec ».


Sa pièce Bella Figura au théâtre de Ménilmontant

Les derniers jours de la mère ont été ponctués par les journaux télés, « c’était quatre jours après l’attentat du Marché de l’Avent à Vivange-sur-Sarre », des images qui défilaient et après d'autres images, de la pub cette fois, ce commentaire débile de la correspondante, « La vie reprend ses droits même si bien sûr plus rien ne sera comme avant. » Serge, lui, pense que « tout sera comme avant. En vingt-quatre heures. »

               

On a dit de ce roman qu'il était le roman du milieu : une fratrie au milieu de sa vie, Jean le narrateur au milieu de la fratrie et la visite clé du camp d'Auschwitz-Birkenau marquant le milieu du récit.

A travers la scène centrale de la visite d'une famille juive d'Auschwitz, c'est la question de la mémoire que pose ici Yasmina Reza, refusant que le thème de la mémoire balaie aussi largement le champ de l'histoire. "Pourquoi se souvenir" se demande-t-elle, est-ce vraiment par l'exemple, pour un "jamais plus ça" qui ne fonctionne pas car « un savoir qui n’est pas intimement relié à soi est vain. Il n’y a rien à attendre de la mémoire. Ce fétichisme de la mémoire est un simulacre", songe Jean en marchant dans les allées du camp.

               

Jean porte un regard plutôt résigné sur le monde mais toujours plein de douceur, en témoigne sa relation avec Luc, un enfant différent qu'il aime comme son fils, gommant la laideur du monde, apportant une certaine tendresse à l'alacrité du  roman.

              
Yasmina Reza prix Renaudot 2016

Une mémoire si importante pour Yasmina Reza qu'elle a dédicacé son roman à l'écrivain Imre Kertész qui lui aussi a connu les camps de concentration et a beaucoup écrit sur le travail de mémoire.

Auschwitz envahi de touristes a tout d'une scène de film, d'un décor cependant encore marqué par la tragédie des lieux et ces millions d'êtres humains sacrifiés à la folie d'un homme et d'un régime. Auschwitz sera l'occasion de faire renaître aussi de vieilles querelles familiales qui se traduiront en rupture  cristallisent, provoquant la rupture…

         

Voir aussi
* Yasmina Reza, Heureux les heureux --

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06 février 2021

Marie NDiaye La vengeance m’appartient

Référence : Marie Ndiaye, La vengeance m'appartient, éditions Gallimard, Collection Blanche, 240 pages, janvier 2021

         
Marie Ndiaye et son mari, l'écrivain Jean-Yves Cendrey

« Trouver un personnage, c’est comme tracer des cercles autour d’un point d’intérêt, d’un visage qui m’intrigue, jusqu’à l’attraper. » Marie Ndiaye

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03 février 2021

Le pape Nicolas II

Les papes français sont en général mal connus et c’est fort dommage pour Nicolas II qui a eu un règne aussi court qu’important.

         

Son élection arrive à une époque où la papauté est en pleine confusion et où son avenir même est fort incertain. Du pape lui-même, on sait peu de choses, qu’il est né vers 992 dans la commune actuelle de Mercury près d'Alberville située dans la Combe de Savoie et qu’il se nommait Gérard (Gerardus) ou Gérald (Gérald ou Giroldus) et qui est resté dans l’histoire sous le nom de Gérard de Bourgogne.

On le rerouve quelques années plus tard chanoine à Liège où il étudie les textes anciens et déchiffre des manuscrits. Les laïcs dominent alors largement l'Église et l'empereur du Saint-Empire se considère l'égal du pape. Ce sont des intrigues constantes entre l'Empire, la papauté et les grandes familles romaines.

                                  
L’impératrice Agnès de Poitiers  Le pape Alexandre II           Le pape Étienne IX

Il fut un lettré au grand savoir, il quitte la Bourgogne envahie par Conrad II, l’empereur du Saint-Empire, pour se mettre au service du duc de Toscane. Protégé du duc, il devint évêque de Florence en 1045. C'est un homme énergique qui n'hésite pas à mettre de l'ordre dans les pratiques douteuses de certains religieux.

