Frachet

18 juillet 2018

Berthe Morisot à Orsay 2018

Son portrait par Édouard Manet

L’exposition Berthe Morisot, femme impressionniste, a été organisée conjointement par le Musée national des beaux-arts du Québec, la Fondation Barnes de Philadelphie,  le Dallas Museum of art et le Musée d’Orsay de Paris. Elle s’est donnée pour objectif d’explorer son univers pictural à travers les quelque 50 à 60 toiles réunies pour cette occasion.

Être femme est un handicap pour devenir une artiste peintre reconnue en cette seconde moitié du XIXe siècle. Même aujourd’hui, elle reste moins connue que ses amis Monet, Degas ou Renoir bien qu’elle fût l'une des artistes les plus novatrices du groupe et figure majeure de l'impressionnisme.

L'exposition retrace le parcours exceptionnel d'une femme peintre qui lutta contre les usages de son temps et de son milieu bourgeois, devenant l’icône du mouvement impressionniste.

Sa peinture d'après modèle représente la vie de son époque, à partir de thèmes qui traitent de l'intimité de la vie de la bourgeoisie, dans son intérieur, dans son goût pour la mode, pour représenter la villégiature et les scènes d’extérieur.

La peinture doit, selon ses propres mots «fixer quel que chose de ce qui passe », saisir comme un instantané, l'éphémère et le passage du temps, se situer dans son rendu pictural, entre" le fini et le non fini", ce qu’on lui a beaucoup reproché.

Ainsi, dans cette logique, on a pu dire à son sujet  que  de ses dernières œuvres, se dégage une expressivité qui lui est propre, sa petite musique personnelle, propice à une médiation assez mélancolique sur les liens entre l'art et la vie.

L’exposition se développe de manière chronologique autour de sept thèmes essentiels :
- Devenir peintre consacré à ses débuts ;
- Figure en plein air, que ce soit dans des jardins ou au bord de la mer ;
- Mode, féminité et la Parisienne, centré sur  la mode et  la toilette, avec des portraits, des bals et des robes sophistiquées, le rituel intime de la toilette ou du lever.
- Femmes au travail représentant cuisinières, bonnes ou nourrices.
- Achevé et inachevé, un style qui fusionne figures et fonds, surtout dans les années 1880 avec les scènes de plein air peintes dans le jardin de la maison qu’elle loue à Bougival.
- Fenêtres et seuils, vérandas qui font la liaison entre intérieur et extérieur, multipliant les jeux de lumière et de reflet pour mieux mettre en relief le modèle.
- Un atelier à soi, surtout dans sa dernière période où ellepeint des intérieurs parisiens qui intègrent des scènes musicales avec des couleurs plus gaies et plus tranchées.

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16 juillet 2018

L'école russe de Vitebsk

L'Avant-garde russe à Vitebsk. 1918-1922
Chagall, Lissitzky et Malevitch

« Si toute vie va inévitablement vers sa fin, nous devons durant la nôtre, la colorier avec nos couleurs d’amour et d’espoir. » Marc Chagall

             

Exposition intéressante que consacre le Centre Pompidou à ce qu’on a appelé « l’avant-garde russe », ou École de Vitebsk entre 1918 et 1922. Elle repose sur l’œuvre de ses trois figures emblématiques que sont devenues  Marc Chagall, El Lissitzky et Kasimir Malévitch et présente aussi les travaux de participants à cette École de Vitebsk créée par Chagall : Vera Ermolaeva, Nicolaï Souietine, Ilia Tchachnik, ou encore Lazar Khidekel et David Yakerson.

            
1- Chagall Combat de Jacob avec l’Ange (détail) 2- La madone du village
3- Chagall Le violoniste bleu

À travers un vaste ensemble de quelque deux cent cinquante œuvres et documents, cette manifestation donne un éclairage sans précédent des années qui suivent en Russie l’immédiat après-guerre, où une page importante de l’histoire picturale va s’écrire.

                 
Malévitch Suprématie 56          Chagall, Autoportrait aux 7 doigts    et    Le paradis

Si El ou (Lazar) Lissitzky est moins connu et a largement été influencé par ses deux amis, il a composé quelques œuvres significatives de leur conception de l'art pictural, en particulier le tableau en forme d'auto portrait intitulé Le Gouverneur qui est souvent considéré comme emblématique du mouvement. 

                              
Lissitzky : Le constructeur auto portrait 1924                        Design 1922

Durant ses années à Vitebsk, Kasimir Malévitch se consacre moins à la réalisation de peintures – une exception étant son magistral Suprématisme de l’esprit – qu’à la rédaction de ses principaux écrits théoriques et à son enseignement. [1] Il est vraiment le théoricien du groupe, effaçant un peu Marc Chagall qui en prendra quelque peu ombrage. Il est vrai qu'à contempler les œuvres de ces trois artistes, on est frappé par la différence dans leur façon de peindre, le style coulé de Chagall qui contraste avec les formes géométriques épurées du "suprématisme" de Malévitch , les montages de Lissitzky avec ses fameux ensembles qu'il appela des Prouns (projets d’affirmation du nouveau en art), recherchant des « stations de liaison entre la peinture et l’architecture ».

