Kenzaburō Ōe entre Shikoku et Tokyo

Kenzaburō Ōe, écrivain japonais, prix Europalia 1989 et prix Nobel de littérature 1994 

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S'il est une œuvre autobiographique, c'est bien celle de Kenzaburō Ōe, une œuvre pleine de son passé, sillonnée des traumatismes qui l'ont marqué.

Il a 20 ans quand survient la terreur absolue d'Hiroshima dont il retracera les suites dramatiques, les répercussions sur la population dans Notes de Hiroshima en 1965. On retrouve aussi son analyse du Japon de cette époque dans Notes d'Okinawa en 1970 et surtout dans Dix-sept ans où il tente d'approcher la mentalité d'un adolescent qui s'engage dans le néo-fascisme, devient un assassin et finit par se suicider.

Il a 28 ans à la naissance de son fils Hikari, handicapé mental qui « modifie son univers avec autant de violence qu'une explosion solaire. » Ses œuvres se font alors plus personnelles, plus sombres aussi, surtout dans Agwii, les monstres des nuages qui se suicide après avoir tué son enfant atteint d'une malformation cérébrale.



Sa jeunesse se passe à Ose (Oose ou encore Ozu), un village de montagnes « cerné par la forêt » dans l'île de Shikoku au sud-est de l'archipel nippon. Son enfance est plutôt difficile, marquée par la mort de son père bûcheron alors qu'il n'a que neuf ans, laissant une veuve et sept enfants. Dans un pays ravagé, fortement marqué par la guerre, il ressent un besoin de sécurité qui le fera se réfugier volontiers dans les arbres des forêts alentours et dans la proche montagne. Il poursuit ensuite ses études secondaires à Matsuyama, principale ville de la région. Contrairement à ses ancêtres qui n'ont jamais quitté leur île, il rejoint l'université de Tokyo pour étudier la littérature française que lui avait fait connaître sa mère, surtout deux auteurs qui l'ont le plus marqué François Rabelais et Jean-Paul Sartre sur qui portera sa thèse de fin d'études.

Dans les années 80, Kenzaburō Ōe revient sur les pas de sa jeunesse dans des œuvres inspirées par les paysages familiers de Shikoku où se dégage un Japon plus rural et communautaire, tout en développant ses idées à travers son héros Gii, sur la défense de l'environnement et une certaine forme de distance avec le réel qu'il déplore, le pacifisme dans ses romans Le jeu contemporain en 1979 (Dojodai gemu), M/T et le conte des merveilles en 1986 (M/T to mori non fushigi no monogatari) et Lettres aux années de nostalgie en 1989 (Natsukashii toshi e no tegami). « Écrire, dit-il, c'est marcher sur une corde raide. »

Dans une interview à L'Express en mars 2011, Kenzaburō Ōe affirme "reconnaître le danger du nucléaire", estimant que "c'est une catastrophe encore plus dramatique que les désastres naturels -car elle est due à la main de l'homme", et il espère que "l'accident à la centrale de Fukushima" sera salutaire et permettra "aux japonais de renouer avec les sentiments des victimes d'Hiroshima et de Nagasaki", mais surtout "de reconnaître le danger du nucléaire, (...), et de mettre fin à l'illusion de l'efficacité de la dissuasion prônée par les puissances détentrices de l'arme atomique".

     (JPG)          Oe avec son fils
 
Repères bibliographiques
- Un drôle de travail, Kimyō na shigoto, 1957 
- Gibier d'élevage (Une bête à nourrir) , Shiiku, 1958, prix Akutagawa 
- Agwii, le monstre des nuages , Sora no kaibutsu Aguii, 1964
- Notes de Hiroshima, Hiroshima nōto, 1965
- Une affaire personnelle , Kojinteki na taiken, 1965, éditions Stock, 1994
- Dites-nous comment survivre à notre folie , Warera no kyōki wo ikinobiru michi wo oshieyo, 1966, éditions Gallimard, 1982- Le Jeu du siècle , Man'en gannen no futtobōru, 1967, éditions Gallimard, 1985
- M/T et l’Histoire des merveilles de la forêt, 1986- Moi, d’un Japon ambigu , Aimai na Nihon no watashi, 1995), éditions Gallimard 2001
- Le Faste des morts (Shisha no ogori, 1957, Hato, 1958, Seventeen, 1963, éditions Gallimard, 2005

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