Référence : Fanny Chassain-Pichon, De Wagner à Hitler, éditions Passés composés, 300 pages, juin 2020

                  Wagner Munich 1871

Cet ouvrage est né de la thèse que soutint Fanny Chassain-Pichon en 2011 sous la direction de Jean-Paul Bled, intitulée De Richard Wagner à Adolf Hitler : "Un exemple du Sonderweg de l’histoire allemande."

Derrière le Richard Wagner grand musicien vénéré, célébré pour le génie de sa musique, se cache un antisémite qui a écrits des textes qu’on préférerait oublier mais qui sont insérés dans ses œuvres complètes. [1]

Ces textes compromettants ne sont pas tombés dans l’oubli. Adolphe Hitler, comme à l’esthétique de ses opéras, y fut profondément sensible. Il ne l’a pas connu, étant né six ans après la mort du compositeur mais il semble bien qu’il fut tout jeune très influencé par  l’homme et ses idées.
Pour mieux cerner ces deux personnalités et l’influence qu’a pu exercer Wagner sur Hitler, Fanny Chassain-Pichon a croisé leur parcours respectif.  Selon elle, l’existence de Wagner, à l'âge équivalent, a été pour Hitler une inspiration, et ceci jusque dans le déroulement de sa propre mort.
On comprend ainsi comment la passion esthétique d'Hitler, née à la source wagnérienne, a largement influencé l'idéologie du IIIe Reich.

        
Hitler et Winifred à Bayreuth en 1939
Hitler avec Verena et Friedelind Wagner en 1938

Cette conception vient de l’idée que l’Allemagne n’a pas été vaincue en 1918, que son sol n’a jamais été foulé par les armées alliées et que sa défaite repose sur une trahison.  Elle repose sur la persistance d’un particularisme allemand différent des idées des autres pays européens, ce qu’on a appelé le Sonderweg. [2]

  Représentation de Lohengrin

Le grand historien allemand Heinrich Winkler, trois événements historiques expliquent le Sonderweg : la longue survivance du Saint Empire qui a duré de 962 à 1806, le schisme entre catholiques et protestants et la puissance du protestantisme [3], la rivalité du leadership entre la Prusse et l’Autriche aux XVIIIe et XIXe siècles.

Il faut aussi se souvenir que la démocratie allemande s’est construite dans les soubresauts de la défaite. En particulier, deux problèmes vont hypothéquer l’arrivée au pouvoir des socio-démocrates : le Traité de Versailles que beaucoup d’Allemands jugent humiliant et injuste et la répression d’insurrections, à Berlin, à Munich et dans d’autres régions, actions qui coupe le gouvernement d’une partie de son électorat et l’oblige à des alliances qui l’affaiblissent.

          
Hitler et Winifred en 1934            
Hitler avec Winifred & Wieland Wagner ( à droite) à Vahnfried en 1937

Pour en revenir à la relation entre Wagner et Hitler, Bernard-Henri Lévy y distingue trois éléments : [4]
- Hitler lui-même a rapporté ses émotions au spectacle de « Lohengrin » à Linz où il était en pension – et disant bien plus tard son admiration sans limite pour ce véritable prophète, confiant que « c’est sur "Parsifal" que je bâtis ma religion ».
- La façon dont la famille Wagner [5] s'est comportée : Siegfried, le fils, disant après le putsch raté du 9 novembre 1923, « Hitler est un homme superbe, il doit aller jusqu’au bout », Winifred, la bru, lui livrant des informations pour l'aider à écrire « Mein Kampf » et les guides officiels du festival de Bayreuth quiqualifient Wagner de « guide vers le national-socialisme ».
- Ses écrits autant que ses paroles ont parfois été carrément racistes, il est un adepte de ce qu'il appelle « la grande solution », lui qui voulait régénérer le corps allemand en supprimant sa part juive, idées qu'on retrouve dans son ouvrage "Héroïsme et christianisme".

 

On apprend beaucoup de choses sur la conception de Mein Kampf et l’influence des idées de Wagner, sur la relation houleuse entre Wagner et Nietzsche [6], et aussi entre Hitler et la famille de Wagner. À la lecture de cet ouvrage, on comprend mieux l’influence du profond antisémitisme de Wagner, qu’on a tendance à occulter, sur le Führer et aussi celle de l’esthétique du compositeur.

         
L’anneau du Nibelung                 Tannhäuser et Vénus Dresde 1845

Notes et références
[1] Voir l'article Les Wagners et le National-socialisme -
[2]
Voir François Genton, Penser les transitions démocratiques en Allemagne après 1945, sur le site ILCEA -
[3] Luther fut à la fin de sa vie un antisémite, publiant "Des juifs et leurs mensonges", texte très violent qui prône la persécution des juifs.
[4] Voir Bernard-Henri Lévy : Wagner et Hitler -
[5] Il s'agit des héritiers de Wagner, son fils Siegfried, sa belle-fille Winifred et son gendre l’idéologue de Bayreuth Houston Stewart Chamberlain qui jouèrent un grand rôle dans la diffusion des idées du Maître de Bayreuth et de son instrumentalisation par les nazis.
[6] La brouille commence avec"Humain, trop humain" et le chapitre "Nietzsche contre Wagner", où il critique la pense de Wagner et se poursuit dans le pamphlet "Le cas Wagner" où il voit dans sa musique la promotion dangereuse d'un certain nihilisme.

Voir aussi mes fichiers :
* Éric Branca, Les entretiens oubliés d'Hitler --
* Éric Vuillard, L'ordre du jour -- Rosella Postorino La goûteuse d'Hitler --
*
Dorothy Thomson, J'ai vu Hitler -- M. Onfray, Le canari du nazi --
* Stephen Bourque, Au-delà des plages --

---------------------------------------------------------
<< Christian Broussas • Wagner/Hitler © CJB  ° • 10/06/ 2020  >>
---------------------------------------------------------