Frachet

17 juin 2019

Voyage en Ligurie et Toscane

1- Carrare et ses carrières de marbre blanc.

Ô blanc immaculé de carrare,
Éclatant de lumière et si rare,
Que de sueur encore et encore,
Il faut exsuder de son corps
Pour aller après tant d’efforts
Arracher à la montagne son trésor !

2- La Spezia et les « Cinque terre »
Après le car le bateau. Le temps est bas, plutôt à la pluie, amis –ô miracle- tout s’arrange en début d’après-midi.
Des cinq petits villages perchés à flanc de colline qui forment cet ensemble, nous visiterons d’abord  Du bateau, la vue est magnifique, des maisons aux façades colores blotties les unes contres les autres donnant sur un port minuscule ou accrochées à un piton rocheux.

Tout d’abord, Vernazza classée parmi les plus beaux villages d’Italie et sa charmante église de Santa Margherita di Antiochia.
Puis Montessoro, le bourg le plus important.

Et pour terminer cette journée, une petite incursion dans Manarola bâti dans le flanc d’une falaise, ce qui offre bien sûr un super panorama.

3- Pise et Lucques
Laissons les « Cinq Terre » pour le lendemain, pour rejoindre les villes de Pise et de Lucques (Lucca). 

Eh oui, je vous rassure, la tour n’a pas changé, elle est toujours penchée… et pas forcément du côté où elle va tomber car les vastes travaux de consolidation sont terminés. Depuis, elle pencherait même d’un degré de moins !
Je ne vous emmènerai pas dans la cathédrale, inaccessible pour cause de visite du foutu archevêque du coin. Bon, on reviendra plus tard.
Quand même, superbe Place des Mracles avec son Dôme, sa tour, son cimetière monumental et son magnifique baptistère que j’ai découvert à cette occasion. Les façades sont vraiment extraordinaires avec leur profusion de marbre blanc de Carrare marié à d’autres marbres (souvent de la région) de différentes couleurs, ce qui donne à l’ensemble cette espèce d’effet de domino dominé par les formes géométriques.

Puis grande visite de Lucques avec un guide volubile qui nous a fait promenés à la découverte des très nombreuses beautés de sa ville.
D’abord les imposants remparts qui enserrent la cité, puis la façade de l’église Saint Michiele, l’immense place Napoleone, la place du Dôme (encore un !) et la cathédrale San Martino.  

Je laisse pour la fin l’enfant terrible du pays, le compositeur Giaccomo Puccini, sa vie de dandy, ses belles moustaches à faire damner une nonette… et surtout ses célèbres airs d’opéra dont nous avons ensuite dans le car, écouter quelques extraits, ; de La Bohême à Tosca en passant par   

4- Retour au Cinque Terre
Quand on aime, on y revient. Cette fois, c’est en train que l’on se rend de La Spezia à Riomaggiore, un ancien village de pêcheurs datant du VIIIe siècle.  Pour changer, on prend le bateau de Riomaggiore  à Porto Venere, blottie à flanc de colline dans une petite anse entourée de ces maisons caractéristiques, étroites et très hautes, qui attirent l’œil par leurs couleurs vives.
Au retour, on s’arrête à Lerici, qu’on nomme paraît-il ; « la perle du golfe des poètes » en l’honneur (entre autres) de lord Byron et de Shelley.

5- (Re)découvere de Florence
Le centre historique est un des sites majeurs de l’Italie (malheur, quelle cohue ; on n’est pas tout seuls !). On commence bien sûr par l’inévitable place du Dôme avec sa cathédrale Santa Maria in Flore et sa façade si caractéristique de la Renaissance toscane, la grandiose coupole de Brunelleschi, la tour-campanile de Giotto et le magnifique Baptistère, ce qui donne à la place une unité de style de toute beauté.

Puis visite obligatoire des deux grandes places : place de la république aux grandes bâtisses assez pompeuses à mon goût, et place de la Seigneurie où on ne sait où poser les yeux tellement il y a à voir : le Palazzo Vecchio, les trois grandes statues (le David de Michel-Ange qui est en fait une copie, l’original étant à La Galerie de l’Académie), les statues antiques et le bel ange de Cellini sous xx et la superbe fontaine de Neptune que je n’avis pas pu admirer la fois précédente pour cause de réfection.  

Poursuite de la balade des incontournables en descendant vers l’Arno par l’entrée de la Galerie des Offices, puis passage du Ponte Vecchio dans une cohue indescriptible au point que j’ai à peine aperçu la statue de Benvenuto Cellini, jusqu’à l’imposante façade du Palais Pitti.   