         
 Exemples de procès pour simonie

Son destin bascula quand des gens influents comme Hildebrand de Soana, bénédictin toscan conseiller de plusieurs papes, vinrent le trouver après l’assassinat du pape Étienne IX [1], qui voulait réformer la papauté, pour rétablir le pouvoir papal à Rome. Entre temps, un nouveau pape avait été imposé par la faction conservatrice de Tusculum. Hildebrand et Godefroy le Barbu prirent les devants et marchèrent sur Rome avec Gérard pour renverser le nouveau pape Benoît X. Gérard de Bourgogne fut couronné pape à Sienne en 1058, le jour de la saint Nicolas, sous le nom de Nicolas II.

              
                           Nicolas II couronne Robert Guiscard         Robert Guiscard

Avec la bénédiction de l'impératrice Agnès, régente du Saint-Empire à la mort de son mari l'empereur Henri III [2], Nicolas II et Hildebrand, sous bonne escorte, marchent sur Rome. Pour se rendre maître de Rome, il obtint le soutien des princes normands du sud de l’Italie, Richard Ier et Robert Guiscard et leur appui pour contrer l’emprise de l'Empire, remettant l’élection du pape à un collège de cardinaux, même si l’empereur gardait un droit de confirmation. (décret du 13 avril 1059)

                              
L’antipape Benoît X          Les laïcs dans l’église du IXe siècle    La réforme grégorienne

Son court pontificat (1058-61) fut particulièrement fécond. Son souci fut d’abord de combattre l’influence du Saint-Empire. Il débuta en affranchissant la papauté de la tutelle impériale et réforma largement les pratiques ecclésiastiques : combattit le nicolaïsme (prêtres mariés et concubinage) et initia ce qu’on a appelé la réforme grégorienne interdisant la simonie ( transactions financières visant  des avantages ecclésiastiques).

Il interdit la nomination des évêques sans l'autorisation papale et décida aussi que les chanoines reviennent à une discipline plus stricte, en imposant les repas en commun et la nuit au dortoir.

            
Relations interdites au moyen âge                                           Icône de Nicolas II

Cette politique audacieuse de réformes fut poursuivie par ses successeurs Alexandre II puis Hildebrand de Soana, principal soutien de Nicolas II, qui devint pape à son tour en 1073 sous le nom de Grégoire VII.

Notes et références
[1] En 1057, le prince Frédéric de Lorraine, abbé du Mont-Cassin et frère de Godefroy II duc de Toscane, est élu pape à l'insu du pouvoir impérial, sous le nom d'Étienne IX. Favorable à  l'indépendance de l'Église face au pouvoir impérial, il est assassiné huit mois après son élection.
[2] Agnès de Poitiers épouse en 1043 l'empereur germanique Henri III le noir. Veuve en 1056, elle assure la régence du Saint-Empire romain germanique jusqu'à la majorité de son fils Henri IV le Grand en 1062.
Après la mort de Nicolas II, elle fera élire un anti-pape Honorius II contre Alexandre II, le successeur de Nicolas II. S'ensuit un bras de fer entre le pape et l'empereur pour la nomination des évêques; c'est la querelle des Investitures

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01 février 2021

Suzanne Lansé peintre des montagnes

         
Suzanne Lansé                             Sa maison à Talloires

Née à Annecy en 1898, rien ne la prédisposait à devenir peintre. Mais elle est douée, rapidement on la remarque pour les dons artistiques qu’elle développe. Mais sa mère devenue veuve ne l’entend pas de cette oreille et elles vont habiter à Talloires, charmant petit village sur les bords du lac d’Annecy.

         
La Tourette, 1957                                   La Tourette au printemps

Désormais, elle sortira surtout sa palette pour peindre les paysages de montagnes qui l’entourent et le lac d'Annecy. À sa mort en 2002, à l’âge de 103 ans, elle laisse quelque 800 œuvres dont certaines exposées à l’étranger dans des musées et chez des particuliers, jusqu’en Chine et au Japon.

         
Lac d’Annecy : La vigne                   La presqu’île de Duingt

Elle refusait de faire comme certains artistes qui peignaient la montagne "d’en bas" en étant confortablement installés. Mais quand comme elle, on aime vraiment représenter ce genre de paysages, il faut d’abord gravir les pentes avec un minimum de matériel porté sur le dos pendant  des heures.

