Frachet

19 juillet 2017

Pierre Péan, Ma petite France

Référence : Pierre Péan, Ma petite France, éditions Albin Michel, 320 pages, avril 2017

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Chronique d’une ville ordinaire sous l’Occupation
"Ma Petite France", l'enquête de Pierre Péan sur sa ville natale de Sablé-sur-Sarthe pendant l'occupation

Dans ce livre, Pierre Péan change de registre. Lui qui nous avait habitué à des livres d’investigation sur des personnages controversés, se penche  maintenant sur son passé. Toujours avec cette vision d’historien qui le caractérise. Il nous livre ses souvenirs de jeune garçon à Sablé-sur-Sarthe sous l’occupation : « J'ai beaucoup de souvenirs à partir de 1944 et surtout de la libération, à la fois, la joie mais aussi l'exécution d'un homme qui est ancré dans ma mémoire. »
La guerre rattrape Sablé- sur-Sarthe en septembre 1939 et c’est à la fin de la guerre qu’a eu lieu l’événement dont il fait allusion : l’exécution par le chef des FFI d’un surnommé « Papillon », présumé collabo. La guerre a aussi rattrapé le jeune garçon qui va vivre la dureté des privations et des rapports humains.

         

C’est une période compliquée où il n’est pas toujours facile de s’y retrouver. De la mobilisation à l'exode, de l'occupation à la libération, c’est une page d’histoire douloureuse qu’il raconte à travers la vie d’une petite bourgade. Dans cette atmosphère, certains s'enrichissent au marché noir, beaucoup s’accommodent de l’Occupation et du fait de côtoyer les Allemands. Quant à la résistance, elle  s'organise timidement et  compte peu jusqu’en 1944.

Puis viendra le temps de la Libération et de l’Épuration, avec ses scènes d’arrestations et de règlements de comptes où l’on retrouve parfois le même commissaire de police qui officiait sous Vichy.

Pour faire revivre cette époque troublée, en reconstruisant l’histoire de sa ville à l’aune de sa propre vision, Pierre Péan présente "sa petite France" à travers de nombreux récits des derniers témoins et à travers des données issues des archives disponibles (archives privées, départementales, nationales, britanniques) ou provenant du Service historique de la Défense.

 Sablé-sur-Sarthe en 1944

Dans ce livre, l'écrivain Pierre Péan partage ses souvenirs de jeune garçon à Sablé-sur-Sarthe sous l’occupation : « J'ai beaucoup de souvenirs à partir de 1944 et surtout de la libération, à la fois, la joie mais aussi l'exécution d'un homme qui est ancré dans ma mémoire. »
Pour Pierre Péan, il n'y a pas de schémas simples pour analyser cette période. Entre 1939 et 1944, c'est une France en réduction qu'il nous raconte, de la mobilisation à l'exode, de l'Occupation à la Libération : certains s'enrichissent au marché noir, des prostituées du bordel local s'accommodent de leurs nouveaux clients allemands, la résistance s'organise timidement.

En septembre 1939, la guerre vient bouleverser la vie des habitants de Sablé- sur-Sarthe.
Cinq ans plus tard, deux balles sont tirées dans la nuque de « Papillon », un présumé collabo, par le chef FFI de cette petite ville de six mille habitants.

       

Entre ces deux dates, c’est une France en réduction, vue du salon de coiffure familial, que nous raconte Pierre Péan, de la mobilisation à l’exode, de l’Occupation à la Libération : commerçants qui s’enrichissent au marché noir, prostituées du bordel local qui ne regimbent pas devant les nouveaux clients allemands, la Résistance qui s’organise timidement. 
Ceux-là et d’autres traversent ce récit jusqu’à l’épuration, qui verra arrestations et règlements de compte, sous la direction du même commissaire de police qui obéissait aux ordres de Vichy.

Pierre Péan fait revivre sa « petite France » grâce aux nombreux récits des derniers témoins et informations tirées des archives privées, départementales, nationales, ainsi que du Service historique de la Défense et des archives britanniques.
En reconstruisant l’histoire de sa ville avec un fil rouge personnel, l’auteur nous livre une fresque inattendue de ces années tumultueuses, dont l’héritage se fait toujours sentir.

<<<<  Christian Broussas –Péan Pte France - 19/07/2017 < • © cjb © • >>>>

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30 juin 2017

Auguste Rodin, le centenaire

« Une exposition qui ne laisse pas de marbre. » Télérama

Pour célébrer dignement le centenaire de la mort d’Auguste Rodin, dont l'œuvre continue d'inspirer les artistes actuels, une belle exposition au Grand Palais s’imposait.

              
L’exposition                                                                        Le film

Grandiose exposition qui compte pas moins de trois cents bronzes, plâtres et dessins de l'artiste. Beaucoup proviennent du musée Rodin installé à l’hôtel Biron, rejoignant d’un bon entre le pont Alexandre III et le Grand Palais.
son originalité tient aussi au fait de la mise en exergue des liens entre Rodin et les générations suivantes, dont certaines œuvres sont aussi exposées à côté de celles de Rodin.

Figure tutélaire de la République

« Je souhaite à Picasso de nous dire autant de choses et aussi clairement que Rodin », a déclaré Giacometti.

On a dit que Rodin était, avec Émile Zola et Claude Monet, les "figures tutélaires" de la République française, s’opposant à l’époque aux monarchies européennes. Rodin participe à l’exposition pour du centenaire de la Révolution en 1889 avec Claude Monet puis à l’exposition universelle de 1900.

Il est reconnu assez tôt, obtenant sa première commande publique dès 1877, participant ensuite  à la politique de l’État pour rappeler aux citoyens leur glorieux passé. Comme à l’époque de la Renaissance, il dirige un atelier qui est une véritable petite entreprise, laissant ses fondeurs, metteurs au point et praticiens le soin de finaliser les œuvres en bronze ou en marbre jusqu’à leur rendu définitif.
Si un nombre important de ses créations sont restées à l'état de plâtres, comme par exemple le buste du peintre Puvis de Chavannes, ils nous instruisent sur l’évolution du maître et le regard qu’il portait sur son œuvre.

      
Masque de Camille Claudel et main gauche de pierre de Wissant
La cathédrale 1908 -- Torse d’Adèle, plâtre, 1882

L’influence de Rodin

Pour Rodin,« le corps est comme un moulage des passions ».

Rodin avait d’abord à l’esprit de privilégier l'expression des sujets par rapport au travail sur la forme, le travail sur la matière devant permettre d’exprimer l’expressivité des sujets. Il met l’accent sur ce qui lui semble essentiel comme son Homme qui marche qui n'a qu'un torse et des jambes (voir la photo) car il veut uniquement représenter la marche. De même avait-il renoncé à dégrossir le marbre en arrière-plan d'un visage pour mettre en lumière l’expressivité de ce visage. « Le corps, dit-il, est un moulage où s'impriment les passions ».

On peut aussi constater une parenté entre L'Homme qui marche de Rodin et certains des personnages filiformes de Giacometti. Même Pablo Picasso et Henri Matisse se sont essayés à la sculpture façon Rodin comme on peut le voir avec leurs "assemblages hétéroclites".

