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08 septembre 2017

Site Bernard Clavel Synthèse


1- Interventions    2- Catégories    3- Biographies  
4 - ses œuvres    5- Articles de fond


---------------------------------------------- Interventions (2) -----------------------------------
* Sur les pas de Bernard Clavel : exposé textes [5/09/2016]
   1- Écrire sur la neige 2- La Courbatière-Le Carcajou 3- Bonlieu-Le faune de Vernaison
   4- Le  Bordelais-Capian 5- L’homme de Frontenay 6- La Courbatière-acrostiche -
* Clavel à Capian + Clavel à La Courbatière, acrostiche - [5/09/2016]
* Hommage à Bernard Clavel, "Les tilleuls de Frontenay" (poème) [5/11/2013]

* Bernard Clavel : schéma [13/03/2015]
   1- BC qui êtes-vous ? (portraits croisés, les petits bonheurs, réalité & fiction)   
   2- Un homme en colère, Maryse Vuillermet, personnages costauds et colère
   3- Un homme engagé, partage et révolte 4- Parcours & évolution : les Goncourt, violence
        & culpabilité, évolutions marquantes 5- Le temps des grands malheurs : avant-propos,
       Courmangoux, Frontenay
* Clavel et le roman populaire : Schmitt, Mozart et le roman populaire [20/11/2015]


---------------------------------------------- Catégories –(5) -------------------------------------
* Bernard Clavel, présentation générale [22/02/2015]
   Catégorie I + Catégorie II + diapos présentation + diapos portraits croisés + bio chronologique + diapos Un homme en colère
* Clavel Un homme en colère (diapos) + portraits croisés (diapos) [12/02/2015]
* Clavel Présentation (diapos) [9/12/2014]
* Bernard Clavel, Catégorie I, dédié aux romans (34 fichiers) [20/10/2013]
* Clavel Catégorie II (41 titres) [4/10/2014]


--------------------------------------------- Biographies (15) ---------------------------------------
* Clavel, élément bio : chronologie [24/02/2015]
* Clavel, approche biographique (résumé) [4/03/2014]
* Bernard Clavel et son œuvre : présentation succinte - [9/10/2013]
* Clavel, profil d’écrivain [4/03/2014]
   L’homme & son univers + ses terres d’élection + conteur & romancier
* Clavel et ses thèmes : à travers ses "confidences" (sa jeunesse), ses personnages, ses essais (terres de mémoire, engagements), ses terres d’élection entre réel et imaginaire, terroirs et légendes. [9/10/2013]
* Bernard Clavel, son itinéraire, 1-Le journaliste et le romancier, 2-L’installation dans la région parisienne, 3-Le combat pour la justice, 4-Le déraciné, [13/10/2013]
* Biographie de Marie-Claire de Coninck, 1991, Un homme engagé dans la vie, dans la littérature, ressorts intimes & trame narrative, la guerre des Colonnes du ciel aux grands malheurs
* Michel Ragon Biographie de Clavel, Seghers, [5/10/2014]
* Terres de mémoire, le Jura [15/10/2013]
   La mémoire nue, Paysages de l’enfance, Doubs/Rhône/St Laurent
* Écris autobiographiques : BC qui êtes-vous ? + Les petits bonheurs + Écrit sur la neige
* Clavel dans le Rhône, Lyon & Vernaison [3/10/2014]
* Clavel à Courmangoux (cf Sur les pas des écrivains) [8/10/2014]
* Maryse Vuillermet, souvenirs de l’ouvrier de la nuit [28/11/2014]
* Au bonheur de l’eau : Popi et l’eau du jardin – Partie de pêche avec l’oncle Paul -
* Josette Pratte [15/03/2015]

------------------------------------------- Ses œuvres (26) -----------------------------------------
* Bernard Clavel, ses 24 romans [29/09/2014 au 2/10/2014]
* La grande patience : 4 tomes autobiographiques 1939-46  [9/10/2013]
* Le royaume du nord, présentation des 6 tomes [5/03/2014]
* Les colonnes du ciel, présentation des 5 tomes [4/03/2014]
* Le massacre des innocents, Terre des hommes [2/10/2014]
* Lettre à un képi blanc Mac Seal [2/10/2014]
* Clavel et le Rhône ou Les métamorphoses d’un dieu [30/09/2014]
* Tiennot ou l’île aux Biard [2/10/2014]
* Peinture : Léonard de Vinci + Paul Gauguin [17/10/2013]
* Clavel et la peinture
    Les articles : Conférence sur Bruegel, Terre d’Ornans, patrie de Courbet, Vlaminck
* Célébration du bois [17/10/2013]
   Vincendon – Vernaison – Musées Serrière/Gadagne – ses différentes fonctions
* Arbres [16/10/2013]
   De M Aymé à G Vigneault, Des Colonnes du ciel au Canada, Lônes & saulaies
* Bonlieu ou le silence des nymphes + Le faune de Vernaison (poème) [18/10/2013
* Fleur de sel, album avec textes et photographies, 1977, Guérande [13/10/2013]
* Les Vendanges album avec textes, peintures et photos, 2000, [13/10/2013]
* L'Hiver, album avec textes, peintures et photos, 2003, 16 textes [13/10/2013]
* L’ami Pierre : récit-album  sur l’imagination confronté à la réalité de Pierre le Ny.
* Contes et légendes du Bordelais [15/10/2013]
Clavel et le vin suivi de 12 contes et légendes
* Contes espagnols 3 histoires + avant-propos sur Clavel [17/10/2013]
* Bernard Clavel Contes, nouvelles et légendes, article de synthèse sur les contes et légendes de Clavel : premiers contes et L'arbre qui chante, albums-contes : Histoires de Noël et Histoires de la vie sauvage; légendes : de la mer, du Léman, des lacs et rivières, des montagnes et forêts...
* L’arbre qui chante : 31 histoires basés sur le conte éponyme, beaucoup d’animaux plus humains que les humains, des enfants (parfois) désobéissants…
Œuvres complètes, ed. Omnibus, août 2005 - [9/10/2013]
* Histoires de Noël - 10 histoires –octobre 2001
* Clavel, Paroles de paix (28 textes, 2002) et préface à Cent poèmes pour la paix(1987) [16/0/2013]
 Son parcours avec Romain Rolland, Louis Lecoin, Jean-Marie Muller, Maurice Lelong, Hans Balzer, les écrivains Jean Giono, Jean Guéhenno -- Lettre à René Maltête
* La peur et la honte, (1995) – [13/10/2013]
  Peur en 1944, honte aujourd’hui – préface au livre de Keiji Nakazawa
* Le chien du brigadier (2005) : nouvelle sur un chien de guerre, le gendarme-passeur, la libération de Lons
* Clavel et Gandhi, préface au livre de Jean-Marie Muller [4/11/2014]
* Le talon de fer (préface) – Clavel & Jack London [17/10/2013]