L’après-midi fut consacrée aux Jardins de Boboli… bof, surfaits… (commentaire lapidaire)

5- Santa Margherita-Portifino
Avant le grand départ, petite incursion chez les riches dans le golfe de. Rapallo kaput pour cause de raz-de-marée, on accoste à Santa Margherita, chouette petite ville aux façades en trompe-l’œil
Portifino : finis les pauvres pêcheurs, la cité est devenue une station balnéaire huppée pour grosses fortunes venues s’y pavaner. Mignonne petite crique pour gros bateaux.
Nous, on est allés se balader dans les petites ruelles au-dessus du port et sur le promontoire jusqu’à l’église du belvédère avec vue magnifique et gratuite sur la côte, pratiquement jusqu’à La Spezia.
Adieu veaux, vaches… villas mirifiques accrochées aux rochers avec vue imprenable et voiliers, yachts effilés au profil de requin… (re)bonjour la France !

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09 juin 2019

Marcel Proust Prix Goncourt

Référence : Thierry Laget, Proust prix Goncourt 1919, éditions Gallimard, collection Blanche, 272 pages, avril 2019

Une émeute littéraire

        
Placard manuscrit inédit de "A l'ombre des jeunes filles en fleurs"
Jacques Emile Blanche - Portrait de Marcel Proust - 1892 - Musée d'Orsay --

Déjà en 1913, Marcel Proust penser bien se faire couronner prix Goncourt pour le premier tome d’À la recherche, intitulé  Du côté de chez Swann.  [1]
Restaurant Drouant, 10 décembre 1919 : Cette fois, c’est fait, mais le monde littéraire apprend avec stupeur que le prix Goncourt 1919 est attribué à Marcel Proust pour son roman À l'ombre des jeunes filles en fleurs, deuxième tome d’À la recherche du temps perdu.

Aussitôt c’est le tollé : éclate un tonnerre de protestations, tout le monde vilipende cette attribution au nom de considérations aussi oiseuses que contradictoires. Les voix des anciens combattants se mêlent à celles des pacifistes, des réactionnaires, des révolutionnaires. Tous ceux qui se sentent humiliés ou insultés par un livre qui, ressuscitant le temps perdu, semble dédaigner le temps présent.

         

Pendant des semaines, Proust est descendu en flamme par une bonne partie de la presse, brocardé, injurié, parce qu’il n’est plus très jeune [2], riche en plus, être passé à travers la guerre, ne pas écrire sur les poilus et leur vie dans les tranchées, au miment où sortait L’Enfer de Barbusse.
Parmi les Goncourt, seuls au départ Léon Daudet et J-H Rosny sont acquis à Proust. Les autres penchent  plutôt pour un roman qui lui, est vraiment dans l’air du temps : Les croix de bois de Roland Dorgelès.

Proust, agacé par l'hostilité dont il était l'objet et les coups bas qu'il recevait, mais sûr de lui, écrira à Gaston Gallimard : « A propos du prix Goncourt, le seul plaisir qu’il me donne est de penser qu’il est un peu agréable à la NRF, à vous avant tout, […] à qui il peut laisser espérer d’avoir pris un pas trop mauvais ouvrage et qui durera assez ».

Pour commémorer le centenaire de ce prix, une exposition a été organisée qui réunit manuscrits originaux, correspondance de Proust et Gallimard ou le plus célèbre portrait de l’écrivain.
 

            
Proust : Les essentielles

Cette exposition présentée dans la Maison de la tante Léonie à Illiers-Combray [3] permet de voir des documents exceptionnels : le contrat d’édition de la célèbre "Recherche" signé par Marcel Proust et Gaston Gallimard, ainsi que les lettres échangées entre l’éditeur et l’écrivain, qui donnent un nouvel éclairage aux relations entre l’écrivain et son éditeur, faites de respect et de passion, correspondance qui donne une idée de la façon dont l’œuvre a germé et évolué dans l’esprit de Proust et les pratiques éditoriales de l’époque.
 
On peut également y voir les épreuves d’imprimerie corrigées et augmentées par Marcel Proust et un rare exemplaire de luxe de sa saga, la lettre des jurés du prix Goncourt annonçant l’attribution du prix.

Enfin, deux particularités attendent le visiteur : d’abord le manuscrit inédit sur lequel l’État a exercer son droit de préemption et autre pièce majeure, le célèbre portrait de l’écrivain par Jacques-Émile Blanche,  prêté par le Musée d’Orsay. 