      
  L’homme qui marche : Rodin & Giacometti             Deux vision du "Penseur"

Nombre de sculpteurs de la génération suivante ont subi son influence, passant même par son atelier comme Antoine Bourdelle, François Pompon et Aristide Maillol, mais aussi Camille Claudel, celle qui fut son grand amour. Constantin Brancusi fuira cette tutelle pesante mais n'en conservera pas moins une grande attirance pour l'art de Rodin comme le montre au Grand Palais son Sommeil avec la tête inclinée, le contraste entre les nuances délicates du visage et le bloc à peine dégrossi.

    
        Ève tête et épaules baissées                              Le sommeil par Brancusi et Rodin

Son influence diminue pendant l’entre-deux-guerres, beaucoup d’artistes délaissant l'art figuratif au profit de l'abstraction. Elle revint à l’ordre du jour après la seconde guerre mondiale et il va de nouveau inspirer nombre de sculpteurs.

L’exposition du Grand Palais met bien en exergue cette filiation entre le maître "barbu et bougon" du début du siècle et des artistes de la fin du XXème siècle comme Ossip Zadkine (1890-1967), Germaine Richier (1902-1959), Markus Lüpertz (né en 1941) ou encore Georg Baselitz (né en 1938), où la Chose populaire de2009 renvoie au Penseur de1904 dans une forme qui rappelle la bande dessinée.

       
 Les bourgeois de Calais (épreuve moderne)  Trois ombres, plâtre, 1885/89

Voir aussi
* Mon article Rodin La porte de l'Enfer --
* L'ensemble de mes fiches sur Les Arts plastiques --
* Vidéo Présentation Rodin --

<<<<  Christian Broussas –Rodin Centenaire - 30/06/2017 < • © cjb © • >>>>

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28 juin 2017

Elena Ferrante L’amie prodigieuse

« Tout enferme les femmes, dit Elena Ferrante. Même l’éducation. Même la réussite sociale. Même les femmes. »

La « fièvre Ferrante » écrit Le Figaro à propos de ce cycle romanesque, une tétralogie qui obtient un succès mondial. Cinq millions d'exemplaires vendus dont quelque 400.000 en France… les Américains en raffolent, organisant même des soirées thématiques dédiées à Lila Cerullo et Elena Greco, ses deux héroïnes.

            

Cette saga italienne qui a Naples pour toile de fond s’étend sur 4 volumes [1] dont la présentation concerne surtout le premier qui porte le nom de la saga, L’amie prodigieuse et en propose une vision d’ensemble.

Elena, la moins douée, l'effacée, a fait de brillantes études littéraires à Pise, loin de Naples et de sa jeunesse. C’est une intellectuelle qui a publié un premier roman autobiographique et fréquente l'élite intellectuelle des années 70. Par contre, Lila est restée au pays, a quitté l’école, s'est mariée, travaillant dans l’échoppe de cordonnier de son père puis comme ouvrière dans une usine de salaison, harcelée par son patron. En amour, ce n’est guère brillant : Lila méprise un mari lié à la mafia des frères Solara tandis qu’Elena (la narratrice) est tombée amoureuse du beau Nino Sarratore, un ami d’enfance. L’exploration des années 70 sera l’occasion pour l’auteure de relier la relation intime entre les deux héroïnes à la réalité socio-politique d’une période de bouleversements pour l’Italie.
 
À quoi donc tient ce succès mondial si tant est qu’on puisse cerner les raisons d’un engouement aussi prodigieux ?

   
La ville de Naples en 1944 et en 1960

Est-ce le « mystère Ferrante  », cette femme qui se cache derrière les mots, un arlésienne dont on ne sait pas grand-chose, qui veut rester dans l’ombre du rayonnement de ses livres ?  Des pistes ont été explorées bien sûr mais rien de certain. Même si l’on pense maintenant qu’il s’agirait plutôt d’une dénommée Anita Raja, traductrice romaine dans la maison d'édition E/O. En tout cas, elle s'en est expliquée mors d'une interview en 2015 à la revue américaine Paris Review, exprimant sa méfiance envers les médias qui s’intéressent « aux livres en fonction de la réputation et de l’aura de leur auteur. » Pour elle, le vide produit par son absence est comblé par l’écriture elle-même. Assurément le mystère excite la curiosité mais n’explique en rien ce phénomène mondial d’édition.

L’aspect sociologique aussi peut être une piste. Derrière "celle qui reste" et "celle qui fuit", derrière cette dualité de celle qui part et réussit et de celle qui reste et végète, se profile une réalité intime plus grise, Elena Greco En particulier qui se sent déplacée dans un monde où l’ont conduit ses études et son mariage, loin de ses proches et de son enfance.

  
Versions audio

Dans les rapports sociaux, ceux de ces deux femmes en particulier, certains y ont discerné une référence à l’idée du sociologue Pierre Bourdieu, ce qu’il nomme la violence symbolique, qui amène à considérer comme normales, comme légitimes les productions symboliques de ceux qui disposent du pouvoir. Lila et Elena évoluent dans un monde d’hommes qui imposent leurs conceptions des choses comme naturels, sans alternative : « Je ne suis pas nostalgique de notre enfance : elle était pleine de violence. C’était la vie, un point c’est tout : et nous grandissions avec l'obligation de la rendre difficile aux autres avant que les autres ne nous la rendent difficile. »

     

Cette violence symbolique devient pour les deux femmes une violence contenue. Elena Greco a peu à peu réprimé ses instincts, les noyant dans les concepts et la littérature, les contenant dans l’univers lénifiant des habitudes bourgeoises.
Dans la densité des personnages autant que dans la description de l’espace historique où se déroulent les événements, on sent l’influence de l’écrivaine italienne Elsa Morante. On sent aussi dans les personnages une tension, née sans doute d’une violence enfouie au plus profond des êtres, qui peut se libérer  à tout moment sous l’effet d’un changement de situation.

Peut-être aussi ce succès est-il dû au fait que l'auteure renoue avec les grands romans du XIXème siècle, dans la puissance d'un récit qui puise son inspiration dans les événements historiques, avec ce souffle au long cours qui est celui des séries qu'affectionne la télévision, des rebondissements au rythme des épisodes  qui mélangent relations humaines et soubresauts de l'histoire. Une histoire dans l'Histoire façon Les Misérables.

     

Frantumaglia : un livre d'interviews et de correspondances d'Elena Ferrante

Le féminisme a été pour elle très important, lui apprenant à "plonger en elle-même". C'est dans l'affrontement entre femmes - parfois très dur - qu'elle a appris à "écrire vrai".

« Je n'écris pas pour illustrer une idéologie », précise-Ferrante frantumagliat-elle qui  est une lectrice passionnée de la pensée féministe sans être une militante. La génération suivante (ses filles y compris) estime que cette liberté est "naturelle" et non pas venue d'une longue lutte. « Dans mon entourage, écrit-elle, j'ai des connaissances érudites qui tendent à ignorer le travail intellectuel des femmes ou à s'en moquer. » Heureusement, se réjouit-elle, que certains sont curieux et cherchent à comprendre.

