Le docteur Bernard Ménétrel et le Maréchal Pétain

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Philippe Pétain est d’abord pour Bernard Ménétrel un père de substitution après le décès en 1936 de son père, avant de le choisir comme médecin personnel puis conseiller privé pendant la guerre.

 Très tôt, ils sont donc intimes. Lors de son mariage, Pétain est son témoin et lorsque Pétain est rappelé par Paul Reynaud de son poste d'ambassadeur d'Espagne pour participer au nouveau gouvernement en 1940, il loge chez Ménétrel, avenue Montaigne à Paris. C’est un homme assez effacé, sympathisant de l’Action française, comme on trouvera d’autres dans l’entourage du maréchal.

Dès la naissance de l’État français, on le trouve dans l’ombre du Maréchal : il accompagne le Maréchal à Bordeaux puis devient son secrétaire particulier à Vichy tout en veillant sur sa santé aussi bien que sur son image. On le voit par exemple sur une photo largement diffusée soulevant avec sa canne la petite fille de Bernard Ménétrel. Il l'accompagne lors de sa promenade quotidienne et durant toute la guerre, il sera toujours aux côtés du Maréchal, son bureau servant d'antichambre à celui de Pétain.

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Ceci explique que Pierre Laval par exemple le rendra responsable de son éviction du gouvernement le 13 décembre 1940 ou plus tard les mauvaises relations entre le docteur et l’amiral Darlan. Il faut noter le climat d'intrigue qui régnait alors à Vichy, [1] même si l’influence réelle du docteur n’a jamais été déterminante, se cantonnant aux visites mensuelles du Maréchal en province ou conseillant au Maréchal de refuser de participer avec Hitler au rapatriement des restes de l’Aiglon aux Invalides. Ses efforts pour que Pétain rejoigne l’amiral Darlan à Alger en novembre 1942 ou pour quitter Vichy à l’été 1944 resteront vains.
Ce qui montre les limites d'influence de Bernard Ménérel sur le Maréchal.

Il est difficile d’évaluer le niveau d’antisémitisme du docteur Ménétrel. Madame Pétain pensait qu’il était très antisémite et avait une influence plutôt pernicieuse sur son mari. Vis-à-vis des Allemands, son comportement est très ambigu. Il disait volontiers à son interlocuteur Knochen [2] son admiration personnelle pour la politique de liquidation radicale de son pays mais lui présenta en juin 1943 la position du Maréchal comme excluant toute solution radicale de type nazie pour s’orienter vers une solution nationale qui interdit aux juifs d'accéder à des postes importants.
Une politique de balance souvent utilisée dans ce milieu, qui n'indique pas une idéologie marquée telle qu'elle existait chez d'autres "collabos".

Néanmoins, le docteur Ménétrel s’arroge le droit de bloquer les courriers d'anciens combattants juifs adressés à Pétain pour solliciter sa clémence, moyen classique pour lui de tourner la loi. Comme agent de communication du maréchal, il est à l’origine de cette image qui fait du Maréchal Pétain un grand patriote, mais un homme faible, facilement manipulable par un Pierre Laval par exemple.

      

Malgré ses conseils au Maréchal de liquider le régime de Vichy et de fuir, il le suivra jusqu’à la fin, jusqu’à Sigmaringen où il sera arrêté par les Allemands le 22 novembre 1944 à l’initiative de Fernand de Brinon qui voulait le remplacer par Céline. Par un retour du sort, il est détenu en Bohême au camp d’Eisenberg avec d’autres vichistes puis libéré le 7 mai 1945 par les Américains.

Emprisonné ensuite à Fresnes lors de son retour en France, inculpé d’intelligence avec l’ennemi, il bénéficiera finalement d’un non-lieu. Mais quelques mois plus tard, en mars 1947, il sera tué dans un accident  de voiture.

Pétain et le docteur Ménétrel

Notes et références
[1] Voir à ce sujet le livre de Marc Lambron intitulé "1941" --
[2]
Le colonel SS Helmut Knochen était chef de la sureté et du SD, le service de renseignement de la SS pour la France

Bibliographie
* Bénédicte Vergnez-Chaignon, Le Docteur Ménétrel, une éminence grise et confident du maréchal Pétain, Perrin, 420 pages, janvier 2002
* Paul Racine, J'ai servi Pétain. Le dernier témoin, Le Cherche-midi, 2014.

Voir aussi mes fiches histoire 2016
* Georges Duby, Sur les traces de nos peurs --
* Quand Lyon devint française --
* Jean-Marie Constant, C'était la Fronde --
* Des gaulois aux Français -- Jacques Serverin, Les ombrelles du quai Pierre-Scize --

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