Référence : Jean-Marie Gustave Le Clézio, Hasard, éditions Gallimard, collection Blanche, 336 pages, janvier 2001

« Les deux courts romans (ou longues nouvelles) qu'on va lire, Hasard et Angoli Mala, sont séparés par quinze années. Il m'a semblé qu'ils parlaient du même apprentissage, de l'amour de la nature, du mal aussi. Mais au moment de les réunir, je ne sais plus très bien lequel est le miroir de l'autre. »

           
                                             Le Clézio à Saint-Malo en 1999

C’est ainsi que Jean-Marie Gustave Le Clézio présente ses deux "longues nouvelles" qui nous emmènent dans des univers lointains dont il a le secret. Le hasard fait bien ou fait mal les choses mais en tout cas, il agit, bouleverse les vies en jouant des tours  au destin.

Le Clézio aime bien les nouvelles, assez longues si possible, entre le roman et la nouvelle classique comme il le dit lui-même. Dans ses textes récents, on trouve aussi de ces Novellas comme on les appelle également, dans Tempête paru en 2014 qui contient aussi deux nouvelles (Tempête et Une femme sans identité), de même que dans Chanson bretonne paru en 2020, bâti de la même façon sur deux nouvelles intitulées Chanson bretonne et L'enfant et la guerre.

                     

"Hasard", c'est l'histoire de Nassima, une petite fille solitaire et rêveuse qui habite avec sa mère à Villefranche-sur-mer. Juchée sur le chemin de ronde, elle espère le retour d'un voilier, le Azzar qui appartient à un cinéaste aventurier Juan Moguer. Elle se retrouve une nuit incognito à bord de ce voilier mythique.

Et c'est pour elle l'aventure, dominée paradoxalement par de grands espaces, la solitude et le silence. Cependant, malgré le ciel immense, la présence des dauphins, de l'Italie à la Martinique, de la Colombie à Panama, la réalité gagne toujours et les rêves s'évanouissent.

           

Azzar est aussi pour Nassima l'espoir de renouer avec ce père absent ou à défaut, d'en trouver un autre à travers Juan, le cinéaste navigateur. Azzar comme le hasard, lieu justement où se noue le hasard des rencontres, qui parfois joue un grand rôle dans l'avenir des individus, leurs ouvrent des horizons ou les propulsent dans des situations impossibles. Juan Moguer y sera confronté avec son bateau fétiche pour son plus grand malheur.

"Angoli Mala" nous entraîne quant à lui dans la forêt du Darién, un espace naturel du Panama, resté très sauvage, à la frontière colombienne. Le Clézio est parti d'une légende indienne où le héros s'incarne dans un jeune orphelin, Bravito, qui revient chez lui. Il y découvrira les aléas de la vie, de la violence à l'amour avant de s'enfouir dans la forêt profonde où il s'engloutira.

                     
Cette forêt parfois impénétrable, Le Clézio la connaît bien puisqu'il y a habité au début des années soixante-dix, partageant la vie difficile des indiens de cette région. Il écrira en 1971 un livre témoignage sur cette expérience, intitulé Haï. Cette fois dans cette nouvelle, l'auteur nous entraîne dans un conte, entre le merveilleux et la réalité, dans un lieu qui est aussi impénétrable pour un européen que la mentalité de ses habitants.

Ses histoires puisent ainsi aussi bien dans le réel que dans l'imaginaire comme par exemple dans la relation entre Bitna et Salomé, ses deux héroïnes de son roman Bitna, sous le ciel de Séoul.

« Les idées sont toutes objectives. C’est le réel qui donne naissance à l’idée, et non pas l’idée qui exprime ce qu’il y a de concevable dans la réalité. » J.M.G. Le Clézio, L’extase matérielle.

                
Le Procès-verbal (1963) et l’extase matérielle (1967)     JMG Le Clézio en 2019

À travers ses descriptions incomparables, Le Clézio nous parle aussi de la violence de l’homme, son arrogance doublée de sa cupidité. Il nous fait partager les difficultés des exploités, des miséreux, des toutes jeunes prostituées et de leurs riches clients dans les rues de Medellin en Colombie, des indiens expropriés et humiliés et des flics corrompus au cœur de tous les trafics qui sévissent dans les bouges de Yaviza, au Panama ou ailleurs.

Avec l’auteur, on vogue sur l’immense océan, on se balade dans les villes improbables de Panama et de Colombie, on sillonne aussi l’insondable forêt si belle et si redoutable où  on se perd quelque peu comme l’homme se perd dans des villes à sa démesure.

                     
      "Faire de l'ici, du présent, du déployé, notre vraie demeure"

* Voir aussi
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Voyage au cœur du mondeLe Clézio et le sacré --
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<< Christian Broussas, Le Clézio Hasard, 09/08/2021 © • cjb • © >>
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