           

Notes et références
[1]
Voir les deux ouvrages que Thierry Laget a consacrés à cet ouvrage : "Du côté de chez Swann" et "Un amour de Swann"
[2] Alors que le testament d’Edmond de Goncourt spécifiait bien que le prix devait aller à l’originalité du talent mais aussi à la jeunesse.
[3]
Exposition à la Maison de Tante Léonie – Musée Marcel Proust

Place Lemoine – 28120 Illiers-Combray

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07 juin 2019

Yasmina Khadra, L'outrage fait à Sarah Ikker

Référence : Yasmina Khadra, L'outrage fait à Sarah Ikker, Éditions Juillet, 2019

 
                                             Khadra dédicaçant son livre
L’auteur

Reconnu par des écrivains aussi prestigieux que les prix Nobel Gabriel Garcia Marquez, J. M. Coetze et Orhan Pamuk, Yasmina Khadra a été couronné deux fois par l’Académie française.
Adaptés au théâtre et en bandes dessinées, plusieurs de ses ouvrages ont été adaptés au cinéma, comme MorituriCe que le jour doit à la nuit (Alexandre Arcady, 2012), L’Attentat (Ziad Doueiri, 2013 et prix des libraires 2006) ou Les Hirondelles de Kaboul  (film d’animation par Zabou Breitman, 2019).
Il a également co signé les scenarios de La Voie de l’ennemi  et de La Route d’Istanbul, réalisés par Rachid Bouchareb. 

Le titre définit bien le thème du roman : quelqu’un a outragé, a sali Sarah dans son corps et son esprit. Pourtant rien ne semblait pouvoir mettre des nuages dans le ciel pur de Sarah et de Driss.
Mais quand le hasard s’en mêle, quand on se trouve au mauvais endroit au mauvais moment…

            

Présentation du roman

Sarah s’est recroquevillée sur elle-même, refermée comme une huitre. Que peuvent-ils maintenant devenir, qu’est alors leur couple dans cette tourmente ? Driss ne sait comment s’y prendre avec cette nouvelle Sarah qu’il ne connaît pas. Elle lui en voulait aussi de se préserver, de ne pas la veiller jour et nuit pour essayer d’exorciser ses démons, des images qui la persécutent. Driss n’entrevoit guère qu’une solution pour lutter contre cette dérive qui les hantent : : identifier celui qui a profané leur bonheur.

Sarah aurait tant aimé que son mari se réveille et qu’il la surprenne penché sur lui, pareille à une étoile veillant sur son berger. Mais Driss ne se réveillerait pas. Restitué à lui-même, il s’était verrouillé dans un sommeil où les hantises et les soupçons se neutralisaient, et Sarah lui en voulait de se mettre ainsi à l’abri des tourments qui la persécutaient. Aucun ange ne t’arrive à la cheville, lorsque tu dors, mon amour, pensa-t-elle. Pourquoi faut-il qu’à ton réveil tu convoques tes vieux démons, alors qu’il te suffit d’un sourire pour les tenir à distance ? Couple comblé, Sarah et Driss Ikker mènent la belle vie à Tanger jusqu’au jour où l’outrage s’invite à leur table. Dès lors, Driss n’a plus qu’une seule obsession : identifier l’intrus qui a profané son bonheur conjugal.

           

Extraits d’une interview

Ce livre, confie Yasmina Khadra dans une interview qu’il a écrit d’abord ce roman par égard pour les « dames de Tanger », l’espoir un peu fou de voir un jour un Maghreb unifié et comme un hommage au roman policier, genre qu’il affectionne et qu’il voudrait réhabiliter.

Il est particulièrement affect par la corruption dont il dit « qu’elle relève de la rapacité… une sorte de boulimie qui trahit l’inconsistance des consciences.. » Il fustige cette soif éperdue de l’enrichissement qu’il constate et qui est sans doute due au renoncement aux valeurs positives.

Il dit ne jamais démarrer un livre « s’il  n’est pas déjà bien ficelé dans ma tête, » réfléchissant au comment structurer son texte et camper ses personnages.

          
« Lorsqu'on ne trouve pas un sens à son malheur, on lui cherche un coupable. »
Yasmina Khadra et Kamel Daoud

Il fait aussi référence à plusieurs films noirs car confie-t-il, c’est un grand cinéphile qui fonctionne « avec une caméra incrustée dans le cerveau. » Il faut qu’il visualise les scènes pour mieux décrire les situations et ses personnages. L’écriture et le cinéma à eux deux nourrissent son imaginaire et lui permettent de structurer ses romans un peu comme on le fera pour un film.

