Frachet


12 août 2022

Verlaine & Kaspar Hauser

Kaspar Hauser (noté aussi Gaspar ou Gaspard) est une énigme historique. Il a vécu jusqu'à 17 ans enfermé dans une cave, sans aucun contact avec le monde extérieur, nourri par un inconnu. Trouvé errant dans les rues de Nuremberg en 1828, en habit de paysan avec une lettre à la main destinée à un capitaine de cavalerie, il fut sans doute assassiné en 1833 mais ce n’est que l’hypothèque la plus probable. Comme le Masque de fer, on ne connaît toujours pas sa véritable identité.
Werner Herzog a réalisé en 1973 un film sur ce sujet "L'Enigme de Kaspar Hauser".

Bien sûr, les hypothèses ont fleuri sur son identité, on a découvert en 2000 un cachot dans le château de Beuggen près de Rheinfelden où il aurait pu être retenu et on a même effectué en 1996 des prélèvements d’ADN qui n’ont rien donné. Certains lui voient même une origine princière.

C’est sans doute ses rapports compliqués avec les femmes et mais plus sûrement avec la société de son temps qui pourraient expliquer que Paul Verlaine se soit senti proche de cet homme qui lui non plus n’a jamais trouvé sa place dans la société et mourut mystérieusement.

Dans ce court poème, son héros est un homme incompris aussi bien des femmes que de ses congénères, fuyant sa triste vie dans la guerre et le désir d’y mourir. Mais même la mort n’a pas voulu de lui et il traîne son spleen en priant le ciel pour trouver la paix.
Il faut noter également que, lors de l’écriture de ce poème, Paul Verlaine se trouvait alors dans une période dépressive de sa vie, en prison pour avoir tiré au revolver sur Arthur Rimbaud, trainant son geste et sa jalousie comme une malédiction.

Gaspard

Je suis venu, calme orphelin,

Riche de mes seuls yeux tranquilles,
Vers les hommes des grandes villes :
Ils ne m'ont pas trouvé malin.

A vingt ans un trouble nouveau,
Sous le nom d'amoureuses flammes,
M'a fait trouver belles les femmes :
Elles ne m'ont pas trouvé beau.

Bien que sans patrie et sans roi
Et très brave ne l'étant guère,
J'ai voulu mourir à la guerre :
La mort n'a pas voulu de moi.

Suis-je né trop tôt ou trop tard ?
Qu'est-ce que je fais en ce monde ?
Ô vous tous, ma peine est profonde :
Priez pour le pauvre Gaspard.         

                       
Moustaki Album Le Métèque     Reggiani Album Et Puis

Ce poème a été mis en musique pat Georges Moustaki, inclus dans son album "Le Métèque". Serge Reggiani a fait de cette chanson sur le Pauvre Gaspard, une excellente reprise en 1968 sur son album "Et puis".

Voir aussi
Document utilisé pour la rédaction de l’article  Brassens & Verlaine, Colombine --
Document utilisé pour la rédaction de l’article 

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<< Christian Broussas
Brassens et Verlaine  © CJB  °°° 02/08/2022  >>
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09 août 2022

Balade au Monêtier-les-Bains, Hautes-Alpes

Le Monêtier-les-Bains

Ah, même par ces grandes chaleurs, on respire bien au Monêtier, à quelque 1500 mètres d’altitude, situé si j’en crois un panneau sur le 45ème parallèle, dans le domaine de Serre-Chevalier.

           
Notre-Dame de l’Assomption                    Devant notre hôtel

On ne se sent pas vraiment écrasé et pourtant on est quand même entouré d’immenses montagnes sillonnées de cols parfois abrupts qui caracolent jusqu’au sommet, les cols du Lautaret et du Galibier d’un côté, et pour ne citer que les principaux, le Granon et l’Izoard  de l’autre.
Lieu paradisiaque pour le tour de France.

           
Les grands cols de la région

L’été Le Monêtier gonfle de ses touristes et de plus est limitrophe du Parc national des Écrins, avec une maison du parc et des départs de circuits de balades pour randonneurs et alpinistes voulant effectuer des courses dans le massif de l'Oisans, situés au hameau du Casset, au bas du Lautaret

                

Le bourg est centré sur L'église Notre-Dame-de-l'Assomption, édifice datant de la fin du 15ème siècle, modifié à plusieurs reprises au cours du 19ème siècle etclassé monument historique dès 1913. Descendant la grande rue après Notre-Dame ou accoudé au balcon de notre chambre d’hôtel, je ne me lasse pas d’admirer la majesté des montagnes qui entourent le village.

              

Un petit tour en Italie

De Briançon, c‘est un saute-mouton par Montgenèvre pour passer en Italie et dévaliser les magasins de Suse (ou Suze). Ensuite, c’est une descente interminable (qu’il va falloir remonter) vers le "graal suzien", ses gâteaux et ses alcools.
Le centre de la ville est dominé d'un côté par le château de Suse [1] et de l'autre par un pic rocheux où se dresse le fort de Brunette et le mont Rochemelon.

           
Vue du centre ville de Suse                       Le temple du ravitaillement                        

Après notre hold-up gastronomique italien, arrêt à Montgenèvre où on peut voir le longiligne obélisque offert par Napoléon 1er lors de l'inauguration de la route de Montgenèvre. À noter que l’édifice a été détruit et reconstruit dans les années 1830 et que les plaques commémoratives en bronze sont gravées en 4 langues,  français, italien, espagnol et latin.

          
                                                                     Montgenèvre rue centrale & clocher

Le bourg est également dominé par des fortifications qui imposent leur énorme masse dans le paysage, en particulier le fort du Gondran et le fort du Janus.

Vers le lac d'Eygliers

Le lendemain, nous prenons la direction de la haute vallée de la Durance, de Briançon à Mont-Dauphin. La route s’insinue doucement dans un paysage où les montagnes sont moins hautes, les villages défilent le long de la Nationale  94, L’Argentière la Bessée et ses anciennes mines d’argent, dans un lacet on découvre l’imposante sculpture d’Edward Whymper de Christian Burger, [2] et sur la droite, en hauteur la tour de l’horloge des Hermes. Puis se profilent La Roche de Rame avec son lac naturel le long de la route nationale et l’objet de notre randonnée, le lac d'Eygliers.
Tout près de là, on peut admirer la fontaine pétrifiante de Réotier offrant de belles perspectives, aussi bien sur la vallée que le site lui-même, que nous avons visité lors d'un voyage précédent.

     
Tour-horloge des Hermes                               Edward Whymper de Christian Burger

Le lac d’Eygliers, ou lac des Iscles, n'est pas très grand mais bien proportionné et on peut en faire le tour sans difficultés. On peut se baigner ou se balader aux alentours, jusqu'au camping attenant, se faire bronzer, lire un bouquin à l’ombre des nombreux arbres qui constellent le lieu ou au soleil ou pourquoi  pas, aller méditer dans la petite île reliée par un pont. Tout un programme.

           

Pour un programme plus sportif, on peut aussi louer canoë, kayak, pédalo, paddle… pour faire le tour du lac et se faire un peu les muscles. Pour des plaisirs plus roboratifs, deux restaurants sont installés sur le site où l’on peut aussi profiter en terrasse du soleil donnant dans la vallée.

           

En route pour le Granon :

Ça monte, ça monte… même en voiture. Le Granon, au-dessus de Briançon, c’est pentu, c’est étroit, il faut appuyer sur la pédale… de frein, dans la descente. On monte prudemment en doublant les quelques rares cyclistes qui s’y aventurent.

