« Tu ne peins pas tes visions… Tu imites les choses, a dit "Oiseau deux couleurs" à George Catlin, remarque inattendue qui touche au cœur de la question de l’art. » (page 38)

Patrick Grainville, grand amateur de peinture, est l'auteur de nombreux textes consacrés à cet art et a déjà publié un roman L'Atelier du peintre [1] où le personnage central est un peintre qui se nomme Le Virginal. (anagramme de Grainville)

Cette fois, c'est le peintre américain George Catlin dont il est question dans ce roman, qui lors d'un voyage en Europe, est venu en France présenter au roi Louis-Philippe ses toiles ainsi que des objets indiens, sous l'œil intéressé de George Sand et de Charles Baudelaire qui saluera la dominante des rouges et des verts dans ses tableaux. Patrick Grainville s'st évertué à reconstituer son séjour chez les Sioux qui le fascinaient particulièrement, surtout les Indiens des Plaines [2] qu'il a largement contribué à faire connaître.

Philadelphie, 1828. George Catlin s’est résolu à renoncer à sa carrière d'avocat et de portraitiste spécialisé dans les tableaux de riches bourgeois pour peindre les Amérindiens. Ébloui par la prestance de ces indiens venus à Washington, il laisse confort et famille pour chevaucher les plaines du Mississipi et du Missouri, allant de tribus en tribu, un pionnier qui veut dans ses tableaux, les saisir dans leur vie quotidienne.

        

Patrick Grainville y raconte le séjour de George Catlin chez les Sioux. Il se doute que les bisons n’avaient plus vraiment d’avenir, pas plus que les peuples amérindiens bientôt asservis par les Blancs.  Son récit est centré sur Georges Catlin et son approche de la peinture, des réflexions sur l'art, plus que sur les coutumes et croyances des Amérindiens.

Ce dernier aspect est abordé à travers le portrait de plusieurs personnages. Il brosse une belle galerie de ce peuple indien, donnant ainsi une idée de leurs mœurs.

       

Tout d'abord "Oiseau-deux-couleurs", « l’homme-femme », un travesti qui est aussi le chamane de la tribu. Dans cette culture aussi, les travestis « étaient l'objet d'un certain dédain de la part des guerriers. Une société entièrement fondée sur une surenchère de prouesses viriles, sur des vertus de bravoure guerrière, avait peine à comprendre le choix de vie de travestis mais cela n'allait pas jusqu'au bannissement. » (page 24). Mais  chez les sioux, il y avait une certaine crainte derrière le rejet, surtout quand il devenait  « wakan », donc sacré.
Les mœurs des indiens se révélaient ainsi assez libérées, surtout en matière de sexualité que ce soit la polygamie, la présence d’une maîtresse ou d’un amant, l’homosexualité, la transexualité…

Louve aussi est un personnage surprenant : « …Ainsi, murmura Oiseau… Louve s'était vouée à l'enchantement et à la malédiction. Elle ne garderait pas son mari, manifesterait une indépendance impossible chez les Indiens, un goût pour les voluptés rares… , un penchant pour la dissonance, la rupture, une attitude rebelle, une attirance pour le vagabondage et le chaos. »

George Catlin y réalise de précieux portraits et fait une grande moisson d'objets typiques qui préfigure son "musée indien" qui fascinera un peu plus tard George Sand et Baudelaire.

       

Notes et références
[1] L'Atelier du peintre
a été publié en 1988.Dans un atelier de verre de Los Angeles à Venice, Le Virginal dirige un atelier de peinture constitué d'élèves qui sont des délinquants en réinsertion. Mais au lieu de fresques des rues, il leur impose comme thème de peindre le célèbre tableau de Jan van Eyck, Les époux Arnoldfini. Une compétition féroce oppose les deux camps d'élèves, faite de haines, de jalousies et ponctuée de complots.
[2] Les Indiens des Plaines occupaient les grandes plaines d'Amérique du Nord. Ces tribus possédaient en commun un mode de vie basé sur la chasse au bison (au moins, jusqu'au début des années 1880) et leur lutte contre les blancs leur ont valu d'être le prototype du mauvais Peau-rouge des westerns.

  Le corps immense du président Mao

Deux références
* S
on style foisonnant, son imagination fébrile n'ont aucune peine à donner vie aux tableaux d'une scène de chasse aux bisons, des danses macabres et superstitieuses du soleil ou du chien, d'une escarmouche sanglante entre Crows et Sioux. (La Presse)
* Émerveillé mais lucide, l'artiste pressent la fin de ce monde dont il saisit avec force et sensibilité les us et coutumes. (Les Échos)

Mes fiches sur Grainville
* Falaise des fous -- Le démon de la vie -- Bison --

* Le roman historique --

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