Référence : Tanguy Viel, La fille qu’on appelle, Éditions de Minuit, 176 pages, septembre 2021

           

J’aime assez ce que fait Tanguy Viel, tant par sa façon de disséquer les relations humaines en mettant en scène des situations insolites, que par son style d’une grande précision, sa façon de procéder par touches pour accompagner la progression de l’intrigue. Vous pourrez aussi vous référer aux deux fiches que j'avais consacrées à ses précédents ouvrages L'article 353 du code pénal et La Disparition de Jim Sullivan --

De sa façon d'écrire, il donne quelques clés dans une inerview au journal Libération« Je n'ai aucun code, je n'ai jamais lu de polar, je crois que j'ai simplement un imaginaire très enfantin... Dans chaque livre, je travaille avec des scènes presque matricielles qui m'habitent depuis que je suis gosse. Je ne programme rien » explique-t-il.

Il recherche ce plaisir de l'écriture, ce qui fait qu'il va s'atteler à « raconter une histoire, de jouer uniquement sur les registres de la construction interne, de fabriquer des personnages, des décors, une intrigue, des émotions, des paysages… C'est ça qui m'a fait rêver quand j'ai commencé à écrire. C'est une joie, mais aussi un dénuement. »

Il nous entraîne cette fois dans une petite ville portuaire bretonne, quand Laura, vingt ans, revient près de son père Max le Corre. Il fut un boxeur connu, au riche palmarès avant de connaître des difficultés et de devenir le chauffeur du maire de son village, Quentin le Bars. Il a repris l’entraînement en espérant retrouver sa forme passée et reconquérir son titre.

                       

Pour aider sa fille, il s’adresse à son patron et maire qui lui propose un logement et un travail au casino que dirige son "ami" Franck Bellec, « aux costumes blancs toujours impeccables » écrit l’auteur.

Tanguy Viel n’est pas tendre pour ses deux personnages que sont Quentin le Bars et Franck Bellec. Ils personnifient le pouvoir dans la cité et sont si intimement imbriqués qu’on ne peut démêler leurs liens, « une sorte de vassalité tordue et pour ainsi dire bijective que seuls les gens de pouvoir savent entretenir des vies entières, capables en souriant de qualifier cela du beau nom d'amitié. » Une toile d’araignée qu’ils auraient sécrétée.
Et Laura, elle si malléable,  va s’y laisser emprisonner dans cette toile si perfide… tomber dans les griffes de ces deux hobereaux sans scrupules.

                        
                          Sa préface des Essais de Montaigne

Dans cette petite ville maritime, les personnages sont englués dans leur destin, Tanguy Viel brosse un portrait de cette atmosphère provinciale qu’il décrit parfaitement, dans une histoire qui illustre les ressorts du harcèlement sexuel et de l'arrogance des hommes de pouvoir, le sentiment d’impunité qui les habite.

Mais dans quel monde évoluent ces personnages ? . Allez savoir...
- Dans un monde normal on n'aurait jamais dû se rencontrer, a-t-elle dit aux policiers.
- Un monde normal...mais qu'est-ce que vous appelez un monde normal ?, ils ont demandé.
- Je ne sais pas...Un monde où chacun reste à sa place.

Mes fichiers sur Tanguy Viel
L'article 353 du code pénal --
La Disparition de Jim Sullivan --

      Avec Marie Despléchin

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