           

La récompense tout en haut, c’est un paysage qui s’ouvre sur un immense horizon, en particulier le massif du Pelvoux où subsistent quelques traces de neige, c'est aussi l'impression qu'on est arrivé au bout de quelque chose, la route n'allant d'ailleurs pas plus loin.

        
Bar-resto au sommet                          Table d'orientation & sculpture

Même si le sommet assez pelé a des allure de fin du monde, la route n'allant pas plus loin, il y a quand un bar-restaurant qui permet de se restaurer, de se désaltérer en se gorger de la beauté des fières montagnes qui encerclent le site. On peut aussi grimper juste au-dessus où sont implantées des sculptures et une table d'orientation.

            
Vues à partir du sommet du Granon

Le hameau du Casset :

Le hameau du Casset est situé entre le col du Lautaret et Monêtier les bains, 1512 mètres d’altitude. Dominé à l’est par le massif des Cerces, il est le point de départ vers la vallée du Petit Tabuc, le col d'Arsine et le Parc national des Écrins.

               
L'église du Casset

Ce qu’on voit d’abord, c’est le clocher élancé de son église. Les maisons sont serrées les unes contre les autres dans des ruelles assez étroites. Au centre, une maison intéressante avec l’inscription "café des glaciers Jourdan". Plus loin, on passe un petit pont sur la Guisane, décoré de jardinières fleuries qui débouche sur un petit musée.

        
                                        Fleurs le long de la Guisane

Le musée nous donne un aperçu du thermalisme et des deux sources du Monêtier, la situation géographique du village avec la Guisane, le torrent du petit Tabuc, le vallon glaciaire dominé par le glacier du Casset. Ils présente aussi les rouets en fonction à l’époque, avec deux paires de meules horizontales, les moulins pour le blé et pour l’orge, les blutoirs pour les moutures de céréales, une "pierre lourde", meule verticale pour broyer les fruits à noyaux…

             
Entrée parc des écrins             Pont de bois sur la Guisane

Notes et références :
[1] Appelé maintenant château de la comtesse Adélaïde
[2]
Sculpture Edward Whymper de Burger --

Voir aussi :
Document utilisé pour la rédaction de l’article Monêtier Le Casset -- Dans les Hautes-Alpes -- Petit Tabuc --
Document utilisé pour la rédaction de l’article ► Les gorges du Verdon -- Les gorges de l’Allier --

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<< Christian Broussas
Monêtier les Bains  © CJB  °°° 10/08/2022  >>
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05 août 2022

Bernard Clavel et Naidra Ayadi

De Clavel à Naidra Ayadi : la descente aux enfers d’un père

« Ce père ressemble à beaucoup d’hommes que j’ai connus. » Roschdy Zem

Référence : Naidra Ayadi, Ma fille, 2018, réalisation et scénario Naidra Ayadi et Bernard Clavel, photographie Guillaume Schiffman, avec dans les rôles principaux Roschdy Zem (le père), Natacha Krief (la jeune fille) et Darina Al Joundi (la mère)

         
Affiche du film                   Bernard Clavel                          Roschdy Zem

Bernard Clavel deviendrait-il un classique à revisiter ? Un peu comme on joue Molière dans des versions modernes. C’est en tout cas le pari de Naidra Ayadi la réalisatrice du film Ma fille, dont le scénario s’appuie sur Le voyage du père, le roman de Clavel paru en 1965.

Pas sûr que Bernard Clavel eût apprécié, lui qui n’avait déjà guère goûté la version ciné de Denys de La Patellière avec Fernandel dans le rôle du père. Grincements des dents du père Clavel choqué par les licences prises par rapport à l’histoire initiale, en particulier le retour du père dans son Jura natal, voûté, seul, déboussolé, qui n’avait certes aucune envie dans le train du retour de discuter avec quiconque.

                
 
Le voyage du père : Le roman de Clavel et le film de 1966

Cette fois, le lien est encore plus distendu puisqu’il s’agit d’une famille d’immigrés algériens qui a fui la guerre civile dans les années 1990 avec leur petite fille Leïla âgée d’un an. Ils s’installent à Paris, le temps que Hakim trouve du travail dans une scierie jurassienne où il est devenu contremaître. Leïla a grandi et depuis peu, elle est repartie à Paris pour devenir coiffeuse.

           
                                                           Naidra Ayadi et Roshdy Zem

Mais elle ne donne presque plus de nouvelles, quelques mots pour rassurer la famille et vient d’annoncer à sa petite sœur Nedjma que, prise par son travail, elle ne pourra les rejoindre pour les fêtes de fin d’année. Colère de Latifa la mère qui n’admet pas l’absence de sa fille. Hakim est sommé d’aller la récupérer et Nedjma obtient finalement de l’accompagner.

Mais surprise : Leïla est introuvable, injoignable. Personne chez elle, inconnue au salon de coiffure où elle prétendait travailler. Angoisse du père qui s’obstine à ne pas vouloir comprendre. Peu à peu, il entrevoit une vérité inacceptable qu'il ne pourra jamais avouer à personne.

                       
"Ma fille" au festival d’Angoulême    Naidra Ayadi et le producteur Maxime Delaunay

L’opposition entre l'univers rural qu'aimait Clavel et l'univers urbain qu'il avait tendance à fuire, s’est bien atténuée depuis les années 60. Mais dans un autre domaine, alors que Clavel traitait le sujet avec beaucoup de pudeur, le film nous entraîne dans le monde souvent sordide des nuits parisiennes dans des scènes parfois fort osées qui n'apportent pas grand chose à l'ensemble. On y côtoie des petits voyous sans grande envergure, une généreuse prostituée dans des bars louches et des clubs échangistes.

Au-delà de ce que cette histoire révèle de ses faiblesses, l’essentiel réside dans  ce père déconcerté par l’effritement des valeurs auxquelles il tenait. Par amour pour ses filles, il parviendra à surmonter ces épreuves pour ne pas s’éloigner d’elles définitivement.

Fait social, c'est aussi conflit de générations dans une société qui évolue trop vite pour les parents et où la jeunesse ne trouve pas forcément sa place. On retrouve ainsi avec quelques variantes, le fil conducteur de Clavel sur les évolutions de la société et le choc des générations.

                     
Naidra Ayadi, Roshdy Zem, Natacha Krief   Avec Thierry Ardisson [1]

Notes et références :
[1] C’est Thierry Ardisson qui le premier a eu envie de réadapter le roman de Clavel au cinéma, touché par cette histoire qui lui rappelait son père.

Voir aussi :
Document utilisé pour la rédaction de l’article Hommage à Bernard Clavel -- Du côté de Guérande -- La Courbatière -- Capian --
Document utilisé pour la rédaction de l’article Clavel, Terres de mémoire -- Le lac de Bonlieu -- Les feux de Courmangoux --
Document utilisé pour la rédaction de l’article Clavel, Résonance -- Le carcajou --

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<< Christian Broussas
 Bernard Clavel-Naidra Ayadi  © CJB  °°° 05/08/2022  >>
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02 août 2022

Brassens et Verlaine Colombine

Georges Brassens a parfois mis en musique des poèmes de ses poètes préférés. [1] Il en est ainsi par exemple de Victor Hugo (Gastibelza et La légende de la nonne), Francis Jammes (La prière) ou Jean Richepin (Philistins et Les oiseaux de passage) [2] et des textes de son ami Paul Fort ou le poème intitulé Les Passantes d'Antoine Pol.

