La peinture belge au musée de Lodève : James Ensor, René Magritte, Paul Delvaux, Pierre Aléchinski…

      
                                          2- Alfred Stevens La visite des condoléances 1857

Cette exposition au musée de Lodève dans l’Hérault, permet de parcourir les plus grands peintres belges représentés au musée d’Ixelles à Bruxelles. Elle permet d’avoir une idée de son évolution entre la fin du 19e siècle au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, d’y déceler les influences et sa singularité marquée par un balancement entre le réel et l’imaginaire, une certaine propension au non-conformisme.

   
3- Ensor aux masques 1899          4- Georges Lemmen Nu, 1907

Pas moins de 90 œuvres sont exposées, réparties en pré-impressionnisme et impressionnisme, symbolisme, fauvisme, expressionnisme, surréalisme, abstraction et le mouvement CoBrA abstraction construite et lyrique.

          
5- Jan Varhas Les demoiselles          6- Herman Richir, Le thé (le couple Wytsman)
de Van der Perre, 1887

C’est la première moitié du XIXe siècle qui verra se constituer une identité artistique spécifiquement belge. À l’exemple de la France, un salon officiel des Beaux-Arts est organisé en alternance dans les principales villes de Gand, Anvers et Bruxelles. Puis les musées vont essaimer peu à peu dans tout le pays, constituant un art belge spécifique, même s’il a subi l’influencedes grandes nations voisines.

     
7- Georges Morren Femme épinglant son chapeau, 1901
8- Jan Toorop, Dame à l’ombrelle, 1890
9- Théo Van Rysselberghe, Jeanne Pissarro, 1895

Les mouvements impressionnistes

La fin du 19e siècle voit éclore une avant-garde belge va créer une grande émulation culturelle qui va compter dans l'évolution picturale de cette époque. Ce foisonnement artistique dû surtout à Octave Maus (1856-1919) va déboucher sur les différents courants impressionnistes par l’intermédiaire du marchand d’art Durand-Ruel (1831-1922) et l’on peut admirer dans les grandes expositions initiées par Octave Maus la fine fleur de l’impressionnisme français, entre autres Berthe Morisot et Camille Pissarro fin 1880 puis Sisley qui influenceront un artiste comme Émile Claus (1849-1924). [Voir photo 11]

      
10- Rik Wouters Le chou-fleur 1912         11- Émile Claus La Levée des nasses, 1893

Un tournant sera pris en 1886 avec la toile de Georges Seurat (1859-1891) Dimanche après-midi sur l'île de la Grande Jatte (Art Institute of Chicago), exposée à Bruxelles en 1887 avec Pissarro et Signac. Ce sera l’origine de l’émergence d’un courant belge spécifique avec Willy Finch (1854-1930), Henry Van de Velde (1863-1957), Théo Van Rysselberghe (1862-1926), Anna Boch (1848-1936), Georges Lemmen (1865-1916).
[Voir photos 9, 20, 21, 22, 4]

             
12- Théo Van Rysselberghe             13- Constant Permeke Niobe 1951
Portrait de Constant Permeke

Les artistes belges ont largement participé aux différentes évolutions picturales qui ont marqué le 20e siècle, le symbolisme qui va développer les thèmes des mythes et des légendes, se focaliser sur la féminité, chez Félicien Rops comme chez Fernand Khnopff.

                      
14- Paul Delvaux La fenêtre 1936  15- Fernand Khnop La chimère 1910  
16- Georges De Geetere Portrait de sa femme

On retrouve la fascination pour la couleur, en particulier dans le fauvisme, chez des peintres comme James Ensor le plus connu, [Voir photo 3] pratiquant la couleur pure et les touches larges mais aussi chez Rik Wouters (1882-1916), Willem Paerels (1878-1962), Ferdinand Schirren (1872-1944) ou encore Jos Albert (1886-1981). [Voir photo 17]

             
17- Jos Albert, Grand intérieur, 1914  
18/19- Frits Van den Berghe, Stella Van de Wiele 1916 et L’idiot devant l’étang 1926


