Suzanne Valadon et ses contemporaines... L'art moderne au féminin"

     
C
atharina  van Hemmessen 1548, Premier auto portrait connu d’une femme peintre
Marie Laurencin, Apollinaire et ses amis, 1908

Cette exposition au Monastère royal de Brou à Bourg-en-Bresse, se veut surtout un moyen de mieux faire connaître l’émancipation des artistes femmes et leur contribution incomparable aux évolutions que connut la France des années 1880-90 aux années 1930-40. Elle propose d'abord de redécouvrir Suzanne Valadon et de la voir comme l'inspiratrice d’André Utter et de Maurice Utrillo.

  Marie Petiet, Les blanchisseues 1882

L'exposition, reposant sur une centaine d'œuvres, permettra de se faire une idée du rôle et de l'influence de ces femmes artistes qui ont largement participé aux courants artistiques qui se sont développés entre la fin du XIXème siècle et la période de l'entre-deux-guerres.

  Lotte Laserstein Dans mon atelier 1928

Nous en profiteront pour faire un petit tour d'horizon des femmes peintres qui ont compté dans cette période si complexe située entre 1850 et l'an 2000, qui a ouvert tant de voies depuis l'invention de la photographie.

                       
Hermine David Autoportrait 1904   Marie Braquemond Sur la terrasse à Sèvres 1880

Suzanne Valadon : De Montmartre au salon des Beaux-arts

On a souvent fait de Suzanne Valadon (1865-1938) la figure du modèle, une des reines de la bohème parisienne de son époque, ou plus simplement la mère et la muse d'Utrillo ou la femme d'André Utter. Elle fut tout cela à la fois… et plus encore.

        
Renoir La natte, 1887                 Toulouse Lautrec Gueule de bois, 1888
(portrait de Suzanne Valadon)        (portrait d’après Suzanne Valadon)

Sa vie (ou ses vies pourrait-on dire) fut riche en événements, en errances, en ruptures, en bonheurs aussi. Une vie difficile en tout cas : fille de blanchisseuse, père inconnu, vivant de petits boulots, tour à tour apprentie modiste, acrobate, modèle de Jean-Jacques Henner ou Puvis de Chavannes, elle trouva sa vocation plus tard dans la peinture. 


Suzanne Valadon, La Chambre bleue, 1923, huile sur toile

Rien pourtant ne la prédisposait à devenir artiste peintre : sans formation mais remarquée par Édouard Degas qui voit par hasard ses dessins. À force de volonté, de travail, elle fut l’une des toutes premières femmes admises à La société nationale des Beaux-arts en 1894, aussi douée dans la peinture que le pastel, le dessin ou la gravure, son style se caractérise par un trait bien marqué, à la fois « souple et dur » disait Degas.

               
Suzanne Valadon et Utrillo     Autoportrait 1934                 Femme aux bas blancs 1927

Elle peint dans une espèce de transe qui lui permet à la fois de se concentrer et de s’évader de son environnement, utilisant plusieurs pinceaux et brosses en même temps qu’elle tient dans ses mains ou même entre ses dents. 

            
Autoportrait 1893                      Autoportrait 1927            Nu au drap blanc 1922

Affectionnant les rouge-grenat, elle a réalisé maints portraits de femmes, dont des autoportraits, comme ses nus (Nu sur le sofa, 1920 et 1928, Les 2 baigneuses, 1923), ses femmes assises (La poupée abandonnée, 1921, Lily Walton, 1922, La femme aux bas blancs et Maria Lani en 1924), des portraits d’hommes, surtout de son fils et de son mari (Monsieur Mori, 1922, Maurice Utrillo, 1921, André Utter et son chien, 1932)  [1]
Amoureuse des chats, elle les a représentés à maintes reprises en particulier son chat Raminou qu'elle peint dans les années vingt. (vois photos sur le site BlogArt)

                 
 Camille Claudel Buste de Paul Claudel à 37 ans, étude, 1905
 Sonia Delaunay Prismes électriques 1914

Ses contemporaines... et quelques autres

C'est au tournant des 19e et 20e siècles que les femmes peintres et sculptrices vont lutter pour être reconnues comme des artistes à part entière, passant comme Suzanne Valadon (1865-1938) du statut de modèle à celui de peintre accomplie. Contribuant aux mouvements d'avant-gardes, elles pratiqueront le portrait et l'autoportrait [2], et s'empareront aussi de sujets jusque-là réservés aux hommes, comme le nu. L'exposition réunit quelque 50 d'entre elles, célèbres comme Camille Claudel 1864-1943), Marie Laurencin (1883-1956) et ses portraits épurés, Sonia Delaunay (1885-1979) et son cubisme multicolore, Séraphine de Senlis et ses compositions florales ou Tamara de Lempicka (1898-1980) et l'art décoratif, et d'autres moins connues, démontrant ainsi que le talent artistique n'a pas de genre.