                       
Colombine et Arlequin          Idem par Degas                Colombine et Pierrot

La structure métrique du poème de Paul Verlaine, reprise par Brassens, se compose d'une alternance régulière de vers de 5, 5 et 2 syllabes.  (solution que Brassens reprendra dans sa chanson Le vin)

Se pose aussi ici la question centrale de savoir comment adapter un poème à une chanson, pour faire coller paroles et musique, ce qui n’est évidemment pas la préoccupation du poète. On peut retrouver ce problème dans un autre poème mis en musique par Brassens, La prière de Francis Jammes. Il s’agit ici plus précisément d'une technique quelque peu différente : un intermède musical remplace le texte de Verlaine, sans doute parce que le format d’une chanson est le plus souvent plus court qu’un poème.

                            
Portraits de Léandre et Cassandre                                   Personnages masqués

De la même façon que Brassens coupe la dernière strophe du poème d'Aragon Il n'y a pas d'amour heureux, il a préféré dans Colombine supprimer la partie de l’image de la course des différents personnages, pour se concentrer sur les proches de Colombine, dans une relation galante entre elle-même et ses soupirants Léandre, Pierrot, Cassandre, Arlequin
Ce n’est pas pour rien que le recueil de Verlaine qui contient ce poème s’intitule Fêtes galantes.

                  
Verlaine Fêtes galantes                    Watteau Fêtes galantes

C  O  L  O  M  B  I  N  E

Léandre le sot,
Pierrot qui d’un saut
        De puce
Franchit le buisson,
Cassandre sous son
        Capuce, [3]

[Personnages de la Commedia dell'arte]
Soubrette hardie et insolente, vêtue de blanc, Colombine est tour à tour maîtresse et femme d'Arlequin (ou Pierrot), souvent courtisée par des vieillards amoureux comme Cassandre ou comme Léandre, espèce de bellâtre vaniteux, tous deux souvent dupes d'Arlequin et de Pierrot.
Jeune valet candide, Pierrot (qui joue sans masque) doit souvent supporter les facéties d'autres personnages.
Arlequin, comme Polichinelle, est un valet, en général meneur de l'intrigue, rusé, spirituel et railleur. Il appararaît avec un costume fait de pièces colorées, son masque noir, sa voix de fausset et son pas trépidant.


Arlequin aussi,
Cet aigrefin si [4]
      Fantasque
Aux costumes fous,
Ses yeux luisants sous
     Son masque,

[Modification : Verlaine écrit "son masque" et Brassens "le masque", faisant ainsi ressortir non le masque mais plutôt les yeux]
[Chez Brassens, le premier vers de chaque strophe est chanté sur ces notes sauf le vers "do mi sol mi fa"]

Do, mi, sol, mi, fa,
Tout ce monde va,
      Rit, chante
Et danse devant
Une belle enfant
      Méchante [5]

[La mise en musique ne permet pas d’établir une liaison entre "et danse" et "tout ce monde", pouvant laisser penser que c'est Colombine qui danse]

Dont les yeux pervers
Comme les yeux verts
      Des chattes
Gardent ses appas
Et disent : « A bas
   Les pattes ! » [6]

[Les yeux verts des chattes : voir sa chanson "Putain de toi"]
[Appas, charmes féminins et non appâts dont on se sert pour attirer les poissons]

Eux ils vont toujours !

Fatidique cours
      Des astres,Oh ! dis-moi vers quels
Mornes ou cruels
      Désastres

L’implacable enfant,
Preste et relevant
      Ses jupes, [7]
La rose au chapeau,
Conduit son troupeau
      De dupes ? [8]

        

Notes et références
[1] Pour une info complète sur ce sujet, voir Brassens chante les poètes --
[2] Voir par exemple Brassens et Richepin --
[3] Capuce : De l'italien cappucio = cape, capuchon. (cf le capucin qui est un moine portant capuche)
[4] Aigrefin : Pourrait venir de "agrifer", saisir à l’aide de griffes. (cf "escroc")
[5] Derrière la frivolité de façade se profile le jeu ambigu et même pervers de Colombine
[6] Toujours le jeu manipulatoire, malsain de Colombine qui les aguiche tout en dissuadant une relation plus poussée

[7] On ne sait trop si Colombine relève ses jupes pour cheminer plus à l’aise ou pour faire la coquette et faire découvrir chevilles et mollets. Espèce de Vénus qui rappelle Saturne ou d’autres chansons de Brassens.
[8] Forme interrogative laissant ouverte toute conclusion

Voir aussi
Document utilisé pour la rédaction de l’article  Le jardin de Brassens -- Brassens à Sète --
Document utilisé pour la rédaction de l’article  Brassens, album n°4 -- Témoignages des amis --
Document utilisé pour la rédaction de l’article Brassens André Larue -- Poèmes et textes --

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<< Christian Broussas
Brassens et Verlaine  © CJB  °°° 02/08/2022  >>
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25 juillet 2022

Barack Obama, Une terre promise

Référence : Barack Obama, Une terre promise, autobiographie, éditions fayard, Novembre 2020, éditions Le Livre de poche, traduction Pierre Demarty, Charles Recoursé et Nicolas Richard, 1344 pages, janvier 2022

          Obama & Biden

« Un regard unique » selon L’Obs, « Une puissance d’analyse impressionnante » selon Le Monde.

Voilà des mémoires attendus et très intéressants, ne serait-ce que parce qu’ils nous conduisent dans les méandres d’un parcours très atypique. Il a d’abord été un militant associatif dont la foi a été souvent mise à l'épreuve, qui n’était pas vraiment préparé à assumer des décisions aux lourdes de conséquences.

          
Avec le chanteur Bruce Springsteen                  Avec Kamala Harris

C’est aussi un jeune homme qui se cherche, une généalogie assez compliquée qui va devenir le dirigeant du plus grand état du monde. Il nous fait partager sa formation politique et les moments importants de son premier mandat. Il nous fait aussi partager sa réflexion sur l’exercice du pouvoir, sur les tenants et aboutissants de la politique intérieure du pays et les enjeux de la diplomatie.  

                     
En campagne en Caroline du sud 2017     Le couple en 2008

« Quoi que tu fasses ce ne sera pas assez : mais essaie quand même ! » Obama

C’est aussi un livre où il parle de lui, du fait qu’il lui a fallu relever le défi d’être le premier candidat afro-américain à la présidence des États-Unis, se présenter comme l’espoir d’un tournant dans l’évolution socio-culturelle de son pays. La démocratie, ça n’est pas donnée, ça se mérite et doit être fondée sur une empathie mutuelle supposant une volonté de consolider ensemble le fonctionnement du système politique.

Mais il parle également des hommes qu'il a rencontrés, par exemple Donald Trump dont il raconte comment il a eu l'occasion de le ridiculiser à propos de sa culture fort limitée, reconnaissant néanmoins « qu'il savait faire le spectacle » . Ou de Nicolas Sarkozy, « un homme tout en emportements émotifs et en propos hyperboliques. [...]  On aurait dit un personnage sorti d'un tableau de Toulouse-Lautrec. [...] Lorsqu'il s'agissait de stratégie politique, il n'hésitait pas à faire de grands écarts, souvent poussé par les gros titres ou l'opportunisme politique. »

                       

Il débute vraiment sa carrière politique par une victoire aux primaires de l'Iowa jusqu’à la fameuse soirée du 4 novembre 2008, élu le 44e président des États-Unis, premier président afro-américain. On se retrouve aussi dans les coulisses de la Maison-Blanche, en particulier le Bureau ovale et la salle de crise, à l’étranger dans ses voyages officiels, Moscou, Pékin, Le Caire[1]

              
Le 1er jour de sa présidence

Il nous fait partager ses difficultés dans la constitution de son gouvernement, la réforme controversée du système de santé et ses démêlés avec son opposition qui la refusait, la réforme de Wall Street ou l’explosion de la plateforme pétrolière Deepwater Horizon. Sur le plan international, il évoque la crise financière mondiale, les relations compliquées avec Vladimir Poutine, sa stratégie militaire en Afghanistan ou l'opération commando pour éliminer Oussama Ben Laden.