Et justement, il pense que toute adaptation, cinématographique ou théâtrale, est une chance pour un roman d’élargir son audience et de toucher d’autres publics, « si j’avais le talent de metteur en scène, ajoute-t-il, je réaliserais moi-même une grande partie de mes livres. » Si son roman finit par les mots « à suivre », ça signifie qu’il envisage effectivement une suite à ce premier tome des aventures de Driss, de Slimane… et d’autres personnages.

Voir aussi
* Les hirondelles de Kaboul --

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05 juin 2019

Delphine de Vigan, Les gratitudes

Référence : Delphine de Vigan, Les gratitudes, éditions Jean-Claude Lattès, mars 2019

      
                                Lors de son prix Renaudot en 2015

« Un roman d'une rare puissance sur les dettes morales et ces liens invisibles qui nous gouvernent. » Le Figaro

Les gratitudes, ces petits riens si importants qui constituent l’un des fondements essentiels des sentiments humains, ce qui est en nous et qui restent constamment intactes.
Dans la lignée de son précédent roman Les Loyautés, Delphine de Vigan se coltine ici à un thème si difficile, ponctué parfois de références autobiographiques, qu'elle s’efforce de traiter avec  une dose de légèreté et  d'humour suffisante pour éviter de tomber dans le mélo.
Une histoire de gratitude croisée entre Michka et Marie, de la part de Michka aussi, qui voudrait retrouver ceux qui l’ont sauvée pendant l’Occupation.   

      

On a parfois du mal à établir un lien entre le portrait de telle personne  dans tout l’épanouissement de sa jeunesse et la personne qu’on a en face de soi, la personne telle qu’elle est aujourd’hui. Entre ces deux corps qui n’en forment pourtant qu’un, rien ou presque ne semble les relier, sauf peut-être un port de tête, une mimique, un geste pris comme dans un instantané, entrevus au détour d’une réaction.

Michèle Seld, qu’on appelle Michka, peut de moins en moins rester chez elle, être autonome car pour elle, le diagnostic est simple, un mot tombe : aphasie. C'est Marie, une aide à la personne qui va lui dégotter une place dans une maison de retraite. C’est un grand cœur Michka mais les mots ne suivent plus. Elle pense un mot et il en vient un autre, les consonnes et les voyelles se mélangent et ça donne de drôles de combinaisons, un mot pour un autre ou qui tombe impromptu, sans lien avec le contexte, du genre : « Franchement, compte-tenu des circonflexes, une petite cigarette, ce ne serait pas du fluxe. » Non, ce n’est du verlan, c’est du Michka.

   

Heureusement, Marie est là, qui fait ce qu’elle peut avec ses tonnes de tendresse à dispenser, aidée de Jérôme, l’orthophoniste qui l’écoute, qui prend le temps et tente de retarder l’inéluctable. Il possède une vision très haute de son travail, disant : « Je suis orthophoniste. Je travaille avec les mots et avec le silence. Les non-dits. Je travaille avec la honte, le secret, les regrets. Je travaille avec l'absence, les souvenirs disparus, et ceux qui ressurgissent, au détour d'un prénom, d'une image, d'un parfum. Je travaille avec les douleurs d'hier et celles d'aujourd'hui. Les confidences. Et la peur de mourir. »

           

Si c’est « Un roman tendre et attachant » comme aiment à l’écrire des critiques comme celui du Figaro, d’autres comme celui du Nouvel Obs ou Frédéric Beigbeder sont plus réticents, trouvant que le roman dégouline de beaux sentiments plus près du conte pour enfants que de la réalité, dans un univers assez idyllique.
Faut-il alors conformer André Gide qui disait : « On ne fait pas de bonne littérature avec de bons sentiments. »

   
                                                                        Avec Emmanuelle Seigner

Mes fiches sur Delphine de Vigan
* Les gratitudes -- Les loyautés --
* Les heures souterraines -- D'après une histoire vraie -- 

<< Christian Broussas – Les Gratitudes - 6/06/2019 <><> © • cjb • © >>

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Léon Blum, Je vous promets de revenir