   Sur le lac d'Annecy

Passer la nuit en montagne lui permettait de « saisir la naissance du jour, la lumière délicate et encore fraîche du petit matin, d’assister au lever du soleil dévoilant progressivement les pics, aiguilles et pointes de glace. »

     
Dents de Lanfon, 1975              Vallée d’Entrevernes, 1925

Elle aimait particulièrement le soir quand « le soleil rosissait les glaciers sous un ciel passant du bleu au vert. Puis survenait alors la transfiguration des hauts sommets par le reflet des rayons du soleil disparaissant. » C’était pour elle le point d’orgue d’une journée ensoleillée, « une apothéose ». Elle le considérait comme une bénédiction, une récompense méritée qui lui faisait oublier tout le reste.

         
La pointe percée, 1975        Matinée de printemps au lac d'Annecy

Malheureusement, la beauté de ces paysages uniques et ce qu’elle ressentait dans ses montagnes durèrent jusqu’à ce qu’elle soit atteinte de cécité. Finie la montagne, finie la peinture. Il lui a bien fallu accepter son sort, peu à peu, jour après jour en prenant d’autres habitudes et aussi par la prière, elle qui était croyante.
Comme baume, elle avait ses souvenirs, repensant aux heures bénies où elle pouvait créer librement, seule dans cette montagne qui était son havre de paix.

         
Suzanne Lansé en juillet 2001 et en juillet 1997

Ces deux photos célèbrent des anniversaires. À l’occasion de son centenaire, une exposition de ses œuvres eut lieu au Conservatoire d'Art et d'Histoire d'Annecy. Lors du vernissage, le Président du Conseil Général de Haute Savoie retraça sa vie et son œuvre.

Le 9 juillet 2001, on la voit fêter son 103e anniversaire en compagnie de ses amis les plus proches.

                   
Sur le lac d'Annecy                 Autoportrait, 1919            Vue de Talloires, 1978

Son œuvre est surtout constituée de tableaux représentant ses chères montagnes et les eaux du lac d’Annecy qu’elle pouvait contempler des hauteurs de Talloires. La couleur bleue domine, un bleu lumineux qui parfois se confond dans la dimension bleutée du lac et le profond horizon du ciel, si bien qu’on l’a parfois qualifié de "bleu Lansé".

   Vue de Talloires

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31 janvier 2021

Pierre Pépin, La rencontre

Référence : Pierre Pépin, La rencontre, une philosophie, éditions Allary, 272 pages, 2021

          

« La rencontre nous révèle à nous-mêmes et nous ouvre au monde. »

Certaines rencontres ont sur nous une influence fondamentale. Pour cela, il faut d’abord être disponible et ceci, de tous les points de vue.
Ces rencontres peuvent être de plusieurs types, quelles soient amoureuse, amicale, professionnelle, permettent de sortir de soi-même, de vivre une expérience unique qui a ses beautés et ses risques. Il y faut d'abord une certaine confiance en soi, une attitude qui « se conquiert vraiment dans la relation avec les autres et dans la relation au monde. »

               

Pour les évoquer, Charles Pépin va chercher philosophes, romanciers et cinéastes et fait appel à des auteurs aussi divers que Platon, Christian Bobin en passant par Belle du Seigneur d’Albert Cohen ou Sur la route de Madison de Clint Eastwood.
Il dit que
« chez Aristote comme chez Hegel, on pense la beauté de la rencontre dans l’aventure d’un retour à soi. »

               

« La rencontre est une promesse. »

Pour illustrer tout ce qu’une véritable rencontre a de particulier dans ce qu’elle comporte de découverte de soi et d’ouverture de son environnement, il s’adresse aussi à la relation entre Pablo Picasso et Paul Éluard, David Bowie et Lou Reed, Voltaire et Émilie du Châtelet par exemple.

Par temps de confinement, la rencontre impossible devient un bien encore plus précieux qu’en temps ordinaire. Bien entendu, les solutions numériques ne sont qu’un pis-aller qui ne peut transformer un hasard en destin. Il est vrai aussi qu’une rencontre intime peut également se faire par à travers un paysage, une œuvre picturale, un roman, un recueil de poésie ou un ouvrage philosophique.

