« Écrivain de la rupture » selon l’Académie Nobel

La sortie de son dernier récit consacré  à son enfance en Bretagne et à Nice m'a incité à revenir sur son itinéraire que j'avais déjà retracé en 2012 dans un article sur son parcours et son œuvre à plusieurs occasions.

Au fil des années, j'ai rendu compte de plusieurs de ses livres, que ce soit sur son œuvre et sa portée [1], celui qui suivit l'attribution de son Prix Nobel de littérature, centré sur deux de ses ouvrages, Désert et Ritournelle de la faim, une biographie intitulée Voyageur et citoyen du monde ou des articles plus récentes comme Tempête en 2014, Alma en 2017 qui revient sur ses racines mauriciennes ou Chanson bretonne, sur son enfance en Bretagne et à Nice.

               
Le Clézio à 23 ans en 1963                                        En 1991 à Cannes

Après un premier succès en 1963 avec son roman Le Procès-verbal, histoire d’un mal de vivre qui conduit  à la folie, JMG Le Clézio est plutôt lié au Nouveau roman jusqu’à la fin des années 70. Romancier, conteur,  nouvelliste éclectique, il est surtout connu pour sa trilogie sur l’île Maurice, saga familiale qui comprend Le Chercheur d’or, Voyage à Rodrigues et La Quarantaine ainsi que des récits largement autobiographiques comme L’Africain, portrait de son père, Onitsha, sa grande fresque Révolutions centrée sur sa vie à Nice et à Maurice ou Ritournelle de la faim axé sur sa mère Ethel, sans doute l’un des ses ouvrages les plus accomplis. [1]

  
JMG Le Clézio À Montréal en 2008                            En 2018

Interview : Trois questions essentielles
Pourquoi écrivez-vous ?
« Écrire est pour moi une nécessité vitale, conditionnée par un besoin intérieur. » Ce besoin, c’est une réaction contre la société occidentale qu’il qualifie de "violente et d’artificielle". Pour lui, le rôle de l’écrivain est de « retranscrire les expériences et déchiffrer ce que cela dit des comportements humains. »

Qu’en est-il de votre "roman familial" ?
Son œuvre, pense-t-il, repose sur une période précise de sa vie qui se situe entre l’âge de 6 ou 7 ans, « où naît la conscience d’exister. » Il considère cette tranche d’âge cruciale, le temps où « on engrange des sensations et des émotions suffisantes pour constituer un répertoire qui durera toute une vie. » Ceci est vrai pour tout écrivain et que lui a toujours fait « de l’autofiction sans le savoir. »

Comment écrivez-vous ?
Son credo : partir à la campagne avec du papier et un stylo bille, choisir un endroit très tranquille, s’asseoir à l’écart, « regarder longtemps autour de soi… et dessiner avec les mots ce qu’on a vu. »

Il dit aussi écrire parfois dans un bistrot, mêlant des bribes des conversations ambiantes, des images, des articles de journaux. Ceci ne signifie pas privilégier l’immédiat et « confondre la "mise en récit", le lieu de l’instantané  et la "dactylographie" qui est le lieu de corrections. »

JMG Le Clézio en 2019

L’écrivain-monde

« Écrire, c'est comme l'amour, c'est fait de souffrance, de complaisance, d'insatisfaction, de désir. »

Il apparaît comme un homme assez secret, peu bavard, d’une élégance discrète, un globe trotteur qui sillonne la planète pour se rendre compte par lui-même des conditions de vie en Asie, en Afrique ou en Amérique latine. 

Sa façon d’envisager la littérature repose toujours sur les mêmes idées car  « l'écriture est la forme parfaite du temps », écrit-il dans son essai L'Extase matérielle, constatant que « la beauté de la vie, l'énergie de la vie ne sont pas de l'esprit, mais de la matière. » Dès son premier roman, il obtient le prix Renaudot, exprimant le malaise d'une dominée par la consommation.

Il aura toujours le sentiment d’être un déraciné, sans véritables points d’attache, né à Nice, réunissant des origines bretonnes et mauriciennes, issu d’un père anglais, médecin de brousse, qu'il rejoint en 1948 au Nigeria. Le long voyage en bateau vers l'Afrique restera pour toujours gravé dans son esprit. Déjà, âgé de huit ans, il prend des notes, pense à de futurs récits. Après ses études, il la littérature à l'université du Nouveau-Mexique aux États-Unis.

A Stockholm pour son prix Nobel

Il voyage au hasard des circonstances, scrutant le monde, tâtant son pouls, partageant sa vie entre le Mexique, l'île Maurice, Nice et la baie de Douarnenez. Il s’en évade pour aller à la rencontre des "civilisations oubliées" chez qui il fait d’importants séjours.
Par exemple, il part vivre pendant quatre ans avec des Emberas, dans la forêt tropicale du Panama, expérience impressionnante dont il dira qu’elle : « a changé toute ma vie, mes idées sur le monde et sur l'art, ma façon d'être avec les autres, de marcher, de manger, d'aimer, de dormir et jusqu'à mes rêves. »

De sa révolte initiale, dominé par un sentiment d’exil né de son déracinement et de la découverte de la colonisation, il évolue vers une vision plus écologique et diversifiée de l’humanité.  Il revient aussi sur ses origines dans des œuvres biographiques où il évoque en particulier son grand-père à la recherche d’un trésor hypothétique dans Le Chercheur d’or, son père dans L’Africain en 2004 ou sa mère dans Ritournelle de la faim.  

On le dit solaire et méditatif, en phase avec une société qui s’interroge sur la précarité de la condition humaine, inquiet du devenir des peuples premiers et des désordres que l’homme inflige à la nature.  

Notes et références
[1] Ma contribution intitulée L'homme et son œuvre concerne les ouvrages suivants : Le procés-verbal, Révolutions, Onitsha, Ritournelle de la faim, le Mexique et Diego et Frida, la trilogie mauricienne.

Voir aussi
- France Culture, Le Clézio Paradoxe et secret : Vie secrète, Une œuvre plurielle, Absolument moderne, Dans la forêt de ses paradoxes --
Document utilisé pour la rédaction de l’article 
Le Clézio, La quarantaine --

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