Henri-David Thoreau en 1854, 1856 et 1861

« Vivre fut sa profession, s'émerveiller sa raison d'être, écrire sa façon de se révolter ou de témoigner. » Michel Barrucand [1]

Son ami le poète Nathaniel Hawthorne en donne une description sans concession  : « Il est laid : un long nez ; une bouche étrange ; des manières rustiques quoique courtoises, qui correspondent très bien à son apparence extérieure. Mais sa laideur est quand même honnête et agréable, et lui sied mieux que la beauté. » Par contre, un autre de ses amis, William Ellery Channing, lui voit une ressemblance avec Jules César et Thoreau lui-même ne se juge pas beau, avec un nez qu'il considère comme étant son « trait le plus proéminent. »

Avec son ami l’écrivain et philosophe Ralf Waldo Emerson, il fut un adepte de Rousseau et l’un des membres importants d’un mouvement idéaliste, le Transcendantalisme fondé sur la bonté innée des hommes et de la nature. Il pensait que la société et ses institutions religieuses et politiques ne faisaient que porter atteinte à cette bonté humaine et que, s’il était possible de fonder  une vraie communauté, ce ne pouvait être qu’avec des individus autonomes.

Le philosophe Michel Onfray appelle Henri Thoreau « le Diogène du siècle industriel. » Michel Onfray, dont le cours sur Thoreau vient de faire l'objet d'une version sonore, [2] estime que Thoreau s'oppose au courant kantien, abordant le monde par l'intuition, la sensation et une émotion quasi mystique. Il rejette la société matérialiste pré-industrielle dans laquelle il vivait, pensant non pas « pour produire une belle arabesque conceptuelle, mais pour vivre. »

       
Sa maison de Walden                 Sa maison familiale en 1860

Henri-David Thorea pour Boualem Sansal

Cet homme, comme l’écrit Boualem Sansal, était tout bonnement la réincarnation de Rousseau dans le Nouveau Monde. Un homme en tout cas optimiste pour lui-même puisqu’il écrit dans un poème, « Ma vie a été le poème que j'aurais voulu écrire. »

Même s’il est peu connu en Europe, Thoreau a exercé une grande influence chez les intellectuels de son époque et bien au-delà.  Selon lui, « les religions corrompent les hommes comme la pollution corrompt la nature. » Il a également dénoncé et combattu l’esclavage, l’oppression de l’État, la dictature du marché et la tyrannie de la religion. Maux dont nous souffrons toujours dans nos sociétés si policées, si riches… si bien hiérarchisées.

      

Nous le connaissons aussi par son Journal qu'il écrivit pendant vingt ans, d'octobre 1837 à novembre 1861, structuré en quatorze volumes. Il l'appelait le « calendrier des marées de l'âme », y ayant réuni notes, poèmes, comptes rendus, états d’âme, herborisations, réflexions, thèmes qu'on retrouve dans ses autres ouvrages. C'est sans doute le seul travail auquel il se consacra tout au long de sa vie. Concernant son contenu, on peut dire qu'il s'agit non d'un journal intime où il urait ses "états d'âme" mais de notations sur la nature dans la région de Concord dans l'état du Massachusetts.

       

C’est à partir de ces idées –la simplicité étant l’essence de la vraie vie- qu’il est parti s’isoler dans la forêt de Walden, se nourrissant des fruits de son travail, organisant sa vie autour de la méditation. La force de l’acte est plus forte que la force de la parole. DE cette expérience naîtra son livre Walden ou la vie dans les bois.

Thoreau n’était pas non plus un pacifiste, il se mobilisait pour les batailles qui lui tenaient à cœur et il écrira sur ce sujet un livre intitulé La désobéissance civile, témoin d'une opposition personnelle face aux autorités esclavagistes qui a largement inspiré les actions collectives que mèneront des gens comme Gandhi ou Martin Luther King contre la ségrégation raciale.

Ainsi, il formule l’idée d’une réforme morale de la société par la non-collaboration aux injustices des gouvernements mais la plupart du temps, il restera  à l'écart de toute activité et organisation sociale.

Pour beaucoup, il demeurera le chantre d’une écologie avant la lettre, « l’amour de la nature comme foyer d’accomplissement de l’humanité. »

                

Notes et références
[1] Michel Barrucand : Maître de conférences à l'Université de Toulouse, auteur surtout connu pour ses trois histoires de la littérature : histoire de la littérature canadienne (2008), Histoire de la littérature des États-Unis (2006), Histoire de la littérature irlandaise (2010)
[2] Cours paru aux éditions Frémeaux & Associés dans la collection «Contre-Histoire de la philosophie, n°11», 13 CD

<< Christian Broussas • °° Thoreau °° -- 01/12/2018 >>