               

Les exemples qui constellent son livre permettent à Charles Pépin de considérer la rencontre comme une aventure pour dépasser son ego, que ce soit l’amitié chez Aristote, l’attention chez la philosophe Simone Weil ou l’amour entre de Albert Camus et Maria Casarès.En amour, écrit-il, « il y a cet instant où un certain regard bouleverse une vie comme dans Anna Karenine ou L’éducation sentimentale. »

Pour Charles Pépin, la rencontre commence réellement « quand elle vient briser le leurre de mon identité. La vraie rencontre avec l’autre fissure ma carapace identitaire, je mesure combien je suis complexe, multiple - elle est ce trouble, cette surprise. »

         

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29 janvier 2021

Hédi Kaddour La nuit des orateurs

Référence : Hédi Kaddour, La nuit des orateurs, éditions Gallimard, Collection Blanche, 368 pages, janvier 2021

         


La tyrannie est un thème récurrent chez Hédi Kaddour, auteurdont j'avais présenté con précédent roman Les prépondérants, centré sur les soubresauts du colonialisme.

Cette fois, Hédi Kaddour place son roman La Nuit des orateurs dans la filiation de deux romans du XXe siècle, qui se situent dans la même mouvance antique : Les Géorgiques, du prix Nobel Claude Simon et La Mort de Virgile, d’Hermann Broch.

Le point de départ d'un roman, il le définit ainsi : « Ce qui me guide, c'est la bonne histoire. Quand on se dit à la fois "ce n'est pas possible" et "ça ne s'invente pas". Dans la correspondance de Pline et les histoires de Tacite, il y avait tous les éléments pour pouvoir faire roman. »

         
                                     Hédi Kaddour et Boualem Sansal

Il nous transporte cette fois dans l'Empire romain, chez un certain Publius Cornelius, le futur Tacite, sénateur et avocat. On est à Rome, au premier siècle, sous le règne du sanguinaire Domitien. Rome au bon temps de la dictature, une dictature très dure où les condamnations à mort tombent comme à Gravelotte [1]. Tacite va vivre une nuit cruciale pendant laquelle sa femme Lucretia, la fille du consul Agricola, aidée par ses amis, vont jusqu'au palais impérial au Palatin, plaider la clémence du tyran qu’elle a connu adolescent, faisant une ultime tentative pour laver Tacite d'une rumeur de complot tendant à renverser l'empereur.

         
Il avait pourtant été un serviteur zélé en chassant de Rome les philosophes puis en organisant une purge parmi les sénateurs. Mais avec son ami Pline, il a aidé son confrère, le républicain Senecio à mettre en cause le gouverneur détesté de la Bétique [2], spoliateur proche de l'empereur Domitien. Même si Tacite est plus modéré que ses amis, il n'en reste pas moins qu'il est lui aussi passible d’arrestation.

Il faut dire que la situation politique de Rome est, comme l'empereur, assez instable. La rumeur court dans la cité que les légions cantonnées au bord de Rhin se sont révoltées et seraient en passe de marcher sur la capitale pour y appuyer un complot républicain.

                   
Aborder la poésie             Critique du Monde                L’émotion impossible
.
Mais les élites ont d'autres préoccupations. Elles assistent avec Tacite à une séance de lecture où Petrone, un esclave affranchi, se fait remarquer par ses talents en inventant son propre genre littéraire, basé sur la rhétorique classique, mélange de lyrisme et de réalisme.
Le peuple  lui aussi s'essaie à des joutes verbales dans une atmosphère où les délateurs et les ambitieux se livrent à leurs manœuvres favorites pour profiter de la situation.

Pour l'auteur, la dimension littéraire agit comme une arme politique plus efficace que la lutte armée. En résonance avec le présent, la situation qu'il décrit lui permet de développer une réflexion sur un pouvoir confronté à des élites ombrageuses et un peuple devenu méfiant. « L'Empire, écrit-il, a transformé la plèbe en public du cirque. »

        
Les prépondérants, version audio

Les mots sont parfois terribles surtout dans ce contexte où chaque parole peut être symbole de vie ou de mort. Les monologues intérieurs sont pour l’auteur l’occasion d’analyser les vagues de fond qui fracturent cette société du 1er siècle avant JC qui n’est pas sans rappeler certaines tendances des sociétés actuelles.