Elle n'a pas non plus vraiment de routine d'écriture. Elle aime travailler dans son bureau, avec par exemple une reproduction de Matisse (femme avec enfant, assise à une table, lisant devant une fenêtre ouverte), un caillou en forme de hibou, un couvercle métallique rouge trouvé dans une rue alors qu'elle avait 12 ans.

Une de ses grandes inspiratrices est l'écrivaine Elsa Morante. « J'essaie d'apprendre de ses livres, confie-t-elle, mais je les trouve insurpassables. » Elle confie s'investir corps et âme dans l'écriture. Lorsqu'elle est épuisée, elle vaque aux tâches du quotidien. Pour elle, l'acte d'écrire n'est pas un travail. « Un travail est quelque chose qui impose un horaire avec des heures fixes. Moi, j'écris tout le temps, à n'importe quelle heure du jour et de la nuit. Il doit y avoir urgence, cela dit, sinon j'ai toujours mieux à faire.»

Notes et références

[1] Quatre volumes : L’amie prodigieuse, Le nouveau nom, Celle qui fuit et celle qui reste, L'enfant perdu

<<<<  Christian Broussas –Elena Ferrante - 28/06/2017 < • © cjb © • >>>>

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25 juin 2017

Mario Vargas Llosa Aux Cinq Rues, Lima

Référence : Mario Vargas Llosa, Aux Cinq Rues, Lima (Cinco Esquinas), traduit de l'espagnol par Albert Bensoussan et Daniel Lefort, éditions Gallimard, 298 pages, 2017

  

« Nous serions pires que ce que nous sommes sans les bons livres que nous avons lus ; nous serions plus conformistes, moins inquiets, moins insoumis, et l'esprit critique, moteur du progrès, n'existerait même pas. Tout comme écrire, lire, c'est protester contre les insuffisances de la vie », déclarait Mario Vargas Llosa, recevant à Stock­holm en 2010 son prix Nobel.

Un nouveau roman de Mario Vargas Llosa, prix Nobel de littérature 2010 [1], est toujours un événement. Comme toujours avec lui, une histoire peut en cacher une autre. Déjà, dans Qui a tué Palomino Molero ?, il s'était servi d'une trame policière pour procéder à une critique sociale, pointant les problèmes que rencontraient alors son pays, qui resurgissent dans ce roman.

Dans celui-ci, les histoires d’alcôves, si importantes semble-t-il dans ce Pérou cancanier, les manipulations et la presse à scandales s’estompent derrière la critique acerbe de la société péruvienne… et les coups de griffes contre ce combinard de Fujimori qui a osé le battre aux élections présidentielles de 1990. Vargas Llosa a raconté les péripéties de cette aventure présidentielle dans son autobiographie Un poisson dans l'eau.

          
Avec Carlos Fuentes en avril 1979    Avec son fils Alvaro en 1978

Dans un autre livre de 1969 Conversation dans la cathédrale qu’il considère comme son œuvre la plus achevée, Mario Vargas Llosa peignait l’état du Pérou pendant la dictature militaire du général Odría (1948-1956), le règne de la corruption et de la peur, arme favori du  pouvoir.

« A quel moment le Pérou avait-il été ­foutu ? » s'interrogeait Santiago Zavala, dits Zavalita, le héros du livre. Interrogation toujours d’actualité avec Aux Cinq Rues, Lima sur la présidence d'Alberto Fujimori élu en 1990. Après deux ans, son pouvoir vire à l’autocratie, dirigé par son homme de main, son « âme damnée » diraient certains, présenté dans le roman comme « le Docteur, » un homme tout-puissant où on reconnaît en filigrane Vladimiro Montesinos, un ancien avocat des narcotrafiquants devenu chef des services de renseignement de Fujimori. Plongée dans l’ambiance (lugubre) de Lima : couvre-feu, explosions quasi quotidiennes, enlèvements avec rançons imputés à l'extrême gauche...

    
Avec Gabriel Garcia Marquez en 1972 et dans les années 80

Dans ce climat anxiogène, l'industriel millionnaire Enrique Cárdo, affichant un « petit sourire de rat qui fripait son front sous ses cheveux gominés et plaqués sur son crâne comme un casque de métal » lui rend visite et lui montre de compromettantes photos. Chantage classique et efficace.  Ce n’est qu’un petit maître-chanteur directeur du journal à scandale Strip-tease qui connaîtra comme Cárdenas bien des problèmes, mais l’auteur s’en sert pour dépeindre la manipulation de la presse par le pouvoir politique [2], une certaine forme de voyeurisme comme « le vice le plus universel qui soit [...]. Dans tous les peuples et toutes les cultures. Mais surtout au Pérou. »

« Nous sommes un pays de commères,
ajoute l’un des personnages. Nous voulons connaître les secrets des gens et, de préférence, les secrets d'alcôve. » L’érotisme est aussi un thème important du roman, intrusion dans la sphère intime mais aussi, selon Vargas Llosa, levier , même fragile, d’une résistance à l’oppression politique.

Avec l'art consommé de la composition qu’on lui connaît, l’auteur va réunir tout ce beau monde, Enrique, sa femme Marisa et la maîtresse de celle-ci, les journalistes du journal Strip-tease, le vieux poète Juan Peineta et son chat Serafin, familier du quartier des Cinq Rues.

Sacré morceau de bravoure que ne saurait démentir le savoureux chapitre final.

  Mario Vargas Llosa et son amie Isabel Preysler

Notes et références
[1] Lors de la remise de son prix, l'Académie suédoise saluait « sa cartographie des structures de pouvoir et ses images incisives de la résistance de l'individu, de sa révolte et de son échec.
[2] Sur le journalisme, voilà quelques morceaux choisis de Vargas Llosa :
« Mon grand protagoniste est le journalisme, dans ses 2 expressions : à scandale, et héroïque, qui dénonce. »

« La révolution audiovisuelle a 2 visages : elle rend difficile la censure, mais permet aussi une manipulation de l'opinion. »
«Le journalisme a été détourné de sa fonction principale : il cherche désormais à amuser son lectorat. »

Voir aussi
* Ma fiche intitulée Mario Vargas Llosa, Une jeunesse bolivienne --
* Ma fiche intitulée Mario Vargas Llosa à Lima --
* La tante Julia et le scribouillard, texte très autobiographique sur son premier mariage

<<<<  Christian Broussas –Vargas Llosa 3 - 25/06/2017 < • © cjb © • >>>>

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24 juin 2017

Virginie Despentes, Vernon Subutex tome 3

Référence : Virginie Despentes, Vernon Subutex tome 3, éditions Grasset, 400 pages, 2017

    

Voilà, c’est fini ; fin de la trilogie de l’ancien disquaire devenu SDF. Elle qui voulait écrire cette trilogie dans la foulée aura mis deux ans de plus pour achever ce troisième volume.