         
Malévitch : Le bûcheron 1912         Filles aux fleurs 1903                    Fille au peigne 1932

Ce mouvement est né de la façon dont Chagall a vécu la Révolution d'octobre, en tout cas ce qu'il en a vu. Dans son autobiographie, Chagall écrira plus tard : « Par toute la ville, se balançaient mes bêtes multicolores, gonflées de révolution. Les ouvriers s’avançaient en chantant l’Internationale. À les voir sourire, j’étais certain qu’ils me comprenaient. Les chefs, les communistes, semblaient moins satisfaits. Pourquoi la vache est-elle verte et pourquoi le cheval s’envole-t-il dans le ciel, pourquoi? Quel rapport avec Marx et Lénine ? »
Sa vision de la réalité n'était visiblement pas du goût de tout le monde.

               
Chagall :  Moi et le village        La création de l'homme               Tentation

Complément : Marc Chagall, premières impressions de Paris

 « J'y découvrais la lumière, la couleur, la liberté, le soleil, la joie de vivre. C'est dès mon arrivée que j'ai enfin pu exprimer dans mon œuvre la joie plutôt lunaire que j'avais parfois connue en Russie, celle de mes souvenirs d'enfance de Vitebsk. Je n'avais jamais voulu peindre comme les autres et je rêvais d'un art qui serait nouveau et différent. À Paris, j'eus enfin la vision de ce que voulais créer, l'intuition d'une nouvelle dimension psychique dans mon art. Non pas que je me cherchais un moyen d'expression, dans un style essentiellement latin comme celui d'un Courbet. Non, ma peinture n'est pas un art de self-expression, ni un art littéraire, mais quelque chose de construit, un univers de formes. »

               
Malévitch : Carré blanc sur fond blanc      
Malévitch : Les sportifs     et       Suprématie en jaune & noir 1016

Notes et références
[1] Kasimir Mélévitch, De Cézanne au suprématisme, éditions L'âge d'Homme, réédition 1993 

Voir aussi
* Le néo privitismeTableaux de Chagall --

           
   Lissitzky :    Proun 93                           Proun 1924                                          Proun 19D

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15 juillet 2018

Les impressionnistes à Londres 2018

Artistes français en exil, 1870-1904
Un regard parfois décalé sur l'Angleterre

                         
                                                             Alfred Sisley Molesey Weir Hampton court morning

Cette intéressante exposition s'est tenue à Londres, à la Tate Britain et à Paris au Petit Palais. Elle propose des œuvres réalisées à Londres par les peintres français réfugiés dans la capitale anglaise pendant la guerre franco-prussienne de 1870 et la Commune de Paris l'année suivante, période qui se prolonge jusqu'en 1904.  Ils ont dépeint à leur façon la société anglaise de cette époque.

« Il y avait une longue tradition, à Londres, d'accueillir des réfugiés politiques mais l'intérêt principal de Londres, pour ces artistes, était l'importance du marché de l'art », commente Caroline Corbeau-Parsons, la commissaire de l'exposition à la "Tate Britain".

               
 De Nittis La Nationale Gallery      J. Tissot L’impératrice Eugénie, Vamden palace

L'exposition repose surtout sur les œuvres de quelques peintres comme Claude Monet qui s'exerce dans des fondus aux teintes sombres avec des dominantes de bleus violacés représentant des vues de Londres avec une série centrée sur le monument du Parlement anglais. Claude Monet, André Derain et James Tissot certes, mais aussi Camille Pissarro, Alfred Sysley, Alphonse Legros ou les sculpteurs Jules Dalou ou Carpeaux... Plus d'une centaine de toiles et sculptures d'artistes exilés à Londres à partir de 1870, qui leur a permis de montrer une nouvelle facette de leur talent.

              
  Jules Dalou : La Liseuse et Dorothy Heseltine             Claude Monet Pont Waterloo Londres

Un réseau d'amitié artistique s'était noué sur lequel les artistes exilés pouvaient se reposer. Il existait ainsi des liens très forts, tissés surtout par le peintre Alphonse Legros, établi depuis plusieurs années dans la capitale britannique. C'est lui qui a en particulier aidé Jules Dalou à son arrivée.

       
     Claude Monet : trois vues du Parlement de Londres de 1902, 1903 et 1904

Si le thème conducteur est impressionniste, on trouve aussi bien représentées les œuvres plus classiques de James Tissot et post impressionnistes d'André Derain. Ceci donne un ensemble très éclectique avec les motifs stylisés, les couleurs éclatantes de Derain qui tranchent avec les effets brossés et assez sombres de Claude Monet.   

    
André Derain Le bassin de Londres          André Derain Big Ben      Alphonse Legros Edward Burne Jones 

Dès 1870, Claude Monet commence à vraiment s'intéresser au thème du brouillard, même si son rendu est particulièrement difficile. On en trouve ensuite de superbes représentations dans sa série des "Parlements de Londres" qu'il réalise au début du XXe siècle, dont six exemplaires ont été réunis à la Tate Britain.
André Derain réalisera plusieurs vues de la capitale anglaise et lui aussi un tableau du parlement.

     
André Derain :
Pont de Charing Cross et Le Parlement de nuit (1906)

Quant à Jacques-Joseph Tissot dit James Tissot, qui a passé une partie de sa vie en Angleterre, c'est plutôt un classique surtout apprécié comme peintre de la haute société de l'époque victorienne. [1]
À la mort de sa compagne Kathleen Newton
en 1882, il est revenu à Paris et exposa avec succès des portraits de femmes croquées dans leur quotidien. À partir de 1888, il se consacrera avec beaucoup de bonheur  à des sujets d'inspiration biblique.