                       

Il aborde aussi comment son rôle de président et son existence à la Maison-Blanche a pu impacter les relations avec sa famille et affecter en particulier sa femme et ses filles, [2] parlant franchement de moments où il a ressenti doute et déception, sans renoncer cependant à croire que le progrès est malgré tout le ressort profond des États-Unis.


Obama à Harvard en 1990 et à la Maison blanche en 2013

Points-clés :
* Né le 4 août 1961 ;
* 1997-2004 : sénateur de l’Illinois pour le 13ème district ;
* 2005-2008 : sénateur des États-Unis ;
* 2009-2017 : 44ème président des États-Unis.

Notes et références
[1] Voir Obama, Discours choisis --
[2] Voir Obama,
Lettre à mes filles --

 Voir aussi :
Document utilisé pour la rédaction de l’article Michelle Obama, Devenir -- Les années Obama --
Document utilisé pour la rédaction de l’article Barack Obama, Les rêves de mon père -- L'audace d'espérer --

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Obama Mémoires  © CJB  °°° 25/07/2022  >>
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24 juillet 2022

Nicolas Mathieu, Connemara

Référence : Nicolas Mathieu, Connemara, éditions Actes sud, 400 pages, février 2022

« Les vies ratées valent le coup d'être vécues » Nicolas Mathieu

          

Quelque 40 ans, le mitan de la vie, quand on a vécu, bâti une vie mais que presque tout est encore possible. À certaines conditions. Oh, ce n’était pas forcément mieux avant mais les lendemains qui chantent ne sont pas forcément au rendez-vous. D’une certaine façon, le passé est toujours quelque part mélancolie.

Le temps, c’est cet écart entre celui d’une brève rencontre du côté d’Épinal dans les années 1990 entre Hélène, une jeune fille sérieuse, un peu austère et Christophe Marchal, beau jeune homme sportif et hockeyeur et la véritable rencontre quelque vingt ans plus tard.

             
Avec Florent Marchet                                          Avec Valérie Manteau

Lui, toujours hockeyeur, toujours dans son coin, toujours avec les mêmes amis Greg et Marco, est devenu représentant en nourriture pour chiens et s’occupe de son fils Gabriel. Il n’a jamais su choisir, est resté là où il était avec son père et son fils mais croit dur comme fer que tout est possible.
Elle, après avoir beaucoup circulé, habite vers Nancy avec son mari Philippe, souvent absent pour son travail, et leurs deux filles, Clara et Mouche. Belle réussite professionnelle comme gestionnaire en ressources humaines.
Mais cette vie tranquille et somme toute réussie finit rapidement par la décevoir.

                  

Hélène, du petit pavillon de Cornécourt où elle a grandi, a bien réussi comme on dit : école de commerce, mari brillant, voyages et vie parisienne puis retour à Nancy dans une superbe maison. Mais cette réussite a eu un prix : expériences souvent négatives en entreprise, obligée de jongler entre une vie professionnelle déjà stressante et de s’occuper de ses deux filles, même avec l’aide de baby-sitters, ravalant peu à peu ses rêves de jeunesse.

       

Ils se retrouvent par hasard et tentent de se bâtir un avenir mais finalement, sans grande conviction, guettés par la crise de la quarantaine où commence à se profiler les avanies du temps qui passe. Autour de ce couple qui n’en est pas vraiment un, gravite tout un cercle de proches constitué d’amis, de collègues, de parents et de voisins qui forment comme une micro société.

Le personnage d'Hélène est à cet égard exemplaire en ce sens qu'elle est très soucieuse de sa place dans la société, méprisant ceux qui n'avaient pas évolué et en voulant à ceux qui avaient mieux réussis qu'elle. D'où son ressentiment et sa difficulté à s'assumer.

           Avec Jérôme Fourquet

Elle regarde avec envie la façon dont son chef Erwan manie le langage du manager, le naturel des jeunes comme Tinder ou Lison, la jeune stagiaire branchée. L’auteur en profite pour dénoncer l’entreprise et sa violence : « L’espace d’un instant, Erwan quitta cet état de surchauffe nombriliste qui était son régime de croisière et fixa sur elle ses petits yeux dorés. » Et Hélène se disait « qu’il fallait qu’elle se sorte à tout prix de ce marécage d’indifférenciés. Depuis toujours, c’était la même histoire. Réussir ».

 Voir aussi ma fiche :
Document utilisé pour la rédaction de l’article Leurs enfants après eux --

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Mathieu Connemara  © CJB  °°° 24/07/2022  >>
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22 juillet 2022

Orhan Pamuk, Les nuits de la peste

Référence : Orhan Pamuk, Les nuits de la peste, éditions Gallimard, Collection Du monde entier, traduction Julien Lapeyre de Cabanes, 688 pages, mars 2022

           

Tout commence par l’assassinat de Bonkovski pacha sur l'île de Mingher. « La princesse Pakizê et son mari, tels deux héros de ces romans de détectives dont raffolait le sultan, déployèrent beaucoup d'énergie et d'intelligence pour essayer de résoudre l'énigme du meurtre de Bonkowski Pacha. » Pakizê  soupçonne son oncle le sultan Abdülhamid, d’avoir fait exécuter Bonkowski Pacha et même son mari ne parvenait pas à la dissuader du contraire.

          

Avril 1901 : la peste s’est déclarée à Mingher, une île turque que l'auteur situe au large de Rhodes. Le sultan Abdülhamid II y envoie ses meilleurs limiers pour juguler le danger et imposer des mesures sanitaires qui se heurtent parfois aux pratiques religieuses. Le fléau tend à augmenter les tensions entre musulmans et orthodoxes.

      Avec Leila Slimani

En tout cas, Mingher, celle qu’on appelle parfois la « perle de la Méditerranée orientale », va vivre une situation très difficile. « À
présent, songeait le docteur Nuri, la violence de la peste et l'étendue de sa victoire leur avait ôté jusqu'au goût de l'espoir. Les liens se distendaient, les relations s'étiolaient, l'envie était pauvre de se faire des amis, d'apprendre de nouvelles choses, même de réagir aux rumeurs. A chacun suffisait sa peur, ses blessures, son chagrin. Les voisins mouraient dans l'indifférence. » [1]

                       

Dans un mélange de fiction et de réalité, l’île de Mingher est l’occasion pour Pamuk de brosser une grande fresque historique sur le déclin de l’Empire ottoman, une crise sanitaire qui peut cacher une autre crise de nature politique.

Cet ouvrage, basé paraît-il sur les documents d'une fille d'un ancien sultan déchu et en plus femme d’un des médecins dépêchés sur place, est à la fois un récit historique sur le déclin inéluctable de la Turquie, un roman policier à la Sherlock Holmes, un livre politique aux réflexions sur le nationalisme et un roman noir mêlant mort et sentiment.

                     

À la fois panorama onirique, historique et réflexion ironique, Les nuits de la peste constitue une fresque aussi magnifique que pessimiste qui met en scène des personnages nombreux aux comportements particulièrement fouillés où se mêlent l’amour, l’histoire avec la fin de l’Empire ottoman et le roman policier.
Dans ce drame sanitaire et social, dans ces bouleversements, l’amour constitue comme un refuge et l’auteur nous propose une réflexion sur les thèmes du pouvoir et de la liberté dans une société qui peu à peu se délite.

