Giacometti et buste de son frère Diego, 1955    

Giacometti : La quête permanente de la vérité de l’être.

L’un des questionnements essentiels de Giacometti fut : « Qu’est-ce qu’une tête ? » [1] Une obsession qui le faisait revenir sans cesse sur le sujet, jamais satisfait car, précisait-il, «  plus tu approches de la vérité, de la réalité de l’être, plus elle s’éloigne, plus tu te rends compte que tu en es infiniment éloigné. Que chaque détail saisi, ajouté, corrigé, t’en éloigne un peu plus encore… »
Avec en filigrane l’importance du regard.

         
Giacometti dans son atelier                                    Le chien

Pour Giacometti, la vie se trouve dans les yeux. [2] D’une façon plus générale, c’est le fragment qu’il regarde qui lui donne l’intuition du tout : « Je ne peux pas simultanément voir les yeux, les mains, les pieds d’une personne qui se tient à deux ou trois mètres devant moi, mais la seule partie que je regarde entraîne la sensation de l’existence du tout. »

                 
 Buste de son frère Diego    Autoportrait aux Grisons       Portrait de sa mère 1920  

Pour Giacometti, la réalité de l’être réside dans son regard. Ceci transparaît aussi bien dans ses dessins, ses tableaux que dans ses sculptures. Ceci transparaît aussi dans les témoignages ou les documents qu’on possède, où on le voit travailler, modeler un corps, une tête, toujours en train de modifier des détails, de rectifier un élément et en ajuster d’autres en conséquence.

      
      La quête du regard                                     L'atelier de l'artiste

Il explique ainsi son travail : « Si tu as le regard, c’est que tu as l’œil, alors seulement tu pourras avoir l’arcade sourcilière et si tu as l’arcade, alors tu pourras avoir le nez et ainsi de suite, mais si tu touches l’œil, tu comprends, tu dois tout changer… ainsi, plus tu t’approches, plus tu t’éloignes…» [1]
Toujours retouchant son sujet, toujours insatisfait.

                                  
Giacometti-Cartier-Bresson   Trois hommes qui marchent       Giacometti-Gruber

Ses visages et ses corps vont du figuratif pointilleux des œuvres de jeunesse à une géométrie qui se rapproche du cubisme.  Elle va ensuite s’estomper progressivement pour aller vers des traits regroupés en pelote ou rassemblés en de nombreux segments. De ces ensembles qui peuvent paraître assez hétéroclites se dégage comme une promesse de vie… Puis ces écheveaux s’étirent peu à peu pour se transformer en ces corps effilés qui ont fait son succès.

       
Fleur en danger 1932                                 Femme couchée qui rêve 1932

Alberto Giacometti et Henri Cartier-Bresson avaient en commun une solide amitié et aussi  la même volonté de faire ressentir l’éphémère d’une situation et la fugacité de l’instant. On peut choisir comme illustration "Fleur en danger", sculpture de Giacometti créée en 1932 où l’on voit une catapulte chargée menaçant une frêle fleur inclinée comme si elle implorait pitié. L’œil acéré de l’artiste lui permet de se focaliser sur une attitude sans pour autant figer le sujet.

                 
Mère et fille 1933            Femme debout 1952                       Pointe à l’œil 1931-32

Après les guerres mondiales et la barbarie qui ont marqué le 20e siècle et défiguré le corps humain, comment représenter alors ce corps ou simplement un visage ? Les tentatives minimalistes et abstraites ont toutes failli. Dans cette quête, Giacometti a tenté de lui restituer l’essence de sa plastique humaine. 

                                  
Portrait d'Annette sa           La table surréaliste       L'homme et la femme 1928-29
femme 1950 [3]

Notes et références
[1] 
Michel Van Zele, "Alberto Giacometti. Qu’est-ce qu’une tête ?"
[2] Voir en particulier
Étienne Barillier, "Alberto Giacometti, Une vie dans le regard", Ppur Presses Polytechniques, Janvier 2021
[3]
Alberto Giacometti. Le dessin à l’œuvre, éditions Gallimard/Centre Pompidou,  2001

Voir mes fiches sur Giacometti
*
Giacometti,Une vie dans le regard --
*
L'exposition Picasso-Giacometti en 2016 --
* Giacometti-Bacon,
l'obsession du corps --
*
Rodin-Giacometti, expo à Martigny --

Voir aussi
* l’atelier d’Alberto Giacometti, éditions Centre Pompidou/Fondation Giacometti, 2001
* Jean-Marie Drot, "Un homme parmi les hommes : Alberto Giacometti", collection les Heures chaudes de Montparnasse.
* Cyril de Turckheim, "Les Mains éblouies : Miro, Calder, Giacometti, Tapies"
* Panorama de l’art --

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