Référence : Érik Orsenna, Nicolas Gilsoul, Désir de villes, Petit précis de mondialisation tome V, éditions Robert Laffont, 286 pages, mars 2018 

    

Érik Orsenna vient de publier deux livres en même temps, Dernières nouvelles du monde et un essai intitulé Désirs de villes, nouvel essai dans la série Petit précis de la mondialisation. Le Prix Goncourt 1988 explique dans une interview être de nouveau allé parcourir le monde pour rechercher "la ville idéale". Un parcours plein de surprise entre des univers urbains contrastés.

       

« Voyager, c'est apprendre à reconnaître ses bêtises »

Sa vision du monde, Érik Orsenna la confie dans une interview sur LCI : « Quand vous voyagez, vous apprenez une chose : à détester les idées générales... Voyager, c'est apprendre à reconnaître ses bêtises. Si vous voyagez pour vérifier, ça ne sert à rien. » Alors, à quoi est-ce que ça peut servir ? Il fustige « ceux qui disent "laissons les tranquille s'étriper entre eux", et les traite d’irresponsables. […]  Je préfère les vivants aux ampoulés » ajoute-t-il en conclusion.

Au fil des visites, son périple a pu être très apprécié comme dans la ville de Seattle ou beaucoup moins agréable dans des villes gangrenées par la pollution. Il en a profité pour rendre un hommage appuyé aux maires, piliers de la bonne organisation du tissu urbain et parle de "rôle clé" pour assurer une bonne cohabitation entre les communautés qui composent la ville : « La ville, commente-t-il, c'est le mélange, la ville, c'est le tissage. Je voudrais vraiment saluer ceux qui sont à la tête des villes, grandes et petites, et qui sont les maires. Il y a un personnage dont on a assez peu parlé, qui a disparu il y a deux jours. Il s'appelait Didier Vaillant, il était maire de Villiers-le-Bel. Pendant les émeutes, il a joué un rôle clé pour tisser, retisser toutes ces déchirures entre les communautés. Les maires sont au cœur de la République. Ce sont eux qui tissent notre société. »

     

Début 2018, cinquante agglomérations dépassent les dix millions d'habitants. Les chiffres sont impressionnants : 65 millions à Hong Kong et dans les alentours de la rivière des Perles ; 42 millions pour Tokyo et sa banlieue ; 35 millions pour Djakarta... Actuellement, la moitié de nos contemporains vivent désormais dans des villes. Si cette situation continue d’évoluer au même rythme, dans une vingtaine d’années, on passera aux deux tiers...

Voilà pour le constat démographique. Mais quel jugement porter sur cette évolution essentielle pour le devenir des populations ? La ville peut ainsi devenir le vecteur de l’invention, un extraordinaire réservoir de vie. D’où cette contradiction que, tout en rêvant de douce vie champêtre, les gens s’entassent dans les villes.  Conurbation, agglomérations ou plus simplement villes moyennes, les configurations ne manquent pas. On peut sélectionner aujourd’hui quelque deux cents villes, dont trente villes françaises, de Paris à Guéret, de Lyon à Montfermeil qui représentent une certaine idée de la vie moderne.

  

* Voir aussi
* Erik Orsenna et son oeuvre : article de synthèse comprenant L'exposition coloniale, L'entreprise des Indes, Voyage au pays du coton et Sur la route du papier
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