On est en même temps curieux d’en connaître la chute et sceptique sur l’avenir de Vernon et de sa bande. On sent qu’ils n’ont guère d’avenir, qu’ils ne sont pas vraiment faits pour vivre dans la société qu’on leur propose.

Enfant du rock viré au SDF paumé sillonnant un Paris d’aujourd’hui, Vernon Subutex marche, avec sa bande de copains aussi paumés qui lui, vers un horizon incertain qui se dessine dans une capitale marquée par les attentats. « L’ultime volet de la saisissante trilogie romanesque de Virginie Despentes est le plus noir », ce qui n’est pas peu dire, la description de la société dans les deux tomes précédents n’étant pas des plus réjouissantes.

     Le tome 1

Une chronique d’un présent omniprésent  où Virginie Despentes clame son indignation, son sentiment d’un irrémédiable qui emporte les hommes vers leur destin dans une impitoyable description de cette comédie humaine du XXI ème siècle.

Virginie Despentes nous dépeint une société « creusée d’abîmes toujours plus profonds  entre les classes sociales, les appartenances culturelles ou religieuses » selon les termes de Télérama.  Une société repliée sur elle-même où, comme le dénonce l’un des personnages, « personne ne peut saquer personne. On n’a pas envie de vivre ensemble. Ce n’est pas vrai que les cultures se mélangent. […] Ce que tout le monde cherche, au final, c’est l’entre-soi. N’avoir à se coltiner que des gens qui te ressemblent. Pas d’étrangers. Et le ciment le plus facile à trouver pour souder un groupe restera toujours l’ennemi commun ». "L’autre" en quelque sorte, celui qu’on rejette, trop différent ou pas assez conforme, qui ne renvoie pas la bonne image. Marginal. Amer constat, l’auteure ne s’embarrasse pas de périphrases pour décrire les situations, les personnages pas forcément toujours sympathiques, avec souvent cette petite pointe de compassion pour cette pâte humaine malmenée par la vie.
Parce qu’il faut bien faire avec…

Dopalet père trouve dans ce Max son alter ego dans l’ignominie, la jeune Céleste a bien à faire face aux vieux loups qui voudraient bien lui faire un sort, La forte Aïcha est fortement travaillée par le désir et les désillusions, Olga haranguera la foule dans les longues nuits de contestation parisiennes.

  
Avec Michel Houellebecq                         King Kong théorie au théâtre

Pourtant, cet ultime volet commence plutôt bien. À la fin du tome précédent, Vernon Subutex, ancien disquaire-SDF s’est transformé malgré lui en une espèce de gourou-DJ d’un groupe variant entre marginalité et subversion. Vernon est parti "se mettre au vert" en compagnie de La Hyène, Pamela, Kiko et quelques autres. On s’ouvre aux « gens de l’extérieur », on fait des espèces de "raves" qu’ils nomment « convergences », toujours sous la houlette de Vernon, « Il s’agit de danser jusqu’à l’aube, c’est tout. La chose extraordinaire, c’est ce que les danseurs ressentent – sans drogue, sans préparation, sans trucage […]. Une confusion douce, lumineuse, qui donne envie de prendre son temps et de garder le silence. Les épidermes perdent leurs frontières, chacun devient le corps des autres, c’est une ­intimité étendue. »

          

C’était trop beau pour que ça dure longtemps.
Cette histoire d’un rocker disparu laissant à Vernon des inédits sur une cassette,  que certains voudraient récupérer, les rancœurs et les jalousies qui plombent les relations humaines, et cette société qui finalement voudrait bien les récupérer, les fondre dans la masse indistincte de la pensée dominante.

Tout pour que capote leur rêve d’indiens peinards, planqués dans leur réserve. La désillusion est profonde après la belle expérience exposée dans le tome précédent. Le groupe se disloque, Vernon est parti, chacun est de nouveau seul et plongé dans sa réalité.

Les trois tomes de la saga

Quelques citations du tome 3
* « La tension est montée d'un cran, en une année, Paris s'est endurcie. Vernon perçoit immédiatement cette proximité de l'agression - les gens sont furieux, remontés les uns contre les autres, tout prêts à en découdre. [...] On vit avec l'idée qu'il peut se passer quelque chose de grave. On prend les transports en commun, on se met en terrasse pour fumer une clope, on va voir un concert. On va danser. Et on sait désormais que parfois, on ne reviendra jamais chez soi. »

* « La France est le pays d'Europe qui massacre le plus ses zones périphériques, c'est un vrai cancer, cette merde-là. C'était joli, pourtant, avant, ce pays. Les promoteurs se foutent de savoir si les centres commerciaux fonctionnent ou non, ils valorisent les murs par procédés comptables...c'est absurde. On est gouvernés par des imbéciles. » (page 94)

Voir mes fichiers sur la saga
*
 Vernon Subutex Tome 1 -- Tome 2 -- Tome 3 --

<<<<  Christian Broussas –Despentes 3 - 24/06/2017 < • © cjb © • >>>>

 

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23 juin 2017

Le musée de l’œuvre à Florence

             
Façade d’entrée du musée                                       Vue de la salle principale

Le musée de l'Œuvre (en italien museo dell'Opera del Duomo) appelé aussi musée de l’opéra du Duomo,  rassemble des œuvres de la cathédrale Santa Maria del Fiore et de Baptistère Saint-Jean-Baptiste déplacées au fil des siècles.
Situé à l'arrière du Duomo, il réunit d’importantes œuvres de la statuaire gothique et renaissance ainsi que la plus belle collection qu’on puisse trouver de l'œuvre de Donatello, l’un des plus sculpteur de son temps.

     
Arnolfo di Cambio "Dormitio Virginis"   Arnolfo di Cambio Scènes de l’Annonciation ~1300

             
Le Christ sur son trône  Nicolas Barabino         Sarcophage de Pierre de Farnèse     

On peut y admirer plusieurs collections qui donnent toute sa valeur au musée :
- Les bas-reliefs originaux de Lorenzo Ghiberti de la Porte de Paradis du baptistère ;
- Les sculptures d'Arnolfo Cambio de l'antique façade de la cathédrale comme la statue du pape Boniface VIII ;
-
Les bas-reliefs d'Andrea Pisano provenant du campanile ;

- Les cantoria (balcons d’orgue) du Duomo de Donatello et de Luca della Robbia ;
- L'autel en argent comportant des scènes de la vie de Saint Jean-Baptiste, exécuté par des sculpteurs et orfèvres (dont Verrocchio) entre 1366 et 1480.  

             
Le pape Boniface VIII                                 Les anges musiciens vers 1385

Le musée possède également des collections de vestiges romains et d’art sacré (reliquaires, crucifix...), ainsi que les projets et dessins de la construction du centre historique, deux salles consacrées à l’architecte Filippo Brunelleschi et aux outils de construction de la cathédrale.