1940-1945 : le dernier combat de Léon Blum
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Référence : Dominique Missika, Léon Blum, Je vous promets de revenir, éditions Robert Laffont, 310 pages, 2019
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                                        Léon Blum au congrès socialiste de 1932
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Du chemin politique suivi par Léon Blum, on connaît surtout quelques épisodes phare comme la scission de 1920 avec les communistes où il parle de « la vieille maison » qu’il faut bien garder en ces moments troublés ou comme leader du Front populaire en 1936 et de ses avancées sociales telles les congés payés et les quarante heures hebdomadaires.
L’auteur Dominique Missika a choisi de le suivre dans les dernières années de sa vie politique. 
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Pendant cette période, entre 1940 et 1945, il connut comme d’autres hommes politiques de la troisième république l’internement en France puis en Allemagne, accusé, outre le fait d’être juif, d’avoir été le "fossoyeur" du pays et l’un des responsables de la défaite.
D’emblée, il refuse de quitter la France, prêt à lutter contre tous ceux dans le régime de Vichy, veulent sa peau ou tout le moins en faire un bouc-émissaire. Vilipendé par la droite, ce juif socialiste –deux tares pour elle- est la cible désignée des collabos et des antisémites.
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Léon Blum
vers 1914 et à l’époque du Front populaire
Léon Blum et André Gide : une longue amitié
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Son procès s’ouvre à Riom pas très loin de Vichy en 1942, il parvient par sa connaissance des dossiers et sa dialectique à détruire la pertinence des accusations et à retourner la situation, au grand dam des hommes de Vichy.
Le procès tourne court mais Léon Blum est quand même assigné à résidence dans une maison gardée jour et nuit, située près du camp de Buchenwald, il échappe à des conditions plus difficiles sans doute en tant que "VIP" ou comme otage et possible monnaie d’échange.
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Biographie de Bernstein et Lacouture     
Blum après l’attentat de l’extrême droite dont il fut victime
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Mais il pense qu’il sera finalement sacrifié, il sombre dans une grave dépression, sauvé par une femme Jeanne Reichenbach qui parviendra à le rejoindre dans sa prison et fera tout pour lui remonter le moral.
Grâce aux recherches de Dominique Missika, cette femme effacée,  amoureuse depuis longtemps de Léon Blum, qui en fait un portrait magnifique, est mieux connue et son action, aux côtés de Léon Blum, fort bien mise en lumière.

    Ilan Greilsammer, Léon Blum Lettres de Büchenwald
Les 58 lettres qu’il écrivit à son fils Robert, lui-même prisonnier à Lübeck, d’avril 1943 à avril 1945

Léon Blum et sa femme sont libérés en avril 1945, se retrouvent dans un hôtel de Niederdorf dans le Tyrol. Rentré en France, il refuse un siège de ministre que de Gaulle lui propose et reprend l’écriture d’articles dans le Populaire, le quotidien de la SFIO.  
Son action politique n’en continue pas moins puisqu’il sera président de la conférence constitutive de l'UNESCO, signera les accords Blum-Byrnes en mai 1946 prévoyant l’annulation des dettes de guerre de la France.

Il présidera également le Gouvernement provisoire de la République de décembre 1946 à janvier 1947, qui participe à la mise sur pieds des institutions de la IVe république et finalise les négociations qui aboutissent au traité d'alliance franco-britannique de mars 1947.

         
                                        Léon Blum avec Jeanne, sa dernière épouse


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03 juin 2019

William Boyd, L’amour est aveugle

"L’amour est aveugle" : Entre musique et amour : une symphonie romanesque.

 Référence : William Boyd, L’amour est aveugle, Le ravissement de Brodie Moncur, éditions Le Seuil, collection Cadre vert, traduction de Isabelle Perrin, 482 pages, mai 2019

         

Difficile de caractériser William Boyd, tout à tour professeur à Oxford, critique, scénariste et
réalisateur de cinéma. Un homme protéiforme qui n’en reste pas moins d’abord un écrivain.

Pour ce livre dont on a pu dire qu’il est une variation entre amour et musique, William Boyd se réfère volontiers à Anton Tchékhov (1860- 1904) disant dans une interview : « J’ai imaginé un roman que Tchekhov aurait pu écrire ». Il y a ajouté une autre référence tirée d’un texte de Robert Louis Stevenson (1850- 1894) : « Tomber amoureux est l’aventure illogique par excellence… »

                         

Au village de Liethen Manor, le jeune Brodie Moncur est le seul enfant au teint mat, aux yeux marron et aux cheveux noirs d’une fratrie de six filles et trois garçons. Son père, pasteur, alcoolique et violent ne l’aime pas et sa mère, fatiguée par de nombreuses grossesses, est morte en couches alors qu’il n’avait que quatorze ans. C’est auprès de Lady  Dalcastle, une veuve amie de sa mère que Brodie découvre le goût d’apprendre. Elle se débrouille pour lui obtenir un poste d’apprenti-accordeur chez son cousin Ainsley Channon, fabricant de pianos à Edimbourg.