          
                                                Avec sa fille Rüya Pamuk [2]

Notes et références
[1] La peste était déjà présente dans l’œuvre d’Orhan Pamuk : dans
La Maison du silence, sous l’empire ottoman, ou dans Le Château blanc, sur la peste à Istanbul au XVIIème siècle. Il a déclaré que « la peste m’intéressait en tant que réflexion métaphysique sur la mort, le sens de la vie, l’existence de Dieu. (…) J’ai voulu évoquer l’imposition d’une quarantaine et les problèmes que cela pose ».
[2] Sa fille est l’héroïne de son roman "Livre noir" publié en 1990

 Voir aussi mes fiches :
Document utilisé pour la rédaction de l’article Orhan Pamuk et ses romans Le musée de l'innocence, Neige et Mon nom est rouge.
Document utilisé pour la rédaction de l’article La femme aux cheveux roux -- Cette chose étrange en moi --

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21 juillet 2022

Pascal Quignard L’amour la mer

 Référence : Pascal Quignard, "L'amour la mer", éditions Gallimard, 400 pages, janvier 2022

 

Lauréat du prix Goncourt 2002 pour Les Ombres errantes, Pascal Quignard, né en 1948 est l'auteur de nombreux romans dont Le salon du Wurtemberg, Tous les matins du monde, Terrasse à Rome, Villa Amalia et de quelques essais comme Petits traités et Dernier royaume.

Pascal Quignard revient ici à la forme romanesque, reprenant les thèmes favoris qu’il a toujours disséqués depuis La Leçon de musique en 1987, traçant dans son style inimitable un superbe portrait d'une époque.

         

« C’est quoi, être libre ? : C’est s’enfuir de tout. »

Le fil conducteur : une histoire d’amour au XVIIe siècle, dans une ambiance de frénésie guerrière et bien sûr de musique comme beaucoup de romans de Quignard, entre Thullyn, jeune instrumentiste scandinave et Hatten, maître reconnu du théorbe. Une histoire qui permet aussi à l’auteur d’explorer les arcanes de l’amour et de la création.
On y pratique beaucoup la musique et les cartes, nourriture quotidienne de ceux qui en ont besoin pour vivre.  
La musique, c’est « dans la nuit quatre hommes, quatre perruques… éclairés par les minuscules flammes des bougies de suif accrochées aux chevalets des partitions […] On a le sentiment… qu’ils sont partis ailleurs, très loin ailleurs… »

                       

Derrière ce qu’il appelle « l’anomie de la France de 2020 », il voit poindre les années des guerres civiles, en particulier l’année 1650 et au-delà, d’autres guerres encore «  moins féroces mais tout aussi toxiques. » On peut discerner derrière l’épidémie de Covid comme des relents d’épidémie de peste et  « derrière les gilets jaunes, la Fronde. » Il aime profondément ces échos de l’histoire, « ces vertiges dans le temps » comme il les nomme lui-même.
De plus, il a perdu son très cher petit frère violoncelliste en mars 2020 pendant qu’il écrivait ce livre. D’où cette musique qui joue un rôle particulier dans ce roman.

« Parler, c'est faire figure. Écrire, C’est disparaître. »

            
                Pascal Quignard et Kaoru Hakata à Nagasaki , 16 mai 2018

C’est, dit-il, souvent dans les périodes les plus troubles que les sociétés connaissent l’art qui s’élève à son plus haut. Anomie et état créatif se répondent ainsi, une grande anomie étant propice à une grande créativité.

Il revient à l’époque de la Fronde où se rencontrent la culture et l’Histoire. En janvier 1652 Georges de La Tour meurt à Lunéville de la peste. Le même jour, Jacqueline Pascal s’enfuit de chez elle pour se réfugier à Port-Royal des Champs. Le pouvoir royal est en déshérence, chassé de Paris. Premières "barricades" dans la capitale, c’est la Journée du Feu. [1] La Rochefoucauld, blessé à l’œil, doit vivre constamment dans le noir. En août, le luthiste Blancrocher [2] chute mortellement sur son théorbe dans son escalier de la rue des Bons-Enfants. Son ami Johann Froberger composera le Tombeau de Monsieur de Blancrocher[3] première véritable "suite" du courant baroque. Collision entre l’Histoire et la culture.

                     

Il voit la liberté comme une fuite, « le départ, le coup de foudre… il n’y a que ça qui compte.  Thullyn qui adore la mer, qui plonge dans la mer. » Un même mouvement pour partir, voyager, essaimer une religion, protéger la culture.
Il termine par le thème de l’amour et de la séparation. « Thullyn et Hatten, ne savent pas pourquoi ils se séparent... quelque chose d’une séparation impossible à combler dans la sexuation. » Un étroit chemin si difficile à parcourir.
« Quand j’étais tout petit la jeune Allemande qui s’occupait de moi est partie brusquement, du jour au lendemain : séparation incompréhensible… je n’ai rien compris, anorexie, dépression du nourrisson, manger dans le noir… tout est remonté en écrivant ce roman. Vous savez, une séparation incompréhensible, la mort est aussi cela, de façon aussi lumineuse que déchirante. »

          
Avec Mireille Calle-Gruber devant son violoncelle    
Avec Midori Ogawa île de Goto Japon, 2018

Notes et références
[1] La Journée du feu, appelée aussi Journée ds barricades, qui se déroula le 26 août 1648, est une rébellion des parisiens pour défendre les lois et le Parlement de Paris contre la régente Anne d'Autriche et Mazarin.
[2] Charles Fleury, sieur de Blancrocher (1605 – 1652 fut un des luthistes les plus renommé de son époque. On le connaît le plus souvent sous le nom de Blancrocher.
[3] Le tombeau de monsieur de Blancrocher (extrait)

Voir aussi mes fiches :

Document utilisé pour la rédaction de l’article Pascal Quignard, Tous les matins du monde -- Terrasse à Rome --
Document utilisé pour la rédaction de l’article Quignard, Jeunesse au Havre -- Quignard à Sens --

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18 juillet 2022

Stendhal D'un nouveau complot contre les industriels

Référence : Stendhal, D'un nouveau complot contre les industriels, éditions du Sonneur, 2011

Ce petit essai de Stendhal publié en 1825 est plutôt considéré comme un pamphlet qui critique de façon ironique les prétentions jugées ridicules des industriels à se faire passer pour des hommes admirables et uniques bienfaiteurs de l'humanité.

                       

Il nous donne cet exemple : « Pendant que Bolivar affranchissait l'Amérique, pendant que le capitaine Parry s'approchait du pôle, mon voisin a gagné dix millions à fabriquer du calicot… Mais depuis peu, il fait faire un journal qui me dit tous les samedis qu'il faut que je l'admire comme un bienfaiteur de l'humanité. Je hausse les épaules. »
Alors, haussons les épaules avec lui. Si les patrons d’industrie sont utiles, ce sont surtout des opportunistes qui profitent de leur situation.