          
Un prophète  vers 1340   Prophète imberbe Donatello   Le roi David Andrea Pisano

Parmi les œuvres principales vraiment incontournables, on peut citer :
- La Marie-Madeleine pénitente de Donatello ;
- Saint-Matthieu de Ciuffagni et Saint-Luc de Nanni di Banco ;
- La Pietà aux 4 figures de Michel-Ange ;
- Vierge à l'Enfant de Arnolfo di Cambio et Sainte Réparate d’Andrea Pisano.
- L'autel d'argent du baptistère Saint-Jean (400 kg d’argent  avec émaux et dorures)
- La reproduction de la châsse pour la relique de l'index de Saint Jean-Baptiste, décorée d'or, d'argent et de perles.

             
Initiation à la musique

- Les originaux des statues et des bas-reliefs placés dans les losanges et les hexagones du soubassement du campanile : médaillons hexagonaux du premier registre, représentant par exemple la Chute originelle et la Rédemption par le travail, losanges du second représentant les figures symboliques des astres, des Vertus, des Arts libéraux et des Sacrements, statues des prophètes et des sibylles des niches du second étage.

         
      Platon & Aristote            Euclide & Pythagore
                             Luca della Robia vers 1438       

Le musée comprend trois étages. Au rez-de-chaussée, deux œuvres se dégagent de l’ensemble : la Vierge aux yeux de verre (en réalité en pâte de verre) d’Arnolfo di Cambio et le Saint Jean de Donatello. Au premier étage, la Madeleine en bois de Donatello, montrant un corps décharné assez effrayant et les deux tribunes des chantres de Luca della Robia avec des rondes d’enfants joyeux, et de Donatello, avec des enfants assez turbulents. Au second étage est dédié à la construction de la coupole du Duomo. N’oubliez pas de vous arrêter dans la cour pour admirer la porte restaurée du baptistère dite du paradis.

                   
Vierge aux yeux de verre, di Cambio           Porte du Paradis (panneau)

 

Mes fichiers sur Florence :
* Florence, principaux sites --
* Le musée de l'œuvre de Florence --
* Voyage à Florence, 2017 --

 

<<<  Christian Broussas –Florence 3 - 23 juin 2017 < • © cjb © • >>>

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13 juin 2017

Gabriel Garcia Marquez Vivre pour la raconter

Référence : Gabriel Garcia Marquez Vivre pour la raconter, éditions Grasset, 550 pages, 2003

             
Gabriel García Márquez devant chez lui à Mexico pour ses 87 ans

« La vie n'est pas celle qu'on a vécue, mais celle dont on se souvient et comment on s'en souvient pour la raconter » écrit Gabriel Garcia Marquez en préambule de son autobiographie sur sa jeunesse. Sa vie se mêle à son œuvre, il joue constamment avec les personnages et les récits qui ont jalonné ses romans, avec le monde "magique" d'Aracataca et les difficultés de sa famille, à ses premières confrontations avec la littérature. On le suit dans le dédale de ses nombreuses histoires, ses rencontres, ses nuits mouvementées  qui ponctuent sa vie comme son œuvre. Il y a dans ce foisonnement comme un goût de folie, son pays la Colombie  à la fois attirante et dangereuse, lui-même pris entre les rires, l'alcool et les femmes, une atmosphère qui rappelle les plus belles pages de Cent ans de solitude et de L'amour au temps du choléra.

        

Dès l'âge de 23 ans, Garcia Marquez ne vit que pour ses amis et la littérature, dans le fracas des fêtes et des beuveries, dans le silence des librairies. Des amis très différents formant un groupe disparate, nos désaccords étaient fréquents, mais nous en connaissions toujours les raisons." Ils sont alors considérés comme de jeunes prétentieux anarchistes : Alfonso passait pour un libéral orthodoxe, Germán un libre penseur, Alvaro un anarchiste coléreux et lui Gabriel un communiste dépressif. Mais même totalement fauchés, ils gardaient le sens de l'humour, bien que fort impatients. 

      

L'homme est remarquable avec ses cheveux frisés, sa coupe genre afro, son appétence pour Rabelais, pour le Vallenato (musique traditionnelle colombienne), ses bottes et ses chemises tropicales, sa petite taille et son large sourire, « Gabo » comme on l'avait surnommé, ressemblait à son personnage d'un roman qui allait marquer son époque, Cent ans de solitude. S'il est un thème dominant chez lui, c'est bien la solitude. Il devient le symbole de cette nouvelle génération d'écrivains latino-américains définit par l'oxymore de "réalisme magique", avec son "meilleur ennemi", (comme disait le philosophe Alain Badiou de son collègue Gilles Deleuze) le Péruvien Mario Vargas Llosa, tous deux prix Nobel de littérature. Les gens de son village imaginaire Macondo devinrent célèbres bien au-delà du continent américain. Un nom si connu qu'un maire voulu rebaptiser en Aracataca-Macondo le village natal de Garcia Marques  nommé simplement Aracataca, comme par la grâce de Proust, le village dIlliers finit par devenir Illiers-Combray. Mais les habitants refusèrent.

C'est à Stockholm en 1982, en recevant son prix Nobel, que García Márquez précise sa conception de ses objectifs d'écrivain : «Dans les bonnes consciences de l’Europe, et aussi parfois dans les mauvaises, a fait irruption avec plus de force que jamais l’actualité fantasmatique de l’Amérique latine, cette immense patrie d’hommes hallucinés et de femmes entrées dans l’histoire, dont l’obstination infinie se confond avec la légende. »
Peut-être alors, et à son corps défendant, que sa vie était peu à peu devenue une espèce d'autofiction.

Entrées de Cent ans de solitude, de l’Automne du patriarche (1975) et de Chronique d’une mort annoncée (1981) :

* « Bien des années plus tard, face au peloton d’exécution, le colonel Aureliano Buendía devait se rappeler ce lointain après-midi au cours duquel son père l’emmena faire connaissance avec la glace.»

* « Durant la fin de la semaine les charognards s’abattirent sur les balcons du palais présidentiel, détruisirent à coups de bec le grillage des fenêtres, remuèrent avec leurs ailes le temps stagnant intra-muros, et le lundi au petit jour la ville se réveilla d’une léthargie de plusieurs siècles sous une brise tiède et tendre de grand cadavre et de grandeur pourrie.»

* « Le jour où il allait être abattu, Santiago Nasar s’était levé à cinq heures et demie du matin pour attendre le bateau sur lequel l’évêque arrivait. »

* Voir aussi mes articles :
- sur la bio de Gabriel Garcia Marquez --
- Gabriel Garcia Marquez, Adieu Gabo --

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11 juin 2017

Pablo Neruda, j’avoue que j’ai vécu

Référence : Pablo Neruda, j’avoue que j’ai vécu, éditions Gallimard, 466 pages, 1975, éditions Folio, 1987

     
« Les Mémoires du poète ne sont pas ceux du chroniqueur. »

Ce livre autobiographique n’est pas seulement une tentative mémorielle mais aussi une réflexion sur la poésie. Sur le plan chronologique, Neruda privilégie certaines périodes au détriment d’autres, sans grandes transitions, s’étendant plutôt sur ses rôles d’écrivain et de diplomate, plutôt que sur ses activités politiques.