En 1894, Brodie Moncur, devient un accordeur super doué à l'oreille absolue.. Il se voit ensuite offrir un poste de responsable de la filiale parisienne et parvient à redresser les comptes de la fabrique de pianos qui périclitait depuis la direction du fils Calder Channon. Cette promotion est aussi pour lui une double aubaine lui permettant de quitter une vie assez ennuyeuse et la férule de son pasteur de père.  Il a eu quelques idées heureuses comme cette intuition de payer des concertistes célèbres pour jouer sur un de ses instruments.

Une rencontre va changer sa vie : John Kilbarron qu’on surnomme le « Liszt irlandais », et sa maîtresse, la soprano russe Lika Blum, belle et douée, dont il tombe très vite amoureux.

                   
                                                            Prélude au piano

William Boyd fait de John Kilbarron la figure mythique de l’interprète virtuose,  « Une tornade … On pouvait être un excellent et talentueux pianiste, comme Dimitri, mais des artistes comme Kilbarron atteignaient un niveau inaccessible, presque surhumain. » (page 106) Lui-même ne clame-t-il pas : « Il y a trois choses indispensables pour devenir un pianiste de ma stature, annonça Kilbarron sans trace d’arrogance … Sensibilité, virtuosité, vélocité. » (page 125) Mais c’est aussi un homme à la jalousie maladive, qui a tendance à abuser de l’alcool, aidé par la surveillance ombrageuse de son frère.

     
                                     Boyd avec sa femme Grace Bradley

Devenu indispensable au pianiste, il le suit à Saint-Pétersbourg où sa liaison clandestine avec Lika est dénoncée par Malachi, le frère de Kilbarron. C’est pour lui une catastrophe et dès lors, tout va se déliter, il est atteint d’une grave tuberculose, un duel perdu qui se solde par une fuite éperdue, et une rupture insupportable…
il va errer dans des villes européennes comme Nice, Genève, Trieste ou Vienne - avant de choisir l’exil lointain à Port-Blair dans les îles Andaman, au large des côtes indiennes, où il devient assistant d’une ethnologue et où il rejoindra son destin car, comme l’écrit William Boyd,  « nous sommes faits pour les complications, nous autres êtres humains. »

Un livre exubérant mêlant musique et passion dans une ambiance de fin de siècle qui annonce les transformations socio économiques du XXe siècle.

                 

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02 juin 2019

Paulo Coelho, Hippie

Référence : Paulo Coelho, Hippie, éditions Flammarion, traduction Élodie Dupau, Cécile Lombard, 320 pages, juin 2018

« Qui veut apprendre à se connaître commence par explorer le monde. »

       

Dans ce roman autobiographique, Paulo Coelho nous plonge dans l’utopie salvatrice et pacifiste de la génération hippie du début des années 1970, ce mouvement auquel il a participé et qui l’a beaucoup marqué.
Paulo est alors un jeune homme aux cheveux longs qui rêve de devenir écrivain. Sans doute que son rêve va rejoindre celui de sa génération qui refuse de plus en plus le monde étouffant né de la Seconde guerre mondiale.

Ne supportant plus la dictature militaire brésilienne de l’époque [1]  , il s’en va parcourir le monde à la recherche de liberté et de spiritualité, thème qui dominera ensuite son œuvre. À l'âge de 23 ans, il se laisse aller à sa curiosité naturelle, voyageant à travers l’Amérique latine, le Mexique, le Pérou, la Bolivie et le Chili, puis en Europe et en Afrique du Nord.

                  
Agenda 2017-2019 : Chemins, Liberté et Amitié

« J'écris pour transformer la tristesse en nostalgie, la solitude en souvenirs. »

C’est en Europe où il rencontre Karla, une jeune hollandaise à Amsterdam, qu’il poursuit sa quête de vérités intérieures qui lui permettra de poser un regard différent sur le monde, recherche spirituelle qu’on retrouve dans son roman Sur le bord de la rivière Piedra, je me suis assise et j'ai pleuré où une jeune fille nommée Pilar décide de donner un sens à sa vie.
Puis avec Karla, il part à bord du fameux "Magic Bus" pour le Népal, la destination phare pour les hippies du monde entier.

      

Paulo Coelho a été un enfant introverti et rebelle mais il a toujours porté sur les autres et le monde un regard indulgent. En témoigne cet épisode de son adolescence [2] où son père, ne sachant plus quoi faire de ce fils rebelle, décide de le faire interner dans un hôpital psychiatrique. Il ne lui en voudra nullement, disant « ils n'ont pas fait ça pour me faire souffrir... mais ils ne savaient pas quoi faire. Ils n'ont pas fait ça pour me détruire, ils ont fait ça pour me sauver. »  Bien plus tard, il puisera dans cette expérience les éléments de son roman Veronika décide de mourir.