             

Stendhal prend aussi comme exemple un président des États-Unis ambitieux (genre Napoléon ou Cromwell dit-il), qui pourra profiter de son crédit pour emprunter une forte somme d’argent pour corrompre l'opinion et se faire nommer président à vie. On peut parier alors que les industriels continueront à le financer, augmentant ainsi son pouvoir, « sans s'embarrasser du sens dans lequel il l'exerce. »

Pour Stendhal, les seuls hommes admirables, qui ne doivent rien aux industriels et qu’ils ne sauraient juger, agissent sans calcul, gardant leur intégrité morale, qu’ils soient inconnus ou considérés comme des génies comme Lord Byron, La Fayette ou Lamartine. Bénéficier de l’estime d’autrui prend racine dans un but noble et désintéressé. Et Stendhal pose la question : « Quels sacrifices ont jamais fait Sébastien Zamet, Samuel Bernard, Antoine Crozat, Etienne-Michel Bouret, etc., les plus riches industriels dont l'histoire ait gardé le souvenir ? »

                           

Pour Stendhal, la réponse va bien sûr de soi. Ces hommes admirables peuvent légitimement prétendre à l’immortalité, contrairement aux prétentieux industriels bien au-dessous de « leur utilité réelle et estimable », soulignant leur ridicule, comme celui qui par cupidité « a fait venir des chèvres du Thibet. »

Si Stendhal visait alors Saint-Simon, on ne peut s'empêcher de faire le parallèle avec des "capitaines d'industrie" actuels comme Elon Musk, Jeff Bezos ou Mark Zuckerberg pour ne citer que quelques spécimens parmi les plus connus . Étonnant Stendhal qui regardait la société de son époque avec son acuité particulière et décodait ses aspects immuables.

Mes sites sur Stendhal
Document utilisé pour la rédaction de l’article Site Stendhal 1, 5 fichiers --

Document utilisé pour la rédaction de l’article Site Stendhal 2, 8 fichiers --

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17 juillet 2022

Éric Fottorino Dix-sept ans

Dix-sept ans, le portrait à la fois rayonnant et douloureux d’une mère inconnue.

J'ai vraiment découvert Éric Fottorino lors de la présentation de ce roman autobiographique intitulé "Dix-Sept ans" en juin 2019. À cette occasion, j’avais réalisé une brève présentation de trois de ses romans Baisers de cinéma, Le marcheur de Fès et Dix-sept ans.

                

C’est un livre qu'Éric Fottorino aura mis longtemps à écrire dans la douleur, tant il contenait de références à des souvenirs difficiles à revivre.
Il met en scène Éric Signorelli, professeur de droit, qui s'est toujours demandé pourquoi communiquer avec sa mère était si difficile, pourquoi il éprouvait toujours une certaine gène à son égard. L’évitement, les silences leur ont servi de modes de relation. Un « désamour tenace » conclut-il.

           
Éric Fottorino avec Mélanie Richoz                 Éric Fottorino avec Nathalie Léger

Il dit qu'elle n'était jamais vraiment là, que tout se traduisait à travers son regard. Parfois, une ombre fanait son visage : « Elle était là mais elle était loin. Je ne comprenais pas ces sautes d'humeur, ces sautes d'amour.»

Mais un jour, c’est la stupeur quand sa mère révèle à ses trois fils qu’elle a eu une fille qu’on l’a obligée à abandonner pour la confier à un couple stérile. C’est ainsi qu’il décide d’aller à la rencontre de Lina, cette mère qu’il connaît si peu, rejetée par sa famille, une belle fille qui attirait les hommes.

             

La famille rejette ce père, étudiant en médecine mais juif marocain, qu’il rencontrera beaucoup plus tard à l’âge de dix-sept ans. [1] Il a dix ans quand sa mère se marie avec Michel qui va l’adopter et assurer son éducation. [2]

   Fottorino père et fils

Nice, la ville où il est né mais qu’il ne connaît pas, à la recherche de sa mère. Il y découvre une jeune femme, fille-mère, reniée par sa famille, qui se débrouille comme elle peut. À Nice, quelques rencontres l’aident à mieux comprendre sa mère, il l’appelle même « petite maman ». Peut-être vont-ils ainsi pouvoir peu à peu « réparer leurs débuts manqués et renaître l’un à l’autre. »

           
                                      Éric Fottorino à La Rochelle

À Nice, Ascros (au-dessus de Nice), Bordeaux, Condéon, Barbezieux... Éric Fottorino va retrouver seul puis avec sa mère ces lieux entre bonheurs et drames… en un chemin initiatique indispensable et salutaire.
Ce roman nous raconte les ravages des non-dits, d’un secret familial, leurs conséquences un demi-siècle plus tard. Avec la relation mère-fils, c’est aussi le fonctionnement d’une société pas si lointaine qui sanctionnait toute déviance de la morale ambiante que l'auteur a brossé.

Notes et références
[1] Voir son livre intitulé Questions à mon père.
[2] Voir son livre intitulé L’homme qui m’aimait tout bas.

Voir aussi mes fiches :
Document utilisé pour la rédaction de l’article Fottorino, Biographie -- Mohican --

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14 juillet 2022

Expo Luxembourg Pionnières des années folles

Pionnières Musée du Luxembourg

        

Pionnières dans le Paris des années folles

L'expo se concentre sur une certaine époque, on y trouve des œuvres variées auxquelles on s'attend et aussi quelques surprises, globalement j'ai bien aimé même si je n'ai pas trouvé les explications très pertinentes et que, comme souvent, beaucoup de gens restent le nez collé sur les tableaux.

        Tamara Lempicka [2]
La femme et l'enfant 1932   La belle Rafaela 1927  
   Portrait de Suzy Solidor [1]


Les artistes femmes de la période des années folles ont occupé une place importante dans l’essor des grands mouvements artistiques qui se sont alors développés sans que leur apport soit toujours reconnu à sa juste valeur.

    
Tamara Lempicka Les deux amies 1923

Parmi les plus connues, on peut retenir Suzanne Valadon, Marie Laurencin, Sonia Delaunay ou le style très épuré de Tamara Lempicka [2], mais aussi d'autres artistes qui ont eu une certaine influence comme Gerda Wegener, Aleksandra Becova, Jacqueline Marval, Juliette Roche ou Tarsila do Amaral.

               
Gerda  Wegener  Lily 1922 et La sieste 1922
        
Aleksandra Becova La joueuse de tennis
Jacqueline Marval La baigneuse au maillot noir 1923


Cette exposition se donne justement pour objectif de leur donner toute leur place et valoriser leur rôle dans ces évolutions. Son parcours nous permet de les suivre dans les aventures du fauvisme et du cubisme vers l’abstraction, en passant aussi par d’autres courants comme l’architecture, la danse, la littérature, le design ou la mode…
En tout, une cinquantaine d'artistes et leurs œuvres pour dresser un panorama de l’apport des artistes féminines.

       
1- Romaine Brooks Au bord de la mer 1923 -- 3- Mela Muter La femme au chat
2- Marie Laurencin Portrait de Coco Chanel

Très longtemps considéré comme marginal, leur rôle est de plus en plus reconnu comme majeur dans les avant-gardes de cette époque. Il est marqué par des recherches plastiques audacieuses qui témoignent de leur liberté d’esprit et de leur innovation conceptuelle. ‘est surtout cet aspect que nous donne à voir cette exposition.

    
Suzanne Valadon Autoportrait 1934, La femme aux bas blancs et La chambre bleue 1938

Aleksandra Belcova peint en 1927 une championne de tennis. Trois ans plus tard, l’artiste plasticienne Claude Cahun "invente" le genre neutre, « le seul genre qui me convienne toujours. » a-t-elle affirmé.

