Artistes français en exil, 1870-1904
Un regard parfois décalé sur l'Angleterre

                         
                                                             Alfred Sisley Molesey Weir Hampton court morning

Cette intéressante exposition s'est tenue à Londres, à la Tate Britain et à Paris au Petit Palais. Elle propose des œuvres réalisées à Londres par les peintres français réfugiés dans la capitale anglaise pendant la guerre franco-prussienne de 1870 et la Commune de Paris l'année suivante, période qui se prolonge jusqu'en 1904.  Ils ont dépeint à leur façon la société anglaise de cette époque.

« Il y avait une longue tradition, à Londres, d'accueillir des réfugiés politiques mais l'intérêt principal de Londres, pour ces artistes, était l'importance du marché de l'art », commente Caroline Corbeau-Parsons, la commissaire de l'exposition à la "Tate Britain".

               
 De Nittis La Nationale Gallery      J. Tissot L’impératrice Eugénie, Vamden palace

L'exposition repose surtout sur les œuvres de quelques peintres comme Claude Monet qui s'exerce dans des fondus aux teintes sombres avec des dominantes de bleus violacés représentant des vues de Londres avec une série centrée sur le monument du Parlement anglais. Claude Monet, André Derain et James Tissot certes, mais aussi Camille Pissarro, Alfred Sysley, Alphonse Legros ou les sculpteurs Jules Dalou ou Carpeaux... Plus d'une centaine de toiles et sculptures d'artistes exilés à Londres à partir de 1870, qui leur a permis de montrer une nouvelle facette de leur talent.

              
  Jules Dalou : La Liseuse et Dorothy Heseltine             Claude Monet Pont Waterloo Londres

Un réseau d'amitié artistique s'était noué sur lequel les artistes exilés pouvaient se reposer. Il existait ainsi des liens très forts, tissés surtout par le peintre Alphonse Legros, établi depuis plusieurs années dans la capitale britannique. C'est lui qui a en particulier aidé Jules Dalou à son arrivée.

       
     Claude Monet : trois vues du Parlement de Londres de 1902, 1903 et 1904

Si le thème conducteur est impressionniste, on trouve aussi bien représentées les œuvres plus classiques de James Tissot et post impressionnistes d'André Derain. Ceci donne un ensemble très éclectique avec les motifs stylisés, les couleurs éclatantes de Derain qui tranchent avec les effets brossés et assez sombres de Claude Monet.   

    
André Derain Le bassin de Londres          André Derain Big Ben      Alphonse Legros Edward Burne Jones 

Dès 1870, Claude Monet commence à vraiment s'intéresser au thème du brouillard, même si son rendu est particulièrement difficile. On en trouve ensuite de superbes représentations dans sa série des "Parlements de Londres" qu'il réalise au début du XXe siècle, dont six exemplaires ont été réunis à la Tate Britain.
André Derain réalisera plusieurs vues de la capitale anglaise et lui aussi un tableau du parlement.

     
André Derain :
Pont de Charing Cross et Le Parlement de nuit (1906)

Quant à Jacques-Joseph Tissot dit James Tissot, qui a passé une partie de sa vie en Angleterre, c'est plutôt un classique surtout apprécié comme peintre de la haute société de l'époque victorienne. [1]
À la mort de sa compagne Kathleen Newton
en 1882, il est revenu à Paris et exposa avec succès des portraits de femmes croquées dans leur quotidien. À partir de 1888, il se consacrera avec beaucoup de bonheur  à des sujets d'inspiration biblique.

    
James Tissot,  The ball of shipboard        James Tissot Galerie du hms calcutta à portsmouth

Le regard des peintres français n’est pas celui des anglais, « On sent qu'il y a vraiment ce regard extérieur sur la culture anglaise, un petit côté interloqué, une fascination pour les parcs londoniens, par exemple, que les Français continuent d'avoir, d'ailleurs […] Il y avait un sentiment de liberté, surtout à un moment où la guerre ravageait Paris », explique Caroline Corbeau-Parsons, évoquant notamment la toile "Hyde Park" de Monet.

   
Monet Hyde park                                           Monet La tamise et Westminster (1871)

Des vues de la Tamise aux représentations de la vie mondaine en passant par des matches de cricket ou des scènes populaires des faubourgs, les peintres français apportent leur vision particulière avec des sujets que les anglais trouvaient sans grand intérêt. «Je pense vraiment que l'originalité de Monet et de Pissarro, c'est d'essayer de représenter Londres telle qu'ils la voyaient », estime la commissaire de l'exposition, globalement, pas « brique par brique » comme disait Monet.

     
         Camille Pissaro Deux vues du Jardin de Kew (1892)                     Alphonse Legros Rodin

Claude Monet à Londres selon Patrick Grainville [2]
"Monet commence le siècle en peignant les ponts de Londres et le Parlement. Des feux, des lignes fondues, des architectures d'apocalypse, la Tamise embrasée. Monet affronté au fantôme de Turner, le génie inégalable qu'il a découvert pendant la guerre de 1870... Waterloo Bridge noyé sous la meute des nuages et des fumées d'usines. Monet à la folie, englouti dans ses visions. Forêts de cheminées, lentes exhalaisons blanchies, quatre, cinq arches rythmées, trouées d'or. Traversée d'une rive à l'autre des omnibus clignotants comme des cohortes d'un autre monde.  Ombres des bateaux, vapeurs filant sur la Tamise... Le pont criblé, bariolé de roues de soleil. Doux, laiteux, amande ou transparaissant, flottant dans l'aurore mystique."

Notes et références
[1] 
De sa période anglaise, on peut citer par exemple des scènes de port comme The Captain and the Mate, 1873, The Captain's Daughter, 1873, Ball on Shipboard, 1874, The Gallery of H.M.S. 'Calcutta' (Portsmouth), 1877 ou après son retour en France La récolte de la manne, 1896-1902, Portrait d'arménien, 1986-89, L'arche d'alliance, vers 1900 ou Les anges et la passion, vers 1890.
[2]  Patrick Grainville, "Falaise des fous", page 404, Gallimard, 2018

Voir aussi
* Les Impressionnistes Londres --

* Mes fiches Derain au Centre Pompidou --Pissarro, expo 2017 -- Le musée d'Orsay --

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