----------------------------------------- Articles de fond (11) ---------------------------------------
* Clavel, Un homme, une œuvre, Boichat [21/10/2013]
   1- Les lieux de mémoire 2- Les colonnes du ciel 3- Le royaume du nord
  4- Rôle du travail et référents 5- Rôle de l’argent 6- Les figures parentales
* Clavel et les droits de l’homme : article synthèse sur Silence des armes, Massacre des innocents, pacifisme & paroles de paix, non-violence, écologie [9/10/2013]
* Clavel, récits et essais : article synthèse sur les nouvelles (Tiennot, chien brigadier, canadiennes, l’espion…), les essais (Terres de mémoire, peur & honte…), les arbres et le bois, géographie sentimentales… [9/10/2013] 
* Clavel, L’homme engagé (Deveaux, Mourir à Dacca, Lecoin [6/10/2014]
* Un homme en colère, essai de Maryse Vuillermet, exposition Lausanne, 2003, Clavel du début à 1968, [13/10/2013]
* Clavel ou La géographie sentimentale, Lausanne, 1985, l’apprenti, le Rhône, l’amitié, Jura-Québec [13/10/2013]
* Bernard Clavel et l’écriture
    Ière partie : sa conception de l’écriture à travers 6 articles [18/10/2013]
    IIème partie : son style + extraits de 14 œuvres (cf Ragon) [22/10/2013]
* Clavel, Contes et nouvelles jeunesse, L’arbre qui chante (11 contes) [6/10/2014]
                 Achille le singe (3 histoires) + 2 contes + Histoire de Noël & de la vie sauvage
* Clavel, articles d’actualité [18/10/2013]
   Interview Ragon, Le Rhône, Mon ami l’espagnol, La fête à Jérôme, Printemps 17
* Clavel, choix d’articles [17/10/2013]
   Portrait BC Pampuzac & Ragon - -Louis Lecoin – Mac Orlan Eugène Le Roy
* Clavel, articles et interviews [15/03/2015]
   L’Express 7/97 + L’Express 11/2003 + Nouvel Obs 10/2004

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Bernard Clavel Catégorie II

             Les articles dédiés à l'oeuvre de Bernard Clavel (hors romans)    
 

Titre des ouvrages
Ascendant Descendant
Titre des ouvrages
Ascendant Descendant
Titre des ouvrages
Ascendant Descendant
Ecrits autobiographiques Clavel dans le Rhône
Clavel et la peinture Bio Paul Gauguin Bio Léonard de Vinci
Essai Mc Conninck
Célébration du bois
Contes espagnols
Essai Noël Boichat
Bonlieu Silence nymphes
Contes, nouvelles...
Bio Michel Ragon
Clavel Arbres
Contes du Bordelais
CB Homme engagé
Les vendanges
L'arbre qui chante
CB, Récits et essais
Fleur de sel
Histoires de Noël
CB, Droits de l'homme
L'hiver
Le chien du brigadier

Articles actualité                         Clavel et l'écriture                      Choix d'articles
Clavel et Gandhi                         Clavel dans l'Ain                         
Clavel et l'écriture II                  London Préface                           Paroles de paix 
BC, un homme en colère           Terres de mémoire                     Géo sentimentale
Hommage à Clavel                     Contes jeunesse                           L'ami Pierre

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31 août 2017

Patrick Modiano Remise de peine

Référence : Patrick Modiano, Remise de peine, éditions du Seuil, 166 pages, 1988

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Comme le présente François Nourissier dans Le Point : « Une phrase entendue, un bracelet-montre mirobolant, un vendeur de bagnoles d’occasion, une femme qui pleure : toute une société surgit, faisandée, émouvante, aux ressorts mystérieux, aux héros fantomatiques. Avec une économie exemplaire, Modiano une fois de plus gagne la drôle de partie dont il a inventé, dans le secret de sa mémoire, la règle et l’enjeu, » ce roman est bien dans l’univers fait de brides de souvenirs qui en réveillent d’autres pour recomposer des morceaux de vie enfouis au plus profond de la mémoire.

Mais Patrick Modiano a préféré mettre en exergue ce texte de RL Stevenson tiré de Un chapitre sur les rêves : « Il n’est guère de famille pour peu qu’elle puisse remonter à quatre générations, qui ne prétende avoir des droits sur quelque titre en sommeil ou bien sur quelque château ou domaine, des droits qui ne sauraient être soutenus devant un tribunal mais qui flattent l’imagination et qui écourtent les heures d’oisiveté. Les droits qu’un homme a sur son propre passé sont plus précaires encore. »

On retrouve sans peine dans ce roman l’univers particulier de l’auteur, fait de notations qui, mises bout à bout, prennent alors tout leur sens, ce climat qui se dégage de son parcours, de ces allers-retours, de ces va-et-vient qui sont autant de clés pour le suivre dans les chemins tortueux de la mémoire.

                

Patoche a grandi ici avec son jeune frère, dans cette maison sans grand caractère, plutôt sympa avec sa façade mangée par le lierre. Dans cette "maison de femmes", on attendait le mythique Eliot Salter, marquis de Caussade, qui reviendrait peut-être un jour dans son château. Leur univers instable est fait de beaucoup plus de questions que de réponses. Dans les souvenirs de Patoche, à côté de la maison e des femmes, il y a aussi ces quelques objets épars, l’étui à cigarettes d’Annie, le sourire de Jean D., la grosse bagnole de Roger Vincent

Patrick dit Patoche et son frère sont quelque peu livrés à eux-mêmes, leurs parents sont loin, leur mère en tournée, leur père vient les voir de temps en temps. Seules Hélène Toch dite la petite  Hélène et Annie s’occupent d’eux, vivant dans cette maison du côté de Villacoublay. Mais elles ont de mauvaises fréquentations à cette époque où la France est occupée, de très mauvaises fréquentations comme Andrée K. qui vient souvent et connaît bien « la bande de la rue Lauriston, » qui les conduiront en prison, laissant les deux enfants livrés à eux-mêmes.

Ainsi, la mémoire flirte avec le mythe et la légendes familiale. Les faits sont vivants, ils évoluent avec les générations, avec le bouche à oreilles qui recrée les événements à l’aune du temps qui passe.
La réalité finalement n’est qu’un prétexte pour se réapproprier l’histoire, sa propre histoire, celle de ses proches, celle de sa famille.

Voir aussi mes fiches :
* Patrick Modiano, Dora Bruder -- L'horizon -- L'herbe des nuits --
* Patrick Modiano Une jeunesse en pointillés -- Remise de peine --
* Patrick Modiano Un pedigree -- Pour que tu ne te perdes pas dans le quartier --
* Mon Site Modiano --

Repères bibliographiques
* La place de l’étoile, prix Roger-Nimier et Fénéon, 1968
* Les boulevards de ceinture, grand prix du roman de l’Académie française, 1972
* Villa triste, prix des libraires, 1975
* Rue des boutiques obscures, prix Goncourt, éditions Gallimard, 189 pages, 1978
* Quartier perdu, éditions Gallimard, 182 pages, 1984
* Dimanches d’août, éditions Gallimard, 161 pages, 1986
* Un cirque passe, éditions Gallimard, 153 pages, 1992

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Jean-Christophe Rufin Check-point

Référence : Jean-Christophe Rufin Check-point, éditions Gallimard, collection Blanche, 387 pages, 2015

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                                                                                                     Un check-point

« Dieu a créé des hommes forts et des hommes faibles. Je les ai rendus égaux. » Samuel Colt

Maud, jeune femme de vingt-et-un ans, s’est engagée dans une ONG pour aller apporter son aide aux populations pendant la guerre de Yougoslavie.
Elle participe à un convoi de deux camions qui vont, dans des conditions difficiles, livrer des  produits à des familles réfugiées dans une mine de charbon et cernées par des milices croates. 