À travers des événements auxquels il a été mêlé, à travers ses nombreux voyages, les nombreux pays qu’il a traversés, c’est surtout de l’homme-poète dont il est question. Il nous entraîne de son enfance pluvieuse, de son pays de forêts dont il s’éloigna pour  « cheminer et chanter à travers le monde » jusqu’à sa mort marquée par les soubresauts de la contre révolution. Le politique affleure cependant, sans qu’il n’y prenne garde, derrière la figure tutélaire du poète. Il a connu très tôt les matraquages de la police de Santiago, tout en publiant ses premiers poèmes, s’orientant vers la carrière consulaire, entravée par un premier engagement en faveur de l’Espagne, puis relancée grâce à la versatilité de la politique chilienne. Tout en continuant à s’adonner aux aventures des voyages et des amours.

              

« Peut-être n'ai-je pas vécu en mon propre corps : peut-être ai-je vécu la vie des autres. »

En 1949, c’est un voyage à Moscou dans l’enthousiasme puis plus mitigé en Chine où il ne put « avaler pour la deuxième fois cette pilule amère » qu’est à ses yeux le maoïsme. Surtout la mise au placard de son amie la romancière Ting Ling, « chef de file de la littérature chinoise », jouant les serveuses au restaurant d’une fondation. Sur le Chili, il faut arriver vers la fin du livre pour trouver son témoignage.

Neruda trace le portrait d'hommes célèbres qu’il a bien connu, des communistes français comme Louis Aragon ou Paul Éluard, des artistes comme André Breton, García Lorca ou Pablo Picasso, à côté de descriptions, de tous ces anonymes qu’il a rencontrés au hasard de sa vie, l'homme de la rue, un paysan, une femme aimée furtivement… Son récit est émaillé d’anecdotes comme cette prostituée de Singapour qui le suit de consulat en consulat et le veille, un couteau cinghalais à la main, ces veuves françaises isolées dans la forêt australe, qui lui offrent un dîner extraordinaire, ou ce peintre chilien qui voudrait remplacer la politique par la culture des pommes de terre pour que plus personne ne meurt de faim...

                  
Avec sa femme Matilda Urrutia en 1952

« Pain, feu et sang,
C’est le terrestre amour qui nous embrase. »

À vingt-trois ans, il devient consul à Rangoon en Birmanie, puis à Ceylan, Batavia (Djakarta), alors colonie néerlandaise, Singapour et Buenos Aires. À Madrid, il va rencontrer les écrivains Federico Garcia Lorca, Miguel Hernàndez et Rafael Alberti. Pendant la guerre d'Espagne, il apporte son aide aux émigrants espagnols qui s'enfuient vers le Chili. En 1940, il est consul au Mexique et en 1945 il est élu au Parlement chilien. Deux ans plus tard, un changement de la situation politique l’oblige, comme communiste, à entrer dans la clandestinité puis à fuir son pays. Il part ainsi pour plusieurs années d'exil et de voyages, en particulier plusieurs fois en Union soviétique. Sur le plan littéraire, il traduit Shakespeare, reçoit par exemple en 1965, le titre de docteur honoris causa Philosophie et Lettres de l'Université d'Oxford et le prix Nobel de littérature en 1971 pendant qu’il était ambassadeur du Chili à Paris.

« Ma vie est une vie faite de toutes les vies : les vies du poète. »

« Quand tu seras muette,                 Quand tu deviendras vieille
Quand je serai aveugle,                    Et quand je deviendrai vieux,
Il nous restera les mains.                 Il nous restera les lèvres
                                                               Et le silence. »

Son itinéraire politique est ainsi des plus tortueux, tantôt représentant officiel à l’étranger et sénateur, tantôt exilé, traqué, fugitif, obligé de traverser une fois les Andes glacées. Lui aussi sera victime de persécutions policières. La lutte politique le conduira en 1969 à être présenté par le Parti communiste comme candidat à la présidence de la République. Il se désistera finalement pour Salvador Allende

La fin est assez poignante, retraçant les événements qui ont conduit à la dictature militaire et à la mort du président Allende. « Mon peuple, écrit-il,  a été le peuple le plus trahi de notre temps. (...) Le Chili a une longue histoire qui compte peu de révolutions et beaucoup de gouvernements stables, conservateurs et médiocres. (…) L’œuvre réalisée par Allende est la plus importante de l’histoire du Chili. » [1]
Il gardera l’image de cette femme, la veuve du président assassiné, seule autorisée à suivre le convoi mortuaire, « ... le cadavre qui partit vers sa tombe, accompagné par une femme seule, et qui portait toute la douleur du monde ». [2]

Sa mort aussi est un mystère qui navigue entre deux versions contradictoires, entre l’assassinat et une mort naturelle.

    

Notes et références
[1] « Mon peuple a été le peuple le plus trahi de notre temps. Du fond des déserts du salpêtre, des mines du charbon creusées sous la mer, des hauteurs terribles où gît le cuivre qu’extraient en un labeur inhumain les mains de mon peuple, avait surgi un mouvement libérateur, grandiose et noble. Ce mouvement avait porté à la présidence du Chili un homme appelé Salvador Allende, pour qu’il réalise des réformes, prennent des mesures de justice urgentes et arrache nos richesses nationales des griffes étrangères.

[2]
… J’écris ces lignes hâtives pour mes Mémoires trois jours seulement après les faits inqualifiables qui ont emporté mon grand compagnon, le président Allende. On a fait le silence autour de son assassinat; on l’a inhumé en cachette et seule sa veuve a été autorisée à accompagner son cadavre immortel. La version des agresseurs est qu’ils l’ont découvert inanimé, avec des traces visibles de suicide. La version publiée à l’étranger est différente. Aussitôt après l’attaque aérienne, les tanks — beaucoup de tanks — sont entrés en action, pour combattre un seul homme : le président de la République du Chili, Salvador Allende, qui les attendait dans son bureau, sans autre compagnie que son cœur généreux, entouré de fumée et de flammes. »

* Voir aussi ma fiche Pablo Néruda, jeunesse et diplomatie --


Néruda sur son lit d'hôpital en 1973

<<<  Christian Broussas –Néruda Bio - 11 juin 2017 < • © cjb © • >>>

 

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03 juin 2017

Voyage à Florence, 2017

Florence, le joyau de la Renaissance italienne
La cathédrale (le Duomo), sa coupole et son campanile, le baptistère, le musée de l'oeuvre (museo dell'opera duomo), du Duomo au Ponte vecchio, la Galerie des Offices (palais degli Uffizzi).

1) Visiter la cathédrale Santa Maria del Fiore (le Duomo)
Grosse journée en perspective : Le Duomo avec le dôme de Brunelleschi, son campanile, le baptistère…

   
La cathédrale et son campanile                     Façade sud

Premier chemin de croix pour monter au ciel : les 463 marches pour accéder au dôme,
second chemin de croix toujours pour monter au ciel : les 414 marches pour accéder au sommet du campanile de
Giotto. Si j’en crois le guide.
Mais ça vaut vraiment le coup.


Et attention, pas question de lambiner : après il y a le baptistère (juste en face) et à côté le musée de l’opéra du duomo (museo dell’opera duomo)… mais sans marches… ou presque. Ouf !

