Les expositions :
"Camille Pissarro, le premier des impressionnistes", musée Marmottan, février-juillet 2017
"Pissarro, la nature retrouvée", musée du Luxembourg, mars-juillet 2017

                
La bergère ou Jeune fille à la baguette                      Autoportrait

Exposition « Le premier des impressionnistes », comme disait Paul Cézanne.
Musée Marmottan, février-juillet 2017

Camille Pissarro, (1830-1903), d’origine danoise, est né à Saint-Thomas, alors possession danoise, dans les Îles Vierges, et mort à Paris.

Ce peintre impressionniste puis néo-impressionniste est sans doute le seul à avoir participé aux huit expositions impressionnistes, considéré comme un patriarche du mouvement.

Il fuit une vie de négoce à laquelle le destinait son père, il arrive en 1855 à Paris, l’année de l’Exposition universelle. Pour lui, c’est une découverte, un émerveillement. Il y rencontre Jean-Baptiste Corot, il y découvre Delacroix, Courbet, Ingres et Daubigny. Il est surtout touché par les tableaux de Jean-François Millet, de Corot et le réalisme de Gustave Courbet.

   Camille Pissarro et sa femme Julie Vellay à Pontoise en 1877

Puis ce sera vers 1860, sous l’égide de plusieurs Académies, la rencontre avec des artistes comme Claude Monet, Ludovic Piette, Armand Guillaumin ou Paul Cézanne, qui fut ensuite son élève, puis Manet en 1866. En 1863, Cézanne et Zola vont le voir dans son atelier de La Varenne.

Pissarro s’installe d’abord à Pontoise, près de ses amis le Docteur Gachet et le peintre Daubigny qui vivent à Auvers sur Oise, puis à Louveciennes. Malgré le soutien d’Ambroise Vollard, il vend peu et ses débuts sont très difficiles.
Il vit avec Julie Vellay, fille de viticulteurs bourguignons, son ancienne domestique qu’il épousera plus tard à Londres et qui lui donnera huit enfants. Union rejetée par son père, mécontent de cette "mésalliance", qui lui coupera les vivres.

            
Chataigniers à Louveciennes 1870  Rouen rue de l'épicerie     Toits rouges Pontoise 1877

Pendant la guerre de 1870, il est obligé de quitter son atelier qui sera pillé, la plupart de ses tableaux détruits, pour se réfugier à Londres auprès de Monet et retournera à Pontoise après la guerre pour y vivre une dizaine d’années. C’est là que viendront le retrouver Paul Gauguin avec qui il se brouillera ainsi que Paul Cézanne qu’il encourage à peindre en extérieur.
Il finir ses jours dans sa maison d’Éragny sur Epte qu’il acheta grâce à un prêt amical de son ami Claude Monet.

En digne impressionniste, Camille Pissarro a surtout peint des paysages et des scènes champêtres, mais aussi  des scènes de Montmartre ou des environs du Louvre et des Tuileries, qu’il a bien connues. Dans son atelier parisien, il a eu pour élèves des artistes au destin prestigieux comme Paul Cézanne ou Paul Gauguin. En 1872, il va commencer une fameuse collaboration avec son ami Paul Cézanne qui est venu avec sa famille s’installer d’abord à Pontoise puis l’année suivante à Auvers sur Oise, grâce au docteur Gachet. Une mutuelle influence s’exerce sur leurs œuvres de cette époque, plus impressionnistes chez Cézanne, plus construites chez Pissarro.

         
1- Printemps, pruniers en fleurs, Pontoise (1877), Paris, musée d’Orsay
2-Bouquet de lilas 1876 -- 3- Chaumières à Auvers sur Oise, 1873 -- 

Camille Pissarro fut également un anarchiste militant, proche un temps de Gauguin, et fréquentant  les peintres de la Nouvelle-Athènes du mouvement libertaire. [1] Il refusa toujours toute concession commerciale, préférant rester dans l’ombre, déclarant en 1896 : « Nous ne demandons pas mieux que d’être classiques, mais en le trouvant par notre propre sensation, oh ! que c’est différent ! »
En somme, évoluer, rompre pour mieux rester classique !

Le musée Marmottan Monet présente dans cette exposition monographique quelque soixante-quinze de ses chefs-d’œuvre, peintures et tempéras, [2] provenant des plus grands musées du monde entier et de prestigieuses collections privées, retracent l'œuvre de Camille Pissarro, de sa jeunesse dans les Antilles danoises jusqu’aux grandes séries urbaines de Paris, Rouen et Le Havre à la fin de sa vie.

À l'entrée de l'exposition, on découvre l'autoportrait de Camille Pissarro. Sept sections retracent l’ensemble de sa vie et de son œuvre. Il est initié à la peinture dans les îles, loin de Paris et de l'académie des beaux-arts. Premier à supprimer le noir et les ocres de sa palette, il évolue vers une peinture plus claire, plus limpide, propre à l'impressionnisme. Mais dès 1886, Pissarro évolue en compagnie de Georges Seurat, vers le néo-impressionnisme.