Entre les cinq participants, l’ambiance est plutôt morose. Marc et Alex, anciens militaires, semblent assez complices mais supportent difficilement l’autoritarisme de Lionel le responsable de l’expédition et de Vauthier qui s’occupe surtout de l’intendance. Les deux camions ont déjà beaucoup vécu, souvent à la peine sur les routes montagneuses de la Bosnie centrale, normalement en route vers l’enclave bosniaque de Kakanj.

                 

Le principal problème semble être de passer sans encombre les nombreux check-points qui parsèment leur parcours. Ils sont si nombreux dans ces contrées aux inextricables enclaves réparties entre les serbes, les croates et les bosniaques, si dangereux parfois, tenus par des miliciens où la peur l’emporte souvent sur la raison et le self-control.

Alex et Max vont être contraints de révéler le véritable objectif de leur mission : livrer des bâtons d’explosifs dissimulés dans plusieurs cartons, pour pouvoir extraire de nouveau du charbon et éviter ainsi que la mine soit inondée et définitivement condamnée. Mais est-ce vraiment l’objectif de cette expédition tiraillée entre les eux ex militaires Alex et Max et Vauthier qui se révélera être une taupe des services spéciaux français.

On assiste alors à un chassé-croisé entre les deux camions à travers des épisodes et des rebondissements qui tiennent le lecteur en haleine. L’absurdité de cette expédition maudite où les objectifs irréconciliables et la haine que se portent certains des participants, finiront par conduire au drame où chacun se sentira floué. Dans cette équipée, tout le monde de retrouve perdant.
Mais ce constat et l’absurdité même des péripéties de cette expédition n’est-elle pas le symbole de l’absurdité de la guerre ?

Postface de l’auteur (extraits)
« D’un point de vue métaphorique, le check-point est aussi devenu le symbole du  passage d’un univers à un autre, d’un ensemble de valeurs données à son contraire, de l’entrée dans l’inconnu, le danger peut-être. Nous vivons aujourd’hui en particulier depuis les attentats qui ont ensanglanté la France au moi de janvier 2015, un basculement de cet ordre…

Au Kosovo, en Afghanistan, en Irak,  (l’Amérique) s’est mise à bombarder au nom des droits de l’homme… Les victimes désormais, ne sont plus lointaines mais proches. Celui qui souffre, ce n’est plus l’Autre mais nous-mêmes. 

De quoi les "victimes" ont-elles besoin : de survivre ou de vaincre ? Que faut-il secourir en elles : la part animale qui demande la nourriture et le gîte, ou la part proprement humaine qui réclame les moyens de se battre, fût-ce au risque du sacrifice ? »

                                                  

Voir aussi mes fiches :
*
Jean-Christophe Rufin, Sauver Ispahan --
* Jean-Christophe Rufin, Immortelle randonnée --

Repères bibliographiques
* L’Abyssin et Sauver Ispahan, éditions Gallimard, collection Blanche, 1997-98
* Rouge Brésil, éditions Gallimard, collection Blanche, 2001, prix Goncourt
* Immortelle randonnée, Compostelle malgré moi, éditions Gallimard, collection Blanche, 2013, prix Pierre Loti
* Le collier rouge, éditions Gallimard, collection Blanche, 2014, prix Littré et M. Genevoix

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25 août 2017

Bernard Clavel Catégorie I Romans

                 Les articles dédiés aux romans de Bernard Clavel 

Titre des ouvrages
Ascendant Descendant
Titre des ouvrages
Ascendant Descendant
Titre des ouvrages
Ascendant Descendant
Qui m'emporte L'Espagnol
Le Voyage du père L'Hercule sur la place Le Tambour du bief
Le Seigneur du fleuve
Quand j'étais capitaine
Cargo pour l'enfer
Le Silence des armes
Meurtre sur le Grandvaux
Les Roses de Verdun
L'homme du Labrador
La Révolte à deux sous
Le Carcajou
La Guinguette
Brutus
Les grands malheurs
Le Soleil des morts
La Retraite aux flambeaux
La peur et la honte
Le Cavalier du Baïkal
La Table du roi
Tiennot, L'île aux Biard

  
Clavel et le Rhône                  Lettre à un képi blanc                  Massacre innocents
La grande patience                Les colonnes du ciel                     Le royaume du Nord
Au bonheur de l'eau   

http://download.tuxfamily.org/cls/1/1e/BClavel.jpg     
     
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21 août 2017

Bernard Clavel 2017

Introduction : Plan du programme : les thèmes traités -- Mes fiches sur internet et Wikipedia
                               Le site consacré à Bernard Clavel -- Fiche-synthèse de ses romans --

Plan     1- L’univers de l’enfance              2- Naissance d’un écrivain
              3- Clavel héros malgré lui           4- Ses engagements dans son œuvre --

1- L’univers de l’enfance
« Une recréation lente de tout un univers qui a été celui de son enfance et de sa jeunesse. »Michel Ragon à « les assises de ma vision » Clavel

Image parentale ( l’autobiographie des débuts) + image du terroir (Jura, terre de mémoire)
11-  importance de l’eau : Popi/Oncle Paul et le Doubs [Annexe 12]
                                             Vernaison et le Rhône (Le Rhône ou les métamorphoses d’un Dieu)
12-  importance du bois : Vincendon, Vernaison
« À Vernaison se trouvait un atelier où je travaillais le bois. Je rabotais avec un outil qui me vient de mon père, qui le tenait de Vincendon. Dans cet atelier, j'ai été heureux. »
Célébration du bois -- [Annexe 13]

13- L’hiver et la montagne : Album L’hiver (11/2003) [Annexe 14]
                                                  L’Abitibi + (L’homme du Labrador, Meurtre sur le Grandvaux)

2- Naissance d’un écrivain
21- Son éclectisme : pièces radiophoniques + articles résonances + nouvelles (la cane)
                        + articles Lecoin + contes (Vincendon) + préfaces + monographies peintres
                      L’écriture selon Clavel  [annexe 21]

22- Recours à la biographie :
à De La Grande patience à l’Espagnol  [annexe 22] + [annexe 23]

3- Clavel héros malgré lui
31- L’homme qui dérange : au centre d’une polémique
à derrière l’écrivain et son succès : le populisme -- Les fruits de l’hiver --
à "Bons sentiments et bonne littérature" [annexe 31]
32- Du Goncourt à l’académicien
à se couler dans le moule : un académicien éphémère
à Le "mea culpa" de Bosquet -- [annexe 32]
à Le "miracle" du Seigneur du fleuve -- [annexe 33]

4- Ses engagements dans son œuvre
41- "Bernard la colère"
« Il admire les forts, les puissants et déteste l’injustice et la guerre. C’est cette faille personnelle qui nourrit son œuvre. » Maryse Vuillermet
411- Le temps de la révolte et le temps de l’action

     articles "Liberté" de Lecoin + Jeunes frères ennemis (Balzer)/Mossé Bangladesh
                                                      [annexe 412]
« J’ai tenu dans mes bras trop d’enfants mutilés ou brûlés pour entendre parler encore de guerre propre sans m’insurger. » Lettre à un képi blanc [annexe 413]
412- L’écrivain engagé : articles et préfaces – Le silence des armes – [annexe 414]
413- L’écrivain et l’écologie : Cargo pour l’enfer + Le carcajou + Maudits sauvages + Mignot  [annexe 415]

42- Entre guerre et paix
« Lorsqu’on n’a pas un tempérament de bête soumise, comment ne pas s’engager ? »

à Cent poèmes pour la paix – Hiroshima – les préfaces -- 
à Vers Les grands malheurs --
      La guerre omniprésente : l’obsession des la guerre dans ses derniers romans [annexe 421]
      Extrait(s) de l’avant-propos des Grands malheurs [annexe 422]

