Référence : Le siècle des dictatures, sous la direction d’Olivier Guez, éditions Perrin, août 2019

« Les dictateurs sont des gens qui au départ sont des ratés. » Olivier Guez
D’où peut bien venir cet intérêt marqué pour  les dictateurs et leur parcours ? Pour y répondre, L'historien et écrivain Olivier Guez a dirigé cet ouvrage "Le siècle des dictateurs", qui dessine le portrait de vingt-deux dictateurs, parmi les plus célèbres ou moins connus.
    
Historien, écrivain et journaliste, Olivier Guez a reçu le prix Renaudot pour son dernier ouvrage La disparition de Josef Mengele. Dans cet ouvrage collégial, il a travaillé avec des historiens comme Nicolas Werth, Pierre-François Souyri, Bénédicte Vergez-Chaignon, Stéphane Courtois, Eric Roussel, Christian Destremau, des journalistes comme Jean-Christophe Buisson, Emmanuel Hecht, François-Guillaume Lorrain ainsi que Laurence Debray ou l’ancien ambassadeur et directeur de la DGSE Bernard Bajolet.

        
Si la dictature a toujours sévi dans le monde, elle a pris une ampleur particulière après la Première Guerre mondiale avec l'installation des totalitarismes soviétique et fasciste, puis la prise de pouvoir du nazisme favorisée par la crise économique de 1929. Sur tous les continents, ce genre de régimes centrés sur cette idéologie vont établir leur pouvoir sur un ordre impitoyable, générateur de guerres et d’exterminations d'un siècle qu’on a "fini" comme barbare.

« Il est remarquable que la dictature soit à présent contagieuse, comme le fut jadis la liberté. »
Paul Valéry, Regards sur le monde actuel

On connaît les causes et les mécanismes qui ont conduit à leur implantation, qui vont du coup d’état classique au noyautage et à une prise de pouvoir démocratique, qui sera très vite confisquée. Ces dictateurs, mêmes s’ils sont très différents, ont une vision très proche de leur rôle, fondée sur la banalisation de la terreur, un parfait mépris pour la vie humaine et la liberté individuelle. Ils prônent l’embrigadement dans des structures collectives au service du parti unique, un cloisonnement des catégories sociales, la prééminence de l’État et des structures intermédiaires devenues de simples rouages de transmission de l’idéologie du pouvoir.

L’unité en est assurée par Olivier Guez , maître d’œuvre de l’ensemble qui signe également une présentation des plus réussies.
        
                       
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Interview d’Olivier Guez
« L’une des marques des dictateurs en 20ème siècle, c’est que la plupart d’entre eux suivent leur impulsion, leur désir, et ne mènent pas des politiques rationnelles » explique-t-il au micro de France Inter.


« En règle générale, tous ces hommes viennent de milieux très défavorisés, et sans vouloir faire de la psychologie de comptoir, ont des problèmes avec leur père. Ce sont des gens qui au départ végètent, sont des ratés. Mais à un moment, l’Histoire va faire que leur destin va basculer. Ce sont en général de fins tacticiens, des gens malins. À un moment, la porte du pouvoir va s’ouvrir. »

Selon Oliviez Guez , deux raisons essentielles expliquent l’émergence des dictatures au 20ème siècle : « la première vague se déroule en Europe, après la 1ère guerre mondiale qui anéantit quelque part des siècles de société civilisée et policée. De ce chaos naissent les premières dictatures. Puis, après la 2ème guerre mondiale, une deuxième vague de dictatures va toucher essentiellement le tiers-monde, suite à la décolonisation."

Ce 20ème siècle offre de nouveaux moyens aux dictateurs pour asseoir leur pouvoir : « Au 20ème siècle les dictateurs vont pouvoir Au 20ème siècle les dictateurs vont pouvoir mettre la main sur des appareils qui n'existaient pas avant, comme les médias, l’appareil économique. À partir de là, ils vont pouvoir faire absolument n’importe quoi, et en général le pire. […] Ce sont de grands metteurs en scène: à la fois ils racontent des histoires tout à fait farfelues, et de l’autre ils vont mettre en scène ces histoires. »

Selon lui, le peuple a aussi sa part de responsabilité : « On pense à l’Allemagne nazie. Hitler n’a pas la majorité absolue en 1933, mais il est porté par le peuple allemand. Mussolini aussi sera populaire dans les années 20 et une partie des années 30. Pétain, aussi, sera populaire. L’autre possibilité, c’est celle du coup d’Etat. »

Il est sceptique sur les effets positifs qu’ils pourraient avoir : « Ces dictateurs, en général, on un agenda économique de relance, de construction, de travaux publics. Mais assez rapidement on voit que l’économie déraille, et que ça se dirige vers des entreprises tout à fait extravagantes. »
Actuellement, « i
l y a une tentation autoritaire, c’est très clair, parce que l’Europe vit aujourd’hui une crise de modernité.Mais on n’en est pas encore à ce qu’on peut appeler des dictateurs, fort heureusement. »


« Ce qui fait la caractéristique de ces dictateurs au 20ème siècle, ce sont quand même des dizaines de millions ou de dizaines de milliers de victimes. On en n’est pas là. Orban n’a jamais organisé la déportation de qui que ce soit pour l’instant. Salvini boit des mojitos sur la plage mais n’a pas encore fait déporter qui que ce soit, en tout cas en masse. »

<< Christian Broussas – Guez Dictature, 19/09/2019 - © • cjb • © >>