            
1- Jeune paysanne au chapeau de paille 1881  --  2- Pommier en fleur 1894
3- Boulevards extérieurs, effets de neige, 1879


Exposition "La nature retrouvée".
Musée du Luxembourg, mars-juillet 2017

          
La maison d’Éragny       Pissarro dans son atelier       L’atelier d’Éragny

Camille Pissarro a été quelque peu délaissé depuis la dernière manifestation en 1981 puisqu’on lui a entre temps  rendu hommage aussi bien au Japon, en Allemagne, en Grande Bretagne qu’aux États-Unis. Pour rattraper cet oubli sans doute, ce sont deux expositions qui auront lieu en 2017, à Marmottan et au Luxembourg.

Ceci est sans doute dû également à une recherche en constante progression avec en particulier la publication des cinq volumes de sa correspondance, l’inventaire de la grande collection de dessins de l’Ashmolean Museum d’Oxford et le catalogue de ses tableaux réalisé par l’Institut Wildenstein-Paris. [3]

         
  Les foins à Éragny 1901                                       Les laveuses à Éragny 1895

L’exposition est centrée sur les vingt dernières années de la vie d’un artiste décidé à marier dans le village d’Éragny sur Epte, une existence champêtre avec son engagement politique. Elle met en lumière aussi bien tableaux que dessins et gravures. On peut y voir les beaux paysages de sa ferme rustique que Pissarro a peinte tout au fil des saisons, des compositions mettant en scène de nombreux personnages, reconstituant son monde rural à lui. Une place à part permet de réunir ses œuvres graphiques de cette époque, aquarelles et gravures.

C’est en 1884 que Pissarro s’installe en famille en 1884 à Éragny où il vivra quelque vingt ans au rythme de sa peinture, de sa ferme et d’une poésie champêtre, recevant ses chers amis artistes peintres Monet, Cézanne, Van Gogh ou Gauguin. [4]

Dans ce cadre bucolique, il en profite pour réaliser des travaux collectifs, et crée avec son fils Lucien la Éragny Press, une petite maison d’édition qui orne d’illustrations et de reliure d’art les textes qu’il affectionne.

    
1- Le jardin d’Éragny (détail), 1898, huile sur toile, Washington
2- La Maison Delafolie à Éragny, soleil couchant, 1885, Orsay/Grenoble
3- L'église d'Éragny, 1884

L’anarchiste militant qu’il était fut inquiété, à tort, après l’assassinat du président Sadi-Carnot. L’exposition en montre des témoignages avec son curieux recueil Turpitudes sociales où il rend aussi hommage à Daumier ou les journaux anarchistes auxquels participait Camille Pissarro. On peut sentir cet engagement dans sa peinture, des thèmes liés à la nature, à leur production agricole, quand par exemple son ami Monet transforme son potager de Giverny en un florilège multicolore. Et en effet, le jardin de Monet et la ferme de Pissarro bordaient la même rivière d’Epte, d’Éragny à Giverny...

   
Les glaneuses 1889                        Autoportrait 1898            La fenaison à Éragny 1901

Notes et références
[1] Dès les années 1880, il découvre les idées anarchistes et rencontre Louise Michel, aidant les familles d'anarchistes emprisonnés ou en exil. Après l'assassinat de Sadi-Carnot en 1894, il est recherché et s'enfuit en Belgique, rencontrant Elysée-Reclus. Puis il contribue au journal Les temps nouveaux et s'engage contre l'antiséminisme anti dreyfusien.
[2] Le terme tempera (tempéra ou encore tempura) définit une technique de peinture à base d’émulsion qu'elle soit grasse ou maigre : peinture "a tempera". La nature de l'émulsion dépend de ses composants : tempera à l'œuf, tempera grasse à la colle de peau…
[3] La galerie Stern Pissarro Gallery de Londres est la seule galerie dédiée à Camille Pissarro et des 4 générations suivantes, couvrant ainsi quelque 150 ans de peintures, dessins, pastels et techniques d'impressions
[4] Il écrit à son fils Lucien en mars 1884: « Oui, nous sommes décidés pour Éragny-sur-Epte ; la maison est superbe et pas chère : mille francs, avec jardin et prés. C'est à deux heures de Paris, j'ai trouvé le pays autrement beau que Compiègne ; cependant il pleuvait encore ce jour-là à verse, mais voilà le printemps qui commence, les prairies sont vertes, les silhouettes fines, mais Gisors est superbe, nous n'avions rien vu ! »

Voir aussi sur ce site :
Pontoise et natures mortesPaysages urbains -- Portraits et  autoportrait, le pointillisme --

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