Référence : Jean Échenoz, « Envoyée spéciale », éditions de Minuit, 314 pages, janvier 2016


« J’écris pour moi en tant que lecteur. J'écris ce que je souhaiterais lire. »
Jean Échenoz

Comme l’a dit Jean Échenoz lui-même, ses romans sont comme des « machines à fiction », des « mécaniques bricolées. » [1] Son roman commence, comme ses précédents romans "Je m’en vais" et "Lac", par une histoire policière avec l’enlèvement de Constance, son héroïne, près du Trocadéro, prisonnière quelque part dans la campagne creusoise, d’abord dans une ferme abandonnée puis dans la cabine d'une éolienne. Une prisonnière pas vraiment modèle, enlevée en fait pour la "mettre en condition" pour qu’elle finisse par accepter « une mission très spéciale ». [2]

 Pourtant la journée avait plutôt bien commencé : en ayant assez de son musicien de mari, elle décide de vendre son appartement, se sent libre quand elle ressort de l’agence immobilière qui s’occupe de la vente et va se balader dans le cimetière de Passy où… trois types la kidnappent. Trois ravisseurs dont seul Victor, "l’homme à la perceuse", est… ravissant. Ses deux acolytes sont loin d’être des foudres de guerre, des empotés, le premier « grand, osseux, cou décharné, regard d'Autruche » se nomme Christian, et l'autre, « plutôt râblé, courtaud, rougeaud, museau de lamantin », Jean-Pierre.    

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Mais elle n’est pas malheureuse (ni sans malice), mettant ses trois geôliers dans sa poche si bien qu’on ne sait pas trop qui souffre du syndrome de Stockholm ! Son mari Lou Tausk n’a pas l’air très inquiet et il oublie rapidement Constance avec  une autre femme, Nadine Alcover, ancienne assistante de son avocat… le cousin Hubert...
Et certes, on peut se demander pourquoi Lou Tausk, son cher mari, ne semble pas pressé de prendre langue avec les ravisseurs, de faire libérer Florance, plus généralement, que viennent faire dans cette histoire le général Bourgeaud, [3] commanditaire de son enlèvement et la Corée du Nord où on ne va pourtant pas en vacances… de son plein gré ?

Jean Échenoz fait progresser l’intrigue à coups de rebondissements menant par exemple de la Creuse à la mer Jaune, et son point de vue  à coups de digressions. Le récit est construit à partir d’un ensemble de scènes qui dénouent les relations des différents personnages et de cette façon, fait se développer l’intrigue, laissant ainsi au narrateur une grande liberté de manœuvre.

Son écriture met en exergue les nombreux détails dont il émaille son récit, un peu à la manière de Proust, et un humour souvent basé sur des chues de phrases inopinées. Utilisant souvent le pronom "nous", le narrateur rejoint le lecteur tout en ponctuant le récit de ses commentaires.

                                                  

Notes et références
[1] Entretien de Jean Échenoz à Télérama, mars 2013
[2] « "Vous aviez raison, a dit Bourgeaud, je crois qu'elle pourra faire l'affaire".
"Je vous demande pardon, s'est impatientée Constance, mais vous parlez de quelle affaire ?" "C'est très simple, a répondu le général, vous allez déstabiliser la Corée du Nord." »

[3]
Sa rencontre avec Constance : « Sans lui adresser la parole ni même la saluer, le général a longuement considéré Constance de la tête aux pieds, avec un bref détour par son cigarillo. Il était arrivé qu'on l'inspectât ainsi mais il a paru à Constance que cet examen s'effectuait, cette fois sans pensée médicale ni libidinale. »

Commentaires et critiques
* « Un petit régal de cette rentrée d'hiver… "Envoyée spéciale" est une pièce musicale, rythmée par une intrigue pleine de rebondissements mais surtout par un style. » Culturebox

* « Autour de l'enlèvement de Constance, son héroïne, l'écrivain tisse un dispositif romanesque complexe et génial. » Télérama

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Jean Échenoz et le postmodernisme et Postmodernisme et littérature --
Je m'en vais -- Envoyée spéciale --

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