    
James Tissot,  The ball of shipboard        James Tissot Galerie du hms calcutta à portsmouth

Le regard des peintres français n’est pas celui des anglais, « On sent qu'il y a vraiment ce regard extérieur sur la culture anglaise, un petit côté interloqué, une fascination pour les parcs londoniens, par exemple, que les Français continuent d'avoir, d'ailleurs […] Il y avait un sentiment de liberté, surtout à un moment où la guerre ravageait Paris », explique Caroline Corbeau-Parsons, évoquant notamment la toile "Hyde Park" de Monet.

   
Monet Hyde park                                           Monet La tamise et Westminster (1871)

Des vues de la Tamise aux représentations de la vie mondaine en passant par des matches de cricket ou des scènes populaires des faubourgs, les peintres français apportent leur vision particulière avec des sujets que les anglais trouvaient sans grand intérêt. «Je pense vraiment que l'originalité de Monet et de Pissarro, c'est d'essayer de représenter Londres telle qu'ils la voyaient », estime la commissaire de l'exposition, globalement, pas « brique par brique » comme disait Monet.

     
         Camille Pissaro Deux vues du Jardin de Kew (1892)                     Alphonse Legros Rodin

Notes et références
[1] 
De sa période anglaise, on peut citer par exemple des scènes de port comme The Captain and the Mate, 1873, The Captain's Daughter, 1873, Ball on Shipboard, 1874, The Gallery of H.M.S. 'Calcutta' (Portsmouth), 1877 ou après son retour en France La récolte de la manne, 1896-1902, Portrait d'arménien, 1986-89, L'arche d'alliance, vers 1900 ou Les anges et la passion, vers 1890.

Voir aussi
* Les Impressionnistes Londres --

* Mes fiches Derain au Centre Pompidou --Pissarro, expo 2017 -- Le musée d'Orsay --

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14 juillet 2018

La collection du musée du quai Branly

L'exposition Peintures des lointains
À la rencontre de l’Autre et de l’Ailleurs.

Une première depuis sa création : le Musée du Quai Branly présente une partie de sa collection de peintures, quelques deux cents œuvres inédites ciblées sur le regard que portaient les artistes occidentaux sur les sociétés et peuples "exotiques", plus ou moins lointains selon la dénomination de l’exposition.

      
Jules Ferry et les délégués des colonies
Frédéric Regamay

En 1931, à l'occasion de l'Exposition internationale, on construit près du parc de Vincennes le palais de la porte dorée. [1]

Destiné à abriter un musée colonial, avec une façade sculptée qui célèbre l’empire outre-mer de la France, il accueille dès sa création une exposition de peintures et dessins sur l’influence de l’exotisme dans l’art français. Ces tableaux issus d’achats et de dons ont constitué les premières œuvres du musée. Cette collection, après la fin de la période de colonisation, est mise en réserve puis rejoint le musée du Quai Branly – Jacques Chirac à sa création en 2006.

            
1-  Bethsabée Femme malgache 1931 par Alcide Liotard
2-
Fille kabyle 1850 par Marc Alfred Chataud

3- Sa majesté Sisowath Moniwong Cambodge (détail) par Mascré-Souville

Au gré de leurs voyages et de leurs rencontres, des peintres comme Henri Matisse, Paul Gauguin, Émile Bernard par exemple et plus généralement, des peintres européens des XVIIIe et XXè siècle, nous renseignent sur la façon dont on pouvait, à une période ou à une autre, considérer ces populations auxquelles ils étaient confrontés, avant que les hordes de touristes avides de découvertes et d’exotisme ne posent à leur tour leurs regards étonnés, intrigués, réprobateurs ou bienveillants sur elles.


Portrait d’un bourgeois malgache     Duco Sangaré, Peuhl              Portrait de femme noire
par Louis Raolina                                  par Fernand Lantoine            par Émile Bernard

Si la collection peut paraître composite, elle a un côté très original et présente des œuvres largement méconnues, où par exemple l’odalisque d’Ange Tissier côtoie les portraits d’Amérindiens de George Catlin, les scènes de vie quotidienne cairote d’Émile Bernard voisinent avec les estampes et dessins de Tahiti signés Matisse ou Gauguin.

              
Savorgnan de Brazza en tenue de brousse           Fêre arabe à Tlemcen
par Henri Jones Thaddeus                                       par André Suréda

Cette confrontation sur plus de deux siècles révèle aussi l’évolution du regard porté en occident sur ces sociétés aux pratiques si éloignées des nôtres et la manière dont est vécue cette culture de la différence.

        
 Fête arabe  à Tlemcen André Suréda

Elle apporte un œil neuf sur l'approche même du concept d’altérité qui part de la question  « Comment représenter "l’autre", l’inconnu(e) ? » L'idée de la perception de l’autre est vraiment centrale comme fil directeur  d'une exposition qui se veut une promenade philosophique sur l’exotisme.