Notes et références
[1] La bataille de Gravelotte (appelée parfois Saint-Privat) eut lieu le 18 août 1870 à l'ouest de Metz ouvrit la voie à la  reddition de Napoléon III, le 2 septembre 1870 à Sedan.
[2] La province romaine de Bétique correspond en gros à l'actuelle Andalousie. Son nom provient de Baetis, nom latin du fleuve Guadalquivir.
Voir aussi
* Boualem Sansal, Abraham et Le train d'Erlingen --
* Kamel Daoud, Zabor ou Les psaumes et Meursault, contre-enquête --
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27 janvier 2021

Edgar Morin L'entrée dans l'ère écologique

Référence : Edgar Morin, L'entrée dans l'ère écologique, éditions de L'Aube, version I 2016, version II actualisée, 167 pages, mai 2020

« L’homme est un être culturel par nature parce qu’il est un être naturel par culture. » Edgar Morin

         

Déjà un demi-siècle de retard s'inquiète Edgar Morin. Les dégâts sont visibles, il suffit de regarder autour de soi où la pollution urbaine s'étend, où les terres arables se raréfient. Et ceci sans parler de ce qui se passe en Amazonie ou en Californie, en Sibérie ou en Australie, pays dans lequel on a par exemple oublié les leçons à tirer de l'expérience millénaire des aborigènes..

La prise de conscience, c'est par exemple la figure de cette jeune scandinave qui reprend le flambeau telle une nouvelle Jeanne d'Arc, suivie par une bonne partie de la jeunesse. C'est un espoir même si « les évêques de la Sainte économie libérale et de la mondialisation ne manquent pas une occasion de la railler. »

               

Pour Edgar Morin, le problème est toujours le même, c'est ce qu'il appelle la structure cognitive qui, dans nos sociétés, qui a tendance à séparer l’humain du naturel : Dans l'Europe chrétienne, Dieu a créé l’homme à son image, un homme à qui on a promis la résurrection et le paradis, où les animaux sont interdits. Pour René Descartes par exemple, la tâche de l’homme est de conquérir et de dominer le monde naturel.

   Edgar Morin et sa compagne Sabah Abouessalam

« La vie n'est supportable que si l'on y introduit non pas de l'utopie mais de la poésie. » Edgar Morin

On le sait, les catastrophes causées par l'homme ne provoquent que des réactions émotives sans lendemain et les changements de mentalité sont toujours longs et difficiles : Tchernobyl, Three Mile Island, Bopal ou Fukushima ont été trop vite oubliées, considérées comme des épiphénomènes. L'espoir est de remplacer cette approche par une autre approche basée sur la conscience écologique. Dans cette logique, il faut que s'impose la conception d'un homme à la fois animal et spirituel où nature et culture. Comme l'a écrit André Malraux : « La culture… ce qui a fait de l’homme autre chose qu’un accident de l’univers. »

         
Edgar Morin en compagnie de Marion Cotillard

L’hégémonie de cette croyance ne s’est atténuée que récemment, sans toutefois que s’affirme encore la conception que l’homme est à la fois animal et spirituel, marquant l'interdépendance entre nature et culture. dès lors, une "transition écologique" ne suffirait pas à enrayer drastiquement les phénomènes qui ont abouti à la situation actuelle.

    Edgar Morin et Cynthia Fleury

Les forces de résistance tiennent aussi bien au poids des habitudes de pensée, aux intérêts économiques considérables en jeu et la timidité des politiques. Il ne s'agit nullement d'opposer décroissance et croissance mais de trancher entre ce qui doit croître et ce qui doit décroître.
Pour Edgar Morin, il faut réaliser une osmose entre l'écologie, le social et le politique.

            
                                    Edgar Morin et Pierre Rabhi              Journal 1992-2010

Il préconise une « société monde » dépassant le concept de mondialisation, tournée vers des politiques plus humanistes et aussi plus réalistes qui puissent dépasser la fracture actuelle entre les utopies des uns et les contraintes, les résistances des autres.

