Référence : Jérôme Ferrari, "À son image", éditions Actes Sud, 222 pages, 2018

« ... Comme si la grâce ne pouvait être obtenue qu'au prix exorbitant d'un péché indélébile . » (p 34)

        

" À son image" : vibrante homélie pour une photographe défunte

« Les hommes aiment à conserver le souvenir émouvant de leurs crimes, comme de leurs noces... ou de tout autre moment notable de leur vie, avec la même innocence. »

         

Roman en forme de requiem pour une photographe défunte sur fond de nationalisme corse et de violence, face à la relation ambigüe entre la photographie, le réel et la mort.

Hasard de la vie quand Antonia rencontre sur le port de Calvi, Dragan un légionnaire rencontré jadis pendant la guerre en ex-Yougoslavie. Après plusieurs heures de conversation, elle décide néanmoins de se rendre chez elle dans le sud de l’île. Mais une embardée va précipiter sa voiture dans un ravin : elle meurt sur le coup.

      
« ... Finalement, ce n'est pas en tant qu'art que la photographie donne la mesure de sa puissance. Son domaine n'est pas celui des beautés éternelles. Elle tranche le cours du temps comme la Moire implacable et celà, elle seule a le pouvoir de le faire . » (p 125)

C’est son oncle et parrain qui célèbre la cérémonie funèbre avec une rigueur calculée. Mais dans l’église, chacun se souvient du parcours de la jeune femme, sa volonté de devenir photographe, de son amour pour un séduisant militant nationaliste avant de travailler pour un quotidien local qui ne correspondait pas vraiment à ses valeurs, trop orienté vers la préservation des acquis et des structures existantes marquées par des luttes sanglantes entre clans nationalistes.

C’est dans ces conditions, lasse de cette situation et de son peu d’influence, qu’Antonia décide en 1991 de partir pour l’ex-Yougoslavie, attirée par une guerre qui repose sur autant de haines recuites.

À travers le thème de l’image traité essentiellement par la photographie, art dont Ferrari est particulièrement féru, il ne cesse de la confronter à la réalité.

      

 Images et photographies selon Ferrari (pages 108-109)

 Au-delà de l’image
« Le regard ne s’appuie sur les images que pour les traverser et saisir, au-delà d’elles, le mystère éternel et sans cesse renouvelé de la Passion. Oui, les images sont une porte ouverte sur l’éternité. Mais la photographie ne dit rien de l’éternité, elle se complaît dans l’éphémère, atteste de l’irréversible et renvoie tout au néant. »

 Les limites de l’image
« Les représentations picturales les plus réalistes de la crucifixion laissent toujours entrevoir dans les blessures de la chair martyrisée, comme en négatif, le miracle de la résurrection. S’il avait pu exister une photo de la mort du Christ, elle n’aurait rien montré d’autre qu’un cadavre supplicié livré à la mort éternelle. »

Références bibliographiques :
* La Banalité du mal : dialogue entre Jérôme Ferrari et Barbara Cassin –
* "Les mondes" de Jérôme Ferrari - (à propos du sermon sur la chute de Rome) -

Voir mes articles sur l'auteur :
* À son image -- Il se passe quelque chose --
* Le sermon sur la chute de Rome -- "Le principe" --

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