                 
  La baie d’Along, Lucien Lièvre -- Odalisque par Ange Tissier : De l'Orient à l'Afrique

L’exposition est construite en trois parties.
- La première et la plus longue est consacrée à la séduction des lointains. En voyageant, les artistes ont vite été séduits par les paysages auréolés d’exotisme. On voit apparaître des couleurs vives et une lumière synonyme d’évasion qui traduisent la découverte de cultures nouvelles, des foules bigarrées, une nature sauvage qui fascine.
Sentiment ambivalent entre la fierté de se dire civilisé mais aussi une certaine envie devant cette espèce d’âge d’or de l’humanité qui a un air de paradis.

    
1- Le port d’Alger Léon Cauvy   

2- Marie Caire Tonoir, Tête de femme de Biskra, 1899-1900
3- Portait d'amérindien George Catin 1846

- La deuxième partie de l’exposition, Altérité plurielle, est basée sur de nombreux portraits faisant ressortir stéréotypes et particularités ethnographiques. On peut y voir visages et portraits représentatifs de cultures différentes soulignées par des styles variés.

- La troisième partie aborde la célébration du colonialisme et la façon dont les européens se sont approprié les lointains. Cette conquête s’est reflétée dans la représentation picturale où l’homme blanc est fier d’être civilisé face à des indigènes restés primitifs.

     
Indochine : Portraits extraits d’une fresque de l’exposition coloniale de 1931

Notes et références
[1] Devenu aujurd'hui, le musée de l’Histoire de l’Immigration --

voir aussi
* Présentation vidéo

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13 juillet 2018

Picasso, l’atelier du Minotaure, Évian

Dans le cadre du programme international Picasso-Méditerranée et sur une initiative du Musée national Picasso-Paris, le magnifique Palais Lumière d’Évian présente l’exposition "Picasso, l’atelier du Minotaure".

             
            L'expo d'Évian                               Le palais Lumière à Évian

Cette exposition s'est donnée comme objectif de développer le thème du minotaure particulièrement prisée par Picasso et de replacer cette approche dans son contexte historique et artistique.


Pablo Picasso « Dora et le Minotaure », 1936
Crayon graphite, crayons de couleur, encre et grattage sur papier vélin, 40,5x72 cm. Musée National Picasso, Paris

Pour cela, elle réunit une centaine d'oeuvres aussi éclectiques que des peintures, sculptures, céramiques, dessins, gravures et tapisseries, avec en particulier des créations d’Antoine-Louis Barye, Giorgio de Chirico, Henri Matisse, Joan Miro... [1] agrémentées d'un parcours scénographique avec des projections d’extraits musicaux, cinématographiques ainsi que des documentaires sur Picasso.

L’exposition, débutant par la première œuvre inspirée du Minotaure d’Herculanum découvert en 1791, développe brosse le panorama d’œuvres éclectiques pour se terminer par la chanson « Le Minotaure » de Barbara, datant de 1973.

       
Scènes de tauromachie                                   Le taureau (5ème état)

Le thème du Minotaure chère à Picasso apparaît dès 1928 dans son œuvre sous la forme d’un collage. Il s'agit d'un personnage tiré d'un spectacle de tauromachie, un nain sans tronc surmontée d'une tête de taureau juchée sur une paire de jambes interminables, une espèce de curiosité anatomique rappelant l'univers de Jérôme Bosch plutôt que celui de Dante, un monstre certes mais bonhomme, inoffensif. Il ne se rattache pas encore à un cycle narratif précis, mais à partir de 1932, il est présent dans l’atelier du maître, partageant sa passion encore secrète pour la jeune Marie-Thérèse Walter.

    
Scène bachique du Minotaure                Chez la pythie-harpye

C'est sa part d’ombre et il lui transmet l’éclat juvénile de sa vigueur, prenant tour à tour l'aspect que le peintre imagine. Développant un thème classique dans l’art moderne et contemporain, l’exposition met en lumière l’approche originale de Picasso dans le vaste contexte de son époque.

Le partenariat dans  le cadre du programme « Picasso Méditerranée 2017-2019 », lui a permis de proposer cette magnifique exposition, avec des prêts d'oeuvres exceptionnelles en provenance du musée Picasso de Paris, d'autres musées français et de grandes collections privées ». [2]

          Têtes de taureaux

Notes et références
[1] Les autres créations sont notamment dues à
Erwin Blumenfeld, Isabelle de Borchgrave, Yvette Cauquil-Prince, Charles-Édouard Chaise, Duane Michals, François-Xavier Lalanne, André Masson, Roderick Mead, Gustave Moreau, Jean-Baptiste Peytavin, Ernest Pignon-Ernest, Auguste Rodin, Marc Saint-Saëns et Ossip Zadkine.
[2] Repris de l'intervention de monsieur Olivier le Bihan, commissaire général de l’exposition

          
Minotauromachie 1935 Eau forte grattoir/burin             Minotaure

* Voir aussi
* Ma catégorie Arts plastiques --
* Exposition Jules Adler à Évian --

Sur Picasso, voir mes articles :
* Picasso et les femmes -- Picasso et la sculpture --  Expo Picasso-Giacometti --

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12 juillet 2018

Eugène Delacroix au Louvre 2018

Exposition  Delacroix (1798-1863)

                      
La liberté guidant le peuple                            Autoportrait

Le musée du Louvre et le Metropolitan Museum of Art se sont associés pour mettre sur pieds une exposition consacrée à Eugène Delacroix. Une grande rétrospective quoi réunit 180 œuvres qui, vu l’importance de l’artiste, est un véritable défi puisque la dernière exposition commémorait en 1963 le centenaire de sa mort.