Mes fichiers sur Edgar Morin
* Entrée dans l'ère écologique --
* Edgar Morin Mes philosophes -- Actualité et complexité --
* Edgar Morin, Les souvenirs viennent à ma rencontre --

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17 janvier 2021

Les aventures de Joseph Kabris

Joseph Kabris, corsaire tatoué et pionnier de l’ethnologie

Joseph Kabris, c’est l’histoire d’un homme simple au destin exceptionnel. Celle d’un matelot français qui, à la fin du XVIIIe siècle, fait naufrage et est adopté aux îles Marquises par une tribu. Au fil des années, il va s’y intégrer et devenir père de famille.

                   

« L'aventure tragi-comique de Jospeph Kabris, matelot bordelais » titrait Le Petit Marseillais en 1938, soit bien longtemps après sa mort en septembre 1822.

En fait, sa vie aventureuse commence bien avant. Selon ses Mémoires, à 14 ans, il embarque à bord du bateau corsaire Le "Dumouriez" qui parviendra après de durs combats, à capturer un galion espagnol mais en revenant à Bordeaux, le navire est à son tour pris par une escadre anglaise où Kabris est capturé et envoyé sur les pontons de Porthmouth pendant un an et demi. Revenu en France, il participera à des combats du côté de Quiberon.
Il est blessé au cours des combats et réussit à nager jusqu’à une frégate mouillant dans la rade. Retour en Angleterre où il panse ses blessures avant de repartir sur un baleinier.

Ne tenant vraiment pas en place, il embarque le 8 mai 1795 pour les mers du sud sur un brick nommé Le London qui fera naufrage devant Nuka-Hiva dans les îles Marquises, mais en fait il en profite pour déserter  en compagnie d’un marin anglais, Edward Robarts avec lequel il va se brouiller.
Ainsi commence son aventure océanique.

                   
Kabris en tenue                    Le bateau russe                    Le commandant du navire russe

C’est pour lui une période heureuse qu’il ne retrouvera jamais. Il deviendra même un notable en se remariant avec la fille du roi qui l’aime bien et le nomme "grand juge de tout le pays", avec le tatouage correspondant à son nouvel état et représentant un soleil sur les deux paupières de l’œil droit.
On ne sait trop ce qui s’est passé mais Kabris est embarqué le 18 mai 1804 sur un navire russe qui vogue vers le Kamtchatka. Perdu dans ce pays dont il ne parle pas la langue, il parvient cependant à rejoindre Saint-Petersbourg où pendant treize ans, Kabris qui passe pour une bête curieuse, va bénéficier de la protection du tsar Alexandre 1er.

         
Vues de Nuku-Hiva

Il ne reviendra en France, pour son malheur, qu’en juin 1817. Pour vivre, il est contraint de se produire dans les foires, habillé en roi de Nuka-Hiva, parlant le marquisien et découvrant ses tatouages. Il vend aussi des feuillets sur sa vie aux Marquises, des gravures où il apparaît paré de ses attributs royaux.

Il aurait voulu économiser assez pour aller revoir sa famille à Nuka-Hiva mais la maladie l’en empêchera et il meurt en septembre 1822 à Valenciennes à seulement 42 ans.

         

Les infos qu’a laissées Joseph Kabris sont à recouper avec celles qu’a laissées Edward Robarts, son compagnon sur l’île de Nuku-Hiva, dont les souvenirs sont quelque peu différents de ceux de Kabris. En fait, tous deux ont déserté en 1798 un baleinier anglais, le New Euphrates, recueillis ensuite par une tribu autochtone.

Le récit d’Edwards Robarts offre l’intérêt d’être aussi un témoignage sur la vie des populations locales, le déroulement des fêtes, des guerres et des famines qui y sévissaient parfois. Lui aussi aura une vie quelque peu compliquée. Il quitte les Marquises en 1806 pour Tahiti où il est distillateur d’alcool, en Malaisie comme majordome puis aux Indes comme marchand de sable d’abord et policier à Calcutta.