          
         L'intérieur de la cathédrale : vaisseau et nef

La cathédrale se présente sous forme d’une énorme bâtisse avec son dôme le plus vaste au monde, la quatrième du monde chrétien en superficie paraît-il, dont les marbres multicolores de blanc veiné, de saumon et de vert forment un saisissant contraste avec leurs motifs géométriques qui étincellent au soleil. Pour la petite histoire, sa construction a débuté en 1296 pour symboliser la grandeur de
Florence, capitale culturelle et économique prospère basée au départ sur le commerce de la laine et de la soie.

       
Duomo, façade nord          Détail vu du campanile             Détail de la façade nord

2- La coupole et la fresque de Giorgio Vasari

Au bout des 463 marches, on peut enfin admirer la gigantesque fresque de Vasari, spécialiste de ce genre de technique: 4000 mètres carrés, multitude de personnages très grands (jusqu’à 6 mètres de haut), des jeux d’ombre et de lumière symbolisant l'Enfer et le Paradis par les bruns et les ors. L’œil ne peut embrasser la totalité de l’œuvre, alors commençons par le bas. C’est l’Enfer, l’épouvante : des diables qui flagellent, des bêtes sauvages, des monstres maritimes, des tas de corps nus, Lucifer lui-même.

À l’opposé de Lucifer, on peut voir le Christ au Paradis, nimbé de lumière, entouré d’angelots, de martyrs et de saints. Le Bien placé du côté du chœur de l’église, le Mal du côté de la nef, du côté des fidèles avides de se faire pardonner leurs fautes.
Des vitraux d’artistes comme Donatello ou Uccello complètent l’ensemble.

       

3) Le campanile de la cathédrale : œuvre de Giotto –

Un grand voyageur Andre Suares déclarait à  ce propos : « Le Campanile de Giotto est la fantaisie de Florence, le caprice d'une ville… où la poésie va le céder à la rigueur des lignes. Il échappe à l'art de bâtir. Il a le charme de l'illusion et de l'imaginaire... ».

      
      Vue générale                                 Vues du sommet du Duomo

Dans le même style que la cathédrale, l’extérieur représente des saynètes de Andrea Pisano et Luca della Robbia.
D’une hauteur de plus de 84 mètres, il se divise en plusieurs parties : un soubassement orné de médaillons hexagonaux représentant la Chute originelle et la Rédemption par le travail, De losanges illustrant les symboles des planètes, des vertus, des arts libéraux et des sacrements, un second étage avec niches et statues de prophètes et de sibylles, les trois derniers étages à ouvertures géminées, et la terrasse sommitale avec son étroit escalier de 414 marches terminé par un encorbellement.

 
                     
Campanile, détail de la façade              Salle de l'oeuvre, façade principale

Tous les niveaux sont recouverts de marbres polychromes comme la cathédrale et le baptistère Saint-Jean, marbre blanc de Carrare, vert de Préto, rose de Maremme et rouge de Sienne.

4) Le baptistère de la cathédrale – 11ème-12ème siècle

« Mon beau saint Jean » écrivit Dante à propos du baptistère dédié à Jean Baptiste, d’une  architecture extérieure calquée sur le Saint Sépulcre de Jérusalem. Ses grandes dimensions s’expliquent par le fait qu’il servait à cette époque,  à administrer le baptême deux fois par an à toute la population florentine, accueillant aussi certaines cérémonies civiles (fête de la Saint-Jean, investiture des magistrats par exemple) et militaires.

 À l’extérieur, le revêtement en marbre reflète fort bien sa structure générale, avec ses incrustations du marbre blanc de Carrare allié au marbre vert de Prato aux figures géométriques, symboles de rationalité.
Les fameuses Portes du paradis en bronze de Lorenzo Ghiberti, après les terribles inondations de 1966, ont été transférées au musée du Duomo.

       
       Le baptistère…                Panneau des portes du paradis                         … Vue extérieure

5) Musée de l’œuvre de la cathédrale (museo della’opera duomo)

Situé derrière la Cathédrale, il abrite beaucoup d’œuvres transférés de la cathédrale ou du Baptistère, surtout pour des raisons de conservation.

                  
Pieta de Michel-Ange    Maquettes du dôme de Brunelleschi et de la lanterne de la coupole

La Salle de l'ancienne façade
Cette première salle reconstitue l’espace d’origine entre la cathédrale et le baptistère, avec l'ancienne façade de la cathédrale d’Arnolfo di Cambio… ensemble jamais terminé, avec statues d’origine, mosaïques, et les fameuses portes en bronze doré du baptistère dont la porte du Paradis.

    
Vue de la salle centrale                       Les anges musiciens, Jean de Sienne et Jean Tedesco

Les salles de la Madeleine et de la Pietà
Elles contiennent deux statues exceptionnelles.
La Madeleine en bois de Donatello, une femme aux cheveux rouges, maigre, la face ravagée par la fatigue et la tristesse. La Pietà de Michel-Ange, qu’il destinait à son propre tombeau. 

      
"Spiritelli" de Donatello (copie)               "Altare" en argent, statuettes et vie de St Jean Baptiste

Les salles des Tribunes de Chantres et de la construction de la Coupole
Au premier étage, on trouve les deux tribunes de chantres originales, à gauche celle de Luca della Robbia, plus classique, à droite celle de Donatello, plus lumineuse. Autre centre d’intérêt : l'historique de la construction de la coupole du Duomo de Filippo Brunelleschi, qui dura de 1420 à 1436.

  
Tribune de Donatello détail                 La  Vierge à l'enfant aux yeux de verre

6) Balade du Duomo au Ponte Vecchio

Une balade dans le cœur de Florence entre le Duomo et l’Arno pour admirer la belle architecture florentine à travers ses monuments les plus emblématiques comme  de moins renommés.

     
Place de la seigneurie avec la copie du David            Galerie des Offices et Palazzo Vecchio

Prenons ce qu’on peut considérer comme l’axe central la rue de Rome (via Roma) en passant par la place de la Seigneurie (piazza della signoria) qui dessert la Galerie des Offices, le Palazzo vecchio surmonté de son curieux clocher-campanile, la Loggia dei Lanzi, galerie ouverte à trois travées avec Persée tenant la tête de Méduse de Cellini et L’Enlèvement des Sabines de Giambologna, la statue de Côme 1er de Médicis, la fontaine de Neptune (invisible alors pour cause de réfection), en passant aussi par les imposants monuments de la place de la république (piazza della repubblica).

   
Le palais du bargello                                  Le palazzo Vecchio

À partir du Duomo, par la rue du proconsul (via del proconsulo), on peut rejoindre le Palais du Bargello, belle bâtisse du XIIIème siècle, en face de l’église Santa Maria Assuntanella (Sainte-Marie de l’Assomption) qui abrite actuellement un musée qui possède une salle Michel-Ange et des œuvres de Donatello.