                

Revenu chez lui au Brésil, il deviendra interprète mais sera repris par le virus de l’écriture, comme il le dit dans cet interview : « J'étais très heureux dans ce que je faisais. Je faisais quelque chose qui me donnait nourriture et eau. Je travaillais, j'avais une personne que j'aimais à mes côtés, j'avais de l'argent. Mais je ne vivais pas mon rêve. Mon rêve était, et l'est toujours, de devenir écrivain. »

Notes et références
[1]
 Il sera un temps emprisonné en 1974 sous le prétexte d'avoir commis des "gestes subversifs" contre la dictature brésilienne.
[2]
Il avait alors dix-sept ans et il s’en échappera à trois reprises avant d’être relâché à l'âge de 20 ans.

Voir aussi
* Paulo Coelho, Un conte --

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31 mai 2019

Trinh Xuan Thuan, Vertiges du cosmos

Référence : Trinh Xuan Thuan, Vertiges du cosmos, collection sciences, éditions Flammarion, 464 pages, mai 2019

           
« La science ne donne pas de morale. Elle est comme la force d'un bras qui peut tuer ou sauver.»

Ainsi, depuis toujours, dans le regard que porte l’homme sur le cosmos, se profile ce vertige indicible pris entre sidération et enthousiasme, dans une contemplation au-delà du temps. Un temps suspendu dans l’espace infini de l’univers.

Trinh Xuan Thuan n’a cessé d’observer les cieux, y décelant la régularité de certains cycles – phases de la Lune, saisons, solstices, éclipses en particulier –, il a forgé sa propre conception dynamique du cosmos, à partir des deux notions essentielles permettant de décrypter  la réalité : l’espace et le temps. Une présentation entre l’archéoastronomie et l’astrophysique contemporaine.
Friand de symboles, il disait par exemple : « Les Egyptiens voyaient dans le ciel le corps d'une belle femme. »

            
1- I Zwicky 18 vue par le télescope spatial Hubble
2- L’image du trou noir au centre la galaxie Messier 87, observations de l’EHT (Event Horizon Telescope)

Dans ce texte bien illustré, il décrit les prouesses astronomiques de nos ancêtres comme Stonehenge en Angleterre, Carnac en France, les mystérieuses lignes ( ou géoglyphes) de Nazca au Pérou ou Gizeh en Égypte, remontant aux calendriers cosmiques aux Amérindiens et aux mystérieux alignements de Chichén Itzá au Mexique. Toujours soucieux de didactique, il montre l’intervention de la science moderne, de l’observation de Newton ou de Hubble [1], de la Renaissance avec Copernic et Galilée jusqu’aux éclairs si symptomatiques d’Einstein dans sa description de l’espace-temps.


Trinh Xuan Thuan à la Grande librairie

« La Nature n'est pas muette. Tel un orchestre lointain, elle nous fait constamment parvenir des fragments de musique et de notes éparses. »
La mélodie secrète

Il présente aussi sans artifices les difficultés actuelles des scientifiques et les questions fondamentales qu’ils se posent : l’univers est-il fini ou infini ? Existe-t-il un instant zéro ? Pourquoi le cosmos est-il si ordonné ?

Il nous entraîne dans son histoire céleste, en quête de pistes d’explication dans un domaine qui nous dépassent largement, une histoire qui nous touche d’autant plus qu’elle xx au plus profond de l’humain et de ses relations avec le cosmos et les forces de l’univers.

                                
La mélodie secrète         Le monde s’est-il créé tout seul ?      Le chaos et l’harmonie

Notes et références
[1]
En 2004, il co découvre à l'aide du télescope spatial Hubble la plus jeune galaxie connue à ce jour I Zwicky 18.

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Michel Peyramaure, Les salamandres

Référence : Michel Peyramaure, Les salamandres, Robert Laffont, 342 pages, juin 2018

             

Michel Peyramaure nous entraîne dans le règne mouvementé du Roi-Chevalier,  son panache qui cachait parfois  des lacunes sur le plan politique, sa lutte sans merci avec Charles Quint et ses relations du genre du chat et de la souris avec l’anglais Henri VIII.
Une relation triangulaire où François 1er avait bien du mal à tirer son épingle du jeu. Il faut dire qu’il régnait à une époque où les Habsbourg étaient le plus puissant empire du monde et où l’Angleterre avait de grandes ambitions.