Après la Grande Guerre, l’expressionnisme flamand vise un art plus populaire et agreste, en particulier avec Constant Permeke (1886-1952), [Voir photo 13] Gustave De Smet (1877-1943) [Voir photo 24] et Frits Van den Berghe (1883-1939). [Voir photos 18, 19] Parallèlement se développe un courant surréaliste dynamique basé sur le rôle de l’introspection et de l’inconscient, une poésie qui se dégage de ses œuvres, faite de réalisme confronté à l’étrangeté. Ces tableaux pleins de mystère se retrouvent chez les deux grands maîtres de ce courant, René Magritte (1898-1967) [Voir photo 23], le maître incontesté qui cultive une ambiguïté pleine d’ironie [1] et Paul Delvaux (1897-1994) [Voir photo 14] qui peint un univers mystérieux marqué par le silence et des décors austères.

             
20/21- Anna Boch En juin 1894 et Composition du bouquet     22-
Willy Finch Fleurs en pot

Dans sa toile L'Heureux donateur  (1966), René Magritte [Voir photo 23], à travers son titre,  rend hommage à Jean Coquelet,  ancien conservateur du Musée d'Ixelles, pour ce qu’il lui doit. La toile met en perspective  de la silhouette de l'homme au chapeau melon investie par un paysage nocturne dominé par une lumière contrastant avec l'intérieur de la maison pour en augmenter l’ambiguïté.

                         
23- René Magritte L’heureux donateur, 1966  24- Gustave De Smet La bonne maison 1926

Le groupe CoBrA (contraction de Copenhague, Bruxelles, Amsterdam) prône un retour à la spontanéité de l'art, à relier au courant de l'Art Brut qui se développe en France à la même époque avec Jean Dubuffet (1901-1985) ou Chaissac (1910-1964). [2] Leur crédo : dépouiller l’art de toute référence intellectuelle. Par exemple, chez Alechinsky et Dotremont, le tableau est d’abord un ensemble de jeux graphiques sans signification explicite, ce dernier travaillant sur le concept de "peintures-mots" puis d’écriture peinte (les "logogrammes"). Leurs tableaux avec leurs figures géométriques et leurs volutes colorées donneront naissance au courant qu’on a appelé l'abstraction lyrique.
[Voir photos ci-dessous, 25, 26]

     
25- Pierre Alechinsky, CoBrA de transmission, 1968 Acrylique sur toile
26- Christian Dotremont, Logogramme 1972

Ce courant est d’abord dit "abstraction construite" et repose sur la négation de la forme. Un peintre comme Jo Delahaut (1911-1992) travaille à réduire la forme, évoluant vers ce qu’on nommera l’abstraction géométrique avec des artistes comme Luc Peire (1916-1994) [Voir photo 30] ou Dan van Severen (1927-2009).

      
27- Englebert von Anderlecht, Peinture bleue n°101, 1960
28- Jacques Doucet Terre de mer, 1960 (abstraction lyrique)

Ceux qui ne se retrouvaient ni avec Jo Delahaut ni avec le groupe CoBrA se sont  souvent tourné vers l’École de Paris de l’abstraction lyrique comme Bram Bogart (1921-2012) qui relie sa gestuelle picturale aux propriétés de la couleur ou  Englebert Van Anderlecht (1918-1961) et Antoine Mortier (1908-1999).
[Voir photos 27, 31, 32]

   
29- Antoine Mortier Floraison en bleu, 1963          30- Luc Peire Nieuw Rotterdam, 1961

Antoine Mortier [Voir photo 29] va progressivement passer de la figuration à l'abstraction, rejoignant à partir de son tabeau "Figure bleue couchée", les courants de l'Action painting et l'expressionnisme abstrait. Chez lui, ce n'est pas seuement le geste qui compte mais le sujet qui est longuement travaillé et réinterprété.

               
31- Jo Delahaut Composition 52       32- Bram Bogart Aquagravure croix 1990

Notes et références
[1]
Voir  dans ses œuvres les éléments qu’il utilise, comme les (bilboquets, les quilles, les planchers, cheval et cavalier.
Voir L'art brut, La relation entre Chaissac et Dubuffet --

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