Référence : Marc Dugain,  Ils vont tuer Robert Kennedy, éditions Gallimard, 399 pages, 2018

                       

Après des œuvres comme La Malédiction d'Edgar [1], centré sur le patron pervers de la CIA et L'Avenue des géants , Marc Dugain revient avec ce roman de politique-fiction sur le parcours de la famille Kennedy.

Pour lui, Lee Harvey Oswald n’est pas davantage l’homme qui a tué John Kennedy, le 22 novembre 1963 à Dallas, que Sirhan Sirhan n’est celui, qui, cinq ans plus tard, le 6 juin 1968 à l’hôtel Biltmore à Los Angeles, élimina son jeune frère Robert, qui venait de remporter les primaires démocrates et s’apprêtait à devenir président des États-Unis.

À Vancouver, en Colombie-Britannique, un professeur d'histoire choisit de faire sa thèse sur l'assassinat de Robert Kennedy. Même si ce n’est qu’une intuition, il est persuadé que le suicide de ses parents en 1967 et 1968 est lié à l'assassinat du frère du président Kennedy en juin 1968. Son enquête l'amène à découvrir les liens tissés par son père et les services secrets britanniques à l’époque de la Résistance.

             

Il  pense que Robert Kennedy, "Bobby", qui croyait dans la théorie du complot,  a été assassiné par les mêmes qui ont tué son frère John. Il cible pêle-mêle « la CIA, la Mafia, les anticastristes, le président Johnson, les Texans, l'armée et l'industrie militaire bien qu’on ne peut pas dire qu’ils soient les commanditaires directs. »

Il reprend l'enquête à la lumière de la théorie du complot à travers son narrateur et "frère jumeau" Mark O'Dugain. Sur le plan formel, si d’autres ont défendu des analyses différentes, sa thèse repose sur des données historiques sérieuses qu’il sait mettre en scène à la perfection.

Par exemple, il cite des faits avérés et assez troublants comme la présence du père et du fils Bush devant l'immeuble de la CIA à Dallas le jour de l'assassinat de Jack, la présence d'une jeune femme hystérique en robe à pois le jour de l’assassinat de Bob et un peu avant celui de Martin Luther King, le programme de contrôle mental de la CIA contre des individus fragiles…

            

On est en fait dans un univers dominé par la maladie mentale, celle du priapisme et de l’insensibilité de Joseph le père, les tendances maniaco-dépressives de Bob qui se doute fortement du sort qui l’attend et en semble comme hypnotisé, la parano de la toute-puissante CIA
Ce récit qui fait écho à a réalité politique de cette époque, a des accents de l’univers shakespearien : « Une histoire racontée par un fou, pleine de bruit et de fureur, et qui ne signifie rien. »

           

Une interview de Marc Dugain
« Pendant des années, grâce à diverses sources dans le milieu du renseignement ou auprès d’universitaires, je n’ai pas cessé d’amasser des informations me permettant une mise à jour permanente sur les assassinats de John et Robert Kennedy. La thèse du complot nous ramène à la politique américaine contemporaine et à son rapport au mensonge. Quand on nous explique que l’on va en Irak pour y déterrer des armes de destruction massive alors qu’il s’agit en réalité de mettre les chiites au pouvoir, ce n’est pas exactement la même chose. On retrouve toujours, nichés au cœur de l’administration américaine, des conservateurs racistes. Le slogan "Make America Great Again" sous-entend de refaire une Amérique qui soit blanche. Si les États-Unis ne demeuraient pas la première puissance mondiale, je n’aurais au fond rien à faire de ce recours permanent au mensonge. Mais c’est d’autant plus grave qu’on nous explique en permanence que nous sommes alliés avec les Américains, alors que ces derniers nous regardent comme leurs vassaux. »

Sur la part de responsabilité de l’écrivain dans l’écriture d’un roman historique, Marc Dugain précise : « Je ne suis pas dans un devoir de vérité, mais dans le devoir d’une restitution de réalité, et d’un doute. D’ailleurs, mon roman se termine sur un doute. » Il définit ainsi son rôle d’écrivain dans ce genre littéraire « Mon livre est d’abord un roman et je connais trop bien les thèses complotistes pour ne pas tomber dedans. Je fais un travail d’investigation dont je me sers ensuite pour écrire une histoire très romanesque. » [2]
D’une façon plus générale, il se demande « pourquoi, cinquante ans après les faits, continue-t-on de défendre la thèse du tueur solitaire ? Cela en dit long sur le poids de cette histoire sur celle des États-Unis. »

 

Quelques réactions des critiques
« Marc Dugain signe encore un grand thriller historique et politique. » Le Point
« Marc Dugain s’engouffre dans " la plus grande machination du XXe siècle" et remet en cause la vérité officielle. »
« Dans La Malédiction d’Edgar, vaste fresque sur le directeur du FBI, Hoover, il adhérait à la théorie selon laquelle CIA, anticastristes et mafia auraient éliminé de concert le président John Kennedy, en 1963, à Dallas. Il la reprend de manière convaincante dans Ils vont tuer ­Robert Kennedy, portrait romancé d’un homme qui s’est offert en sacrifice. »
Le monde

 

Notes et références
[1] Dugain présentait son roman comme un livre de souvenirs attribués à Clyde Tolson, adjoint et amant de John Edgar Hoover au FBI. Il y défend la théorie du complot où John F. Kennedy est victime des liens de son père Joseph Kennedy avec la mafia qui, avec la CIA et l’armée américaine avaient intérêt à sa disparition.
[2] Conversation avec Marc Dugain : la responsabilité de l’écrivain

Mes fichiers sur Marc Dugain 
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<< Christian Broussas – Dugain- 3/05/2019 • © cjb © • >>
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