Mais aussi que de femmes dans la vie et l’entourage de François 1er ! N’a-t-il pas dit qu’une cour sans dame, est « une année sans printemps et un printemps sans roses. » 

D’abord sa mère Louise de Savoie, la tête pensante qui n’a eu de cesse toute sa vie de hisser son fils jusqu’aux marches du trône (bien aidée il est vrai par le destin qui a refusé à Anne de Bretagne d’enfanter un héritier mâle) puis d’être xx bien aidée par sa sœur Marguerite de Navarre.

                                      
Françoise de Foix,                                        Anne de Pisseleu,
comtesse de Chateaubriand                       duchesse d’Étampes

D’autres femmes, les Salamandres, ont aussi joué un rôle dans sa vie, en particulier deux d’entre elles qui se sont livré un duel impitoyable à la cour et dans les superbes résidences des bords de Loire, la comtesse Françoise de Chateaubriand et Anne de Pisseleu, duchesse d’Étampes aussi différentes l’une de l’autre : une brune et piquante, mais qui vieillit ; une blonde, « discrète et diaphane », et d’une ambition immense...

           

Françoise de Foix,  comtesse de Chateaubriand                            

Il fallut tout l’entêtement du roi pour conquérir Françoise… et écarter un mari encombrant. Écoutons Brantôme qui raconte : « ...Le roi engagea son mari à l'y amener. On prétend que le comte différa d'obéir autant qu'il lui fut possible ; qu'il avait fait faire deux bagues parfaitement semblables que, laissant, l'une à la comtesse, il lui avait défendu de quitter sa retraite, si la lettre par laquelle il la mandait n'était point accompagnée de l'autre bague, et que pour plaire au monarque, on eut l'adresse de dérober la bague à l'époux soupçonneux, par le moyen d'un domestique auquel il avait confié son secret que la comtesse arriva à la cour malgré son mari... » à la joie de François 1er et au grand dépit du mari !

Si ses frères qui reçurent de belles charges n’en furent guère dignes, en revanche elle protégea les protégea les savants, les artistes et les écrivains et leur fit obtenir pensions et rentes mensuelles. Mais elle connaîtra la haine de La reine-mère Louise de Savoie qui la chasse de la cour après le désastre de Pavie en 1525 et la captivité du roi. À son retour, François 1er rencontre à Bayonne lors d’un déplacement de la cour une jeune fille de 18 ans, Anne de Pisseleu. Elle le séduit immédiatement et devient vite sa maîtresse. Mais Françoise compte bien réagir, elle s’épanche en ces vers :
Puisque changez le privé pour l’échange
Avecque vous plus ne serai privée,
Car vous m’avez de votre amour privé,
En me laissant, pour tôt aller au change…

           

Anne de Pisseleu, duchesse d’Étampes

Mais le roi fut de plus en plus attaché à la belle Anne et il alla même jusqu’à réclamer à son ancienne maîtresse les bijoux qu’il lui avait offerts (ce qui écorne quand même l’image chevaleresque qu’on a souvent de lui). Françoise eut sa petite vengeance, les faisant fondre avant de les rendre au roi. Elle meurt en  1537 à l’âge de quarante-deux ans et l’on soupçonne le mari jaloux et revanchard de l’avoir fait assassiner. [1]

Anne
aussi va un certain temps résister au avances de François 1er dont la réputation de coureur de jupon est loin d’être usurpée. Et elle va obtenir ce qu’elle voudra du roi, autant pour elle que pour sa famille et le "mari" que lui a désigné le roi.

Restée à la cour, Anne de Pisseleu, comme Françoise de Foix,  protège des artistes comme Marot qui dit d’elle qu’elle est «  la plus savante des belles et la plus belle des savantes », Rabelais, Calvin ou Étienne Dolet. De plus, elle a de bonnes relations avec la sœur du roi Marguerite de Navarre, défendant une politique de tolérance.


Mais elle va être confrontée à la rivalité de la maîtresse du dauphin Henri, Diane de Poitiers. À la mort de François 1er, Anne perdra la plupart de ses avantages et retournera auprès de son mari en Bretagne, qui la tourmentera en lui faisant payer sa liaison royale.  [2]

         

Notes et références
[1]  
Voir l’article de CanalBlog Françoise de Foix, comtesse de Châteaubriant --

[2]  Voir l’article de CanalBlog Anne de Pisseleu, duchesse d’Étampes

Voir aussi ma fiche :
* Michel Peyramaure, Les chiens sauvages --*

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30 mai 2019

Le carré magique de Durer

        

                        
        Grossi, ça donne ceci                Mais qu’a-t-il donc de magique ?
         Ce chiffre est la somme des différents champs du carré

       

               

       

             

       

            

             

                                       

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