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Annexes : récapitulatif

1- L’univers de l’enfance
[Annexe 11] : Le silence des armes – La mère disparue
[Annexe 12]
Aubonheur de l’eau : Popi et l’oncle Paul

[Annexe 13] Célébration du bois – Le bois
[Annexe 14]
Les éléments : l’eau et l’hiver


2- Naissance d’un écrivain
[Annexe 21] :
L’écriture selon Clavel (L’apprenti, la clarté)
[Annexe 22] :
La maison des autres (p 82) La livraison

[Annexe 23] : L’Espagnol (extrait)  La vendange 1959

3- Clavel héros malgré lui
[Annexe 31] :
L’homme qui dérange (contraste, bons sentiments)

[Annexe 32] : Le seigneur du fleuve, la remonte + dialogue, le père Surdon –
[Annexe 33] : Du Goncourt à l’académicien –

4- Ses engagements dans son œuvre
[Annexe 412] Hans Balzer ( Lecœur des vivants)

[Annexe 413] Lettre à un képi blanc– Humaniser la guerre
[Annexe 414] Le massacre des innocents– Joseph
[Annexe 415] 
Le massacre des innocents– L’écologie  

[Annexe 421] 
La guerre omniprésente : l’obsession de  la guerre dans ses derniers romans                                               

[Annexe 422] Reprendre  Les Grands malheurs + avant-propos  
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[Annexe 11] : Le silence des armes – La mère disparue – page 110
Elle est là… Elle est seule près de la fenêtre… pas une ride de son visage ne trésaille et pourtant sa voix résonne dans le silence de la cuisine.  « Quand tu seras marié, quand tu auras les enfants, il joueront dans le jardin. Quand il pleuvra… je leur raconterai les vieilles légendes que je t’ai racontées. La vie est ainsi. On ne voit pas passer le temps. »

Elle est là, immobile. Il n’y a pas d’enfants. Il n’y a plus d’hommes. Ce n’est pas la neige qui recouvre le sol, c’est la friche.

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 [Annexe 12] Au bonheur de l’eau : Popi et l’oncle Paul
Popi et l’eau du jardin
Popi, jeune handicapé,
vient parfois aider son père au jardin et se désaltère à la pompe au fond du jardin, alors que normalement, c’est interdit. Ses parents ont sermonné le jeune Bernard : « Si tu bois cette eau, tu deviendras tordu comme Popi. » Peine perdue, il finit par goûter à l’eau défendue mais pris de peur, il avoue tout à sa mère, étonnée de sa réaction. S’apercevant qu’on lui a menti, il le prend mal et apostrophe sa mère… mais il n’en recevra pas moins la correction de rigueur.

La morale est sauve.

Partie de pêche avec l’oncle Paul  (cf Le Soleil des morts)
En vacances à Dole chez l’oncle Paul, ils vont pêcher dans la Loue vers Ornans et son oncle l’avertit : « Ne te fie pas au beau temps, il va se gâter et la rivière va monter noyant la petite île ; donc pas question d’y aller. » Bien sûr, sitôt que l’oncle a le dos tourné, Bernard file pêcher sur l’île et bien sûr le temps se gâte rapidement. Saisi d’angoisse, il a juste le temps de se réfugier sur un peuplier. Connaissant l’animal, l’oncle revint en barque et finit par le récupérer : « Tu vois, lance mon oncle, ce que tu fais faire avec ta désobéissance. » Penaud, il lui dit : « Tu le diras pas à ma tante que j’ai désobéi… on ne me laisserait plus venir en vacances chez toi... » Sachant très bien le plaisir que prenait l’oncle de passer des vacances avec son neveu.

(cf "Le thème de l’eau chez Bernard Clavel", Marie-Louise Bourg, Université de Liège, 1976)
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[Annexe 13] Célébration du bois – Le bois – p 106
Comme j’étais rêveur et paresseux, je n’avais jamais terminé mes devoirs au moment où mon père "sonnait les cloches" sur son journal. […] Une fois couché, je regardais en face de moi. Et la flamme faisait trembloter ses reflets au pied de mon lit dans une armoise immense dont les portes étaient en ronce de noyer.

Sans doute est(ce) à ce moment-là qu’est entrée en moi la certitude que le bois a un visage ; qu’il a un cœur, qu’il a une vie que seul le feu peut lui prendre.
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[Annexe 14] Les éléments : l’eau et l’hiver
 - « L’eau me fascine. Plus l’obscurité s’avance, plus elle ressemble à un énorme reptile dont les écailles de feu miroitent encore entre les branches. » 

- Montréal au Québec, devant un Courbetreprésentant le Puits noir, quand « le chant assourdi de la Loue monte des profondeurs sombres vers la lueur vibrante des reflets » emportant avec lui « l’odeur si particulière des eaux qui viennent lécher les roches où vibre le ciel comtois. »

 - Je voudrais retrouver, écrit-il,  « les crépuscules d’hiver, le silence qui accompagne cette fuite de la lumière, qui imprégnait les âmes, et ce qui pénètre ainsi une âme d’enfant peut à jamais colorer l’existence d’un homme. (Terre de mémoire)

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[Annexe 21]  Écrire… – L’écriture selon Clavel – page 169   
Mon métier es de ceux où l’on demeure toute sa vie apprenti. Écrire, c’est se vider de sa vie. Parce que le langage immensément riche nous échappe, parce qu’il s’use davantage qu’il ne se renouvelle, notre seule réserve de force est dans nos  sentiments. […] En tête de mes propres raisons d’écrire, je placerai le besoin et la volonté d’échapper à ma solitude en faisant partager mes propres émotions. 

Écrire, c’est communiquer, d’où le principe essentiel de clarté, toujours choisir le mot le plus simple, ce qui ne signifie pas pauvreté du style. Le langage est question de culture et le vocabulaire participe ainsi à cet accent de vérité et ce rythme qui sont les éléments d’une véritable animation.
« Aimer les mots, disait Anatole France, on n’est écrivain qu’à ce prix. »
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[Annexe 22] : La maison des autres (p 82) La livraison

Julien baissa la tête et sortit. Le vélo lui parut lourd à décrocher. La rue était déserte. La bise courait, poussant toujours quelques flocons […] Arrivé sur le grand pont qui enjambe le Doubs, avant de monter la côte, Julien s’arrêta. Laissant son vélo au bord du trottoir, il posa sa corbeille sur le parapet de pierre et quitta sa toque. Il tâta son crâne meurtri et  replaça convenablement les mouchoirs.

Ici c’était la nuit presque parfaite. Il y avait simplement une fenêtre du moulin dont le reflet doré dansait sur les remous du déversoir. Toutes les autres lumières étaient loin. Derrière, c’était la ville qui scintillait de toutes ses lampes groupées, blotties l’une contre l’autre sous le poids du ciel noir d’où tombaient de grandes gifles glacées.
Julien frissonna.
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[Annexe 23]  L’Espagnol (extrait)  La vendange 1959
voir aussi son album "Les Vendanges", photographies de Janine Niepce, Hoëbeke, 2000

Lorsque Pablo se leva, une douleur aiguë lui empoigna les reins. Il serra les dents et marcha jusqu’à la voiture. Les vendangeurs étaient à l’œuvre. Pablo s’assura que personne ne l’observait puis, ouvrant sa chemise, il regarda ses épaules. Elles étaient rouges et la place des courroies était dessinée nettement. Juste sur l’os, la peau s’était même soulevée et la chair était à vif.