  
Tersila do Amaral : Carte postale 1929  et La famille 1925

Ce genre de situation est mieux toléré, les femmes ont désormais le droit d'entrer dans les écoles d’art, de créer des robes, de mener des carrières d’artistes atypiques comme Tamara de Lempicka [2], homosexuelle et son art si personnel de peindre le désir, « une vibration érotique qui sublime ses peintures, écrira un critiques. »

               
Fransciska Clausen (1899-1986) : Éléments mécaniques, 1926
Juliette Roche American Picnic

Les deux commissaires de l'exposition Pionnières. Artistes dans le Paris des Années folles soulignent les spécificités de cette exposition ainsi que sur le côté atypique de ces artistes féminines parmi lesquelles on peut ajouter Chana Orloff ou encore Marevna (Marie Vorobieff) et Mela Muter.

    
Pan  Yuliang Autoportrait, La liseuse et Nu 1930  

Paris, surtout le quartier latin, Montparnasse et Montmartre – est la ville des académies privées où les femmes sont bien accueillies. On y trouve des librairies d’avant-garde où se réunissent artistes, poètes et romanciers, où le cinéma se développe.

        
Amrita Sher-Gil Autoportrait et autoportrait en tahitienne 1934

Certains d'entre eux sont tenus par des femmes : par exemple,  Adrienne Monnier et Sylvia Beach ouvrent rue de l’Odéon les librairies La Maison des Amis des livres et Shakespeare and Company. Marie Vassilieff fonde en 1910 l’Académie russe puis l’Académie Vassilieff, deux ans plus tard. Marie Laurencin et Fernand Léger enseignent à l’Académie moderne à partir de 1924.

           
Anna Beöthy-Steiner (1902-85) Composition concentrique
Anna Quinquaud (1890-1984) : Chef Foulah, 1930, Nénégalley, fille de Tierno-Moktar, 1930, Kadé, fillette de Tougué, 1930

Dans cette ambiance, l’abstraction va largement se diffuser auprès d'artistes venus de tous les continents. Beaucoup d'artistes femmes participent à ce mouvement où elles vont s’affranchir des catégories de genre et gagner leur indépendance artistique.

           
Alice Halicka Les musiciennes et Sur la plage de Trouville 1934

Il y a ainsi des artistes venues de pays très différents, du monde entier, non seulement celles qu'on vient de citer mais aussi Anton Prinner, la brésilienne Tarsila do Amaral, l'indienne Amrita Sher-Gil ou la chinoise Pan Yuliang.

                   
Marevna (Marie Vorobieff) : Jeune fille 1935  et  La mort et la femme 1917

On peut découvrir beaucoup d'oeuvres fort intéressantes et parmi elles, on peut retenir le portrait de la romancière Natalie Clifford Barney Au bord de mer (1912) de Romaine Brooks, La sieste de Gerda Wegener (1922), La baigneuse au maillot noir de Jacqueline Marval (1923), La Grande baigneuse accroupie de Chana Orloff (1925) en bronze ou l’Autoportrait en tahitienne de Amrita Sher-Gil (1934).

                        
Chana Orloff Moi & mon fils et Romaine Brooks
Sophie Taeuber Arp Les roi Cerf Marionnettes

Des peintres auxquelles il faut ajouter des cinéastes, des photographes ou des sculptrices telle que Stefania Lazarska et ses poupées.

         
Marcelle Cahn Composition abstraite 1925
Anton (Anna) Prinner Construction en cuivre 1935

Beaucoup d'artistes réalisent aussi des décors et des costumes pour pièces de théâtre, ballets ou marionnettes comme la suisse Sophie Taeuber-Arp avec ses marionnettes en bois tourné qui connurent un succès considérable.

               
Sarah Lipska (1882-1973) Deux manteaux -- Maria Blanchard Maternité 1921

Irène Codréano Portrait de Doria Gamsaragan 1926

D'autres travaillent sur les formes comme Marie Vassilieff avec ses poupées-portraits de chiffon de personnages connus de son époque.
Des pionnières qui ont marqué les années de l'entre-deux-guerres et influencé bien d'autres artistes.

          
Les poupées, Stefania Lazarka Poupée vêtue d’une robe Second empire

Notes et références
[1]
Suzy Solidor (1900-1983) : figure emblématique des années 1930, elle est surtout connue comme chanteuse et actrice.
[2] Tamara Łempicka, du nom de son mari, appelée aussi Tamara de Lempicka, née Tamara Rozalia Gurwik-Górska à Varsovie.

Voir aussi :
Document utilisé pour la rédaction de l’article Présentation Over-blog 1 -- Over-blog 2 --
Document utilisé pour la rédaction de l’article Musée du luxembourg -- Les années folles --

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10 juillet 2022

Site Relations humaines Psychosociologie

       Mgt transversal.jpg Mondialisation1.jpg

Titre des ouvrages                              Titre des ouvrages

Irvin David Yalom
Communication et manipulation
              Pouvoir et manipulation

Process Communication Management   Méthode d'apprentissage cognitif
Management post moderne                       La théorie des singes
Dynamique relationnelle                             Management et pédagogie
Pédagogie appliquée                                     Pédagogie active Méthodes
L'analyse transactionnelle                           Le langage non-verbal
Carl Rogers-Non directif                              La Non-directivité
Techniques de P.N.L                                      La P.N.L
Jacob Levy Moreno
Paul Watzlawick                                             Harold J. Leavitt
Kurt Lewin                                                       Kurt Lewin & le leadership
Eric Berne, biographie                                Eric Berne et son oeuvre
Roger Mucchielli                                           Paul Watzlawick
Sabine Kahn Pédagogie                               Pédagogie différenciée
Le jeu de rôle                                                  La méthode des cas
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  Mgt relations dynamique.jpg                   Mondialisation et beret.jpg

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09 juillet 2022

Le docteur Irvin David Yalom

            
« La force d'une conviction est sans rapport avec sa véracité. » Le problème Spinoza

Irvin David Yalom, né en 1931 à Washington,  est un curieux personnage, juif d’origine russe, un psychothérapeute réputé qui s’est surtout intéressé aux techniques de la thérapie de groupe. [1] Mais il a aussi excellé dans l’écriture de romans où il met en scène des personnages (historiques) d’horizon différent et qui ont largement contribué à son succès.

           

Il a également écrit deux ouvrages de référence, fruits e sa propre expérience, le premier Everyday Gets a Little Closer (1974) qui décrit le processus de prise en charge d’une patiente à partir des témoignages du thérapeute et de sa patiente, relatant leur expérience et l’évolution de leur relation. On peut ainsi suivre leurs interactions, leurs points de vue et leurs sentiments tout au long de cette expérience. Le second intitulé "Une question de mort et de vie", co écrit avec sa femme Marilyn, constitue un témoignage très personnel qui relate le combat qu’ils ont mené contre le cancer qui va l’emporter, analyse les phénomènes de fin de vie et de perte de l’être aimé.

« Les enfants privés de l’amour maternel ne parviennent pas à entretenir la confiance minimale requise pour s’aimer eux-mêmes, pour croire que les autres vont les aimer ou, tout simplement pour aimer la vie. » La méthode Schopenhauer

                       

Au-delà de ses livres sur la psychologie, David Yalom a aussi publié des romans basés également sur l’univers psychothérapeutique, tels que Et Nietzsche a pleuré [2], Mensonges sur le divan, Le problème Spinoza ou La méthode Schopenhauer.

Dans ce dernier par exemple, Schopenhauer est au centre de la relation entre Julius Hertzfeld,  célèbre psychiatre, mourant, et un ancien patient, l'arrogant Philip Slate,  devenu lui aussi psychothérapeute.