      
Portrait de Chopin                                               Le tigre

Malgré sa célébrité, da reconnaissance mondiale, l’homme aussi bien que l’ensemble de son œuvre, ne sont pas aussi connus qu’on pourrait le penser, même si quelques œuvres emblématiques portent toujours son nom au pinacle. C’est pourquoi cette exposition en propose une vision synthétique inédite, s’interrogeant sur ce qui a pu inspirer l’artiste, a dirigé son action, mettant en lumière les trois grandes périodes qui ont ponctuées son parcours.

              
 Jacob contre l'ange      Dante et Virgile aux enfers (détail)           Combat de lion

- La première reprend la décennie 1822-1832, période de recherche et d’exploration de ses possibilités picturales ;
- La deuxième seconde repose sur la confrontation entre ses grands décors muraux, sa principale activité après 1832, et sa "peinture de chevalet", reposant sur les trois domaines essentiels que sont le monumental, le pathétique et le décoratif ;
- La troisième partie s’intéresse à se dernières années marquées par l’importance du paysage et le rôle de la mémoire.

Les écrits de l’artiste viennent enrichir et compléter la redécouverte de ce génie qui n’a cessé de vouloir se renouveler.

                            
 Sur les ruines de Missolonghi       Jeune orpheline                 Christ au jardin des oliviers    

De ses coups d’éclat qui le firent connaître et admirer aux Salons des années 1820, jusqu’aux derniers tableaux à dominante religieuse ou paysagée, et aussi moins connues, l'exposition nous propose un parcours qui montre l'état de tension dans lequel évoluait un artiste qui se voulait original tout en admirant les grands artistes flamands et vénitiens des XVIe et XVIIe siècles.

   Femmes d'Alger (dessins)

L’exposition aborde également les questions et les difficultés d'une carrière qui fut longue et foisonnante.  Elle présente un homme à la personnalité attachante, qui recherche la gloire dans  la perfection du travail, cultivé, toujours curieus, qui excellait aussi dans l’écriture et le dessin.

           
Le massacre de Scio                     La mort de Sardanapale                             Le tailleur

Cette exposition, moment privilégié pour mieux faire connaître l'artiste au grand public, ne saurait occulter l'importance du musée Eugène Delacroix, installé rue de Fürstenberg Paris 6ème, dans l'appartement qu'occupa Delacroix pendant plusieurs années, appartement dont il vantait le charme comme dans ce texte extrait de son Journal du 28 décembre 1857 : « Mon logement est décidément charmant, j’ai eu un peu de mélancolie après dîner, de me retrouver transplanté. Je me suis peu à peu réconcilié et me suis couché enchanté. Réveillé le lendemain en voyant le soleil le plus gracieux sur les maisons qui sont en face de ma fenêtre. La vue de mon petit jardin et l’aspect riant de mon atelier me causent toujours un sentiment de plaisir. »

                 
Façade du musée Delacroix                                Ensemble décoratif, la justice 
[1]

Les cycles de conférences à l'auditorium du Louvre : récit d'une œuvre

* « Vous me traitez comme on ne traite que les grands morts »
Conférence-lecture par Sébastien Allard & Côme Fabre, musée du Louvre.
* Delacroix, jeune homme des Lumières ?

Conférence-lecture-débat avec Sébastien Allard, musée du Louvre, et Danièle Cohn, université Paris 1.
* Un carnet du voyage au Maroc de Delacroix : texte et croquis

Conférence-oeuvre en scène par Marie-Pierre Salé, musée du Louvre.
* Le discours que Delacroix ne prononça jamais

Fiction littéraire – création originale par Adrien Goetz, Académie des beaux-arts.
*
Exposition Une lutte moderne, de Delacroix à nos jours, au musée Eugène Delacroix, rue de Fürstenberg Paris 6ème

     
Falaises à Etretat                                  Bouquet de fleurs, 1949     Nature morte aux homards

Notes et références
[1] Détail du salon du Roi : Les forces vives de l'État : la Justice

Voir aussi
* Mes présentations Le Louvre Abu Dhabi -- Le Louvre Liévin --
* Ma catégorie Arts plastiques --

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29 juin 2018

Patrick Modiano Dimanches d'août

 Référence : Patrick Modiano, Dimanches d'août, éditions Gallimard, collection Blanche, 186 pages, 1986, éditions France-Loisirs, 161 pages, 1987

   

« Il suffit souvent de quelques années pour venir à bout de bien des prétentions. » (page 29)

Lire Patrick Modiano, c'est avant tout pénétrer dans son univers, dans les ambiances singulières qu'il sait créer en véritable maître à travers des décors précis qui distillent peu à peu un climat particulier qui n'appartient qu'à lui. On y retrouve aussi ce qu'on a souvent appelé sa "fameuse petite musique" où tout est choisi avec un soin méticuleux, les mots, le rythme du récit, parfois ralenti, avec une certaine nonchalance, parfois plein de fulgurances.

Cette ambiance renvoie au contraste entre un présent "vide et désolé" et un passé nébuleux, insaisissable, une confrontation de deux époques génératrices d'inquiétude latente qui peut prendre une forme angoissante et où le futur ne semble pas avoir sa place.