         
                                                Casse tête et ornements de chef

Toujours d’après leurs témoignages, il apparaît que les habitants sont plutôt des barbares qui pratiquent, autant les femmes que les hommes, le cannibalisme. De même, on peut évaluer la population de Nuka-Hiva en 1804 à quelque 16 000 personnes.

Voir aussi
* Christophe Granger, Joseph Kabris ou les possibilités d'une vie, 1880-1822, Anamosa, 507 pages, 2020,  prix Fémina Essai --
* Anny Cornuault, Kabris, J.-C. Lattès, 614 pages, 1990, Le livre de Poche, 1994

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15 janvier 2021

Thomas Snegaroff "Putzi", le pianiste d’Hitler

Ernst « Putzi » Hanfstaengl, le pianiste d’Hitler

Référence : Thomas Snegaroff, « Putzi », le pianiste d’Hitler, éditions


Ernst « Putzi » Hanfstaengl, le pianiste d’Hitler

Encore un personnage secondaire qui a pourtant joué un rôle important dans l’ascension d’Hitler. Leur amitié éclaire les débuts du futur führer, en donne un portrait de l’homme avant qu’il ne se soit figé dans l’histoire.
Thomas Snégaroff a mené une enquête rigoureuse pour ce livre qui balance entre roman et enquête historique et brosse un panorama intéressant de cet entre-deux-guerres plein de bruit et de fureur avant de déboucher sur l’horreur.

       
                                                                   Avec Hitler et Göring

Issu d’une famille importante en Allemagne, « Putzi » alias Ernst ‘Putzi’ Hanfstaengl a été  un homme d’affaires germano-américain mais également un ami proche d’Adolf Hitler qui fut son pianiste personnel et contribua à son l’ascension mais aussi à sa chute.

Souvent absent des manuels scolaires et des livres d’histoire, on le connaît assez peu. Ce n’est pas un des caciques du pouvoir nazi qui siège sur le devant de la scène, un personnage clé, on le présente plutôt comme celui qui distrayait et amusait Hitler avec ses talents de pianiste.

          Avec Hitler

Il naît à Munich le 2 février 1887, dans une famille privilégiée dont les parents côtoient le gratin artistique et musicale, recevant chez eux des artistes comme Strauss, Wagner ou Liszt. Il se partage entre États-Unis et Allemagne : son grand-père paternel fut un célèbre lithographe et photographe allemand qui fit le portrait des gens comme Wagner, Liszt, et Clara Schumann et son autre grand-père fut général dans l’armée de l’Union américaine et l’un des porteurs du cercueil d’Abraham Lincoln.

Le jeune homme est un passionné de musique qui pense surtout à interpréter ses musiciens favoris, au détriment de ses études.

         
Dans l'entourage d'Hitler ("putzi" est à gauche)

En 1905, il quitte l’Allemagne pour poursuivre des études littéraires à l’université d’Harvard, même s’il est toujours féru de musique. Il sera même invité en 1908 par le président Theodore Roosevelt à Washington pour jouer du piano.

L’année suivante, il dirige la filière américaine de l’entreprise familiale, la Franz Hanfstaengl Fine Arts Publishing House à New York. Bloqué aux États-Unis, il suit les débuts de  la Première Guerre mondiale et fait la connaissance du futur président Franklin D. Roosevelt qui aura plus tard beaucoup d’importance.

               

C’est après son retour à Munich en 1922, que son destin va basculer. Dans une Allemagne confrontée au chaos et à la défaite, il rencontre un vieil ami de fac qui travaille à l’ambassade américaine de Berlin et lui demande de s’occuper de son attaché militaire chargé d’analyser la situation politique allemande.
Ce dernier lui demande d’assister à sa place à une réunion du parti national-socialiste des travailleurs allemands à la brasserie Kindlkeller et d’y rencontrer un certain Adolf Hitler.

          
Hitler et Putzi (en partie cachée par Goebbels)

Et Putzi est sous le charme, séduit par sa force de conviction. Hitler fera merveille dans le milieu huppé où Putzi l’emmène. Il fait la connaissance de représentants de grandes familles bavaroises, les von Kaulbach et Bruckmann, les Bechstein, dont la femme souhaitera même que sa fille Lotte l’épouse.