         
La piazza della repubblica                
Statue de Côme 1er de Médicis

Cette balade mène enfin jusqu’aux bords de l’Arno qu’on franchit par le fameux Ponte vecchio et ses boutiques de bijoux et de joaillerie. Au-delà, on peut aussi pousser jusqu’à l’imposant Palais Pitti et juste au-dessus au jardin de Boboli qu’avait beaucoup aimé Stendhal lors de son court séjour à Florence.

            
Benvenuto Cellini                 Le Ponte Vecchio vu des quais

 
Vues sur la façade du Palais Pitti

7) Visiter la Galerie des Offices

La Galerie des offices (palais Degli Uffizzi) a été construite vers 1550 par Vasari pour la famille Medicis. Elle se situe au premier étage et abrite une collection unique et prestigieuse surtout pour la période de la Renaissance

      
Les Offices L’entrée                               Les Offices : La galerie, le plafond (détail)

Le musée des offices propose une collection de peintures italiennes et d’œuvres exceptionnelles. Le musée est à l’image de ses collections : une surface de quelque 8 000 m2, avec plus de 50 salles et 1500 chefs d’œuvre. De quoi y passer une bonne journée (comme moi) ou de sélectionner ses objectifs.

Muni de mon billet "coupe file" (ouf !) et de mon audio guide (indispensable), je prends en enfilade la première galerie et les nombreuses salles adjacentes. Un bonheur !

8) Peintures et œuvres de la Galerie des offices

Pas question d’une présentation détaillée, simplement des plus grands chefs- d’œuvres exposés… sous l’égide de la statue de Léonard de Vinci.

                   
Léonard de Vinci             Galerie : statue et plafond         Ghirlandaio, L'adoration au mage

On peut ainsi y admirer des œuvres qui vont du XIIIème au XVIIIème siècle, œuvres majeures de la Renaissance italienne, Giotto, Ucello, Le Titien, Le Caravage, Botticelli, Léonard de Vinci, Michel-Ange, des œuvres flamandesde Rubens, Rembrandt… et bien d’autres petit maîtres à la facture parfois surprenante.

D’abord, gros plan sur Sandro Botticelli et ses œuvres maîtresses (et mon préféré, mais surtout ne le répétez pas) :

   
Le printemps                                                                     La naissance de Vénus
              
Botticcelli : L'adoration aux rois  mages    Gentile de Fabriano  L'adoration des mages

Et là, vous restez scotché ! (pas longtemps, avec le monde qu’il y a).

Après ça, quelques petits plaisirs (très chers) pour finir.

          
La Méduse du Caravage                     L’annonciation de Léonard de Vinci


  
La Vénus d’Urbino par Le Titien                        Piero della Francesca

                                                                     Le duc d’Urbino et sa femme Battista Sforza

   Sur le Ponte Vecchio... TCHAO !

Mes fichiers sur Florence :
* Florence, principaux sites --
* Le musée de l'œuvre de Florence --
* Voyage à Florence, 2017 --

Christian Broussas –Florence - 4 juin 2017 < • © cjb © • >>>

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31 mai 2017

Jack London, Les vagabonds du rail

Jack London, Les vagabonds du rail ou La Route (The road), traduction Louis Postif, préface de Jean-François Duval, éditions Libretto-poche, 185 pages, 1998

Neuf récits ponctuent ce livre : Confession, Tableaux, Pincé, le Pénitencier, Vagabonds qui passent dans la nuit, "Gosses du rail", L'armée industrielle de Kelly, Les Taureaux, Brulé le dur.

  
« Un nouveau monde s'ouvrait devant moi, un monde d'essieux, de wagons à bagages, de pullmans à glissière, de policiers, vaches, cognes, mecs de la raille et autres condés.
Tout cela s'appelait l'aventure. Parfait ! Je tâterais, moi aussi, de cette vie-là. »

La vie d’un routard en rail

Une vie voulue, assumée, d’une dureté parfois insoutenable, telle est celle de Jack London dans les années 1893-94. Une vie de vagabond, de marginal qu’il débute comme "Pilleur d'huitres" et matelot de petit cabotage, avec ses compagnons de misère, ceux qu’on appelle là-bas hobos , tramps et bums, tous ces laissés-pour-compte de la crise économique qui secoue alors les États-Unis.

Lui est plutôt un hobo, le genre à voyager gratis resquillant (ce qu’il appelle "brûler le dur"), quitte à se hisser en haut des wagons, refusant de travailler et pratiquant la mendicité comme un art, expliquant ses astuces pour gruger les contrôleurs ou se procurer de l’argent. Il parle du jeu de cache-cache parfois assez dangereux quand il doit se faufiler entre les boggies des wagons, grimper sur le toit des trains, descendre avant l’arrêt du train pour y remonter quand il redémarre.

    

 La contrepartie à cette liberté, c’est une vie misérable faite de faim, de froid  et parfois de désespoir. Ces gueux sont aussi rejetés par la société, en bute aux vigiles qui les tabassent, les jettent parfois d’un train en marche, traqués par les flics ("les taureaux") qui les envoient en prison et même parfois au bagne. London en fera l’expérience, enfermé dans un pénitencier où il deviendra l’un des caïds et où il sera surnommé « le prince du mitard. »

 Ce livre autobiographique, constitué d’anecdotes regroupées en chapitres,  est aussi un témoignage sur les mœurs de cette époque, une critique de cette espèce de vagabond poète qui enflamme les esprits romantiques. Il fera cependant bien des émules, à commencer par Jack Kérouac jusqu’aux mouvements beatnick et hippy.

London décrit une micro-société où la sélection est impitoyable, dans laquelle seuls les plus forts ou les malins ont une chance de survie, où il faut savoir saisir les opportunités qui se présentent ou s’incliner devant plus fort que soi.
Malgré une introduction touffue, on retrouve cette écriture nerveuse et directe qui a largement contribué au succès de Jack London. C’est cette expérience qui va servir à le révéler à lui-même, dans ses forces et ses faiblesses, départ d’un destin qu’il continuera sa vie durant, en voyageant et en "brûlant le dur".

Pauvreté et solidarité selon London
« Je commençais à envisager la pénible obligation de m'adresser aux pauvres, qui constituent l'extrême ressource du vagabond affamé. On peut toujours compter sur eux : jamais ils ne repoussent le mendiant. Maintes fois, à travers les Etats-Unis, on m'a refusé du pain dans les maisons cossues sur la colline, mais toujours on m'en a offert, près du ruisseau ou du marécage, dans la petite cabane aux carreaux cassés remplacés par des chiffons, où l'on aperçoit la mère au visage fatigué et ridé par le labeur.

 Ô vous qui prêchez la charité, prenez exemple sur les pauvres, car seuls ils savent pratiquer cette vertu! Ils ne donnent pas leur superflu, car ils n'en possèdent pas. Ils se privent parfois du nécessaire. Un os jeté au chien ne représente pas un acte charitable. La charité, c'est l'os partagé avec le chien lorsqu'on est aussi affamé que lui. »

Voir aussi mes articles :
* Jack London Martin Eden --
* Jack London, Le talon de fer, préface de Bernard Clavel --

<<<  Christian Broussas –London Vagabonds - 31 mai 2017 < • © cjb © • >>>

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