              
Avec Françoise Hardy en 1968     Avec sa femme dominique en 2014

« Le lendemain de l'arrivée de Sylvia était un dimanche... La fin d'un dimanche d'hiver. [...] Nice, ses rues désertes et ensoleillées du dimanche... » (pages 43 et 95)

Le décor, c'est surtout la ville de NiceJean et Frédéric Villecourt se rencontrent de manière fortuite. Pas des inconnus car ils se sont côtoyés sept ans auparavant et ils ont aimé la même femme Sylvia Heuraeux, qui a disparu. Pour Jean, la ville aurait pu être un refuge mais elle n'est qu'un pis aller. Ils ne s'aiment pas beaucoup, sans doute parce qu'un secret les lie, celui de la mort du comédien Aimos, officiellement tué par une balle perdue pendant la Libération de Paris mais qui en réalité a été assassiné.

Retour en arrière : il y a des années, Jean et Sylvia qui vivait alors avec Villecourt, se sont réfugiés à Nice, une ville inconnue pour eux, pour passer inaperçus. Cette fuite, c'est pour « tout oublier et tout recommencer », mais tout n'est pas si simple et recommencer n'est souvent qu'un espoir insensé, une vue de l'esprit.
A travers plusieurs analepses (comme Modiano les aime), Jean raconte les événements qui vont le mener à Nice et aux bords de la Marne.

              
                                             La maison Modiano à Jouy-en-Josas

Qu'attendent-ils donc dans cette ville où ils ne se sentent pas à l'aise ? « Nous tissions, disent-ils, une gigantesque toile d'araignée et nous attendions que quelqu'un s'y prenne. » N'est-ce pas par exemple les Neal dont la rencontre va leur donner un nouvel élan. C'est un couple étrange, au passé difficile à percer (comme souvent chez Modiano), très intéressé par le seul bien véritable que possède Sylvia, un diamant magnifique baptisé "la croix du sud", qu'il faudra bien se résoudre à vendre. On ne sait qui va gagner entre ce jeune couple et les Neal. On  sait seulement qu'en fait d'américain, Neal est un niçois nommé Paul Alessandri qui bizarrement a connu Frédéric Villecourt sur les bords de la Marne. Modiano nous laisse sur notre faim, donnant seulement quelques pistes, laissant l'énigme se dérouler. Car selon lui, «  il n'y a rien à expliquer. Dès le début ce n'était qu'une question d'ambiance et de décor... » (page 128)

« Nous étions comme tout le monde, rien ne nous distinguait des autres, ces dimanches d'août. » (page 161)

Jean apprend par le consul américain que le mari a changé de nom et fait de la prison tandis que sa femme a eu pendant l'Occupation des relations intimes avec collaborateur notoire. Ils ont la conviction que ce bijou porte malheur, entraînant même la mort de ses propriétaires successifs. Un sentiment contrebalancé par leur envie de vivre, de se mêler à la foule pour échapper à la mort qui guette, leur besoin de se fondre dans l'anonymat, car comme ils le disent« jamais nous n'avons été aussi heureux qu'à ces moments-là, perdus dans la foule au parfum d'ambre solaire... Nous étions comme tout le monde, rien ne nous distinguait des autres, ces dimanches d'août ».

Une disparition, des photographies retrouvées, rien de très probant, plutôt des questions sans vraies réponses qui permettent au lecteur de laisser errer son imagination au gré des indices. Car pour Modiano, résoudre cette énigme policière ne l'intéresse pas, il n'y a rien à expliquer, aucune certitude finale. Rien que des questions résolues un jour puis remises en cause dès le lendemain.

         
Modiano en 1986                                                          Modiano et Philippe Delerm

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Patrick Modiano Un cirque passe

Référence : Patrick Modiano, Un cirque passe, éditions Gallimard, Collection Blanche, 152 pages, août 1992

     

Jean (ou Lucien)  rencontre Gisèle (ou Suzanne), après qu'ils aient été tous deux interrogés par la police, sans vraiment savoir pourquoi. Ils se revoient, circulent dans Paris, souvent en métro, « Place du Châtelet, elle a voulu prendre le métro. C'était l'heure de pointe, nous nous tenions serrés près des portières. A chaque station, ceux qui descendaient nous poussaient sur le quai... À chaque station, ceux qui descendaient nous poussaient sur le quai. Puis nous remontions dans la voiture avec les nouveaux passagers. Elle appuyait la tête contre mon épaule et elle m'a dit en souriant que "personne ne pouvait nous retrouver dans cette foule". »

Jean, faux étudiant, vit d'expédients comme la revente de livres, Gisèle alias Suzanne Kraay est sans domicile depuis qu'elle a quitté Saint-Leu-la-Forêt. Il l'invite chez son père parti en Suisse, dans un appartement situé quai de Conti, presque vide, qu'il doit bientôt quitter et où il vit avec Grabley, ami et secrétaire de son père.

Jean va rencontrer diverses connaissances de Gisèle, Jacques de Bavière, un homme qui possède un cheval et un appartement rue Washington et semble en pincer pour GisèlePierre Ansart plutôt louche, propriétaire d'un restaurant et ami de Jacques De Bavière. D'autres protagonistes également, Dell'Aversano, un antiquaire et libraire qui aide Jean, M.Guélin qui semble bien connaître Jean et Gisèle, Martine Gaul la gentille petite amie de Pierre Ansart, le Labrador de Gisèle qui répond au curieux nom de Raymond ou le barman de la rue Amelot.