                
Wilhelm von Kaulbach     Affiche C. Bechstein

Avec la famille Hanfstaengl, Hitler accède à la haute société bavaroise tandis que entre dans la confidence d’Hitler qui sera le parrain d’Egon, le fils de Putzi.

Après l’échec du putsch de Munich en 1923, Hitler se réfugie chez les Hanfstaengl. Quand la police encercle la maison pour arrêter Adolf Hitler, il semble qu’il ait voulu se suicider et qu’Helen, la femme de Putzi, soit intervenue à temps pour éviter l’irréparable. Hitler ne restera guère qu’un an en prison et il en profitera pour écrire le premier volume de Mein Kampf, que Putzi va aider à écrire, à financer et à publier.
À sa libération, Hitler sera de nouveau hébergé par les Putzi.

Après l’envol du parti nazi à partir de 1930 (presque 20% des voix aux législatives de 1930), Putzi deviendra chef du département de la presse étrangère, mettant son réseau à la disposition du Parti pour récolter des fonds et des adhésions, rencontrant des personnalités comme Mussolini et Churchill pour promouvoir l’image du Parti et de son chef.

       
                                               Hitler et Putzi de dos au piano

Hitler et Putzi vivront aussi une amitié sous les auspices de la musique. Hitler adorait se retrouver avec Putzi au piano jouant du List et surtout du Richard Wagner, lui disant même : « Tu es le plus pur des orchestres, Hanfstaengl. » Hitler aimait par-dessus tout la manière grandiloquente dont Putzi jouait, ce dont était parfaitement conscient ce dernier, écrivant dans ses Mémoires : « je possédais apparemment le don de jouer la musique qu'il aimait exactement dans le style orchestral qu'il aimait. »

Le fameux cri du Troisième Reich « Sieg Heil, Sieg Heil, Sieg Heil ! » aurait été d’un chant universitaire dont Putzi a parlé à Hitler, qui était au départ « Harvard, Harvard, Harvard, rah, rah, rah ! »

                   

La vie de Putzi va changer le 11 février 1937 quand Hitler le charge d’une mission assez curieuse de se rendre en Espagne pour préserver les intérêts allemands dans un pays en pleine guerre civile. Putzi y voit une tentative pour se débarrasser de lui, jugé trop "mou" par Goebbels et d’autres membres de l’entourage du führer, Une opportune panne d’avion à Leipzig lui permet de "déserter" et parvient à gagner l’Angleterre où il est immédiatement incarcéré puis emprisonné au Canada.

         
                                             L'université d'Harvard

Là, il tente de contacter le président Franklin D. Roosevelt, rencontré quelques années auparavant. Intéressé par les renseignements qu’il pourrait donner, Roosevelt obtient sa libération en 1942 et le fait verser dans un service spécialisé chargé d’établir un profil psychologique du Führer et d’analyser la propagande allemande.

Il va désormais participer à la campagne de déstabilisation psychologique du Troisième Reich. Il ira même en 1944 jusqu’à enregistrer au piano des œuvres de Debussy et de Wagner, avant de s’adresser au Führer lui-même pour le supplier d’arrêter cette guerre qui finira par détruire l’Allemagne. L’enregistrement fut diffuser dans toute l’Allemagne et retransmis en Angleterre.  
Mais c’est un homme encombrant qui sera de nouveau incarcéré en Angleterre jusqu’en 1946 avant d’être transféré en Allemagne.

Il fit ensuite l'objet d'un procès en « dénazification » mais fut rapidement libéré, ayant déjà purgé une peine de prison. Son passé ne cessa cependant de lui coller à la peau. À la fin de sa vie, il eut la joie d’apprendre que son petit-fils violoncelliste Eynon Hanfstaengl, fut primé au Concours Tchaïkovski à Moscou.

Voir également sur cette période
* Snegaroff, Putzi, pianiste d'Hitler --
* JM Dreyfus, Malzan, D'Hitler à Adenauer --

*
Éric Branca, Les entretiens oubliés d'Hitler -- M. Onfray, Le canari du nazi --
Rosella Postorino La goûteuse d'Hitler -- De Wagner à Hitler --
*
Dorothy Thomson, J'ai vu Hitler --

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