Référence : Jérôme Ferrari, "Où j'ai laissé mon âme", Éditions Actes sud, août 2010

   

Présentation de l'éditeur
"1957. A Alger, le capitaine André Degorce retrouve le lieutenant Horace Andreani, avec lequel il a affronté l'horreur des combats puis la détention en Indochine.
Désormais les prisonniers passent des mains de Degorce à celles d'Andreani, d'un tortionnaire à l'autre : les victimes sont devenues bourreaux.
Si Andreani assume pleinement ce nouveau statut, Degorce, dépossédé de lui-même, ne trouve l'apaisement qu'auprès de Tahar, commandant de l'ALN, retenue dans une cellule qui prend des allures de confessionnal où le geôlier se livre à son prisonnier...
Sur une scène désolée, fouettée par le vent, le sable et le sang, dans l'humidité des caves algéroises où des bourreaux se rassemblent autour des corps nus,
Jérôme Ferrari, à travers trois personnages réunis par les injonctions de l'Histoire dans une douleur qui n'a, pour aucun d'eux, ni le même visage ni le même langage, trace, par-delà le bien et le mal, un incandescent chemin d'écriture vers l'impossible vérité de l'homme dès lors que l'enfer s'invite sur terre."

       

Destination l’Algérie à partir d’un des habitants d’un petit village corse. Le militaire André Degorce, rescapé de Buchenwald, a gagné l’estime de tous (et ses galons) pendant la guerre d’Indochine. Puis ce sera l’Algérie où il mène la traque aux rebelles : celui qui avait été torturé va devenir un tortionnaire.

Il se souvient des débuts après l’arrestation de Tarik Hadj Nacer, leader de l'opposition. Le respect qu’il porte à ce dernier lui vaudra le mépris de ses hommes qui pensent que "[...]ce n'est pas avec notre compassion ou notre respect, dont il n'a que faire, que nous rendons justice à notre ennemi mais avec notre haine, notre cruauté -et notre joie."

Il s'interroge sur ses qualités personnelles, ses relations avec sa famille et le sens qu’il veut donner à sa vie… chemin difficile dont il ne mesure pas vraiment les tourments qu’il va rencontrer.

    

L’âme est chose fragile qui ne résisté guère aux compromissions avec soi-même. Entre victime et bourreau, c’est parfois affaire de circonstances et la distance devient faible entre les deux lorsqu’il n’y a plus qu’une dichotomie du bien et du mal qui règle les problèmes de conscience.

L’action se passe dans un décor de sable et de vent ainsi que dans l’humidité des caves algériennes dans la promiscuité des corps suppliciés, où trois personnages réunis par le hasard se débattent dans leurs contradictions et cherchent leur chemin dans un monde qui flirte avec l’enfer.
Dans un style limpide, Jérôme Ferrari nous ouvre les portes des cas de conscience qu'ont rencontré certains de ces hommes qui ont utilisé la torture au nom de l'Etat...

Ils en sortiront différents, avec une autre vision du monde et d'eux-mêmes, brisés parfois, disant quelquefois que "le passé disparaît dans l'oubli, mon Capitaine, mais rien ne peut le racheter."

    

Voir mes articles sur l'auteur :
* À son image -- Il se passe quelque chose -- Où j'ai laissé mon âme --
* Le sermon sur la chute de Rome -- "Le principe" --

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