Référence Paule Constant, La cécité des rivière, 192 pages, mars 2022

« "Faites-vous plaisir, un petit dessert..." À partir du moment où l'on règle sa conduite sur son propre plaisir, petit ou grand, il n'y a plus de justice.» (p 151)

La grande voyageuse qui a connu L’Afrique tropicale, la Guyane et l’Amérique du Nord, cadres d'une œuvre centrée sur la condition humaine, vit maintenant à Aix-en-Provence. Comme écrivaine, elle a notamment été récompensée pour White Spirit, Grand prix du roman de l’Académie française 1990, et Confidence pour confidence, prix Goncourt 1998.

                                     

« Ce voyage était une mauvaise idée » écrit-elle. Le retour sur le passé n’est pas loin de la nostalgie. Après quelque cinquante ans, que retrouver du village camerounais, de la maison au toit de tôle ou de l’ancienne léproserie ? Éric Roman regrettait de ne pas avoir fait plus tôt le voyage, au temps où il commençait ses travaux sur les infections tropicales.

    Paule Constant et Dominique Bona

Le titre énigmatique provient de la traduction du nom anglais d’une maladie tropicale qui provoque la cécité, une maladie qui s’attrape le long des cours d’eau. Pour les autochtones, c’est le signe qu’il faut s’éloigner du village devenu maudit. Et bien sûr, la maladie a tendance à se transmettre, à s’étendre, même si elle est actuellement bien maîtrisée.

                       

Nous assistons à une espèce de huit clos entre deux personnages, pendant deux jours et deux nuits. Le voyage se poursuit en voiture où les relations entre Éric Roman, le Nobel de médecine et Irène, jeune journaliste vont crescendo.

Lui a grandi ici dans un hôpital de brousse et profite de ce voyage pour y revenir, elle est pleine d’a priori sur l’Afrique et sur les hommes : choc de générations autant que choc culturel. Un choc de sexes, aussi.

   Des chauves-souris, des singes et des hommes

Entre eux, la route sera longue, mais elle parviendra à prendre du recul et comprendre que cette interview représente pour elle une belle chance à saisir.

Elle ne sait rien de l’Afrique et part d’idées toutes faites, une Afrique coloniale loin de la réalité depuis qu’elle subit l’influence des chinois. Elle va finir par découvrir la réalité, l’extension de l’emprise islamiste, l’obligation de couvrir son corps pour sortir, prendre conscience des enjeux, se demander « Qu’est-ce qui est pire, être colonisé ou être acheté ? »  

              

Sous ses airs un peu frivoles, l’Afrique gronde. Quand arrive le président de la République pour une nouvelle opération séduction,  un chef rebelle vient d’être assassiné. Par prudence, les fanions français sont retirés. Illustration des relations difficiles entre la France et ses anciennes colonies.

Mais à sa façon d’interpréter le combat nocturne des hippopotames, elle a encore beaucoup de choses à apprendre et s’en rend compte. « Je suis intimement persuadée, dit Paule Constant, que la réalité n’existe pas, que chacun de nous voit autre chose qu’une réalité commune, que le même spectacle peut être interprété de façon complètement différente selon nos idées reçues. Cela dit, elle n’est absolument pas préparée à cette Afrique de la brousse, à ces nuits sans lumière… Mais elle n’est pas la seule, la plupart des Africains d’aujourd’hui ignorent cette Afrique profonde, ils connaissent surtout la nouvelle Afrique urbaine. » 

          

Quand on lui demande si ce roman est une extention de son recueil intitulé Mes Afriques, elle répond qu'il en est le point d'orgue : « C’est un véritable adieu à l’Afrique. Beaucoup de lieux et de personnages circulent d’ailleurs entre ce roman et ceux réunis dans le recueil comme les religieuses d’Ébola, la merveilleuse primatologue Rose Lawrence, la ville imaginaire d’Ouregano… Il est aussi le pendant de La fille du Gobernator, avec un héros masculin cette fois. Comme Chrétienne, Éric a grandi dans la proximité des lépreux, comme elle, il va devoir affronter, en revisitant les lieux, les souvenirs d’une enfance atroce. »

     
Voir aussi
Document utilisé pour la rédaction de l’article  Le Clézio et l'Afrique --

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