Comme une mécanique, il marcha ainsi jusqu’au soir. À la dernière montée des vendangeurs, le chemin était encore plus long… Ce n’était rien, quelques dizaines de mètres seulement mais la fatigue était là… Ses genoux étaient raides. Il remontait, le dos courbé, les pouces tirant sur les bretelles de la bouille vide. La sueur coulait sur tout son corps et le vent du soir collait la chemise sur sa poitrine chaque fois qu’il se redressait.
C’était bon, cette gifle fraîche.

Le soleil avait disparu depuis longtemps… Des fumées montaient des villages. Et, sur toute la terre, il y avait une grande fatigue qui brouillait le regard, une grande fatigue qui montait du sol, qui coulait des coteaux en ondes sonores comme des vagues.
Des vagues qui montaient le long des jambes de Pablo, serraient son corps, résonnaient dans sa tête et se laissaient tomber de tout leur poids dans ses mains pendantes, de chaque côté de l’échelle.

Sur tout cela, le vent du soir poussait d’autres vagues fraîches et molles. Il y avait sur toute la plaine une grande fatigue et comme la promesse d’un grand repos.

1- Verbes d’action et phrases courtes.
2- Comparaison-image : mécanique, gifle
3- Most-clés Fatigue répété 4 fois et Vague 2 fois, longue phrase qui se déroule comme une vague, contraste fatigue/repos
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[Annexe 31] :
Chez Clavel, contraste d’un populisme mélange de régionalisme (cf Steinbeck/Faulkner) mais situé à différentes époques faites d’actualité er de passéisme, d’un style taxé de minimaliste


« Les bons sentiments ne font pas une bonne littérature »(Gide) : jeu de mots plutôt une charge contre une certaine conception bourgeoise d’une soi-disant "bonne littérature" dominée par des tourments existentiels de la grande bourgeoisie (G. Duhamel, P. Morand,  H. Bordeaux mâtinée de critique sociale chez Bernanos ou Mauriac.
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[Annexe 32] :
L’académicien populaire

1968  à Goncourt (les fruits de l’hiver)                       1972 à L’Académie

Une célébrité durement payée                                        Un académicien éphémère
-manœuvres d’Aragon                                                   - nouvelle polémique
- croisade de Bosquet (p 8 & 10)                                   - le loup dans la bergerie
« La littérature de recherche »                                       Le populaire phagocyte les Goncourt
« Guimauve et œillères, tel est ce Goncourt. »
Clavel : « Je n’ai jamais cherché à paraître… qu’un romancier que tout le monde peut lire… Dans ces chaumières que vous méprisez tant, je rencontre l’Homme. Celui qui sait ce qu’est la vie, la peine, la sueur… »

Le "miracle" du Seigneur du fleuve

Pourquoi ces polémiques ?
- Jalousie du succès d’un homme "atypique" (manuel + sportif) à la boxe page 21-22
« La boxe a été l’un de mes premiers rêves d’adolescent… J’ai amassé pendant des mois mes pourboires d’apprenti pour m’offrir ma première paire de gants… »
- œuvre spécifique avec roman populaire + peinture sociale + inscrit dans une époque
   à personnages-archétypes ciblés :
        Julien et la condition ouvrière +Merlin et la condition de l’artisan,
        Pablo la guerre et l’argent + Pierre Mignot l’écolo

Une reconnaissance tardive
 - Le revirement d’Alain Bosquet : Combat 1972, p 13

« Eh bien… j’ai aimé son dernier roman […] , mais c’est lui qui a changé,  ce n’est pas moi… »

- Poirot-Delpech : Le Monde 1974, p 30-31
« Un romancier qui continue à prendre naïvement la réalité pour sujet … qui ne confond pas le langage clair avec une tare bourgeoise… cela est devenu si rare et si négligé par la critique savante… »
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[Annexe 33] :
Le seigneur du fleuve (p 96) La remonte
C’était une belle eau de remonte. Une belle eau ronde et fière qui coulait à pleins bords. Une eau à vous faire oublier celle qui continuait de tomber du ciel tellement serrée que, des barques qui remontaient la rive droite, les hommes devinaient à peine quelques formes d’arbres gris sur la rive gauche.

Philibert regardait aller ses bêtes qui tiraient de confiance, régulièrement, fouaillées de loin en loin par les charretiers dont les cris précédaient l’attelage, portés vers l’amont par la bourrasque.
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Le seigneur du fleuve… – Dialogue  -- le père Surdon – page 100
Quand l’ancien, le père Surdon, rejoignit Philibert, son haleine sentait bon le café et la goutte.
- Alors, fit-il, on l’a passé ce goulet !
- Plus facile que je ne pensais.
- Avec les bêtes que tu as, on en passera de plus durs.
- Tenez, vous allez prendre un peu la barre.
- Tu crois que je sais encore ?
- Est-ce que vous vous fichez de moi ?

Le vieux lui claqua le dos de sa lourde main. Il riait.
- Tu ne vas pas me dire que tu es fatigué !
- Non, mais j’ai envie de boire un coup.
- Ça c’est certain mais tu as aussi envie d’autre chose.

Le vieux marqua un temps… passant ses mains sur sa barbe puis il dit :
- Tu as envie de faire plaisir au vieux… Tu es un bon garçon Philibert… Tu es bien le garçon du Félix. Y a pas de doute.

Il empoigna la grosse barre de bois toute usée par le frottement des mains et des cordes… D’une voix serrée par l’émotion, sans regarder Philibert, il murmura :
- Tu peux pas savoir petit. .. Tu peux pas savoir ce que ça me fait.
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[Annexe 412] :
Jeunes frères ennemis – Hans Balzer – page 139
Souviens-toi, Hans mon ami cette nuit du 16 au 17 mai (1965) dans Weimar endormie.
Souviens-toi, « jeunes frères ennemis ». C’est par ces mots que commence "Au-dessus de la mêlée", cette page bouleversante d’un homme qui nous avait réunis.  Et cette nuit-là, dans la cité tout imprégnée du souvenir de Goethe, nous devions découvrir soudain que nous avons été cela. Jeunes frères ennemis.

Un mot pour tuer jeunesse et fraternité. Avons-nous jamais été ennemis, Hans mon frère miraculeusement sauvé de la guerre et miraculeusement retrouvé ? Lorsque nous avons soudain découvert qu’en 1942, tu te trouvais en même temps que moi dans la même caserne, et parmi ceux que je haïssais, c’est tout de suite ce mot de Romain Rolland dont nous avions parlé dès le premier jour […] Nous avons été ennemis contre notre volonté et nous savons aujourd’hui que nous sommes frères, réellement.
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[Annexe 413] :
Lettre à un képi blanc – Humaniser la guerre -- pages 136-137

L’humanisation de la guerre caporal, quelle formule ! Etis c’est le plus beau piège à cons que les fauteurs de guerre aient jamais tendu à leurs futures victimes !
Mais au fond des choses… qu’un enfant soit tué d’une façon sauvage ou civilisée, déchiqueté par un obus moderne de 20 mm ou éventré par un poignard anachronique, c’est toujours un enfant mort, et c’est toujours un crime.
Nous vivons un triste siècle où l’on tue trop facilement pour de trop bonnes raisons. (p 137)
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[Annexe 414] :
Le massacre des innocents
– Joseph – page 125

Joseph, c’est l’ouragan. Un regard qui vous pique l’œil, un rire qui vous troue les oreilles. Un petit bout d’homme pas plus haut qu’une corbeille en papier, et qui à lui seul, fait vivre toute la grande maison. Joseph, il faudrait qu’il reste tel qu’il est. Une espèce de symbole de la résurrection.

