Roman initiatique, Le démon de la vie relate cette part de vie de l'adolescence, celle d'avant la vie d'adulte, celle d'avant les tentations, les facilités, les compromis, voire parfois les reniements,  qu'il faut bien faire pour s'intégrer dans le monde mystérieux et souvent terrible des adultes. Il est comme une photo, un instantané qui rappelle un âge d'or qui ne dure pas.

Une fois encore, Patrick Grainville nous entraîne dans son bestiaire après de précédents romans comme la "Lumière du rat", "Le baiser de la pieuvre" et le plus récent "Bison", et nous propose une petite balade avec  un tigre. Pas un éléphant et encore moins un lion, le roi des animaux, pas question ! Il l'affirme lui-même : « Le lion n'est qu'un sous-fifre d'Afrique, casqué d'une crinière postiche pour intimider des petits mâles aussi pouilleux que lui. Son rugissement n'est qu'une rodomontade de cirque ! ». Alors que le tigre « n'a nul besoin d'accessoires de mascarade. Il est coulé d'un bout à l'autre dans son or et son muscle. »

Dans un village qui compte de nombreux touristes anglais, aux confins de la forêt des Maures, un tigre s'est échappé. Libre désormais, pas tout à fait solitaire qui reçoit les visite d'Hélène, une belle jeune fille à la nature généreuse. Deux ados également, Louise et Luc, se passionnent pour la la liberté retrouvée de cet animal dont ils espèrent qu'il déjouera la rage des hommes pour le retrouver et le remettre en cage. Mais un jour, il aura à faire à un chasseur aussi bizarre que dangereux.

         

Les deux adolescents, laissés très libres par leurs parents qui s'occupent plus d'eux que de leur progéniture, profitent de la situation et jouissent de ce sursis pour se prodiguer leur amour dans un monde où ils côtoient la perversion et la toute puissance de l'argent. Des parents dépassés et empêtrés dans leurs problèmes, Jeanne la mère de Luc, une superbe femme et Gilles le père de Louise, ont une liaison, Mathieu lutte contre une sévère dépression et Clothilde donne dans la dévotion.

Ils préfèrent l'amitié d'Hélène, qui n'a pas vraiment d'activité et vit aux crochets d'une mère gardienne de leur immeuble et leur présente un ami, riche et lui aussi assez bizarre, qui les reçoit dans son grand domaine.

Le Démon de la vie est à l'image de son auteur, un roman à la fois foisonnant et exubérant, solaire et sombre, avec toujours le lyrisme, l'écriture "flamboyante" [1] qui caractérise Patrick Grainville.

   
                                                                     Sa biographie de Marguerite Duras 

Notes et références
[1] Grainville a écrit un roman intitulé "Les flamboyants", qui a reçu le prix Goncourt en 1976

Voir aussi mes fiches sur Grainville
* Falaise des fous -- Le démon de la vie --

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