          
Marie Laurencin, Les déguisés, 1926 -- Séraphine de Senlis, Feuilles, 1929 --
Tamara de Lempicka L’écharpe bleue, 1930 --

Pas question bien sûr de définir des convergences esthétiques entre toutes ces femmes peintres, surtout que beaucoup ne sont pas vraiment liées à un courant artistique, mentor

Le premier mouvement représenté est l'impressionnisme avec Berthe Morisot (1841-1895) et ses motifs aux tons pastel comme eux de sa soeur Edma Morisot, (1839-1921) qui a beaucoup peint des paysages avant d'arrêter la peinture après son mariage, Mary Cassatt (1844-1926) et la sérénité de ses portraits et  Éva Gonzalès (1849-1883) moins conue parce que morte très jeune. Quatuor auquel on peut rattacher la portraitiste Marie Bracquemond (1840-1916) [voir Sur la terrasse à Sèvres cu-dessus et Le goûter ci-dessous.]

           
Mary Cassatt Jeune femme en vert dans le soleil, 1914
Éva Gonzalès Secrètement, 1878 - Berthe Morisot Le berceau 1872 -

D'autres sont plus difficiles à classer, restant dans un style classique comme Hermine David (1886-1970), la portraitiste Louise Abbéma, (1853-1927) qui excellait dans le portrait mondain, Rosa Bonheur (1822-1899), ses animaux et ses tableaux bucoliques, Frida Kahlo (1907-1954) la mexicaine, la surréaliste espagnole Remedios Varo, (1908-1963) et ses dominantes rouge-oranger ou l'approche primitive de la franco-russe Nathalie Gontcharoff (1881-1962).

         
 Marie Bracquemond Le goûter 1880 - Frida Kahlo Autoportrait avec Bonito 1941 -
 Nathalie Gontcharoff Fruit 1900

Et le mouvement se poursuit à l'époque contemporaine où, de la multitude des courants et des tendances, on peut dégager Maria Helena Vieira da Silva, 1908-1992 et son néo cubisme foisonnant, les portraits esquissés de Leonor Fini, (1908-1996), les sculptures rebondies & multicolores de Niki de Saint-Phall (1930-2002), les femmes-maisons et les araignée géantes de Louise Bourgeois  (1911-2010), le tachisme d'Helen Franckenthaler, (1928-2011) ou le néo surréalisme de l'anglo-mexicaine Leonora Carrington, (1917-2011). [3]

             
Helen Frankenthaler Winter Hunt 1958 - Niki de Saint Phalle Nana danseuse 1995
Leonor Fini, Portrait de madame H I 1942

   Louise Bourgoin Maman 1999

Notes et références
[1] Voir la Galerie de portraits où l’on retrouve la plupart de ces tableaux
[2] VoirLes femmes peintres et l’autoportrait --
[3] On pourrait aussi prendre d'autres exemples comme
Paula Modersohn-Becker (1876-1907), Maria Blanchard (1881-1932), Lilla Cabot Perry (1848-1933), Annie F. Shenton (1874-1964), Charlotte Berend-Corinth (1880-1967), Romaine Brooks (1874-1970), Hanna Nagel (1907-1975), Elsa Haensgen-Dingkuhn (1898- 1991), Lotte Laserstein (1898-1993), Sylvia Sleigh (1916-2010)

                 
Valéry Favre, Balles & tunnels, 2009     Maria-Helena Vieira da Silva, Égypte, 1972

Voir aussi

*Michel Peyramaure, Les escaliers de Montmartre (Suzanne Valadon) -
* Femmes peintres des origines à nos jours --

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<< Christian Broussas, Valadon 25/01/2020 © • cjb • © >>
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