       

Gisèle... femme mystérieuse, assez évasive sur sa vie ou son passé, que l’on devine pourtant chargé. Par exemple, que peuvent bien contenir ces deux valises que la jeune femme lui a confiées et qu'il cache dans son appartement ? Il aimerait en apprendre davantage, mais lorsqu’un policier lui en dira un peu plus sur elle, il se montrera plutôt indifférent… Et puis, rien ne dure, "un cirque passe"... [1]

Modiano imbrique le fil des deux intrigues qui constituent la trame du roman, se nouant au fil des pages sans qu’on sache bien ce qui les relie. L’histoire d’amour romantique entre les deux héros rejoint l’intrigue assez nébuleuse  faite de réminiscences économico-politiques sur fond de guerre d’Algérie, dont nous saurons finalement peu de choses. Les personnages comme Grabley qui brûle des papiers compromettants, Jacques de Bavière l’amant de Marie, ou même Pierre Ansart, chaque personnage conserve son mystère. Seul l’antiquaire Dell’Aversano est à part, lui qui permettra à Jean de partir en Italie pour tourner la page.

         
    Modiano en 1969                       Marie et Zina Modiano                      Modiano en 2007

Les héros se baladent entre Paris et Boulogne, (la ville où il est né), cette musique de la phrase spécifique à l'auteur se fait entendre tout au long du récit et ne vous quitte plus, comme un air entêtant qui vous entraîne dans son rythme.
Comme toujours chez Modiano, l'histoire est un prétexte et l'essentiel est ailleurs, l'atmosphère trouble et insaisissable domine le roman.
Les personnages de Modiano possèdent cette propriété d'être extérieurement passifs, mais par contre intérieurement très actifs, une intériorité, des êtres effacés mais qui n'ont rien de fantômes.

Alain Nahum, qui a réalisé l'adaptation au cinéma sous le titre "Des gens qui passent" en dit ceci : Modiano « est un écrivain majeur, à l’univers très personnel, qui a été peu adapté au cinéma et jamais à la télévision. […] Un cirque passe… me semblait très cinématographique et me parlait de manière intime. C’est une histoire des années 60, ces années qui m’ont constitué en tant que personne... et j’y voyais tout un tas d’échos : les films de Melville, Godard, Truffaut, etc., le Saint-Germain-des-Prés existentialiste, l’univers du polar, l’ombre de la guerre d’Algérie et de l’OAS…, on y parle de partir en Italie, comme on rêvait tous de le faire alors. C’est à la fois un roman d’initiation, une sorte d’A bout de souffle à l’envers et un polar existentiel. »

      

Notes et références
[1]
Le titre fait référence au mari de Gisèle qui travaillait au Cirque d'Hiver où elle-même avait été écuyère. Elle finira par s'effacer de sa vie comme un cirque qui ne fait dans une ville qu'un bref passage.

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27 juin 2018

Jean-Christophe Rufin Le collier rouge

Référence : Jean-Christophe Rufin, Le collier rouge, éditions Gallimard, février 2014
 
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Par un été caniculaire de l’année 1919, dans une ville du Berry, Jacques Morlac un héros de la Grande guerre croupit dans une prison déserte, surveillé par Dujeux, l’unique gardien. En face, sur la place, le chien du prisonnier, qu’il appelle Guillaume et qui l’a suivi durant toute la guerre, aboie jour et nuit, mettant les nerfs des riverains à rude épreuve.

Le juge militaire Lantier du Grez chargé d’instruire l’affaire de ce héros qui tient sur l’armée des propos jugés injurieux et même séditieux, essaie d’établir un dialogue avec lui mais les débuts sont difficiles. Il va voir aussi Valentine, une paysanne venue de Paris qui réside non loin de là, la mère de son fils, qui attend et espère qu’il finira par penser à elle.

   

Dans le fond, lui dont les convictions furent déstabilisées par la guerre et ses honneurs, Lantier qui voudrait bien aider cet homme, se demande comment il en est arrivé là, par quels mécanismes il en est venu à éprouver cette haine qui bouillonne en lui.

Mais de quelle affaire s’agit-il ? On l’apprendra vers la fin du roman, même si on se doute bien du genre de délit que Jacques Morlac a pu commettre : un quelconque pied de nez à l’armée et à la guerre, lui qui comme beaucoup de soldats abhorrent la guerre et sont devenus pacifistes.

Il y a aussi ce chien qui hurle jusqu’à épuisement devant la prison, comme une fidélité suprême à son maître. Ce chien dont le corps montre les stigmates de la guerre, ce chien qui a suivi Morlac tout au long de ses tribulations guerrières jusqu’en Macédoine, dans cette armée d’Orient dont finalement on sait peu de choses, ce chien est le nœud de ce qui s’est passé là-bas avec les troupes russes au moment de l’effondrement de la Russie tsariste. C’est ce que va apprendre Lantier, après avoir apprivoisé Morlac au long d’un patient interrogatoire qui va peu à peu devenir dialogue entre les deux hommes.