Dans La Malédiction du chat hongrois, Yalom revient sur l’analyse de l'âme humaine et le lien entre patient et thérapeute à travers six récits où la femme (Paula, Irène, Magnolia…)  exerce un rôle majeur, de la réalité à la fiction, sur ce qui se passe dans le cabinet du psychothérapeute.

               

Le problème Spinoza
Pourquoi diable en février 1941 le Reichsleiter Rosenberg met subitement la main sur la bibliothèque du philosophe et juif Baruch Spinoza à Amsterdam, conservée dans la maison de Rijnsburg ? Quel lien peut-il donc exister entre le juif Spinoza et l’idéologue nazi Rosenberg ? Spinoza, un sceptique excommunié en 1656 par les juifs d’Amsterdam et rejeté par sa propre famille.

Le rationnel Spinoza croyait à une religion universelle guidée par la raison où Dieu se fond dans la Nature. Le bonheur éternel est un leurre puisque l'au-delà n'existe pas. Rosenberg se demande bien ce qui a pu pousser Goethe, qu’il considère comme le plus grand écrivain allemand, à vouer un culte aux obscures écrits d’un juif, à écrire que Spinoza « était un être remarquable ! »

                     

Et Nietzsche a pleuré
Vienne 1882 : c’est l’époque de la naissance de la  psychanalyse et nous assistons à la rencontre (fictive) entre le docteur Josef Breuer et un philosophe encore inconnu Friedrich Nietzsche sous l’égide de Lou Salomé son amie qui craint pour la santé mentale de Nietzsche. Breuer lui propose alors de le soigner de ses migraines insupportables et en contrepartie de l’aider à désamorcer le  rapport néfaste qu’il a avec sa patiente Bertha Pappenheim (Anna O).

Avec Breuer et son jeune assistant Sigmund Freud, Yalom nous entraîne dans les arcanes de la naissance de la psychanalyse et des prémices de l’écriture du célèbre ouvrage de Nietzsche Ainsi Parlait Zarathoustra.
Ce roman a été adapté en pièce de théâtre par l’auteur argentin Luciano Cazaux puis en 2007 au cinéma par le réalisateur anglais Pinchas Perry.

                      

Notes et références
[1]
Voir son livre " La Théorie et la pratique de la psychothérapie de groupe" où il examine le fonctionnement des personnes au sein d’un groupe, les modes de communication et la façon dont les membres du groupe tirent profit de leur participation.

[2]  Ce livre a été adapté au cinéma en 2007.

Voir aussi mes fiches :
Document utilisé pour la rédaction de l’article David Lodge, Thérapie -- Pensées secrètes --

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03 juillet 2022

Antoine Compagnon, Un été avec Colette

Référence : Antoine Compagnon, Un été avec Colette, Éditions des Équateurs, 2022

« Créer un poncif, c'est le génie », disait Baudelaire.

                 

Un été avec… l’émission de France-inter souffle ses dix bougies… un succès inattendu pour une émission littéraire basée sur l’œuvre et la biographie d’un auteur, lu chaque jour (quatre-vingts secondes le matin) pendant l’été et publié en un petit opuscule qui reprend l’émission radiophonique.

J’avais très tôt été séduit par cette formule qui m’a permis d’aborder sous un autre angle des auteurs comme Baudelaire, Proust, Pascal, Machiavel, Paul Valéry, Rimbaud et quelques autres.

   
                                               Colette & Willy                       Antoine Compagnon

Et ce fut un succès extraordinaire… et inespéré : des milliers de livres vendus,  75 traductions dont par exemple vingt-et-une pour Un été avec Montaigne, douze pour Un été avec Homère et onze pour Un été avec Baudelaire.

Pour ce dixième anniversaire, c’est Colette qui a été choisie… contée par Antoine Compagnon qui a déjà plusieurs fois apporté son concours à cette collection. Il nous propose un retour sur cette mystérieuse personnalité qui passa du music-hall au journalisme, de la co écriture avec son mari Willy à la présidence de l'Académie Goncourt...

         Un été avec... les 10 ans

Un grand écrivain, dit-on, c'est aussi un écrivain qui crée des mythes, qui renouvelle notre mythologie. Colette a créé quatre mythes qui se nomment Claudine, Sido, Gigi, et Colette, elle-même, grand écrivain national, monstre sacré. Sulfureuse à  son époque, elle adorait tout ce qui était transgression et provocation, faisant souffler dans ses romans un vent de liberté rafraîchissant.

                        

Antoine Compagnon passe en revue les différentes facettes de la romancière. De Claudine, sa première héroïne, dont son mari Willy s'appropria la paternité... et les lauriers, Sido, inspirée du personnage de sa mère, Gigi, son double littéraire charmante, légère, heureuse de vivre, contrairement à Colette qui fuira « l'homme, souvent méchant » et se consolera auprès de femmes. De sa Bourgogne natale à l'académie Goncourt - elle surprit toujours tout le monde et construisit une oeuvre très personnelle qui fait toute son originalité.
On l'a dit plus accessible et plus moderne que nombre de ses contemporains, réussissant la prouesse d'être diffusée dans les écoles tout en gardant son caractère sulfureux.

                           

Antoine Compagnon nous donne à lire une biographie non pas chronologique comme le plus souvent mais thématique, à partir de sujets que l'auteur a mûrement sélectionnés. Sidonie Gabrielle Colette (1873-1954) fut une femme complexe, difficile à cerner, à la fois finaude et intelligente, qui a aussi beaucoup évolué. Adolescente, c'est plutôt une "sauvageonne" qui veut tout savoir de la vie, soucieuse déjà de son indépendance quand elle devient une jeune femme sensible. Elle va affronter ainsi les plaisirs de la vie et ses incertitudes, les aléas de sa propre existence. Et finalement, il nous présente l'écrivaine à l'âge mûr, reconnue désormais puis la femme âgée dans son intimité, loin des tumultes de sa jeunesse.

                          

Nous la suivons également sur les principaux lieux qui ont compté pour elle : Saint-Sauveur en Puisaye bien sûr où elle est née, Chatillon-sur-Loing, Paris où elle a hanté un certain nombre d'arrondissements comme le 1er, le 6ème, le 8ème ou le 16ème…, sur le front du côté de Verdun, dans la baie de Somme, à Saint-Malo, dans le Jura et le Doubs, à Brive, Belle Ile, Saint- Tropez… impossible de l'arrêter dans ses pérégrinations... 

Reste Colette elle-même sous ses différents aspects, la femme, la fille de Sido, la mère, l'amante fidèle et infidèle, torturée et dominatrice... une femme impossible à saisir sous ses différentes facettes cubistes et que ce livre nous aidera justement à connaître un peu mieux.

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Dernière info : l’année prochaine, c’est Cynthia Fleury qui nous présentera le philosophe Vladimir Jankélévitch. Si vous ne pouvez pas attendre jusque là, vous pouvez consulter mes fiches sur Vladimir Jankélévitch.

Mes fiches sur la série "Un été avec" :
A. Compagnon, Un été avec Colette, 2022 --
S. Tesson, Un été avec Rimbaud, 2021 -- A. Compagnon, Un été avec Pascal, 2020 --
R. Debray, Un été avec Paul Valéry, 176 pages, 2019 -- P. Boucheron, Un été avec Machiavel, 2017 -- A. Compagnon, Un été avec Baudelaire, 2015 -
L. El Makki, Un été avec Proust, 2014 -

Voir aussi mes fiches :
Document utilisé pour la rédaction de l’article Colette à Paris et La maison de Colette --

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Posté par Frachet à 20:52 - Commentaires [0] - Permalien [#]
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