Joseph, c’est la figue de barbarie trouvée au Sénégal dans les cactus, alors que le soleil et le sable ont déjà fait d’elle un fruit ratatiné que le passant croit perdu. Un tout petit corps rongé par la faim et le mal... Il a été trouvé le jour de la Saint-Joseph. C’est tout son état civil. Sa famille : un champ de cactus.
Il est la mascotte de la maison.
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[Annexe 415] :
Le massacre des innocents – L’écologie – page 101

Quand il est question de ces produits que l’homme emploie pour tuer la terre pour la rendre stérile, je sens monter en moi une grande haine. Rien ne pousse sur ces terres assassinées et… ce sont les enfants à naître que massacrent les hommes. On ne se borne plus à détruire le présent, on s’en prend au futur.
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[Annexe 421] : L’obsession de  la guerre dans ses derniers romans

*** La guerre omniprésente
Exemples :
- Les colonnes du ciel (la guerre de dix ans, vers 1640)
- La révolte des canuts (1831-34) + - Les roses de Verdun (1ère guerre mondiale)
- Le silence des armes (guerre d’Algérie) + Hiroshima

*** Ses derniers romans 1998- 2005
6-  Le soleil des morts : Charles Lambert/Mour (la revanche, de 1914 à 1945, les Batd’Af)

5- La retraite aux flambeaux : Ferdinand Bringuet (1944, Libération dans le Doubs)
4- Le cavalier du Baïkal : Sadko plongé dans la guerre au temps de Jules César
3- Brutus : La vallée du Rhône au temps du martyr des chrétiens (vers l’an 100 ap JC)
2- La table du roi : la guerre civile au temps des Cent jours
1- Les grands malheurs : La seconde guerre mondiale et la Libération
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 [Annexe 422] Les grands malheurs – De la Grande guerre à 2003

Guerre de 14-18 : Arthur Dufrène devient déserteur, fait prisonnier par les Allemands
                                 à Renata à Rudy à mines de charbon
                                Sa sœur Noémie à Eugène Roissard, Xavier 1923 à vin jaune

Printemps 1934 : bagarres communistes-Croix-de-feu , le 6 février
Septembre 1939 : Eugène Roissard/son père, coléreux et figé sur son passé, dans ses certitudes, Xavier/Bernard Clavel, fils qui s’oppose au père et veut partir (cf Jaques Fortier et Celui qi voulait voir la mer), quitte Lyon puis rejoindra la Résistance.
La France du ravitaillement
Été 1944,  STO et Maquis. Retraite allemande = drame àEugène et Noémie Roissard tués par SS qui brûlent leur ferme à Xavier envoyé Buchenwald qui en réchappera.
Été 1964. : Xavier a repris la ferme et produit du vin jaune / marié avec Jeanne Blanchard, une fille du pays. Avec Marcel et sa tante Renata venue d’Essen, il est allé sur la tombe de Rudy, son cousin allemand tué en Normandie.
La guerre qui sévit toujours quelque part hante l’esprit de Xavier.
2002-2003. Xavier a 80 ans, tempête toujours contre la guerre et les marchands de canons, pensant : « Quand on a subi ce que j’ai subi, toutes les années sans guerre sont de bonnes années. »

Avant-propos

« 6 février 2002 : Je suis un vieil homme habité par la guerre » constate Bernard Clavel.   « La garce me poursuit où que j’aille et quoi que je fasse. » Il sait qu’il ne parviendra jamais à s’en débarrasser. Les souvenirs sont là qui l’assaillent, et ce livre est aussi une façon de s’exprimer, de se vider des images du passé comme il l’avait déjà fait pour son dur apprentissage à Dole dans La maison des autres. Il sait désormais « qu’on n’apprivoise pas la guerre. »

« 10 avril  2003 : Je suis aujourd’hui un vieil homme habité par la peur. » Peur de la guerre et peur de la mort.
« Toutes les guerres sont des crimes contre l’humanité. »

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Patrick Boucheron, Un été avec Machiavel

Référence : Patrick Boucheron, Un été avec Machiavel, éditions des Équateurs/France inter, 148 pages, 2017

Dantesque, kafkaïen, sadique, machiavélique, c’est un douteux privilège que de baptiser de son nom une angoisse collective. Dans son dictionnaire des idées reçues, Gustave Flaubert place Machiavélisme, « mot qu’on ne doit prononcer qu’en frémissant » avant Machiavel, « ne pas l’avoir lu mais le regarder comme un scélérat. » Mais le beau renouveau de la Renaissance, s’interroge Patrick Boucheron, n’est peut-être qu’une « mise en scène parodique d’un passé fantasmé ».

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Le Prince en est un bon exemple, « on s’accroche parfois à certains livres comme à des bouées. Quand tout change autour de soi, ils surnagent, se signalent à notre intention pour éviter le naufrage… Ils furent les alliés fidèles de ceux qui cherchaient à comprendre leur dérive politique. »   

En fin de compte, à qui s’adresse son essai ? Réponse chapitre 15 : « Mon intention est d’écrire chose utile à qui l’entend. » Son intention est de décrire le plus exactement possible les situations et laisser au lecteur le soin d’en tirer ses conclusions. Pour parler des puissants, il utilise la fable du Renard et du Lion : tantôt l’un, tantôt l’autre, "ils savent faire la bête", « car le lin ne se défend pas des pièges, le renard ne se défend pas des loups. Il faut donc être renard pour connaître les pièges et lion pour effrayer les loups. »

Sa méthode s’apparente au travail de l’ingénieur, tel qu’il a pu voir à l’œuvre un Léonard de Vinci ou l’endiguement de l’Arno qui débordait et menaçait de noyer Florence : retenir, contraindre, soulager… bref gouverner en y mettant toute « la vertu politique » nécessaire.

Un été avec Machiavel par Boucheron            Résultat de recherche d'images pour "Patrick Boucheron, photos"

Si la parution du Prince lui apporte une certaine notoriété, elle ne lui permet pas de rentrer en grâce auprès de Julien de Médicis, les Médicis qui dirigent de nouveau Florence sous la houlette du pape Léon X. Il obtient au moins le succès au théâtre avec sa pièce "La mandragore", [1] satire où sous des dehors de comédie reposant sur la dissimulation, des faux-semblants et les apparences, se retrouvent les thèmes du Prince, la faillite des puissants et l’abaissement de Florence.

Sur l’art de gouverner, Machiavel sépare la science de l’État que maîtrisent le prince et ses conseillers, leur connaissance des passions sociales qui remuent le peuple et la réalité de leur pouvoir que comprennent ceux qui le subissent, car « le peuple connaît ce qui l’opprime. »
C’est dans son Discours sur la première décade de Tite-Live qu’il développe ce genre d’idées. [2] Il essayait ainsi de corriger le présent par l’intelligence du passé, persuadé que le peuple peut se gouverner lui-même, rendant possible l’instauration de la République. Il sait au moins ce qu’il ne veut pas : se laisser dominer. [3]

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Un été avec  Montaigne           Un été avec proust                 Un été avec Baudelaire

« Gouverner, écrit-il, c’est agir dans l’aveuglement de l’indétermination des temps. » Autrement dit, quand on agit, la fin n’est jamais connue et on ne peut ainsi jamais justifier des moyens utilisés. 