Ce ne semble pourtant pas être le nœud de l’affaire et Lantier va patiemment mener son enquête, interroger longuement Valentine pour mieux la cerner et cerner aussi Morlac par la même occasion. Il finit par apprendre que Jacques Morlac n’est revenu chez lui que pour revoir son fils. Par orgueil, ce puissant orgueil qui en fait le paralyse, il refuse de reconnaître qu’il aime Valentine et son fils ; qu’ils lui manquent.

Ce que Lantier finit par comprendre après avoir reconstitué son parcours. C’est sa dernière enquête, pour lui qui a décidé de revenir à la vie civile, et il va faire en sorte que Morlac et Valentine, dont la vie a été mise entre parenthèses par la guerre, puissent se retrouver.
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Jean-Christophe Rufin, Sauver Ispahan -- Rouge brésil -- Check-point --
* Jean-Christophe Rufin, Immortelle randonnée -- Le collier rouge --


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26 juin 2018

Lyon et les usines Berliet

Berliet sans Berliet

Il y a quelque 70 ans, l’entreprise de construction automobile Berliet de Lyon faisait une surprenante expérience… [1]

Référence : Marc Ameil, Berliet sans Berliet. Extrait du mémoire de maîtrise d’Histoire intitulé La CGT lyonnaise, 1944-1948. Lyon II, 1974

  Marc Ameil

Situation paradoxale des usines Berliet au lendemain de la guerre, qui lui a permis de vivre une expérience particulière. Les usines Berliet, une institution à Lyon depuis leur création en 1899, symbole de l’expansion de l’automobile puis des camions quand l’entreprise évolua vers ce type de production.

Mais voilà, en septembre 1944, le patron historique, accusé de collaboration, est écarté et l’entreprise mise sous séquestre. [2] C’est l’occasion d’une expérience unique à l’époque,  d’autogestion qui permet aux quelque 7000 salariés (dont près de 80 % d’ouvriers) présider à son avenir avec l’aide de la CGT et ceci, sans ingérence politique au départ.

 Avec les représentants du personnel, des comités se réunissent chaque mois pour examiner les suggestions du personnel sur tous les aspects de la vie de l’entreprise.
Le mot d’ordre est alors la reconstruction : chacun a à cœur de participer au redémarrage des activités. Cet essor économique entre 1944 et 1946 permet aux salariés de recevoir une prime correspondant aux bénéfices qui leur sont affectés.

     
« On est en train de remettre les lettres en place »

L’entreprise n’a pas seulement un but économique mais vise aussi un but social, prenant en compte la santé et la sécurité avec l’organisation de visites médicales, l’implantation d’une cantine et d’activités sportives. La cité Berliet permet de loger les personnes à proximité de l’usine de Vénissieux.

À l’heure de la reconstruction, on s’attèle à remettre en marche l’outil de production, se traduisant par un redémarrage de la production entre 1944 et 1946. Il permet d’octroyer des primes avant de réviser les grilles salariales.

Les problèmes vinrent d’abord des pouvoirs publics qui abandonnèrent le projet de nationalisation, obligèrent la nouvelle direction à payer les 143 millions de francs d’amende dus par les anciens patrons Berliet. Mais il faut dire aussi que tout le personnel n’était pas à même de participer à cette évolution, la motivation n’étant pas forcément au rendez-vous.

L’entreprise était endettée, la production stagnait et la grande grève de la fin 1947 signait la fin de l’expérience. Finalement, la direction autant que les politiques sabotèrent l’expérience qui ne s’inscrivait ni dans la logique d’un libéralisme renaissant [3] ni dans un projet plus global de lutte anti capitaliste.

L’expérience ne survécut pas aux premiers soubresauts de la "guerre froide" et, comble d’ironie, l’entreprise fut finalement restituée à ses anciens propriétaires, pourtant condamnés pour faits de collaboration. Par arrêt du 22 juillet 1949, le Conseil d'État saisi par la famille Berliet, annule l'arrêté du 1er août 1946 qui avait nommé Marcel Mosnier administrateur provisoire. Un nouvel arrêt du Conseil d'État du 28 décembre 1949 casse l'arrêté nommant Henri Ansay administrateur provisoire, mettant fin à l'action judiciaire.

 
De la Berliet 24 HP 1905 à la Berliet Dauphine 1939

Notes et références
[1] Les automobiles Berliet passent sous contrôle de Renault en 1974, devient RVI (Renault véhicules industriels) en 1978 et cédé au groupe Volvo en 2000 devenant Renault Trucks.
[2] Le 3 septembre 1944, Marius Berliet est arrêté, les FTP réquisitionnent les usines Berliet, le Commissaire de la République à Lyon, Yves Farges, s'appuyant sur la loi du 10 septembre 1940, place l'entreprise sous séquestre le 5 septembre et fait arrêter les quatre fils Berliet le 13 septembre 1944.
[3] Par exemple, le général de Gaulle déclara qu’il « ne voyait aucune raison […] pour que le régime absurde qualifié d’expérience Berliet continue pour cette usine. »

      
Un des logos Berliet                      Camion Berliet GLR

Voir aussi
Revue française de science politique, Les forces politiques en France, 1975, Marc Ameil, La CGT lyonnaise 1944-1948
Monique Chapelle - Berliet - Éditions Le Télégramme, 2005
Louis Muron " Marius Berliet, 1866-1949", Éditions Lugdunum, 1995
Marcel Peyrenet, Nous prendrons les usines : Berliet : la gestion ouvrière (1944-1949)

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