Avec Mandela

Wole Soyinka, dénonciateur des dictateurs a des allures d’aventuriers bien dans sa peau. Un écrivain qui se fiche de son apparence. Sa barbe, sa coupe en broussaille d’un blanc lumineux fait penser à un onctueux bain moussant.

Wole Soyinka : un nigérian, un écrivain noir prix Nobel de littérature 1986, voilà qui était quelque peu nouveau dans le paysage littéraire de l’époque. On pourrait se dire qu’il s’agit simplement de lâcher un peu de lest, de détonner de temps en temps, mais dans ce cas, c’est la reconnaissance mondiale d’un grand écrivain engagé dans la tourmente de l’évolution des pays africains… et son pays le Nigéria n’y a pas dérogé. À deux reprises en particulier, il a connu la prison pendant la guerre du Biafra et la dictature du général Sani Abacha. Il ne rentrera dans son pays qu'à la mort du dictateur en 1998.

                 
Soyinka et sa femme    Avec sa sœur Tinu en 1952 à Ibadan   Avec sa fille Moremi en 2004

L’Académie suédoise salue en lui  un « écrivain qui met en scène, dans une vaste perspective culturelle enrichie de résonances poétiques, une représentation dramatique de l'existence. »

Il a aussi repris le célèbre concept de "négritude", formule d’Aimé Césaire pour exprimer  l’altérité, la spécificité de la conscience des noirs, pour en tirer la "tigritude", image pour signifier son refus de toute colonisation et de toute domination, disant « qu'un tigre ne proclame pas sa tigritude. Il bondit sur sa proie et la dévore. »

     
                                        
Opera Wonyosi      Une saison d'anomie    Il te faut partir à l'aube

C’est donc un écrivain engagé qui n’a pas hésité en 2017 à déchirer sa carte verte américaine, pays où il a longtemps enseigné, pour se réinstaller au Nigéria, dénonçant la récupération par Donald Trump d'une « vague de xénophobie latente qui existe dans toutes les sociétés. » Entre occident et Afrique, Soyinka écrit surtout en anglais tout en s’inspirant des mythes et du folklore yoruba. [1]

Œuvres théâtrales de Soyinka 
     

                                            La danse de la forêt     La mort et l'écuyer du roi    Le lion e la perle

Wole Soyinka a écrit une œuvre multiforme composée de nombreux recueils de poésie, de deux romans (Les Interprètes et Une Saison d'anomie), des études critiques telles que Mythes, littérature et le monde africain et de plusieurs récits autobiographiques traduits en français.



Mais Wole Soyinka est surtout connu comme un auteur dramatique avec  des pièces largement représentées dans de nombreux pays :
-  Le Lion et la perle en 1959 qui traite de la vie de villageois ordinaires ave  beaucoup d’humour.
- La Danse de la forêt l’année suivante, sur l’indépendance de son pays la comédie Les Tribulations de frère Jéro.
- La Route en 1965 où des forces divines s’insinuent dans des accidents de voiture, la satire politique de La Récolte de Kongi et Un sang fortavec la figure du bouc émissaire.
Dans les années 70, on peut citer :
- Fous et spécialistes sur la guerre du Biafra, Bacchae sur le thème des Bacchantes d’Euripide,  La Métamorphose de Jero,  La Mort et l'écuyer du roi.
Enfin dans les années 80, Opera Wonyosi s'inspirant de L’opéra de quat’sous de Bertolt Brecht.

      
          Au théâtre : Baabou roi                               La mort et l’écuyer du roi

Notes et références
[1]
Les Yorubas représentent un groupe ethnique important qu’on trouve surtout au Nigéria mais aussi au Bénin, au Ghana, au Togo et en Côte d’Ivoire.

* Voir aussi
* Autres oeuvres : Aké, les années d'enfance -- Ibadan, les années pagaille -- Les interprètes -- Fous & spécialistes -- La terre de Mandela --
* Ma catégorie Prix Nobel de littérature --

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