Il développe L’art de la guerre dans son seul essai anthume, [4] où pour lui la violence est au cœur des choix politiques. Constat amer qui s’avère pourtant stratégique. Dans ce cadre, la paix se définit comme une violence en puissance qui doit rester une menace n’ayant nul besoin de s’exercer, ce qu’on appellerait au XXème siècle la dissuasion.

 En 1520, l’Académie de Florence lui confie le soin d’écrire une Histoire de Florence. Tâche bien risquée pour un homme pris entre historiographie et contestation. Il lui faut ruser, [5] élever le débat, présenter les forces en présence à l’intérieur de la cité et leur impact sur l’avenir de Florence. [6]

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Notes et références
[1] Voir aussi sa pièce Clizia écrite en 1525, qui met en scène les amours d’un homme d’un âge avec des jeunes filles qui n’ont pas froid aux yeux.
[2] Extrait de la dédicace au Prince :
« Comme ceux qui dessinent les paysages se placent en bas de la plaine pour considérer la nature des montagnes et des lieux élevés et, pour considérer des lieux bas, se placent en haut des montagnes, de même pour bien connaître  la nature du peuple, il fut être prince et pour bien connaître celle des princes, il faut être du peuple. »
[3] Extrait du Prince, chapitre 8 :

« Dans toute cité, on trouve deux humeurs différentes, et cela vient de ce que le peuple désir ne pas être commandé ni opprimé par les Grands ; et de ce que les Grands désirent commander et opprimer le peuple. »
[4] L’Art de la guerre s’achève sur cette note :
« Nos princes pensaient qu’il leur suffisait d’imaginer dans leur cabinet une brillante réponse, d’écrire une belle lettre, de montrer dans leurs paroles de la subtilité et de l’à-propos, de savoir ourdir une ruse, de s’orner d’or et de joyaux, de dormir et de manger plus richement que les autres… »
[5] Extrait d’une lettre à son ami Guichardin de 1521 :

 « Depuis quelque temps, je ne dis jamais ce que je pense, ni ne pense jamais ce que je dis et, si je dis parfois la vérité, je la cache parmi tant de mensonges qu’il est difficile de la découvrir. »
[6] Témoin sa relation de la révolte ouvrière des Ciompi en 1378 où il donne la parole à un émeutier.

Voir aussi mes fiches :
Un été avec Baudelaire -- Sarah Bakewell, Sur-montaigne --

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Yasmina Khadra, Les hirondelles de Kaboul

Référence : Yasmina Khadra, Les hirondelles de Kaboul, éditions Julliard, 187 pages, 2002

Kaboul en guerre, en grande partie détruite où les rescapés tentent de survivre parmi les décombres, en subissant la terreur des radicaux islamistes. Dans un été caniculaire, deux couples cherchent désespérément quelques raisons de vivre dans la déraison ambiante.

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D’un côté, un bourgeois Moshen Ramat déchu pris dans la nostalgie du paradis perdu et sa femme Zunaira, ex avocate, interdite d’exercer depuis, dont le féministe a disparu dans la tourmente et le rôle traditionnel de la femme rabaissée et soumise au joug de l’homme. De l’autre côté, un geôlier Atiq Shaukat confronté aux exécutions publiques et sa femme Mussarat atteinte d’une maladie incurable.

Le martyre du peuple afghan fait pièce à leur quête de dignité, une quête qui se heurte à la folie des talibans mais qui signifie remplacer la raison disparue par l’amour.  Quête d’un miracle dans ce pays où « les liesses sont aussi atroce que les lynchages. » est confronté de ses propres démons, déchiré entre son ami Mirza Shah qui est prêt à aller écouter les prêches échevelés du  mollah Bashir et entre son ami Qassim abdul Jabbar qui a rejoint les talibans et le presse de les rejoindre à son tour.
Quant au vieux Nazish, il choisira finalement de fuir loin de Kaboul, de la guerre et de ses  talibans.

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Ce sont des couples torturés où l’homme déchu ne trouve plus grâce aux yeux des femmes, qui les rejettent, où le rôle de l’homme et de la femme, les valeurs ont été paradoxalement remis en cause par la dictature talibane. Yasmina Khadra a su rendre toutes ces difficultés relationnelles dans une peinture sans concession de beaux portraits, la complexité des comportements dans ces sociétés musulmanes coincées entre certaines formes de modernité et un traditionalisme réactionnaire historique.

Voir aussi : ma fiche Yasmina khadra, L'Olympe des infortunes --

Repères bibliographiques
* À quoi rêvent les loups, Julliard, 1999
* L’écrivain, Julliard 2001, Pocket 2003
* Les agneaux du seigneur, Julliard  1998, Pocket 1999
* L’imposture des mots, Julliard  2002, Pocket 2004

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11 août 2017

Courmangoux Fête du livre 2017

   Séance de lecture en Chevalet

Temps idéal ce 22 juillet 2017 au plan d’eau de Chevignat, un hameau de la commune, où nous célébrons à notre niveau la fête du livre. Un site superbe avec son petit lac dédié à la pêche, son parcours pour flâner avec des bancs pour se reposer, les aires de jeu pour les plus jeunes, surplombé par le monument consacré au "Grand Brûle", symbole des villages en partie détruits par le feu et l’armée allemande en juillet 1944 .
 

               
                                                        Poèmes et chansons sur le site du Chavalet

Des livres un peu partout sur le site, des romans, des bandes dessinées pour tous les âges, des livres d’art, des livres d’aventure…
Des chaises-longues aussi pour y lire et s’y reposer, des jeux et des activités pour les enfants, un chanteur avec sa guitariste et son bandonéon pour les enfants et quelques séances de lecture pour les adultes.

Pour ma part, fidèle à la littérature, j’avais choisi de lire quelques poèmes tirés du livre Cent poèmes pour la paix en hommage à Bernard Clavel qui en avait écrit la préface et quelques poèmes de mon cru.
Pour célébrer la paix, j’avais choisi en particulier deux textes dénonçant ceux que Clavel appelait « les marchands de canons » : Les Temps difficiles, histoire d’un pauvre marchand de canons, de Jules Mougin et Mon général votre char, histoire d’un petit garçon qui rejette l’objet de guerre pour jouer avec l’emballage, de Bertold Brecht.

J’enchaînai avec deux poèmes, d’abord  sur mon dernier voyage en Andalousie puis La vie… rebelle, belle, belle… Je terminai par un acrostiche rendant hommage à la commune de Courmangoux : L’âme de Courmangoux.

                                Court, file douce âme de mon village,
                                Ou grimpe, grimpe à travers les âges,  
                                Unit tous les hommes à ton image.
                                Repart vers la carrière de Roissiat,
                                Migre aussi vers l’étang de Chevignat,
                                Abolit cet été de canicule
                                Né de la sauvagerie du Grand Brûle,
                                Gonfle ta grande voile de bonheur,
                                Oui, ce village a une âme et du cœur,
                                Une âme d’une compassion profonde,
                                Xénophile et ouverte sur le monde.

En complément
* Texte de La vie est rebelle et de Andalousie 2017 --

Voir aussi mes fiches :
* Présentation du Revermont et Revermont 2012 --
* Visite de Chavannes-sur-Suran --

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08 août 2017

Jean-Christophe Rufin, Sauver Ispahan

Référence : Jean-Christophe Rufin, Sauver Ispahan, éditions Gallimard, 511 pages, 1998, version Poche, 645 pages
 

« Créer un beau mensonge, c'est inventer une belle histoire dont l’auditeur est le dupe. »

Si Jean-Christophe Rufin comme médecin et défenseur des causes humanitaires est d’abord connu comme l’auteur d’ouvrages consacrés à l’humanitaire et au Tiers-Monde, il a aussi écrit des romans comme Les causes perdues, prix Interallié 1999 ou Rouge Brésil, prix Goncourt 2001.

Sauver Ispahan, qui se situe en 1721, est la suite de L’Abyssin, prix Goncourt du premier roman et prix Méditerranée 1997 et se déroule vingt ans après L’Abyssin, dans la même ambiance qui mélange tendresse et humour, parsemé de vérités bien senties comme « Il est plus facile de s’en prendre aux autres que de reconnaître ses propres faiblesses… » (p. 32) ou bien « Si le mendiant ne voyait pas de beurre dans ses rêves, il mourrait de faim. » (p. 446)

Après "L’Abyssin", "Sauver Ispahan" est centré sur la vie de Jean-Baptiste Poncet, médecin et apothicaire français, basé toujours sur un mélange d’amour, d’aventure, de suspense, d’exotisme et de rebondissements.

 
               
                                                                                         Ispahan, vue du bazar

Une carte au début du livre permet de suivre l'odyssée de Jean-Baptiste Poncet part à la recherche de son ami Juremi, détenu au Turkménistan. Son épopée sera constellée de conspirations, de corruptions et de mensonges, il traversera la Perse jusqu'à la mer Noire, pour se diriger vers la mer Caspienne, passer par la Russie, contrôlé par un flic tsariste.
Il va être confronté aussi bien à l'honnêteté et l’amitié qu’à la fourberie, les guerres sans merci où l’ennemi est éliminé sans vergogne.
Dans l’affaire, l’Histoire est quelque peu bousculée mais n’en est-il pas ainsi dans les romans d’aventure ?

On sent bien que Rufin aime la Perse, des gens « parés de l'incomparable dignité propre à ce peuple », un peu moins les Afghans « de rudes esprits point exempts de subtilité mais amoureux des idées bien carrées ».

                   

Après la reddition d’Ispahan, les Afghans seront confrontés à ce malentendu : « ils croyaient que la richesse était chez l’autre. Or, tout n’était au-dedans comme au dehors, que pénurie et pauvreté. La prospérité avait quitté le pays dans la valise des étrangers et des riches négociants que la guerre avait fait fuir, et leurs biens avec eux. La ville qui jadis s’était enivrée de superflu avait peine à se procurer désormais le nécessaire".
Après la guerre, la prospérité d’Ispahan, c’était fini. Détruits les beaux jardins, les beaux palais de la ville, ou laissés en état pitoyable, détruit le système d’irrigation qui permettait de produire à profusion fruits et légumes… l’inéluctable décadence commençait.

Au-delà du quotidien, Jean-Christophe Rufin aime exprimer l’importance du rêve, la foi, les chimères chevillées au cœur de l’homme : « la vérité n’est pas pour les hommes. Quand même ils prétendent la découvrir ou la préserver, elle ne leur appartient jamais. Ils peuvent être son esclave. Ils la subissent, la répètent, s’en affligent et finalement s’y résignent. (…) Nous créons des mondes par le mensonge, nous donnons vie à ce qui n’existe pas. »

                   

Sur l’âme humaine, il est plutôt pessimiste : « Une méchanceté, fort commune, qui emprunte à la bêtise autant qu'à la jalousie, veut que les mortels soient souvent enclins à dénigrer ce que les autres ont acquis et qu’ils n’auraient pas les moyens d’acquérir eux-mêmes, dès lors qu’on a l'imprudence de montrer des doutes et de solliciter un avis ».

Dans l’univers de l’auteur, la femme a une place de choix, l’amour n’excluant nullement une liberté qui lui est chère : « Quelle femme, saisie si jeune par un amour heureux et qui ne s’est point interrompu, ne rêve-t-elle pas de retrouver, si peu que ce soit, l’émoi d’une première jeunesse encore inaccomplie, où la liberté ne consiste pas encore seulement à faire le bonheur d’un autre ? » (p. 78/79)
Sur le voile des femmes, il a des idées bien arrêtées, qui n’est pas forcément qu'une barrière à la liberté : « Elle éprouva d'un coup toute une délicieuse sensation de volupté à la pensée que, pour la première fois de sa vie, elle était entièrement cachée aux regards. Elle flâna, tant cette sensation d'être invisible lui procurait du plaisir. Elle qui s'était toujours occupée passionnément de varier son apparence découvrait soudain avec un joyeux étonnement, la jouissance de ne plus en avoir du tout ».

L’amour et le rêve génèrent aussi une grande sensibilité : « On ne peut montrer à une femme un bel homme qui pleure sans qu’elle pense : allons, je l’aurais mieux aimé, moi. » L’instant d’après, elle rêvait tout à fait. » (p. 278)
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À propos des sources de L’Abyssin et de Sauver Ispahan

Un roman historique reconstitue les pleins de l’Histoire, c’est-à-dire met en scène ce qui s’est réellement passé. Un roman d’aventures se situe plutôt dans le creux de l’Histoire. Il comble l’inconnu et donne une réalité (parmi d’autres) ce dont on ignore tout.

C’est à cette seconde catégorie qu’appartiennent L’Abyssin et de Sauver Ispahan. L’Histoire n’en est pas absente au contraire : elle est là pour fixer des bornes, des repères solides entre lesquels l’imaginaire se donne carrière. De là vient pour le lecteur cette impression troublante de ne pas savoir ce qui est "vrai".

… Ce qui paraît le plus romanesque dans L’Abyssin par exemple est souvent authentique : le Noir du Roule et ses miroirs déformants, les oreilles d’éléphants moisies, le cuisinier arménien nommé ambassadeur… En revanche, Poncet est un être hybride, véridique (apothicaire, envoyé vers l’Abyssinie avec un jésuite, jugé pour affabulation) et imaginaire (son prénom…) le vrai Poncet n’a pas rompu avec les jésuites devenant plutôt leur instrument. Mais sa femme Alix n’a pas existé. Monsieur de Maillet son père, n’a jamais eu d’enfants. Pour le reste, Benoist de Maillet est connu dans l’histoire par les archives diplomatiques et ses œuvres philosophiques. L’Abyssin dessine un Maillet fidèle à ses dépêches consulaires tandis que Sauver Ispahan insiste sur l’auteur  de Telliamed.

Dans Sauver Ispahan, le cardinal Albéroni, le roi de Perse et le nazir, les suédois déportés dans l’Oural ou la vente des esclaves à Khiva sont tout droit sortis de témoignages historiques. La chute d’Ispahan est tirée des chroniques du père Kruzinski.

Pour ces deux ouvrages, j’ai puisé largement dans le fonds des voyageurs des XVIIème et XVIIIème siècles : Bruce, Chardin, Tournefort, Tavernier
Revisiter cette littérature d’époque, l’habiter de passions contemporaines, l’armer d’intrigues romanesques est un double plaisir pour l’auteur.

<< • Christian Broussas –Rufin, Ispahan 2017 - 11/08/2017 • © cjb © • >>

 

Posté par Frachet à 18:03 - Commentaires [0] - Permalien [#]
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